Archives du mot-clé nazôréen

CORAN : LES CHOSE BOUGENT (2) :  »Le grand secret de l’islam » (Olaf)

Publié sur Internet (1) au printemps 2015, Le grand secret de l’islam n’est pas passé inaperçu. Cet été son auteur, Olaf (un pseudonyme) a demandé à me rencontrer. Je me suis trouvé en face d’un homme jeune, cordial, qui n’est pas historien de formation mais a travaillé sous la direction d’Édouard-Marie Gallez pour, me dit-il, mettre sa thèse monumentale Le messie et son prophète (2) à la portée du grand public.

Son pari est réussi, et ce n’était pas simple : pour écrire Naissance du Coran, j’avais moi-même passé des mois à étudier l’ouvrage d’E.M. Gallez, plus de mille pages passionnantes truffées de notes qui sont autant de dossiers historiques et exégétiques très fouillés.

En lisant le livre d’Olaf, j’étais curieux de voir comment il traite un sujet rendu brûlant par l’actualité de ces dernières années. J’ai pu constater que lui et moi parvenons aux mêmes conclusions, quoique par des cheminements différents. Lire la suite

UN CORAN DATANT DU PROPHÈTE MUHAMMAD ?

Deux feuillets de parchemin ont été découverts le 22 juillet dernier à l’université de Birmingham (1), glissés dans un des ouvrages datant du IX° siècle confiés récemment à cette université par Alphonse Mingana (2). Le parchemin a pu être daté au carbone 14 avec assez de précision, entre 568 et 645 de notre ère : il serait donc possible que ce texte ait été écrit du vivant du Prophète de l’islam, voire même dicté par lui.

Mais l’enthousiasme doit être tempéré. Lire la suite

CORAN : LES CHOSES BOUGENT 1. : Leila Qarb

« Le problème des musulmans et le nôtre, ce n’est pas l’islamisme, c’est le Coran. » C’est ce que j’écrivais dans un précédent article, Pour une autre lecture du Coran. Et c’est pourquoi je signale dans ce blog les avancées sur le texte du Coran et sa compréhension, qui se font jour ici ou là, de façon nécessairement très discrète. (1)

Ainsi l’interview sur Radio Courtoisie (2) de deux auteurs, Leila Qadr pour son livre Les trois visages du Coran et Olaf pour Le grand secret de l’islam. Deux chercheurs qui parviennent au même résultat que Naissance du Coran, puisqu’ils ont les mêmes sources et la même méthode, historique et exégétique – exigeante. Lire la suite

LES MUSULMANS DANS L’IMPASSE ? Pour une autre lecture du Coran.

En publiant Naissance du Coran au mois de mai dernier, je n’imaginais pas que ce petit livre serait à ce point rejoint par l’actualité. Ni que je vous résumerais aujourd’hui ces 140 pages qui synthétisent un siècle de recherche.

            L’islam est une religion sans autorité centrale, sans clergé hiérarchisé. Pas de pape ou de Dalaï-lama, pas de Conférence épiscopale, de Consistoire. Seulement des imams, autoproclamés ou désignés par une communauté qui peut les désavouer à tout instant.

            La seule autorité qui s’impose à tous les musulmans, pacifiques comme djihadistes, c’est le Coran et son Prophète. Il suffit de confesser le Prophète et de se soumettre au Coran pour devenir musulman.

            C’est pourquoi j’ai commencé, il y a dix ans, à étudier ce texte. Lire la suite

VOUS AVEZ DIT ‘’ ISLAMO-FASCISME’’ ?

J’entends des politiques & journalistes employer avec gourmandise un nouveau gargarisme, le mot composé « islamo-fascisme ». Ils s’en rincent les dents avec des mines effarouchées, à savoir qui fut le premier à oser l’employer…

            Aucun d’entre eux n’a lu Naissance du Coran, ni les études savantes d’où j’ai tiré ce savoureux petit essai. Comme ils n’ont pas besoin de savoir de quoi ils parlent pour parler, je répète ici (et je prends les noms de ceux qui n’écoutent pas).

            L’islam est né du Coran, et le Coran, quoiqu’en dise la légende musulmane, n’est pas né de rien.

           Tout est là. Lire la suite

LE CORAN : DES FRÉMISSEMENTS ? (Sophie Gherardi, Angelika Neuwirth)

            Les musulmans pourront-ils un jour sortir de l’impasse dans laquelle ils se trouvent, la compréhension et l’appréciation du Coran ? Deux articles publiés dans Le Monde du 7 février (1) ajoutent aux ‘’frémissements’’ que j’ai déjà signalés ici (2),

Nommer l’impasse

            Le déni de réalité enfonce dans l’impasse. Pour en sortir, il faut d’abord avoir le courage d’ouvrir les yeux et de nommer l’obstacle : Lire la suite

LES MUSULMANS DANS L’IMPASSE (III) : le déni de réalité (Ali Malek)

            L’islam des terroristes djihadistes est-il le vrai islam ? Leur violence est-elle compatible avec une religion qui se prétend meilleure que toutes les autres ?

            Les penseurs musulmans qui tentent de résoudre cette impasse avancent deux types de solutions : Lire la suite

ISRAËL EN PALESTINE : LE QUATRIÈME REICH ?

Une fois de plus, Israël massacre impunément des civils Palestiniens, et cela dure depuis cinquante ans. Aucun « processus de paix » n’a abouti, aucun n’aboutira jamais.

Pour comprendre, il faut relire quelques passages du Livre de Josué, écrit au milieu du VI° siècle avant J.C., quand les Hébreux exilés à Babylone recomposaient un passé devenu mythique.

La Shoah des Palestiniens (Nakbah)

Il est donc écrit dans la Bible que sur l’ordre de son dieu, Josué envahit la Palestine : « Tous ses voisins se sont unis pour combattre Israël. Mais Josué est tombé sur eux à l’improviste, les a battus et poursuivis jusqu’au Liban (1). » Vient ensuite la description complaisante du premier génocide attesté par l’Histoire: « Josué attaque les villages en partant du centre, et massacre tout être vivant, sans laisser échapper personne. Tous sont passés au fil de l’épée. Il soumet ainsi tout le pays jusqu’à Gaza, sans laisser un seul survivant (2). » Génocide accompagné d’une spoliation des biens : les Juifs « s’emparent des villes par la violence, ils en éliminent les autochtones par le massacre, sans rémission. Quand il n’est plus resté aucun Palestinien, Josué a pris possession de cette terre et l’a distribuée aux tribus juives (3). » Puis il déclare : « Toutes ces populations que nous avons exterminées, Dieu les a dépossédées pour vous… Prenez possession de leurs terres, des terres qui ne vous ont demandé aucune fatigue, des villes bâties par d’autres dans lesquelles vous allez vous installer, des vignes et des oliveraies que vous n’avez pas plantées (4)… Les juifs bâtirent des villages dans les terres spoliées, et s’y établirent (5). »

Il encercle Jéricho dont la population est systématiquement éliminée, comme celle du ghetto de Varsovie : « Jéricho est enfermée et barricadée : nul n’en sort ou n’y rentre. Après y avoir pénétré, les juifs ont massacré tous ceux qui s’y trouvaient, hommes, femmes, enfants (6). »

Cela ne vous dit rien ? Spoliations des biens, ghettos anéantis, extermination programmée… Hitler n’avait rien inventé, tout était déjà dans la Bible.

Entre les populations spoliées et leurs spoliateurs, aucune coexistence ne sera jamais possible : « Nous devons savoir, déclare Josué, que les populations [autochtones] que nous n’avons pas réussi à chasser vont constituer pour nous une menace permanente, une épine dans notre flanc et un chardon dans nos yeux. Et ceci, jusqu’à ce qu’ils nous aient été rayés du sol (7). » C’est eux, ou nous. S’engage alors un engrenage de la violence, et plus tard le héros juif Samson déclare : « Nous ne serons quitte envers les autochtones qu’en leur faisant du mal (8). » À quoi ils répondent : « Nous faisons la guerre aux Juifs parce qu’ils se sont emparés de notre pays. Rendez nous ces terres, maintenant ! » (8)

 Le Messianisme et l’obsession du Royaume

Dans Naissance du Coran, j’ai raconté comment, à partir du Livre de Josué, était née l’idéologie messianique chez les Juifs exilés à Babylone qui rêvaient de reprendre possession de leur terre : le Royaume de David et surtout Jérusalem, lieu du retour du Messie et donc centre du monde.

Ce Royaume de David, qui se serait étendu de l’Euphrate (Irak) jusqu’à Gaza, on sait maintenant que c’est un mythe. L’ambition des Juifs se limitait à sa reconquête. Ils avaient dû émigrer par la force, et c’est par la force qu’ils reviendraient. S’ils considéraient que ce retour se ferait, comme autrefois sous Josué, par une guerre d’extermination, jamais leur ambition n’a été mondiale. Elle se limitait à Heretz Israël, le Grand Israël, avec Jérusalem pour capitale.

Issue du judaïsme, la chrétienté a hérité de son idéologie messianique en étendant son ambition à la terre entière. La Cité des hommes devait devenir la Cité de Dieu.

Dans Naissance du Coran, je montre comment des Arabes, endoctrinés par des judéo-chrétiens nazôréens, ont adopté au 7e siècle ce messianisme dans sa version la plus dure. Ils résidaient en Syrie : voulant rééditer les exploits mythiques de Josué, ils se sont d’abord appelés les émigrés, muhadjirûn, « ceux qui reviennent chez eux ». Mais contrairement aux Juifs leur ambition ne se limitait pas à la reconquête du Royaume de David, elle était devenue mondiale. Au bout d’un siècle, abandonnant le mot muhadjirûn, ils s’appelèrent eux-mêmes mouslims – « ceux qui sont soumis à Allah », au Coran et à son Prophète.

Depuis lors, deux puissances messianiques se sont affrontées, elles s’affrontent toujours. L’Occident chrétien et le monde musulman, animés de la même ambition planétaire : leur Royaume, c’est le monde entier.

Pourquoi alors les musulmans s’en prennent-ils aux Juifs, dont l’ambition de conquête n’a jamais dépassé le Grand Israël ?

À cause de Jérusalem, lieu saint par son Histoire – et parce que c’est là que le Messie doit revenir.

Pendant plusieurs siècles, la conscience messianique des Arabes et l’ambition qui l’accompagne s’étaient endormies. Elle se sont réveillées au 20e siècle sous l’action de plusieurs facteurs – fin de l’époque coloniale et de ses humiliations, perte d’identité de la chrétienté, argent du pétrole.

Coïncidence ? Au même moment, deux totalitarismes adoptaient une version laïque du messianisme : le communisme, et le nazisme. Avec les méthodes qui furent celles de Josué, la conquête par l’extermination.

Le communisme s’est effondré, le nazisme a été vaincu. Restent face à face trois puissances messianiques : les Juifs qui jamais n’abandonneront le rêve du Grand Israël, l’Occident qui n’a pas oublié ses racines chrétiennes, et l’islam.

Les civilisations apparaissent, puis disparaissent. Le messianisme ne disparaîtra pas, parce qu’il possède sur elles un atout essentiel : il offre à ses adeptes le rêve du retour à un paradis perdu. Qu’il faille, pour y parvenir, violer les lois établies pour la préservation de l’humanité, cela importe peu à un messianiste. L’humanité qu’il veut rétablir n’est pas celle-ci, qui doit disparaître pour que naisse le monde nouveau. Société sans classes, Reich Aryen ou Paradis promis aux mouslims, ce sont des rêves.

Les rêves ne meurent pas.

C’est en journaliste et en témoin scrupuleux que Charles Enderlin a publié récemment Au nom du Temple. Son livre est une illustration de Naissance du Coran : il décrit le retour irrésistible du messianisme au sein des gouvernements israéliens successifs, appliquant aux infortunés Palestiniens les méthodes qui ont autrefois tenté d’éradiquer les Juifs du Troisième Reich.

Après les crimes de la dernière guerre dont il fut l’artisan ou le complice, tétanisé par sa mauvaise conscience, l’Occident ferme les yeux et laisse faire la Nakhbah, équivalent palestinien de la Shoah. Et si certains chez nous s’indignent du traitement appliqué aux civils de Gaza, nos ministres se contentent « d’appeler le gouvernement israélien à la modération », comme M. Le Drihan ce matin.

Appeler des messianistes à la modération, on croit rêver ! C’est ignorer ce qu’est le messianisme, c’est méconnaître les trois mille ans d’Histoire au cours desquels il s’est exprimé dans une longue traînée de sang et d’horreur.

J’ose imaginer que ces ministres sont tout, sauf ignorants.

Si ce n’est pas de l’ignorance, alors, de quoi s’agit-il ?

                                                                                          M.B., 13 juillet 2014.
P.S. : pour ceux que cela intéresse, en plus de Naissance du Coran cliquez en haut sur « Articles ». A droite cliquez sur « Liste des Catégories » : dans la catégorie « Judaïsme », vous trouverez plusieurs articles sur le sujet.

(1) La Bible, Livre de Josué, chap. 11.

(2) Livre de Josué, chap. 10

(3) Livre de Josué, chap. 11. J’appelle Palestiniens les populations locales, qui ne prendront ce nom (phalistin) que plus tard.

(4) Livre de Josué, chap. 24

(5) Livre des Juges, chap. 21

(6) Livre de Josué, chap. 6.

(7) Livre de Josué, chap. 23

(8) Livre des Juges, chap. 11

 

JÉSUS ET MAHOMET ONT-ILS EXISTÉ ?

NAISSANCE CORAN 1COUV

Qui se cache derrière les personnages-clé de l’Histoire ? Ont-ils été transformés par leurs hagiographes (1) à tel point, qu’on ne peut plus rien connaître de leur réalité humaine, psychologique, affective, et qu’on se demande s’ils ont vraiment existé ?

Saint Louis

Le monumental Saint Louis de Jacques Le Goff se présente comme un exercice d’école de la ‘’Nouvelle Histoire’’. Neuf cent pages, au fil desquelles l’auteur finit par se demander « s’il pourra un jour accéder à cet individu. »

Il divise son livre en deux parties :

1- Une biographie linéaire classique d’après les sources qui sont nombreuses. Linéaire c’est-à-dire chronologique, depuis la naissance jusqu’à la mort du roi.

2- Ces sources, il les reprend de façon transversale par grands thèmes : le roi chrétien, le roi « national », exemplaire, biblique, miroir des princes, le roi des lieux communs  etc. Autant de points de vue différents, d’angles sous lesquels il cherche à cerner la personnalité de saint Louis pour l’atteindre au-delà des portraits convenus, politiques ou hagiographiques, tous animés par le même objectif : se servir de cet homme pour en faire l’icône fondatrice d’un mythe national.

Véritable archéologie des textes, la méthode transversale est laborieuse, elle n’évite pas les répétitions. Mais en faisant ressortir et en confrontant  les strates successives d’une personnalité, elle parvient à atteindre l’homme derrière sa légende.

Au mi-temps de sa fouille, Le Goff en vient à se demander : « Saint Louis a-t-il existé ? » Le lecteur qui l’a suivi jusque là comprend bien qu’il ne remet pas en cause l’existence (indéniable) d’un homme devenu saint Louis, mais qu’il peine à exhumer l’identité humaine de celui qui fut un individu avant d’être un symbole national, un homme « singulier » avant d’être livré à la pluralité des appétits idéologiques.

Jésus

Parce qu’il est lui aussi devenu l’icône fondatrice et l’étendard d’une civilisation, c’est en termes semblables que se pose la question pour Jésus. Qu’il ait vraiment existé, personne n’en doute, les témoignages indépendants permettent de s’assurer qu’il y a bien eu en Palestine, au 1er siècle de notre ère, un homme Jésus. Mais qui était-il ? Transformé en Christ et Dieu, n’a-t-il pas disparu, écrasé sous le poids d’une chrétienté qui a dominé le monde grâce aux transformations qu’elle a fait subir à son image ?

Derrière les idéologies officielles, qu’a-t-il vraiment fait (ses gestes) et qu’a-t-il vraiment dit (son enseignement) ?

Paru en 2001, Dieu malgré lui a voulu répondre à la première question, celle de l’identité de Jésus. Lui aussi, ce livre est divisé en deux parties distinctes. La première est une biographie linéaire critique, depuis la rencontre avec Jean-Baptiste jusqu’au tombeau vide (suivant donc Marc plutôt que Matthieu et Luc), avec une extension dans les quelques années qui ont suivi – les débuts de la légende.

Comme le souligne Le Goff, ce genre de biographie linéaire se heurte toujours au problème du temps, c’est à dire de la succession des événements, la chronologie des faits. Je savais que les évangiles ont été rédigés à partir de souvenirs transmis oralement puis organisés suivent une chronologie artificielle, qui n’est d’ailleurs pas la même chez les synoptiques (2) et chez Jean. J’ai cédé à la facilité en suivant cette chronologie plus ou moins inventée, parce que mon objectif était d’établir l’identité de Jésus. L’ordre dans lequel se sont déroulés les moments de sa vie m’a semblé secondaire, d’autant plus qu’alors je le croyais introuvable.

Depuis, j’ai appris les avancées considérables initiées par P. Périer, Fr Guigain, E.M. Gallez (3) : s’attachant à retrouver l’original araméen derrière le texte grec des évangiles, ils ont identifié des « colliers », unités de récits d’abord transmis oralement puis enfilés comme des perles, dont on commence à reconstituer la succession dans le fouillis du texte. Découverte qui bouleverse totalement l’exégèse classique des évangiles, telle que je l’ai apprise et la pratiquais encore à l’époque de Dieu malgré lui.

Après la biographie linéaire, je propose d’appliquer en 2e partie la méthode transversale chère à Le Goff. Mais de façon tout à fait originale : au lieu de dégager des strates à l’intérieur d’une même tradition de mémoire et de textes, j’ai mis en contact deux traditions totalement étrangères l’une à l’autre. Dans les écrits bouddhistes du Tipitaka j’ai identifié les descriptions de l’Éveil esquissées par Siddhârta Gautama lui-même, pour interroger à cette lumière la vie et la mort de Jésus. Au soir de sa capture avait-il atteint l’Éveil, cette étape ultime de l’accomplissement humain selon le Bouddha ?

Le résultat est surprenant, au point que j’ai intitulé cette 2e partie Un Bouddha juif. Oui, dans ce que nous savons de lui par les évangiles, Jésus a bien manifesté tous les signes extérieurs de l’Éveil tel que le décrit Siddhârta. L’une des conséquences, c’est que la résurrection apparaît alors commeune construction de l’esprit inutile et encombrante. Pour Siddhârta « Rien ne disparaît, tout se transforme » : comme chaque être vivant, en mourant Jésus a transité, si j’ose dire, d’une forme de vie à une autre. Éveillé, il est passé directement de sa vie terrestre à une forme de vie dont nous savons peu de choses, parce qu’elle se déroule dans un autre espace-temps que le nôtre. Puisqu’il n’a pas cessé de vivre, la méditation nous donne les moyens de le rencontrer, au-delà des mots.

Ce portrait transversal inédit me donnait accès à une identité de Jésus, affranchie des empilements théologiques chrétiens successifs qui m’apparaissaient de plus en plus invraisemblables et absurdes.

Après son identité (ce qu’il a vraiment été), je voulais extraire des textes son enseignement (ce qu’il a vraiment dit). Les synoptiques témoignent qu’à ses débuts il n’a fait que répéter l’enseignement de Jean-Baptiste, pour passer tout d’un coup à un ensemble de paroles et d’affirmations totalement personnelles et originales. Aucune étape, aucune évolution intérieure, aucune maturation perceptible entre ce début et cet accomplissement. Comme si Jésus, un beau jour, avait brusquement sorti de sa tête un enseignement révolutionnaire tout cuit d’avance.

J’étais convaincu qu’il a, comme chacun de nous, découvert et mûri peu à peu sa pensée au fil des événements qui bousculaient sa vie. Je me suis tourné vers l’évangile dit selon saint Jean : avec L’évangile du treizième apôtre (2013) j’ai pu identifier quelques repères chronologiques fermes dans la vie du Galiléen. Autour de ces points fixes, pour écrire les Mémoires d’un Juif ordinaire j’ai imaginé de laisser parler la mémoire de Jésus à la veille de sa capture. Subterfuge qu’aurait désavoué Le Goff, qui me permettait pourtant l’approche globale qu’il préconise, nos mémoires nous présentant les événements de notre passé dans un ordre qui n’est pas chrono-logique mais émotionnel.

Au terme de ces travaux, Jésus avait une identité et une parole propres : il existait.

Mahomet

Pourquoi, dans la foulée, m’intéresser à cet homme autour de qui s’est constitué une autre tradition que la mienne, avec son histoire, ses penseurs, ses exégètes, dont je savais peu de choses ?

Parce qu’au cours de mes travaux j’avais rencontré une secte juive, les nazôréens, dont j’ai cru que Jésus avait fait partie. Et que je les retrouvais, souvent cités, dans le texte du Coran. Il y avait donc un lien entre les débuts du christianisme et ceux de l’islam. La signification et la portée du Coran concernaient les chrétiens autant que les musulmans.

Pendant 10 ans, j’ai mené en parallèle une recherche sur ce texte, avec les méthodes de l’exégèse historico-critique qui me sont familières et se montraient si efficace pour la restitution de l’homme-Jésus derrière l’icône du Christ-Dieu.

Dans cette étude du Coran j’ai fait abstraction de la tradition qui a voulu, dès les origines, obliger les croyants musulmans à le lire et à le comprendre en fonction des objectifs politiques d’une nouvelle civilisation conquérante, l’islam.

Selon la légende unique et immuable, ‘’Mahomet’’ serait l’auteur de ce texte, ou plutôt son réceptacle. Pour découvrir qui était cet homme, j’imaginais trouver des sources aussi nombreuses et exploitables que celles qui m’ont permis de retrouver l’identité de Jésus, qui ont permis à Le Goff d’approcher celle de saint Louis.

Je me trompais. Il n’y avait que des biographies calquées sur celle d’Ibn Hichâm, mort deux siècles après ‘’Mahomet’’ et brodant à l’infini sur des légendes tirées d’une tradition orale incontrôlable, les Hadîts et la Sîra. Quelques témoignages, indépendants de ce carcan historiographique immuable, n’apportaient rien sur l’homme, son enfance (réelle), sa vie familiale (réelle), son évolution (réelle) – bref, sur l’individu qu’il fut.

Aucune biographie linéaire digne de ce nom n’était possible, et aucune approche transversale. J’étais condamné au texte du Coran, lui-même souvent incompréhensible.

Pourtant, à l’origine du réveil arabe du 7e siècle et de son expansion fulgurante, il y a bien eu un guerrier arabe charismatique, réputé illettré. Comme le veut la tradition, a-t-il dicté ce texte à ses compagnons, est-il le Sceau des Prophètes, l’initiateur d’une religion plus parfaite que les autres, d’une civilisation meilleure que les autres ? Mais alors comment expliquer les incohérences du texte, ses emprunts à la littérature juive des Talmuds (4), à une Bible et des évangiles apocryphes (5) étranges ? Comment surtout expliquer la violence qui parcourt ce texte, ses appels au génocide de tout non-musulman – nommément, les Juifs et les chrétiens ?

J’ai tiré le fil conducteur des nazôréens, et toute la pelote est venue.

Le résultat c’est, pour la première fois, une explication raisonnée et raisonnable de la naissance du Coran et des origines de sa violence.

Mahomet a-t-il existé ?

Si l’on s’en tient aux termes fixés par Le Goff, non.

Entendons-nous : le guerrier arabe des origines a bien existé, mais il a disparu sous l’épais manteau de traditions musulmanes qui sont devenues intouchables, au point que toute étude du Coran indépendante de ces traditions est interdite aux musulmans. La personne, la personnalité, l’identité humaine de ce guerrier devenu LE prophète sont mis hors-jeu et hors d’atteinte par un formidable barrage idéologique, dont les musulmans sont imprégnés dès leur naissance.

Par la force des choses, Naissance du Coran s’en tient donc au texte, rien que le texte du Coran tel qu’il nous est parvenu, et au contexte historique du Proche-Orient au 7e siècle, qui nous est bien connu.

Jusqu’à présent, les musulmans sont piégés par un cercle vicieux : les obscurités du Coran ont été expliquées par la tradition, et la tradition a été fabriquée à partir du Coran. Peut-être, un jour, tenteront-ils une véritable confrontation transversale des Hadîths et de la Sîra avec le texte sacré et ses sources ?

Tant que les musulmans seront étranglés par les anneaux de ce serpent qui se mord la queue, ils resteront prisonniers de la violence qui imprègne le Coran. Prisonniers d’une impasse qui les condamne à l’obscurantisme, et conduit certains d’entre eux au fanatisme.

Il a fallu trois siècles à la chrétienté  pour se dégager du même cercle vicieux, qui l’étouffait tout autant. Puissent les musulmans s’y mettre rapidement : c’est la paix mondiale qui est en jeu.

                                                                                 M.B., 10 juillet 2014

(1) Hagiographe : auteur des « Vies des Saints » de l’antiquité et du Moyen âge.

(2) Synoptiques : les trois évangiles de Marc, Matthieu et Luc.

(3) Présentés dans le site http://eecho.fr et l’adresse contact@eecho.fr

(4) Talmuds : Volumineux commentaires rabbiniques de la Bible écrits au 5e siècle après J.C.

(5) Apocryphe : Évangiles folkloriques écrits au 2e et 3e siècle, rejetés par l’Église.

UN ROMAN SUR LA NAISSANCE DU CORAN : « La Porte du Messie » de Philip Le Roy

Mon essai Naissance du Coran, aux origines de la violence, est paru il y a deux mois, mais il m’a fallu dix années d’étude, de travail et de tâtonnements pour l’écrire.

Exactement au même moment paraissait le roman de Philip Le Roy, La Porte du Messie (Cherche Midi). Aucun plagiat possible, et aucun contact entre les deux auteurs, qui ne se connaissaient pas et travaillaient chacun de son côté.

Je viens de lire La Porte du Messie. Et j’ai eu l’heureuse surprise d’y trouver une documentation solide : Le Roy a puisé aux mêmes sources que moi, les orientalistes allemands et quelques spécialistes francophones de haut vol, dont Édouard-Marie Gallez.

Il a eu la bonne idée de présenter les résultats de ces recherches érudites sous la forme d’un thriller de facture classique, comme je l’avais fait dans Le Secret du Treizième Apôtre pour présenter la recherche récente sur l’homme Jésus.

Un tabou brisé

Le Roy n’hésite pas à briser le tabou des origines de l’islam, malgré l’interdit farouche du monde musulman relayé par la complicité des médias occidentaux (1). Le Coran n’est pas une révélation divine descendue du ciel sur un visionnaire arabe, Muhammad, mais une série de lectionnaires liturgiques syriaques repris, amplifiés et modifiés pendant un siècle par les califes de Jérusalem et Damas pour établir leur pouvoir politique. Dans Naissance du Coran, j’ai montré en détail la façon dont cette manipulation s’est opérée, avec ses conséquences dévastatrices sur la paix mondiale.

La recherche sur ce sujet est si récente et si confidentielle que les hypothèses sont nombreuses, et Le Roy en adopte quelques-unes qui me semblent particulièrement fragiles – par exemple que La Mecque serait en Syrie, ou que Waraqua, nazôréen et cousin légendaire de Muhammad, serait l’auteur d’un proto-Coran, un texte écrit par lui avant que les califes ne s’en emparent pour le trafiquer. N’empêche, dans ce roman, l’essentiel est dit – auprès duquel ces détails relèvent de querelles d’experts.

Un thriller

J’en ai fait l’expérience avec Le Secret du Treizième Apôtre, un roman d’action est la meilleure façon de faire passer au grand public des vérités qui dérangent.

Le Roy construit autour de ces vérités chuchotées par quelques chercheurs un thriller plaisant, avec une intrigue qui maintient le lecteur en alerte. On lui pardonnera quelques invraisemblances – une lézarde des remparts de Jérusalem, provoquée par un tremblement de terre, qui permet au héros de passer à travers les murs, ou bien ce héros recevant une balle qui traverse son crâne sans lui faire perdre ni sa conscience, ni son sourire… Cela importe peu au regard d’une action bien menée et des informations qu’elle contient sur l’origine du Coran, secret jalousement gardé par les dirigeants musulmans comme par les fondamentalistes américains, sans parler du rôle des nazis dans l’émergence du fondamentalisme islamique.

Tout cela est parfaitement exact, je le signale en note dans Naissance du Coran et l’ai développé dans des articles déjà anciens de ce blog (2).

Une convergence encourageante

Mes lecteurs savent quels obstacles j’ai rencontré pour la publication de Naissance du Coran, aucun « grand éditeur » n’acceptant de prendre le risque de publier cet essai pourtant apaisé et scientifiquement solide.

La parution, au même moment, de deux ouvrages destinés au grand public, convergents malgré l’absence de contact entre les auteurs, relève de la pure coïncidence. J’y vois un encouragement : il a fallu trois siècles pour que la laïcité s’enracine en France, trois siècles de douloureux affrontements. Comme Naissance du Coran, Le roman de Philip Le Roy ose enfin poser les termes d’un débat que le monde musulman va devoir un jour affronter et mener à terme, s’il veut enfin être en paix avec lui-même et avec le reste du monde.

M.B., 6 juillet 2014

(1) Voir dans ce blog les articles sur la Pensée Unique et sur Naissance du Coran (tapez à droite les mots-clés)

(2) Vous les trouverez en tapant à droite le mot-clé Messianisme.