Archives pour la catégorie LA QUESTION JÉSUS

Jésus d’après les recherches récentes

POURQUOI LE MAL ? POURQUOI LA SOUFFRANCE ?

  D’où vient la souffrance qui domine le monde ? Pourquoi tant de maux sur cette planète ? Cette question, elle hante l’humanité depuis qu’elle pense. Dans La danse du Mal, je fais dire à l’un de mes personnages : « Aucun philosophe, aucun théologien, aucun penseur n’a pu dire d’où vient Le Mal. Dieu en est-il l’auteur ? Personne ne peut répondre à cette question-là et pourtant, en chaque point du globe, tous en souffrent ». Lire la suite

AUX SOURCES DE LA CULTURE OCCIDENTALE, L’ÉVANGILE SELON St JEAN (Conférence aux Francs-Maçons)

               Quatre petits textes, les évangiles qu’on appelle canoniques, ont marqué de leur empreinte la naissance et le développement de l’Occident, de sa culture, de ses mœurs civiles et politiques, sa religiosité. Pour comprendre le rôle qu’ils ont joué, il importe de savoir qui étaient les auteurs de ces textes, et quelles furent leurs intentions en les rédigeant dans la version qui nous est parvenue ? Lire la suite

LE CHRISTIANISME : MORT, OU CONTINUITÉ ?

« Nous autres religions, nous savons que nous sommes mortelles », aurait pu dire Paul Valéry. Les religions de l’Égypte, de l’Assyrie, de Rome, sont mortes : après 2000 ans, le christianisme – et plus particulièrement le catholicisme – s’acheminent-ils vers leur disparition et leur mort ? Lire la suite

JÉSUS ET L’ISLAM – Mordillat et Prieur sur ARTE (I)

En 1997, Mordillat & Prieur présentaient sur ARTE Corpus Christi, une série d’enquêtes sur la personne de Jésus et l’origine du christianisme. Ils remettent ça avec Jésus et l’islam, une enquête cette fois-ci sur le Coran et les origines de l’islam. La première séquence a été vue hier : je me propose de réagir à chacune, sans attendre les suivantes. Lire la suite

PAPA FRANÇOIS A OUBLIÉ PAPPY JÉSUS ?

                Le pape françois jouit d’un important capital de sympathie auprès des foules, c’est bien. Ce qu’on dit un peu moins, c’est qu’il a eu le courage d’attaquer de front la Curie romaine, son fonctionnement, son absence de valeurs religieuses, ses magouilles. Du courage, il lui en fallait quand on se rappelle que son prédécesseur Jean-Paul 1er est mort quelques semaines après avoir annoncé naïvement sa volonté de réformer la même Curie. Lire la suite

LA ‘’RÉSURRECTION’’ EN QUESTIONS – Après l’émission de Stéphane BERN

Mon intervention dans l’émission de Stéphane Bern Secrets d’Histoire, « Un homme nommé Jésus » a suscité quantité de réactions sur Facebook. J’y réponds sommairement ici en vous renvoyant à ce que j’ai publié par ailleurs.

 I. Jésus et ses apôtres

Quand elles parlent des suiveurs de Jésus, les traditions les plus anciennes conservées dans les évangiles n’emploient jamais le mot apôtre. C’est Luc, vers l’an 80, qui projette dans le passé son idéal d’une direction collégiale de l’Église en employant l’expression « les douze apôtres (1). »  À peu près au même moment, Matthieu reprend à son compte cette rétroprojection nostalgique d’une communauté parfaite (2). Sauf ces deux cas, l’expression « les douze apôtres » est absente des synoptiques (3).

Dans L’évangile du treizième apôtre, j’ai identifié le témoignage le plus ancien qui nous soit parvenu sur Jésus. Ses compagnons n’y sont jamais appelés apôtres, mais disciples. C’est Paul et les Actes qui appellent « apôtres » certains dignitaires de l’Église, dont quelques femmes. Ce qualificatif leur conférait une légitimité et une autorité incomparables, il n’a été  associé aux disciples de Jésus que bien après sa mort.

Ont-ils été de vrais disciples ? Non, au contraire tout montre que de son vivant ils n’ont pas compris le message en paroles et en actes de Jésus, et il leur reproche vivement leur incompréhension. D’ailleurs lorsqu’il est reconnu par une servante dans la cour du grand prêtre, Pierre nie solennellement et par deux fois avoir été un disciple de Jésus (4).

Ce sont ces hommes qui ont pris le pouvoir spirituel en utilisant le souvenir du rabbi galiléen. Il se devait d’être un surhomme, et – comme tous les héros de l’antiquité, d’Orphée à Mithra – d’avoir franchi victorieusement l’épreuve de la mort.

On avait trouvé son tombeau vide à l’aube du 9 avril 30 ? Eh bien, c’est qu’il s’était ressuscité lui-même.

 II. Le tombeau vide

Pour comprendre ce qui a pu se passer, il faut connaître avec précision le contexte de l’époque. Je l’ai décrit dans Dieu malgré lui et vous renvoie à cette enquête dont je résume ici quelques conclusions.

Jésus meurt dans la soirée du 7 avril. C’est le début de la fête de Pâque, pour éviter une impureté majeure on dépose provisoirement son cadavre dans un tombeau proche. Comme tous les tombeaux juifs, c’est une cavité fermée par une lourde pierre circulaire. Au centre, une table où l’on dépose les corps en attendant leur décomposition, pour placer définitivement les ossements dans les niches creusées dans la paroi.

Au matin du 9 avril, des femmes trouvent la pierre roulée de côté et deux hommes en blanc qui tentent de leur parler. Effrayées, elles s’enfuient et viennent raconter aux disciples qu’elles ont vu « deux anges » à côté du tombeau. Pierre et Jean courent, voient la pierre roulée et entrent dans le caveau. On dispose ici du témoignage visuel, indiscutable, de l’auteur du noyau initial du 4e évangile dit de saint Jean : le cadavre a disparu de la table, les bandelettes qui l’enveloppaient gisent pêle-mêle mais le suaire placé sur le visage a été soigneusement plié et mis de côté. Ils ressortent, disent aux femmes qu’elle ne sont que des radoteuses et doivent trouver, dans l’urgence, une réponse aux questions dont on va les assaillir : qu’est devenu le cadavre de Jésus ?

Leur réponse ne tardera pas : Jésus est ressuscité.

Reprenons les témoignages indiscutables.

1 La pierre a été trouvée roulée sur le côté. Si Jésus s’était ressuscité comme un « corps subtil », capable de traverser les murs, pourquoi aurait-il eu besoin de rouler la pierre pour sortir du tombeau ? Et s’il est ressuscité dans son corps de chair, comment a-t-il pu, de l’intérieur et gravement blessé, rouler une pierre qui pèse plus d’une tonne ?

Conclusion : quelqu’un, ou plutôt quelques uns, ont roulé la pierre pour pénétrer dans le tombeau. Qui ?

2- Deux hommes en blanc sont vus par les femmes devant l’ouverture, et ils leur parlent. On sait que les esséniens revêtaient une tunique blanche pour accomplir leurs actes rituels. Qu’il y avait entre eux et Jésus une complicité – bien qu’il n’ait jamais fait partie de leur secte. Et qu’ils enterraient leurs morts à part – quitte à transporter les cadavres d’un cimetière commun pour le ré-inhumer dans une de leurs nécropoles.

Ils n’ont pas voulu que ce crucifié qu’ils admiraient finisse comme les autres dans la fosse commune : ce sont eux qui sont venus rouler la lourde pierre et enlever le cadavre à l’aube du 9 avril, afin de l’inhumer en terre pure. Pour cet acte éminemment religieux, ils avaient revêtu leur tunique blanche.

3- Le linge de tête (le suaire) a été vu soigneusement plié et mis de côté. Pourquoi Jésus aurait-il pris la peine de faire le ménage dans son tombeau avant de le quitter ? En revanche, les esséniens ont eu ce geste de respect.

L’hypothèse la plus vraisemblable est donc que des esséniens ont sorti le cadavre du tombeau avant que les femmes n’arrivent. Des milliers de pèlerins campaient autour de Jérusalem, mais on avait l’habitude de les voir transporter des cadavres pour les enterrer en terre pure, dans leurs nécropoles.

C’est dans l’une de ces nécropoles que se trouvent toujours les restes de ce Juste injustement crucifié, auquel les esséniens ont voulu rendre un dernier hommage.

 III. Inutile résurrection

Dans un article de ce blog (cliquez), j’ai montré que la résurrection de Jésus était une supercherie inutile. Elle ne pouvait naître qu’en milieu juif : dans leur culture, la mort met un terme final à la vie. Mais dans d’autres cultures comme l’hindo-bouddhisme, la mort n’existe pas. « Rien ne disparaît, tout se transforme » : la mort n’est qu’un passage vers une autre forme de vie, soit une renaissance, soit le nirvâna c’est-à-dire une forme de vie éternelle, dans un autre espace-temps que le nôtre.

Jésus était parvenu à un haut niveau de réalisation humaine et spirituelle. Il n’a pas eu à renaître pour mener à terme cette montée vers l’Éveil, que nous accomplissons tous douloureusement. Il n’a jamais cessé de vivre, sa mort n’a été que le passage – le parinirvâna – d’une forme de vie humaine à une forme de vie dont nous ne savons rien, sinon qu’elle nous attend nous aussi.

Une fois inscrite dans les esprits, la résurrection – devenue un miracle unique et exceptionnel – a permis au christianisme de bâtir et de justifier l’édifice intellectuel sur lequel notre culture s’est construite.

                                                             M.B., 17 avril 2014
 (1) Luc 6, 13 et Actes 1, 26.
(2) Matthieu 10, 2 : « Voici les noms des douze apôtres »
(3) Synoptiques : les 3 évangiles de Marc, Matthieu et Luc.
(4) Jean 18, 17 et 25.

ÉGLISE CATHOLIQUE, L’IMPOSSIBLE RÉFORME

Le nouveau pape va-t-il réformer l’Église catholique ? Séduites par sa personnalité, des chaînes de télévision nous offrent de nombreux reportages sur ce thème. Ainsi d’Arte, ce soir, qui titre Les défis de l’Église, « poussée à la réforme par une majorité de fidèles et une partie du clergé : le chef de l’Église écoutera-t-il les contestataires ? »

Réforme ? Quelle réforme ? On nous dit que « la famille et tout ce qui relève de la sexualité et de la reproduction est au cœur des inquiétudes du Vatican qui… affirme haut et fort ses positions en matière d’avortement et de contraception. »

Ainsi, c’est sur les formes d’expression de la sexualité que se porte une fois de plus l’attention des médias.

Rideau de fumée qui masque la vraie question, celle des dogmes fondateurs de l’Église et principalement celui de la Trinité.

Car depuis un siècle et demi, le patient travail des exégètes a mis en lumière la véritable personnalité du rabbi galiléen. Lequel n’a jamais prétendu être un dieu, n’a voulu être rien d’autre que le continuateur du mouvement prophétique juif initié par Élie, dont il se réclame explicitement. Continuer et accomplir le prophétisme juif – c’est-à-dire le dépasser sans l’abolir. Le porter à maturité en le corrigeant, sans renier l’essentiel de cet héritage.

Qu’est-ce que Jésus apporte de nouveau au prophétisme juif ? Je vous renvoie aux Mémoires d’un Juif ordinaire, où je montre qu’il n’apporte aucune nouvelle doctrine sur « Dieu ». Son Dieu est celui de Moïse, mais il propose une nouvelle relation avec ce Dieu qu’il appelle abba, petit papa chéri.Et cela change tout.

Ce qui change ce n’est pas « Dieu », mais le regard porté sur « Dieu ». Jésus n’est pas un théologien, il ne propose aucun dogme nouveau. Il fait part de la relation qui est la sienne avec « Dieu » : non plus un juge lointain et terrifiant, auteur de lois contraignantes qui empêcheraient de vivre, mais un père aimant jusqu’à tout pardonner, pour ouvrir ses bras à l’enfant prodigue. Les trois paraboles de Luc 15 sont le sommet d’une anti-théologie qui a traversé les siècles parce qu’elle n’est pas dogmatique, mais relationnelle.

La morale sexuelle, la contraception, l’avortement ? Jésus n’en dit rien. Sa morale familiale ? C’est celle du judaïsme traditionnelle. L’homosexualité ? C’est Paul de Tarse qui la condamne, en des termes qui posent d’ailleurs question sur sa propre clarté à ce sujet.

Car pour Jésus, la morale découle de la relation nouvelle qu’il propose avec son abba. « Fais cela, et tu vivras ».

La seule vraie réforme de l’Église serait de revenir à l’enseignement de Jésus en mettant abba au centre de tout. Ce serait signer son arrêt de mort, car il n’y aurait plus ni sacrements (Jésus n’en a institué aucun), ni autre morale que la lutte contre tout ce qui empêche les enfants prodigues que nous sommes de nous jeter dans les bras d’un père aimant.

Le pape François ne peut que maintenir et protéger les dogmes fondateurs de l’Église qui l’a élu pour cela. Peut-être aura-t-il le courage de réformer les finances d’une institution compromise par la corruption, de dénoncer et de punir les débordements sexuels de son clergé. Mais attendre de lui qu’il réforme une morale sexuelle et familiale qui porte la marque de 17 siècles de tradition, même si elle n’a rien à voir avec l’enseignement de Jésus (1), c’est se faire illusion.

Numquam reformata, quia numquam reformanda, jamais réformée parce qu’elle n’a pas à être réformée, c’est la devise de l’Église catholique.

                                               M.B., 1er avril 2014

(1) Vous trouverez dans ce blog des articles sur ce sujet (catégorie « La question Jésus »), articles mis en situation dans mon livre Jésus, mémoires d’un Juif ordinaire.

 

« TU DOMINERAS LE MONDE » : le christianisme adversaire de l’écologie ? (N. Hulot)

Le christianisme est-il incompatible avec l’écologie ?

I. Le constat

1- Nicolas Hulot

Il vient de publier dans Le Monde (1)  un article sur le changement climatique : « Nous sommes passés en vingt-cinq ans de l’indifférence à l’impuissance … Une alliance entre l’écologie scientifique, humaine, et la théologie en tant que réflexion métaphysique, n’est pas inutile pour appréhender en profondeur la crise de civilisation que nous vivons. Il est fondamental que les Églises … clarifient la responsabilité de l’Homme vis-à-vis de la « Création », pour reprendre le langage des croyants. L’Homme est-il là pour dominer la nature, comme l’affirment certains textes ? Les Églises peuvent-elles rester aussi peu audibles alors que l’œuvre de la Création est en train de se déliter sous leurs yeux ? »

2- Jean-Claude Lacaze

Il vient de publier un essai (2) où il dit lui aussi que « face à la crise écologique, le silence du christianisme est étonnant. Plombé par ses dogmes… il tourne le dos aux sciences de la nature, aux réalités écologiques. Le constat est accablant : pour l’Église catholique, la cause de l’environnement paraît marginale alors qu’elle se manifeste, au contraire, comme le lieu où se posent aujourd’hui les questions de Dieu, de l’expérience spirituelle et de l’engagement éthique.»

II. Aux origines du christianisme : un divorce

D’où vient la « construction chrétienne ? … On attribue l’origine de la tyrannie exercée par l’Homme sur la nature à la fameuse phrase de la Genèse (1,28) : ‘’Remplissez la terre et soumettez-la. Dominez [le règne animal]’’… La Bible n’incite pas l’homme à maltraiter la nature. Mais… comme la nature est faite pour lui… elle engendre une vision étroite et anthropomorphique (3) de l’univers qui conduit à une coupure » entre l’Homme et la nature. (4)

Contrairement à ce que dit Nicolas Hulot, la théologie n’est pas « une réflexion métaphysique », c’est-à-dire basée sur l’usage de la raison. C’est un ensemble d’affirmations dogmatiques tirées de l’interprétation des textes sacrés. Pour la Bible, l’Homme est bien là « pour dominer la nature », et la théologie n’a fait que suivre et développer ce présupposé dogmatique. Jamais le christianisme ne s’est écarté de sa source biblique, pour laquelle l’Homme est distinct de la nature qu’il a pour mission d’asservir et de dominer. « Le christianisme est la religion la plus anthropocentrique que le monde ait jamais connue… Non seulement… il instaure un dualisme entre l’Homme et la nature, mais il insiste sur le fait que l’exploitation de la nature par l’Homme… résulte de la volonté de Dieu. » (5)

Lacaze parcourt rapidement l’histoire de la pensée chrétienne, jusqu’au pape Jean-Paul II qui n’a pas compris que « les activités humaines ne peuvent être fiables que si, en amont, les réalités écologiques sont rigoureusement prises en compte. » (6)

Donc, rien à attendre du christianisme officiel pour qui l’exploitation de la planète est nécessaire au bien-être et  au développement de l’homme. Certes, cette exploitation doit se faire dans la justice et le partage, mais elle ne connaît pas de limites.

Le christianisme n’est pas ennemi de l’écologie : simplement il l’ignore, et en l’ignorant il condamne les efforts de ceux qui s’en soucient parce qu’ils en ont pris conscience. Suicidaire d’épuiser indéfiniment les ressources non-renouvelables de la planète ? Ce n’est pas le problème de l’Église catholique. Pour elle, il est écrit que l’humanité doit croître sans limites, que chaque humain doit avoir de quoi vivre et se reproduire. Et si ce dogme aboutit à l’extinction de l’humanité par épuisement des ressources de la planète, c’est la volonté de Dieu – puisque Dieu a dit « Croissez, multipliez-vous, dominez. »

Lacaze suit la trace des quelques théologiens chrétiens dont la pensée s’est ouverte au problème écologique, mais montre que le poids du magistère et du dogme écrasent ces timides ouvertures. Et il donne raison à Nicolas Hulot : « [Dans ses textes] l’Église catholique n’évoque pas le changement climatique. Or les choses mal nommées n’existent pas. » (6)

III. Jésus écologiste ?

1- Jésus et la nature

Lacaze cite mon article publié dans ce blog, L’écologie, Jésus et nous (Jésus à Copenhague ?). J’y montrais pourquoi Jésus n’a pas pu se préoccuper de développement durable et d’écologie : il vivait dans un monde où la question ne se posait pas encore. Mais j’écrivais :

« Jésus apparaît comme un homme en harmonie totale avec la nature qui l’entoure, dont il goûte et décrit la beauté avec un plaisir évident. Pour lui il n’y a pas de rupture entre l’écosystème, les humains qui en vivent et la dimension spirituelle du monde. Non seulement il vit en harmonie avec la nature, mais – comme tous les Juifs – il voit en elle un langage qui parle de Dieu.

« Un temple dans lequel Dieu réside, plus et mieux que dans celui de Jérusalem.

« … C’est cela que nous pouvons retenir de lui : la nature n’est pas seulement une ressource inépuisable, elle est l’une des façons dont nous percevons la présence et la réalité de Dieu.

« Et ceci, en-dehors de tout cadre proprement ‘’religieux’’.

« La nature : pas seulement une richesse à gérer avec parcimonie, de façon équitable. Mais aussi le langage universel par lequel Dieu parle aux humains. » (7)

2- Prolonger la pensée des Éveillés

Mais il faut aller plus loin que cet article, plus loin que Lacaze.

Quelques grands Éveillés ont marqué l’humanité de leur passage sur terre et de leur enseignement (8). Ils vivaient à leur époque, et ne pouvaient donc pas répondre à des questions qui se posent aujourd’hui à nous dans des termes qui leur étaient étrangers.

Mais leur enseignement, comme leur façon de vivre, sont comme des rails que nous pouvons prolonger jusqu’à nous.

C’est le cas de Jésus : si l’on prolonge son enseignement en actes et en parole, il a des choses à nous dire sur la façon dont il aurait traité des questions qu’il ne se posait pas – notamment la question écologique.

D’abord, il a contesté l’ordre établi – social, politique, économique – jusqu’à se faire tuer pour cette contestation. Contrairement aux Églises qui se réclament de lui, il n’enseigne aucun dogme nouveau. Mais il a totalement transformé le judaïsme de sa culture natale, en enseignant et en pratiquant une relation nouvelle avec autrui, avec Dieu, et avec la nature.

Avec la nature : voyez l’article L’écologie, Jésus et nous.

Avec autrui et avec Dieu : voyez mon essai Mémoires d’un Juif ordinaire.

Je vous renvoie à ces deux textes, qui décrivent la façon dont un Éveillé du passé peut parler à notre présent.

Cette ouverture totale aux autres et au monde extérieur,

ce respect absolu des uns comme de l’autre,

cette façon de les accueillir sans les exploiter,

de vivre avec eux sans les dominer,

par son choix de vie, ce choix de la décroissance,

cette opposition jusqu’à en mourir aux forces conservatrices et exploitatrices

pourraient faire de Jésus le guide et l’inspirateur du mouvement écologique.

Et conduire ce mouvement vers une spiritualité écologiste qui lui manque encore.

                                   M.B., 5 février 2014

(1) Le Monde du 5 février 2014

(2) Le christianisme à l’ère écologique – Tu aimeras la planète comme toi-même, Paris, L’Harmattan, 2014.

(3) C’est-à-dire centrée sur l’Homme.

(4) Lacaze, op. cit. pp. 11 et 12.

(5) Lynn White, cité par Lacaze, op. cit. p. 12

(6) Art. cité dans Le Monde.

(7) L’écologie, Jésus et nous… Art. cité dans ce blog.

(8) Voyez dans ce blog les catégories L’enseignement du Bouddha Siddharta, La question Jésus, les mots-clés écologie, pouvoir, crise

PAQUE JUIVE, PAQUE CHRÉTIENNE : Histoire et Mythes

I. PAQUE JUIVE

     Deux événements structurent le judaïsme, encore aujourd’hui :

     1) Le passage de la Mer Rouge, après la fuite d’Égypte : c’est à dire la Pâque.

     2) La double rencontre au Sinaï, qui suivra la Pâque :

          -a- La rencontre du buisson ardent : Moïse est seul, au pied de la montagne. Raconté au chap. 3 du livre de l’Exode, cet événement deviendra fondateur de la tradition prophétique juive.

          -b- La rencontre de « Dieu », au sommet de la montagne : Moïse s’est séparé du peuple juif, resté dans la vallée. Cet événement, très souvent relu dans la Bible, deviendra fondateur de la tradition légaliste juive, qui aboutit à l’époque de Jésus à l’école pharisienne .

     La double rencontre au Sinaï ne repose sur aucun fondement historique, elle est purement mythologique. En revanche, le départ de l’Égypte et le passage de la Mer Rouge ont un fondement historique. Ou plutôt, « auraient » : car la question est vivement discutée entre exégètes, historiens et archéologues.

      Beaucoup croient en effet pouvoir identifier le récit d’Ex 12-14 avec un événement dont on retrouve trace dans les chroniques égyptiennes de l’époque : la présence en Égypte, puis le départ d’une communauté de Habirou, sans doute après le règne d’Akhénaton (1374-1347), initiateur de l’essai avorté de monothéisme autour du dieu Aton.

     Il n’y a pas consensus chez les historiens, mais les indices cumulés sont suffisants pour soutenir l’hypothèse : une tribu de Habirous (qui deviendront « juifs ») se serait en effet enfuie d’Égypte dans des conditions conflictuelles, provoquant la colère du pharaon Ramsès II, avant d’errer longuement dans le désert.

     Admettons qu’il y a un substrat historique à cette fuite d’Égypte, d’une tribu de travailleurs forcés, vers 1250 avant J.C. : autour de cet événement « historique » va se développer le mythe fondateur du judaïsme. Les dix plaies d’Égypte, le passage miraculeux de la Mer Rouge, la manne, les cailles… Tous éléments totalement mythologiques. Mais à l’origine du mythe, il y a eu un événement qui est de l’ordre des faits, non du mythe : si ténu que soit cet événement, il s’est passé quelque chose.

     Et les historiens donnent même une explication simple du miracle de la Mer Rouge, d’où ils déduisent l’itinéraire probable suivi par les fugitifs conduits par Moïse.

     De là à déduire que les chefs de cette bande de fugitifs (et donc, Moïse lui-même) étaient des prêtres d’Aton, obligés de quitter leur pays après l’échec de la réforme monothéiste d’Akhénaton… Et donc, de là à faire remonter l’invention du monothéisme non pas aux juifs, non pas à Moïse, mais à l’Égypte… Il y a plus qu’un pas : un enchaînement de probabilités, qu’un historien ne peut considérer qu’avec une grande circonspection.

      Il n’empêche : de même qu’un grain de sable, glissé dans une huître, peut donner naissance à une perle précieuse, de même un événement (ténu certes, mais résistant à l’analyse) a donné naissance au mythe de la Pâque juive.

     Le mythe, dans ce cas, prolonge l’Histoire : il se développe à partir d’elle.

II. PAQUE CHRÉTIENNE

     La situation ici est totalement différente. Car les éléments de nature historique que nous possédons sont beaucoup plus solides, étayés par des témoignages croisés, pour certains indiscutables , et confirmés par l’étude du contexte socio-historique de l’époque.

     Le 9 avril 30 à l’aube, un tombeau est trouvé vide aux portes de Jérusalem. Personne ne peut – ou ne veut – témoigner de la façon dont ce tombeau a été vidé de la présence du cadavre qu’y s’y trouvait, depuis le 7 avril en fin de journée. On a des informations très proches de l’événement : un ou deux « hommes en blanc » ont été vus et entendus par les femmes venues les premières inspecter le tombeau. Et le IV° évangile, le plus sûr témoin (en partie oculaire) des faits, rapporte la question posée par Marie de Magdala : « On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a mis… Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis » (Jn 20, 13-15).

     Nous sommes là dans ce qu’on appelle la tradition pré-évangélique : elle témoigne, non pas d’un événement – une résurrection – mais d’un non-événement : l’absence, la disparition du cadavre. Dont il paraît évident, à ce stade de la tradition, qu’il n’a pas disparu miraculeusement, mais qu’il a été enlevé ou emporté.

     Par qui ? Où ? C’est le secret le mieux gardé du christianisme.

     Chose très rare, on peut dater avec précision la transformation de ce non-événement en événement fondateur : c’est lorsque Paul, en l’an 57, écrit aux corinthiens que « Notre Pâque, le Christ, a été immolée » (II Cor, 5,7).

     A partir de ce moment, et jusqu’à aujourd’hui, le non-événement du tombeau trouvé vide se trouve à la base d’un mythe fondateur. La disparition du cadavre est assimilée à une Nouvelle Pâque, le cadavre est « passé » (signification de Pesha, pâque en hébreu) de l’état de mort à l’état de vie. Une vie éternelle, obtenue grâce à l’immolation du Nouvel Agneau Pascal, le Christ.

      Pour les juifs, le mythe de Pâque pouvait s’appuyer sur un fait réel – c’est-à-dire non-mensonger. On peut en discuter les modalités, mais il semble difficile d’en nier l’existence objective : il y a bien eu fuite d’Égypte. Le mythe prolongeait l’Histoire, il se développait à partir d’elle

     Tandis que pour les chrétiens, leur mythe pascal repose sur un non-événement, très rapidement interprété de façon mensongère : aucun fait réel ne peut venir étayer la proclamation de la résurrection du Christ, telle qu’elle apparaît en l’an 57 sous la plume de Paul. Au contraire, tous les indices de nature historique que nous possédons, indiquent que le cadavre a été emporté du tombeau provisoire de Joseph d’Arimathie.

     Et donc, déposé ailleurs : dans un tombeau où les ossements de Jésus se trouvent toujours, quelque part dans le désert.

     Le mythe ici ne prolonge pas l’Histoire : il ne se développe pas à partir d’elle, mais contre elle.

     L’extraordinaire succès du mythe de la résurrection, appelé à conquérir l’univers chrétien, a tenu au génie de Paul : il a su rencontrer les attentes et les besoins d’une humanité désespérée par son présent, désireuse de pouvoir se rêver un avenir meilleur après la mort.

     Nous sommes aujourd’hui le « samedi saint » 2007 : j’accompagne par la pensée ceux qui, il y a vingt siècles, préparaient à cet instant précis l’enlèvement du cadavre d’un supplicié de son tombeau provisoire. Afin qu’il ne soit pas jeté à la fosse commune, comme celui de tous les crucifiés de l’époque.

     Geste de dévotion, geste de tendresse envers Jésus, auquel je m’associe pleinement.

     D’autant plus que je sais – nous savons – que Jésus, comme tous les « Éveillés » de la planète, vit aujourd’hui et pour l’éternité dans ce que tous les prophètes et spirituels appellent (faute de mieux) le « ciel » : un endroit dont nul ne peut rien savoir, sinon que – lorsque j’aurai moi-même franchi l’étape de l’Éveil – j’irai l’y rejoindre, selon sa promesse :

     « Voici, où je vais vous ne pouvez encore venir : mais moi, je vais vous préparer une place »

     Le joie de Pâque, elle est là.

                                                      M.B. Samedi 7 avril 2007.