AU COMMENCEMENT, DIEU CRÉA (I) – mais pas d’un seul coup)

On sait maintenant que l’univers a commencé un jour. Mais qu’y avait-il avant ? Ou (ce qui revient au même) QUI a créé ce qui existe – et qui n’existait pas avant ?

Cette question, toutes les civilisations, toutes les cultures, toutes les religions se la sont posée (1). Elles y ont répondu par des récits mythologiques. Un mythe tente de décrire une réalité qui échappe à l’esprit ou à la connaissance du moment, mais dont on a une compréhension intuitive, non rationnelle. L’antiquité est partie de ce qu’elle percevait avec les moyens du bord – le ciel étoilé, les plantes, les humains, etc. – pour bâtir ses mythes des origines, de la vie, de la mort. Ils sont comme des panneaux routiers qui indiqueraient une direction, dans laquelle doit se trouver la réalité. Mais sur ce panneau il n’y avait ni lettres, ni chiffres. Il n’y avait que des images, poétiques, allégoriques, colorées, suggestives, puisées dans le quotidien le plus banal.

Tous les mythes fondateurs de civilisations comportent un récit de la création, comme L’Épopée de Gilgamesh – antérieure à la Bible. Au fil des siècles ils ont été compris de tous et ont alimenté les imaginations, car les mythes sont universels. Leur langage est si familier ! Ce qui compte, ce n’est pas ce qu’ils disent, mais ce qu’ils veulent dire. Chaque génération a dû les lire et les interpréter pour saisir et actualiser leur sens en fonction de ce qu’elle savait.

I. Ce que nous autres savons aujourd’hui

Depuis très peu de temps, nous connaissons en détail l’histoire de notre univers après le moment de la création. Il y a 13,8 milliards d’années, tout a commencé par un point minuscule où se trouvait concentrée une quantité phénoménale d’énergie et de chaleur, 100.000 fois la température du soleil. Ce point, dont on ne connaît pas la masse mais qui partait de rien (il était donc infime) connaît immédiatement une expansion d’une rapidité et d’une vitesse prodigieuse.

Avant cet événement, l’espace n’existait pas. Le Big-Bang crée l’espace en même temps qu’il crée la matière (et le temps). Quand on constate qu’aujourd’hui les galaxies s’éloignent les unes des autres, et donc que l’univers est en expansion, ce ne sont pas les galaxies qui se meuvent dans l’espace, c’est l’espace lui-même qui se dilate et fait s’éloigner les galaxies. Mais grâce à cette expansion, on peut remonter le fil de l’histoire de l’univers et aller jusqu’à son origine.

Ou plutôt jusqu’à 10-13 secondes après le Big-Bang, mais le moment, l’instant même de la création reste hors de portée de notre science : nous ne pouvons pas remonter plus haut que 10-13 secondes après le Big-Bang, ni aller en-deça de cet événement : c’est ce qu’on appelle le « mur de Planck », nous y reviendrons.

Juste après le Big-Bang les éléments qui vont constituer la matière sont là, mais la chaleur est telle qu’ils ne sont pas organisés comme aujourd’hui. Ils constituent ce qu’on appelle une « soupe primordiale » si condensée, si agitée, si chaotique qu’elle ne permet pas à la lumière de s’échapper : à cet instant, l’univers est encore opaque. 380.000 ans après, il commence à refroidir, les premiers atomes se forment, hydrogène et hélium. L’univers devient transparent, la lumière apparaît. Ces gaz s’agglutinent en étoiles, au sein desquelles la pression de la force gravitationnelle est si forte qu’apparaissent d’autres éléments, carbone, azote, oxygène, métaux.

L’oxygène se combine à l’hydrogène pour donner de l’eau. Si, par un miracle qui défie les lois de la probabilité, une planète contient de l’eau liquide, une atmosphère, et se trouve précisément à la bonne distance de son étoile, la vie peut naître. Alors commence le processus de l’évolution, bien connu depuis Darwin.

Arrêtons-nous un instant : cette planète, c’est la terre. L’un des mythes de sa création se trouve dans la Bible, au Livre de la Genèse. Il a été la référence unique et incontournable de la chrétienté jusqu’à ce que Galilée, puis les astrophysiciens contemporains, le fassent voler en éclats. En sorte que depuis, on oppose volontiers la science d’un côté, la Bible de l’autre. Mais l’opposition est-elle si radicale que ça ? Relisons le texte.

II. La création de l’univers selon la Bible (Gn 1,1 – 2,4)

Curieusement il n’y a pas un, mais deux récits de la création dans la Bible. Le premier a été écrit vers le 7e ou le 6e siècle avant J.C., et le second un siècle plus tôt. Arrêtons-nous à ce premier récit, qui commence – et toute la Bible avec lui – par les mots Bereshit bara Elohim, « Au commencement, Dieu créa ».

-a- Contrairement à certains mythes orientaux de la création, pour la Bible il y a donc un commencement, Bereshit. C’est-à-dire quelque chose qui naît à partir de rien.

-b- « Or, continue le texte, la terre était vide et vague, et les ténèbres couvraient l’abîme. » À la place de « la terre » on peut lire ici « l’univers », puisque la terre ferme apparaît dans une étape ultérieure. Un univers en état de chaos (en hébreu todu bohu), existant mais sans structure et plongé dans l’obscurité : cela ressemble étrangement à la « soupe primordiale » des 380.000 premières années de l’univers

-c- « Dieu dit : ‘’Que la lumière soit’’, et la lumière fut. » On a vu qu’après cette période initiale de désordre, l’univers commence à refroidir : il devient transparent à la lumière.

-d- « Dieu fit le firmament et le sépara des eaux » : c’est le début du processus d’agrégation-séparation des premiers atomes, hydrogène et oxygène qui se combinent en eau.

-e- « Dieu dit : ‘’Que les eaux s’amassent en une seule masse et qu’apparaisse le continent’’. » Ici le continent, au singulier, peut être compris comme l’apparition des planètes telluriques.

-f- La Bible décrit ensuite le cycle de l’évolution des espèces. Dieu crée d’abord « la verdure, les arbres portant leurs fruits selon leur espèce », puis « un grouillement d’êtres vivants qui glissent et qui grouillent dans les eaux selon leur espèce », puis « les oiseaux qui volent au-dessus de la terre selon leur espèce. » Enfin « des insectes, des bestiaux, des animaux sauvages selon leur espèce ».

Arrêtons-nous là pour souligner l’étonnante concordance entre les grands éléments du récit biblique et les acquisitions toute récentes de la science de l’univers. Quand je dis ‘’concordance’’, ne lisez pas ‘’concordisme’’ qui est une interprétation fondamentaliste du texte pris à la lettre. Un mythe ne doit jamais être pris à la lettre, ce n’est pas un texte scientifique. Il évoque des événements dans leurs grandes lignes, et ici ces grandes lignes correspondent étonnamment à ce que nous savons des suites du Big-Bang : d’abord un univers chaotique, puis l’apparition de la lumière, la formation des planètes, l’apparition de l’eau et des organismes marins qui sortent du milieu liquide pour ramper ou voler.

La Bible attribue à ‘’Dieu’’ chacune de ces évolutions, puis marque une pause qui apparaît plus nettement dans le deuxième récit de la création.

III. Deuxième étape : la création de l’Homme (Gn 2, 4-25)

Écrit par des prêtres hébreux lettrés, le récit que nous venons de parcourir est marqué par un souci d’exposition logique et didactique. Le second récit, écrit un siècle auparavant, est moins structuré et, si j’ose dire, encore plus mythologique. Il ne s’attarde pas sur les étapes de la création : en deux phrases il dit que quand Dieu fit le ciel et la terre, il n’y avait que de l’eau et de la glaise. Première étape de la création résumée à l’extrême.

« Alors… » dit-il, et l’on comprend que c’est là que commencent pour lui les choses sérieuses. « Alors, il modela l’homme (‘adam en hébreu) de la glaise du sol (‘adamah.) Il insuffla dans ses narines un souffle de vie… » L’hébreu ruah désigne à la fois le souffle et l’esprit : pour ce récit, une seconde création apparaît après la première, celle d’un être vivant doué d’intelligence.

Ici encore, la Bible concorde avec ce que nous savons de l’évolution des espèces. Les anthropologues le disent, il y a entre le grand singe le plus évolué et l’hominidé le plus primitif un hiatus, un gap, un saut qualitatif immense, celui de la pensée humaine. Rien ne l’explique, on ne peut que le constater. Le récit de Gn 2-3 ne s’intéresse qu’à cette création-là, qu’il distingue de la création de l’univers, parce qu’il veut insister sur la prééminence de l’homme sur les animaux et sur la femme. La question « D’où venons-nous ? » le préoccupe moins que l’autre (qui taraude aussi l’humanité) : « D’où vient Le Mal ? » Qu’il fasse de la femme une complice du serpent (Satan) est compréhensible dans une société patriarcale de domination masculine. L’important, pour la question qui est la nôtre, c’est qu’il introduit la notion d’une création en deux étapes. Il n’y a pas eu un seul acte créateur, mais deux, distincts dans le temps, aussi inouïs, aussi inexplicables l’un que l’autre.

IV. La Bible et la science

Prenant tout à la lettre, les fondamentalistes lisent les deux récits de la création comme un livre d’Histoire. En oubliant que ce sont des mythes, des allégories, ils passent à côté de l’étonnante concordance qui existe entre la ‘’pointe’’ de ces récits et ce que nous savons aujourd’hui des origines de l’univers comme de l’évolution des espèces. Nous ne pouvons pas franchir le mur de Planck, parce que l’esprit humain ne peut pas mettre le ‘’rien’’ en équations. « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien » », se demandait déjà Leibnitz ? « QUI a créé quelque chose à partir de rien », nous demandons-nous ? À cette double question, la science n’apportera jamais de réponse.

La Bible l’élude en attribuant à ‘’Dieu’’ l’acte créateur. Dans le premier récit (Gn 1, 27), elle dit que « Dieu créa l’homme et la femme à son image. » Qui nous sommes, nous le savons de mieux en mieux. Mais qui est ce ‘’Dieu’’ dont nous sommes censés être l’image, à ce stade la Bible n’en dit rien. D’où la tentation d’anthropomorphisme qui parcourt toutes les théologies, inverser la proposition de la Bible et décrire ‘’Dieu’’ à l’image de l’Homme, avec des attributs humains.

Les choses auraient pu en rester là. Mais au fil des siècles les prophètes d’Israël vont dessiner le visage de ce ‘’Dieu’’ dont nous sommes l’image. En portant cette tâche à son accomplissement, Jésus va faire franchir à l’humanité un pas décisif, comme nous le verrons bientôt.

                                                                                  M.B., 12 août 2018
à suivre : AU COMMENCEMENT DIEU CRÉA (II) . La troisième création de l’amour

(1) Voir dans ce blog les articles  L’univers a-t-il été créé par « Dieu » ? (I) Science et foi Origine de l’univers (II) : du Big Bang à « Dieu »Origine de l’univers (III) ; l’être humain

19 réflexions au sujet de « AU COMMENCEMENT, DIEU CRÉA (I) – mais pas d’un seul coup) »

  1. NM

    Bonjour,
    Concernant la notion de Big Bang, j’aimerais apporter une petite précision.
    Ce que l’on appel Big Bang correspond à la période la plus reculée auquel nos théories actuelles(en occurrence la relativité générale)nous permettent d’accéder.
    Il n’est pas possible de parler de commencement et encore moins de « création ».
    La théorie de la gravitation quantique,théorie en lice pour aller au delà de la RG d’Einstein nous orienterait vers un modèle d’Univers ekpyrotique,c’est à dire suivant des cycles d’expansions et de contractions (vous y faite référence dans la partie 3).
    Dans un tel modèle la question du commencement n’a pas de sens car il n’y a pas de début,pas plus que de fin.
    La notion de commencement ou de fin ne sont que des points de vue lié à un observateur.
    Plus difficile encore à comprendre l’Univers n’aurait pas une histoire mais toutes les histoires possibles,d’ailleurs plusieurs passés pourrait conduire au présent tel que nous le constatons.
    On parle dans un tel cas « d’espace temps dynamique »,une observation futur pourrait redéfinir le passé de l’Univers,difficile à admettre mais des expériences viennent le confirmer!
    Dans un tel cadre il faut considérer l’Univers comme un spectre de probabilité(on parle de fonction d’onde de l’Univers) en état de corrélation absolu.
    Notre existence ne serait donc pas lié au désiderata d’un démiurge mais aux états de superposition de l’Univers dans sa phase quantique.
    Cordialement.

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    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      Merci. Voyez comme il est difficile de répondre à des questions simples (« pourquoi y a-t-il qque chose plutôt que rien ») avec des outils conceptuels fragiles et finalement grossiers. Notre science peut-elle rendre compte de ce qui est ? Si non, pourquoi ne pas entendre d’autres approches, notamment celles de traditions millénaires comme (entre autres) le bouddhisme ou le judéo-christianisme ?
      M.B.

      Répondre
      1. NM

        La célèbre citations de Leibniz« pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien »est tout simplement fondé sur un postulat erroné.
        La nature de la réalité est une synergie entre vide et plein.
        Il y a donc quelque chose dans le rien et rien dans le quelque chose.
        La conception classique de l’humain est de type binaire(0 ou 1)du fait de la limitation de nos sens,celle de la nature est plutôt d’ordre tétravalente:1,0 1et 0 à la fois, 0et 1 à la fois .

        En réalité le Bouddhisme et le Judéo-christianisme énonce –certes dans un langage différent– les mêmes choses que la science contemporaine,reste à comprendre la symbolique de l’époque.
        Dans les textes de l’AT ça n’est pas dieu qui crée le monde,mais les Élohim,pluralité issu de l’Unité,on peut y voir les forces fondamentales émanant de l’univers primordiale.
        Même chose dans l’Hindouisme avec Brahma,Vishnou et Shiva émanant du Brahman,et chacun représentant une transition de phase de l’Univers.
        Dieu est juste un terme à finalité politique venu se greffer sur un mystère que nous ne pouvons pas décrire…mais un mystère ne permet pas de coaliser des fidèles!
        Cordialement!

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        1. P.K.

          Votre commentaire a le mérite de tenir compte à la fois des connaissances et des hypothèses formulées actuellement par la science, mais aussi de l’analyse faite par des historiens et des exégètes sur les multiples dieux qui ont peuplés nos origines, jusqu’à ce qu’un Dieu unique ait politiquement été imposé, en simplifiant, par Constantin pour l’empire Chrétien et par les premiers califes pour l’empire Islamique, car je vous rejoins, « un mystère ne permet pas de coaliser des fidèles! ».
          .
          Mais ayant dit cela, nous en restons au niveau de notre compréhension et analyse humaine qui ne peut que très difficilement intégrer des données et réflexions qui ne se situent pas dans l’espace/temps.
          .
          Le chemin proposé par les Eveillés est la confrontation avec le Mal qui les a amenés à une proximité avec Dieu qui va jusqu’à Abba (petit père) pour Jésus.
          .
          Alors, le Bien, le Mal, Dieu…. Nous ne sommes plus dans une logique espace/temps.
          Nous sommes dans du relationnel…
          Comme le boson de Higgs …

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  4. Jojo

    Cher Michel Benoît,
    Merci pour cette belle page. Quelques réflexions, cependant. D’abord, la question initiale, « qu’y avait-il avant le temps? » est une fausse question. Ou, si on préfère, Platon a donné la réponse en disant que le temps est l’image mobile de l’éternité. Platon, Philon, saint Augustin savent parfaitement que Dieu n’est pas dans le temps, mais dans l’éternité, et que le temps naît avec la Création. Il ne saurait donc y avoir d' »avant » la Création. Or, il se trouve que la science actuelle confirme totalement cette distinction. Alain Connes dit très clairement que le temps n’est pas premier, et son approche géométrico-algébrique de la mécanique quantique correspond entièrement avec l’idée d’un état premier dans lequel le temps n’existe pas. Je vous donne une petite citation d’une de ses conférences, disponible sur youtube: « on ne doit pas considérer le temps comme étant une donnée fondamentale mais comme une donnée émergente, et si on avait une connaissance de tout, le temps ne passerait pas. » Et il confirme: « La raison pour laquelle on a l’impression que le temps passe, c’est que nous avons une connaissance partielle de l’univers ». Ce qui implique que Dieu, qui, lui, a une connaissance globale de l’univers, peut penser globalement, en dehors du temps. A. Connes ouvre tout simplement la possibilité de penser la réalité de l’éternité, et de comprendre que la réalité est dans cette éternité, mais Platon l’avait déjà compris, sans doute le premier. Le beau petit livre de Carlo Rovelli sur le temps confirme bien qu’il ne s’agit pas d’un élément premier.
    Faut-il sauver la Bible? On sait que c’est un faux, au double sens du terme: une collection de textes dont les auteurs ne sont pas ceux à qui on les attribue, et des textes qui racontent une histoire fausse. Le couper-coller de la Genèse, plaçant en pâte feuilletée les deux récits, yahwiste et élohiste, de la Création, sans le moindre souci d’harmonisation sérieuse, et avec une absence totale de conceptualisation théologique, est plus que suspect, et il est tout à fait symptomatique que, lorsqu’il le reprend pour en élaborer une théologie, Philon le reformate sur le mode du Timée. Quant à l’idée d’une Création ex nihilo, elle relève d’une mauvaise polémique, et ne tient pas. Elohim (pluriel) ne crée pas ex nihilo puisqu’il lui faut 6 jours pour mettre en place progressivement la béance originelle, le chaos dont parlait déjà Hésiode, et aussi parce qu’il lui faut un substrat de terre pour créer l’homme.
    Il n’y a pas de Parole écrite de Dieu, parce que Dieu ne parle pas, ce que pouvaient parfaitement comprendre les Néoplatoniciens, mais aussi ce que vivait Jésus, qui, précisément, refusait de donner toute doctrine théologique, se plaçant dans une théologie de la transparence. Sa seule affirmation est que Dieu est le Père, qu’il n’y a rien à dire de lui, mais qu’on doit le voir, à travers la figure du Fils. Et quand Jésus, sans proposer de doctrine, entre dans des débats théologiques avec les Pharisiens, il utilise les concepts grecs du stoïcisme, judaïsés par Philon et adoptés par les théologiens pharisiens, le logos et le pneuma.
    Alors, que faire de l’Écriture? Le fait que ces textes soient des faux n’empêche pas qu’ils puissent servir de canal à une expérience spirituelle. Nous sommes des êtres incarnés, et notre relation au spirituel ne peut se faire qu’à travers notre incarnation. C’est dans nos expériences vécues, circonstances, émotions, chocs esthétiques… que, parfois, nous pouvons entrevoir un autre ordre de réalité. Dieu ne se donne pas abstraitement, ou alors ce n’est qu’un concept de théologien, c’est-à-dire rien, il se laisse seulement entrevoir à travers des situations qui nous font sortir de nous-même. Et le texte sacré peut, à l’instar de la boule de cristal de la voyante, être le véhicule d’une expérience intérieure qui nous ouvre une voie spirituelle. Lire est une expérience profonde, et un texte peut être l’occasion d’une ouverture; il n’a pas, pour cela, à être vrai, mais à correspondre à une fenêtre qui nous fasse entrer dans un paysage inconnu qui nous illumine.

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    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      Merci.
      La Bible n’est pas « un faux », le texte est là. A nous de le comprendre et de lui donner sa vérité d’informations. La Genèse est un ensemble de mythes, et les mythes ont leur vérité à eux. En reprendre la « pointe » comme je le fais est légitime et informatif, si on sait bien à quoi on a affaire.
      Amicelement, M.B.

      Répondre
      1. Jojo

        J’entends « faux » au sens littéraire, ou artistique, du terme: un texte dont l’auteur n’est pas celui qui est affiché, et qui, souvent, a été écrit plus tard, et même parfois beaucoup plus tard. La pseudépigraphie a été beaucoup pratiquée dans l’Antiquité, on a de faux Pythagore, de faux Platon, de faux Aristote… Et la Bible elle-même a ses faux, Énoch, Jubilés, Testaments des patriarches… qu’on trouve dans la Pléiade des Pseudépigraphes de l’AT. Quant au NT, il a lui aussi une série de faux qui s’étale sur plusieurs siècles, mais dont certains, dont celui de Thomas, contiennent peut-être des informations exactes, sans pour autant être de leur auteur prétendu. Un faux reste un texte, et peut même être un texte parfaitement vénérable et important: le corpus aréopagitique est un moment capital de la christianisation du néoplatonisme, qui va irriguer toute la mystique flamande et rhénane, et pourtant c’est un faux dont on ignore toujours la date et l’auteur, mais dont personne ne croit plus que ce soit Denys l’Aréopagite. Il est clair que le Pentateuque n’a pas été donné à Moïse sur le Sinaï, que, donc, ni Yahweh ni Moïse n’en sont l’auteur. Et comme la Genèse est fabriquée à partir de sources différentes, sans doute par des scribes yahwistes d’époque postérieure, la qualification de faux n’est pas techniquement discutable. Cela ne change évidemment rien au texte. Personne ne sait si l’Iliade et l’Odyssée sont bien du même auteur (ce dont on peut sérieusement douter) et si cet auteur s’appelait effectivement Homère, il est donc probable qu’au moins l’une des deux œuvres est un faux, mais qu’est-ce que ça change? Dans la cas de la Bible, ça change quand même quelque chose: on sait que si on considère les textes bibliques comme une stricte parole de Dieu, ça fait de Dieu un faussaire… Savoir que ces textes sont des faux ne tarit pas l’éventuelle source d’inspiration spirituelle qui peut filtrer à travers eux, mais bloque toute lecture intégriste.

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  5. M.BESSON

    Merci Michel pour votre travail de synthèse.

    En complément de votre remarque:  » Arrêtons-nous là pour souligner l’étonnante concordance entre les grands éléments du récit biblique et les acquisitions toute récentes de la science de l’univers « , je vous propose une réflexion que nous avions menée avec un groupe d’amis après la découverte du Boson de Higgs.

    * * *
    En juillet 2012, la découverte du Boson de Higgs, a été médiatisée de façon tout à fait surprenante.
    Et ce n’est pas parce que cette particule fut aussi appelée, d’ailleurs à l’origine avec humour, « Particule de Dieu », que cette découverte dépassa le cadre du seul monde scientifique.

    Depuis Newton, nous pensions que la masse de l’univers était « matière ».
    Or la science nous dit aujourd’hui que dans le domaine de l’infiniment grand, comme de l’infiniment petit, à savoir dans le domaine de la physique quantique, c’est la mise en relation et l’information, générées par le principe d’incertitude, qui sont les éléments déterminants de cette physique.

    Le « Boson de Higgs », bien qu’apportant la masse à toute la matière de l’univers, n’est, en fait, qu’une particule énergétique de mise en relation, – parole, logos -, ce qui rejoint les approches de nos anciens :

    • Pour les prêtres de la vallée du Nil, toutes choses (animaux, êtres humains, végétaux, astres) furent crées par la parole divine.

    • Dans l’épitre aux HEBREUX, la Bible dit: « Ce que l’on voit dans le monde n’a pas été créé à partir de la matière, l’univers a été formé par la parole de Dieu ».

    • Affirmation reprise avec force dans le Prologue de Jean : « Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu ».

    * * *
    Points de vue de trois grands scientifiques et philosophes qui ont constaté que la matière n’est pas l’élément premier, constitutif de l’univers :

     Teilhard de Chardin, jésuite et théologien français, scientifique de renommée internationale, considéré comme l’un des théoriciens de l’évolution, a énoncé, dès 1946, dans son ouvrage de référence, « Le Phénomène Humain », que « le principe originel, antérieur à l’espace-temps, est un principe d’énergie et d’information »

     John Archibald Wheeler, physicien théoricien américain, fut l’un des derniers collaborateurs d’Einstein. Il introduisit la réflexion sur les « univers multiples »,
    et popularisa la théorie des « trous noirs ».
    Au début des années 2000, Il a déclaré :
    « Je crois que ma vie en physique se divise en trois périodes :
    – J’ai d’abord cru que tout était fait de particules,
    – puis que tout était fait de champs,
    – aujourd’hui mon impression est finalement que tout découle de l’information».

     Bernard d’Espagnat, membre de l’Institut, il a dirigé le Laboratoire de physique théorique et des particules élémentaires, à l’université de Paris-Orsay et a enseigné la philosophie des sciences en Sorbonne. Il fut membre fondateur du CERN chargé de rechercher le Boson de Higgs. Il énonce actuellement, dans différents colloques scientifiques, que « L’assise ultime de l’univers, ce n’est pas la matière, l’atome, les particules, c’est une parole, c’est un logos »

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    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      En effet. Dans le premier temps de l’univers, celui de la « soupe primordiale », tout est « tohu bohu » comme dit Gn 1, sans forme ni structure. Puis ce chaos originel prend forme et se structure, s’in-forme. D’où l’hypothèse assez répandue selon laquelle avant le Big-Bahg il y avait un « principe informatif » (qu’on peut appeler Dieu si on veut) qui aurait donné forme aux poussières de matière de la soupe primordiale.
      Je médite une suite à cet article. Question : énergie ou principe informatif, cela rend-il compte de ce que nous expérimentons comme êtres humains ?
      Merci encore, M.B.

      Répondre
      1. M.BESSON

        En complément de vos réflexions sur « l’étonnante concordance entre les grands éléments du récit biblique et les acquisitions toute récentes de la science de l’univers », ne pensez-vous pas qu’il pourrait être également intéressant de relever les convergences entre les civilisations antiques et nos connaissances actuelles.

        Je ne suis pas spécialiste de ces domaines, mais je vous livre malgré tout quelques réflexions:

        *** « La soupe primordiale »

        Dans la plupart des grands récits mythologiques, notre monde émerge d’une sorte de « soupe primordiale ».

        – En Egypte et en Mésopotamie, ce prémonde était un océan tumultueux, vaste tourbillon, sans lois ni stabilité.

        – En Grèce, à l’origine il y avait le « Chaos », vaste, vide, sombre et informe.

        – En Chine, Yin et Yang émergèrent d’une « vapeur primordiale ».

        – Dans la Genèse, terre et eau, lumière et ténèbres étaient mélangés.

        L’histoire de notre univers tel qu’il est décrit par les scientifiques dans le « modèle standard », vient corroborer les intuitions de nos ancêtres : notre histoire a bien débuté, juste après le «big-bang», par une « soupe primordiale », sorte de mousse – constituée de « cordes ou de boucles », mousse qui a brusquement enflé et s’est complexifiée, pour aboutir à l’espace, au temps et la gravitation, tels que nous les connaissons aujourd’hui. ( Aurélien Barrau, cosmologiste, auteur de « Big bang et au-delà » (Dunod)

        *** L’apparition différée de la lumière :

        – Dans la mythologie Grecque, Chaos s’unit à Eros pour engendrer la lumière.

        – Pour les Chinois, Pangu, le dieu créateur, a grandi pendant des milliers d’années, à l’intérieur d’un œuf. Quand il pu enfin en sortir, il trébucha. Sa chute fut si violente que ses yeux furent projetés dans le ciel : son œil droit devint le soleil, son œil gauche, la lune.

        – Selon le récit biblique,: « Au commencement, la terre était vide et déserte, et l’obscurité couvrait l’océan primitif. Dieu dit « Que la lumière soit » et « La lumière fut ». Dieu vit que la lumière était bonne et il la sépara des ténèbres. Il appela la lumière jour et les ténèbres nuit. »

        Nous savons aujourd’hui que la lumière n’est apparue que 380.000 ans après le big-bang, quand la baisse de la pression et de la chaleur dans l’univers a permis aux photons de s’échapper. (Le satellite européen PLANCK a pu reconstituer en mars 2013 la photo de notre univers tel qu’il était il y a 13,8 milliards d’années).

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        1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

          MERCI de ces éclairages parallèles. Les humains se posent tous les mêmes questions, l’étonnant c’est la convergence des réponses.
          M.B.

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    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      C’est la durée écoulée d’un moment à un autre, et mesurée par nous. Le temps est donc une valeur dépendante de notre condition humaine, il n’a aucune réalité en-dehors de nous autres humains. Pour les animaux comme pour Dieu, le temps n’existe pas en tant que valeur mesurable.
      M.B.

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  6. Lucien M. Martin

    Cette idée d’une double création, de l’univers dans son ensemble, d’abord, puis d’un être intellient et conscient, l’homme, me rappelle l’intéressant ouvrage de Julian Jaynes, universitaire et chercheur américain, « La Naissance de la Conscience dans l’effondrement de l’esprit bicaméral », appuyé d’un appareil scientifique des plus sérieux. Quand il parle de « conscience », il envisage, non la conscience d’être et de tout ce qui entoure l’être, mais cette aptitude au retour sur soi-même, cette aptitude à choisir, d’où sourd le libre arbitre (même limité) et la responsabilité, qui distingue l’homme de l’animal. Or, Julian Jaynes situe l’apparition de cette conscience six siècles environ avant notre ère. Et il en fait une démonstration à partir de quelques exemples remarquables, dont le plus inattendu est une analyse psychologique comparative entre l’Iliade et l’Odyssée, la première présentant les hommes comme obéissant à des voix intérieures (le cerveau droit), ressenties alors comme des voix divines, qui ne se discutent pas ; la seconde faisant apparaître une humanité qui raisonne ses actes, qui choisit, qui est responsable. Seconde création, toute récente à l’échelle cosmique.

    Observez que c’est aussi à cette époque et en peu de temps que la pensée humaine prend effectivement une dimension nouvelle. Songez aux extraordinaires prémonitions des philosophes grecs d’alors, la notion d’atome, l’incroyable spéricité de la Terre et jusqu’à l’héliocentrisme, qui heurtent l’enseignement primaire des sens ; depuis lors, après des siècles d’oubli et d’obscurité, avec une Terre plate au centre du monde, notre science est revenue à ces intuitions géniales et a pu les vérifier. En y réfléchissant, je trouve cela fascinant.

    Une autre observation maintenant, bien différente, mais qui nous amène aussi à prendre nos distances avec le déterminisme qui a marqué sans concession notre science jusqu’à une date récente. Si l’explication de Darwin (comme sur un autre plan celle de Newton) explique beaucoup de choses, elle est loin de tout expliquer et de soumettre l’évolution à un déterminisme sans nuance. Un autre ouvrage, passionnant (je l’ai lu quatre fois et, chaque fois, je m’y suis enrichi), celui de Jean Staune, scientifique co-fondateur de l’université pluridisiciplinaire de Paris, « Notre existence a-t-elle un sens ? » démontre les insuffisances du darwinisme, incapable d’expliquer certains phénomènes, sinon par des contes d’enfants chez certains darwinistes inconditionnels. Tout cela à l’aide, exclusivement, de données et de raisonnements purement scientifiques. Le darwinisme conserve certes son utilité dans de nombreux cas, comme les théories de Newton conservent une importante part de vérité, mais, comme celles-ci, le darwinisme ne peut nous dispenser de réfléchir aux données scientifiques récentes qui suggèrent fortement que l’évolution est loin de n’être que le fruit du hasard. Plus généralement, force est de constater que la matière est en train de se dématérialiser dans l’esprit même de nombre de chercheurs (songer à la physique quantique).

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    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      Julian Jaynes observe des sauts qualitatifs dans la conscience humaine. La 2e création attestée par la Bible & les archéo-anthropologues décrit un autre phénomène, l’apparition de cette conscience elle-même. L’un fait l’Histoire & l’évolution d’un phénomène dont les autres constatent la naissance
      Merci, M.B.

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  7. Ange lini

    Bonjour Mr Benoit

    Effectivement le mystère de Leibnitz reste entier. Que d’une énergie primordiale (d’amour ?) naisse la matière, soit. Ce principe physique vibratoire est aujourd’hui expliqué par la mécanique quantique…Mais d’où vient cette particule infime contenant toute l’énergie de la création ? Comment s’est elle « auto-créer » ? Ou plutôt comment de 0 peut naitre 1 et l’infini ? Ici « Dieu » nous pose une sacrée colle !!!! …

    Bonne journée

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