Archives du mot-clé Jésus

DE GRAND MATIN, LE JOUR DE PÂQUE … (Jean, chap. 20)

« Le matin, étant encore ténèbre, Marie de Magdala vient au tombeau… » (1) Marie-Madeleine, qui avait assisté au supplice de Jésus de loin (on n’avait pas le droit de s’approcher des crucifiés) a suivi son petit cortège funéraire jusqu’au tombeau. Elle a vu qu’on le fermait en roulant la lourde pierre devant l’entrée. La fête juive de Pâque se terminant notre dimanche au lever du soleil, pendant cette fête nul ne pouvait s’approcher d’un tombeau sous peine d’impureté majeure. Quand, à l’aube ténébreuse, elle vient pleurer le mort, Marie-Madeleine devance l’heure de quelques minutes – mais elle s’aperçoit que d’autres l’ont précédée. Lire la suite

APOCALYPSE NOW ? État des lieux (II) : démocratie

 Au commencement était le clan, ensemble de familles se réclamant d’un ancêtre commun. Quand les clans se réunirent en tribus, leurs membres organisèrent une solidarité restreinte à eux seuls, et farouchement défendue par eux face aux autres. C’était chacun contre tous.

Un pas décisif fut franchi à Athènes avec l’invention de la démocratie, qui instaurait une certaine paix sociale. Très vite, la démocratie athénienne sombra dans deux sortes de dérives : la tyrannie – confiscation du bien commun au profit d’un seul -, et la démagogie – soumission du pouvoir aux désirs irrationnels du peuple. La tyrannie menait à la violence arbitraire, la démagogie au chaos et à l’injustice.

Ni la démocratie athénienne, ni la tyrannie, ni la démagogie ne connaissaient ce que nous appelons aujourd’hui les ‘’Droits de l’Homme’’. Les citoyens étaient jaugés, jugés et classés selon leur naissance, leur productivité ou leur valeur militaire. La femme et l’enfant n’avaient pas d’existence légale.

Aucun de ces régimes ne s’est intéressé à la personne humaine pour elle-même.

Le christianisme, naissance de la démocratie moderne ? Lire la suite

À MES LECTRICES ET LECTEURS

Depuis vingt ans, ce blog a été fidèle à son titre, « La recherche de la liberté intérieure, morale et politique ». Près de 500 articles ont été lus et commentés par des milliers de lecteurs de toutes origines, de toutes sensibilités. Ils m’ont éclairé et stimulé dans mon travail et je veux leur dire ici mon immense reconnaissance pour ces partages parfois polémiques, toujours amicaux.

La fin de la recherche sur Jésus

Pendant ces vingt années, le blog a été un prolongement de mes recherches sur Jésus, les origines du christianisme, et accessoirement le Coran, le Bouddha. Sous cette lumière particulière, je n’ai pas hésité à aborder des sujets qui touchaient à l’actualité éthique, politique, sanitaire. Mais la recherche sur Jésus restait le fil directeur du blog comme de ma vie.

Or il semble que la grande époque de cette recherche (1) soit terminée. C’est normal : quand on cherche, c’est pour trouver. Et l’essentiel a été découvert, a été dit, a été expliqué, publié, mis en images sur cet homme, son identité, son enseignement, son étonnante postérité.

J’ai été un de ces chercheurs passionnés par l’homme Jésus – une recherche exigeante, historique, exégétique, technique. Cette étape de ma vie est derrière moi et une autre s’ouvre, tout naturellement. C’est la dernière : jouir et se réjouir des fruits de la recherche. C’est-à-dire faire silence, après avoir tant travaillé, tant cherché, tant parlé. Demeurer en présence de Celui sur lequel on a tant enquêté.

Et préparer sa rencontre dans la vie qui nous attend après cette vie-ci.

« Grand âge, nous voici… »

« … Lève la tête, homme du soir ! La rose des ans tourne sur ton front serein. Nous voici sur nos routes sans bornes, et ceci reste à dire : nous vivons d’outre-mort » (2).

Oui, quand tant de chemin a été parcouru, tant d’erreurs commises et de magnifiques découvertes, tant d’ombres affrontées, une douce lumière se fait.

Et la nature elle-même nous y prépare, puisque les forces du corps diminuent. Ou que des incidents nous rappellent que la vie est fragile, qu’il faut s’occuper de bien mourir, dans la dignité, debout et non couché. C’est sans tristesse et sans angoisse que j’ai vu ainsi mon cœur me rappeler qu’il bat depuis longtemps, et qu’il est fatigué. Rien que de très banal, de très attendu.

Dès que j’aurai repris des forces, je reviendrai à ce blog. Mais sa teneur sera différente : ce sera une chronique, non plus technique mais spontanée, intime, sans apprêts, de cette nouvelle étape.

Parler du silence ! Eh oui, car on ne peut se passer de mots. J’ouvrirai aux lecteurs l’intimité qu’autorise le « Grand Âge ». Certains regretteront que j’abandonne la technique et l’actualité pour aller à autre chose qu’il faudra ‘’laisser venir’’. Mais si l’on veut être honnête jusqu’au bout de sa vie, il faut savoir changer son regard quand elle fait signe qu’il est temps.

« Nous avons marché sur les routes lointaines, nous avons connu l’ombre, nous avons connu le feu où Dieu l’aveugle luit. Nous vous suivrons, aile du soir » (2).

                              M.B.  4 mars 2021
 (1) Voyez dans le blog la catégorie « La question Jésus »
(2) Saint-John Perse, Chronique. Voyez dans le blog Le monde de Saint-John Perse

PANIQUE SUR LA PLANÉTE : le coronavirus et nous (II)

 Ce qui se passe aujourd’hui fait penser aux Grandes Peurs du Moyen-âge, de la Révolution ou de l’ère atomique. Mais la mondialisation donne à l’épidémie de coronavirus des caractéristiques particulières, qu’on peut déjà tenter d’analyser (1)

I. Démarrage du cercle vicieux

La prise de conscience de l’épidémie sur la planète s’est déroulée en plusieurs temps. Lire la suite

Cycle : La civilisation occidentale peut-elle mourir ? (III) DESTINÉES DE LA CIVILISATION OCCIDENTALE

  Au terme de ces trois conférences sur la civilisation occidentale, vous attendez peut-être de moi une conclusion. Comme disait Flaubert, « La bêtise, c’est de vouloir conclure ». Je vais donc replacer notre réflexion dans un contexte plus vaste, entr’ouvrir quelques portes et vous laisser le soin de pousser l’une ou l’autre selon vos besoins.

Nous avons vu qu’une civilisation ce sont d’abord des valeurs, étroitement liées à une religion qui les précède ou les accompagne. Alain Peyrefitte écrivait en 1976 : « En Occident, la ferveur religieuse est retombée. Mais le mode de pensée qu’avait secrété la religion marque toujours les esprits. La société religieuse a fait naître une civilisation à son image, et cette civilisation se reproduit » (1). C’était le thème de la 1re conférence.

Des valeurs, qui engendrent une culture et un art de vivre en commun. C’est ainsi que la civilisation occidentale est née du christianisme en même temps que de l’héritage gréco-romain. Mais ces valeurs sont fragiles et aujourd’hui menacées. En 1957, recevant à Stockholm son prix Nobel, Albert Camus faisait ce bilan amer mais réaliste : « Nous sommes les héritiers d’une histoire de révolutions déchues, de techniques devenues folles, de dieux morts et d’idéologies exténuées ». Reprenons d’abord chaque point de ce bilan.

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LA CIVILISATION OCCIDENTALE PEUT-ELLE MOURIR ? (I) L’Occident et le christianisme : triomphes et déclin

Depuis près d’un siècle, aux yeux de tous les observateurs, l’Occident connaît une crise sans équivalent dans sa longue histoire. Une crise économique, sociale et politique, qui cache en fait une incertitude de plus en plus perceptible sur son identité et sur sa civilisation. L’historien sait que sur notre planète, toutes les civilisations sont nées en même temps qu’une religion. Laquelle accompagnait cette naissance en produisant des valeurs communes, une culture commune et un art de vivre en commun. Voyez par exemple Sumer, la Mésopotamie, l’Égypte et la Grèce anciennes, les amérindiens, etc.

Lorsqu’une de ces religions s’étiolait, la civilisation qui s’était bâtie autour d’elle mourait. Ou bien… est-ce l’épuisement de la civilisation qui provoquait l’effacement de sa religion ? Quoi qu’il en soit, religions et civilisations ont toujours été intimement liées. « On ne peut pas regarder au fond de l’actualité si on ne regarde pas d’abord au fond de l’Histoire » (1). Aussi, pour mieux comprendre la crise qui frappe aujourd’hui l’Occident, je vous propose d’abord un survol de la religion qui lui est organiquement liée, le christianisme. Nous allons prendre un recul qui vous sera peut-être inhabituel : je ne suis pas ici pour répéter ce que vous savez déjà, mais pour vous inviter à interroger l’Histoire. Lire la suite

OCCIDENT : SORTIR DE LA CRISE ?

C’est à un groupe d’amis Belges, et avant de les rencontrer, que j’ai envoyé ce qui suit

 Le christianisme est la semence qui a donné naissance à l’Occident, il y a 17 siècles. Aujourd’hui cette religion traverse une crise profonde, et l’Occident avec elle. $

I. Foi, autorité et vérité

Les religions s’appuient sur la foi. La foi énonce des vérités, qui sont pour les croyants des certitudes. D’où ces « vérités-de-foi » tirent-elles leur autorité ? De l’Église qui  prétend les puiser dans des textes « sacrés ». Qui donc a sacralisé ces textes pour leur donner l’autorité qui est la leur ? L’Église, la même qui tire d’eux son autorité.

Lisez bien ce raisonnement : ses propositions s’enchaînent de façon implacable, c’est un serpent qui se mord la queue. Tout aussi implacable est le monde auquel il a donné naissance : le monde des religions, aujourd’hui secoué par une succession de crises inédites – et mortelles pour les civilisations qu’elles ont engendré Lire la suite

LA RECHERCHE SUR JÉSUS DÉRAPE : Christian Amphoux et le « grand n’importe-quoi »

 Au lendemain de sa mort, Jésus a été manipulé. On en a fait un messie et un dieu (ses disciples), puis un magicien venu d’un autre monde (les Gnostiques), un philosophe stoïque ou épicurien (les rationalistes), un anarchiste, féministe et premier des communistes (les politiques), un hippie altermondialiste (le new âge)… Jésus étant passé par toutes ces sauces au cours des siècles, on croyait avoir tout vu.

Eh bien, non ! On n’avait pas encore vu M. Christian Amphoux. Lire la suite

RETOUR DU DÉSERT (II) : Monsieur le démon

Je l’ai dit dans l’article précédent : celui/celle qui pratique la méditation, quelle que soit sa forme ou ses modalités, fait l’expérience d’un état de conscience qui échappe au raisonnement, aux déductions savantes, aux représentations, aux pensées ordinaires ou triviales. La méditation met en contact (fut-ce brièvement, fut-ce inconsciemment) avec le monde au-delà des apparences.

Une fois franchie sa première étape (le silence des pensées), il y a autant d’expériences que de méditants. Les adeptes du bouddhisme chemineront, avec le « rien », au plus profond d’eux-mêmes puis de la réalité cosmique. Les judéo-chrétiens verront s’offrir à eux une tout autre expérience : la rencontre d’un au-delà peuplé d’êtres invisibles aux yeux mais très réels et très présents.

Comment les rencontre-t-on ? Comment peut-on être sûr qu’on n’est pas victime d’une illusion, d’une autosuggestion, d’un accès de schizophrénie ou de désordre mental ? Et si l’on pense être psychologiquement équilibré, comment savoir si cette expérience n’est pas provoquée par le démon ou toute autre puissance maléfique ? Lire la suite

LONGUE EST LA NUIT (VI) : Et Notre-Dame brûla

Les Français n’aiment pas qu’on leur rappelle les racines chrétiennes de leur pays. Dans les articles précédents (1) j’ai montré que l’Occident s’est pourtant construit à partir d’une religion, le christianisme. Que l’un et l’autre ont vécu une relation fusionnelle avant de décliner lentement. Ce n’est qu’en 1905 que la France a officiellement rompu cette relation, la nation française affirmant qu’elle n’avait plus rien à voir avec son catholicisme natal.

Mais aucune loi ne peut mettre fin à une relation fusionnelle aussi forte que celle qui unissait les Français à leur religion. Après 1945, le catholicisme avait encore de beaux restes en France. Intellectuellement, socialement et spirituellement, il continuait de tenir une place considérable dans l’espace politique français. Lire la suite