INUTILE RÉSURRECTION

             Qu’y a-t-il au terme de cette vie ? Jusqu’à une époque récente, toutes les civilisations pensaient qu’il y a quelque chose après la mort – mais quoi ?

            En Occident, l’antiquité croyait que le défunt franchit un obstacle (un fleuve) pour aller vivre après sa mort une autre vie dans un endroit idéal mais de nature indéterminée. La vie avait un commencement – la naissance – et une fin, la mort. Parvenu dans cet endroit sans identité, le défunt y restait éternellement.

L’au-delà dans le judaïsme

            La Bible elle aussi décrit notre parcours comme quelque chose d’unique, qui ne se produit qu’une fois. Avant la naissance, il n’y a rien. Après la mort, le défunt passe dans le Shéol, lieu vague et indéterminé où il attend la résurrection finale, au dernier jour. Est-ce son âme qui se survit dans le Shéol ? La notion juive de néphesh, qu’on traduit habituellement par ‘’âme’’, est aussi imprécise que le Shéol. Elle n’a rien à voir en tout cas avec l’âme platonicienne ou aristotélicienne. Quant à la résurrection du dernier jour,  ce n’est pas un retour à la vie d’avant la mort (1), avec le corps d’avant la mort : c’est une seconde création, comparable à la première. Pour les Juifs nous ne reviendrons pas à la vie (d’avant), nous serons recréés – mais cette fois-ci, sans l’aiguillon du Mal. La faute d’Adam et Ève – la concupiscence – sera effacée par la seconde (et ultime) création.

L’au-delà dans le christianisme

            Une étape décisive est franchie par Paul de Tarse. En l’an 51, soit vingt ans après la mort de Jésus et vingt à trente ans avant la rédaction des évangiles, il écrit aux Thessaloniciens qu’ils « ne doivent pas se désoler comme les autres [ les païens] qui n’ont pas d’espérance… Puisque nous croyons que Jésus est ressuscité, de même Dieu emmènera [les morts] avec lui » (2). Six ans plus tard, il ajoute une précision qu’il emprunte à l’Église de Jérusalem : « Le Christ est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures » (3).

            « Le troisième jour » : le judaïsme traditionnel admettait une résurrection (une création nouvelle) à la fin du monde, mais certainement pas trois jours après la mort. Pourquoi cette innovation, qui est une rupture totale avec la tradition juive ? Parce que selon les récits pré-évangéliques, Jésus aurait été vu par ses disciples, hommes ou femmes, peu de temps après sa mort. Vu, mais pas touché : l’épisode de Thomas (4) qui exige de mettre sa main dans les plaies du crucifié est tardif, il témoigne de l’émergence, dans le christianisme, de la doctrine de la ‘’résurrection de la chair’’. Le Père M.E. Boismard a montré (5) que ni dans les évangiles primitifs, ni chez Paul de Tarse il n’était question de ‘’résurrection de la chair’’. Cette notion sera insérée après-coup dans la version finale des évangiles et sera, plus tard encore, inscrite dans le Credo des chrétiens.

            Une âme qui se sépare du corps au moment de la mort. Pour aller au ciel, en enfer ou au purgatoire (adaptation chrétienne du Shéol) tandis que le corps pourrit en terre. Au dernier jour, cette âme se rhabille avec la chair qu’elle avait perdue à cause de la mort du défunt. Un corps ressuscité qu’on appelle glorieux – mais personne ne sait ce que ça veut dire. Une chair réhabilitée par sa réintégration dans ce corps glorieux : telle est, à partir du 2e siècle, la foi des chrétiens. Elle témoigne de leur souci de redonner sa valeur à un corps méprisé ou oublié par les philosophies païennes.

L’au-delà dans l’hindo-bouddhisme

            L’Orient a eu de l’au-delà une conception toute différente, mise au point par le Bouddha Siddhârta. Pour lui, l’âme – comme entité différente du corps – n’existe pas. Et la seule fois dans le Tipitaka qu’on le voit se fâcher, c’est contre un de ses disciples qui enseignait l’existence de l’âme.

            Il n’y a pas d’âme qui se sépare du corps au moment de la mort, parce qu’il n’y a pas de mort. « Rien ne disparaît, tout se transforme » : la mort n’est pas le point final de la vie. Selon la valeur positive ou négative de ses actes passés et présents (6), à sa mort soit le défunt est obligé de reprendre une nouvelle naissance pour finir de purifier son karma, soit – si « tout a été accompli » – il passe dans un autre espace-temps dont Siddhârta ne dit rien. Bien que, ajoute-t-il avec humour, « je ne suis pas sans en avoir quelque idée. » Et quand ses disciples le pressent de questions sur cette vie éternelle après la mort de l’Éveillé, il les rabroue : « Vous n’êtes pas venus me voir pour que je vous décrive l’après-nirvâna, mais pour que je vous y conduise. Travaillez, vous verrez bien ».

            S’il est peu disert sur la vie dans le ‘’ciel’’, en revanche il décrit les phénomènes qui accompagnent tout naturellement l’Éveil. L’Éveillé lit dans les cœurs, il perce leurs secrets. Il peut être vu par ses disciples à distance de là où il se trouve (bilocation), vu mais pas touché. Il traverse les murs, lévite sur terre ou sur l’eau. Dans la 2e partie de Dieu malgré lui, un Bouddha juif, relisant les évangiles à la lumière de cet enseignement j’ai dressé un parallèle entre l’expérience vécue par Jésus et l’expérience vécue par Siddhârta. Au terme, il apparaît clairement que dans sa vie comme dans son enseignement, Jésus a manifesté tous les signes de l’Éveil décrits avec précision par le Bouddha.

Inutile résurrection : un Bouddha juif

            Doit-on, parce qu’on est né dans une culture chrétienne, ignorer ou mépriser la culture de l’autre moitié de l’humanité, ses recherches, ses expériences ? Si l’humanité est une, ne doit-on pas au contraire tenter de rapprocher des cultures qui se sont développées en parallèle à la nôtre ?

            Regardés à la lumière de l’hindo-bouddhisme, certains événements de la vie de Jésus prennent une signification nouvelle. Avait-il atteint l’Éveil au cours de sa vie de Juif galiléen ? Tout permet de le penser (7). Alors, le Bouddha juif n’a pas eu à reprendre naissance, et ses apparitions à ses disciples juste après sa mort sont conformes aux nombreux cas similaires attestée tout au long de l’histoire du bouddhisme.

            Autrement dit, dans une anthropologie à l’écoute d’une autre tradition que celle du judéo-christianisme, Jésus n’a pas eu besoin de résurrection pour être – ou plutôt pour rester vivant. Vivant autrement, dans un espace-temps réel mais auquel nous n’avons pas accès. Karl Rahner a été l’un des rares théologiens chrétiens à réfléchir sérieusement – et profondément – sur cette condition des morts dans un autre espace-temps, qu’il appelle ‘’pan-cosmique’’.

            Jésus n’est pas ressuscité, parce qu’il n’a jamais cessé de vivre. Au moment de sa mort, ayant accompli son Éveil, il a continué à vivre dans cet espace ‘’pan-cosmique’’. C’est-à-dire immédiatement présent, en tous points du globe (et de l’univers) à ceux qui veulent rentrer en contact avec lui. Très rares sont ceux qui ont eu des visions authentiques : pour l’immense majorité (dont je suis), le contact s’établit au-delà des mots et des sensations visuelles ou auditives, dans le silence de la méditation. Alors il parle, non pas à l’intelligence mais au cœur de ceux qui s’ouvrent à sa présence.

            Paul de Tarse affirmait que « si le Christ n’est pas ressuscité, alors vaine est notre foi. » Grand mystique lui-même, il savait pourtant que l’Éveillé juif n’avait pas eu besoin de résurrection pour qu’il puisse l’entendre, et se faire entendre de lui « en des gémissements ineffables » (8) – c’est-à-dire au-delà des mots.

            Inutile résurrection ? Dangereuse résurrection, qui donne à la mort une réalité et une consistance qu’elle n’a pas.

                                                                                                M.B., Pâques 2016
(1) La vision d’Ézéchiel 37 (les ossements desséchés) est un cas unique dans la Bible, d’interprétation difficile.
(2) 1 Th 4, 13-15.
(3) Rm 15, 4.
(4) Jn 20, 24-29.
(5) Faut-il encore parler de résurrection ? Paris, Cerf, 1995.
(6) Par « actes », Siddhârta entend les pensées, les paroles et les actions.
(7) La parole « Tout est accompli » que les évangiles lui attribuent juste avant sa mort est un copié-collé de celle de Siddhârta quand il décrit l’Éveil. Mais il faut se méfier du concordisme : à part le cri « j’ai soif », validé par la réaction du centurion romain, aucune des 7 paroles de Jésus en croix ne peut être considérée comme historique. Dans l’esprit des évangélistes, « Tout est accompli » signifiait sans doute que par sa mort, Jésus accomplissait les Écritures.
(8) Rm 8, 26.

 Couverture DML

19 réflexions au sujet de « INUTILE RÉSURRECTION »

  1. CHERON

    De la Résurrection des morts à l’Eveil des vivants.
    Un thème majeur des doctrines chrétiennes est celui de la résurrection des morts, celle de Jésus après sa crucifixion et celle de la chair des humains à la fin des temps. Cette croyance est clairement attestée par les textes fondateurs avec les verbes ἀνίστημι et ἐγείρω. Les récits de résurrection de Jésus ne sont cependant pas convaincants car son corps est désormais comme fantomatique, apparaissant et disparaissant en traversant des parois et s’élevant jusqu’à disparaitre dans les nuages en contravention des lois de gravité terrestre. La croyance en la résurrection de l’humanité à la fin du monde, qui était partagée avec les Pharisiens, n’est pas plus sécurisante, pose problème en l’état actuel des connaissances et fait appel à l’existence d’un monde et d’un pouvoir surnaturel, ce qui n’arrange rien. Or Paul déclare à plusieurs reprises que « si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine ».
    Notre recherche s’arrêterait là si Paul n’offrait une autre interprétation de la résurrection en s’adressant à des disciples encore en vie qu’il considère comme ressuscités avant la mort (lire Eph 2:4-6 et 5:14, Col 2:12 et 3:1). Et Paul, en Gal 1:1 déclare que Dieu le Père l’a lui-même déjà ressuscité des morts alors qu’il est encore en vie. L’explication est donnée par le fait que les verbes ἀνίστημι et ἐγείρω , habituellement traduits par ressusciter signifient également se lever, s’éveiller et peuvent évoquer un éveil, une promotion d’un état à un autre. Et il explique en 1Cor 15:42 et suivants que l’homme nait animal et s’éveille spirituel. Et les applications ne manquent pas : de corruptible à incorruptible, de méprisable à glorieux, d’infirme à plein de force, de terrestre à spirituel. Ce sont les dons et les pouvoirs de l’Esprit qui nous sont accessibles pendant notre existence terrestre. Dons et pouvoirs que Jésus considérait comme acquis par héritage génétique de son Père qui est Esprit, et qui est également notre Père.

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    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      Vous avez entièrement raison, et la signification de « anistemi/égeirô a été malheureusement restreinte dans la tradition chrétienne à « ressusciter ». En fait, ces deux verbes signifient aussi, et surtout, « s’éveiller ». Hors de tout concordisme, il y a là une piste fructueuse pour comprendre la destinée humaine comme un Éveil (au sens hindo-bouddhiste). Éveil qui peut se produire de notre vivant : alors, la mort de l’Éveillé n’est suivie d’aucun retour à une nouvelle naissance.
      Cette doctrine quasi-scientifique du Bouddha est tempérée, chez Jésus, par son expérience d’Abba (son Père et notre Père). Cf les paraboles de Luc 15 et autres passages des synoptiques qui décrivent l’attitude d’Abba vis-à-vis de son/ses fils. L’existence d’Abba signifie que le parinirvâna (le passage au « ciel ») ne dépend pas uniquement de notre accès total à l’Éveil, mais aussi du pardon du Père (Abba). Grâce à ce pardon, même des misérables comme vous et moi peuvent y prétendre et l’espérer. Bonne nouvelle !
      M.B.

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      1. Jean-Marie

        Mais qu’avez-vous donc à vous faire pardonner

        Vous avez été comme nous tous un diamant brut appelé à s’auto-tailler en expérimentant des contextes dans lesquels vous avez évolué peu ou prou en sagesse altruiste ou en altruisme sage , au choix, à moins que vous ne préfériez en compatissant cherchant l’éveil

        Pourquoi ne pas continuer de vous auto-tailler sans cet horrible sentiment dévalorisant d’être pécheur ? La plupart d’entre nous sommes imparfaits encore certes, mais sans plus ; l’important étant aussi de ne pas stagner ou régresser dans notre évolution? .

        Un apprenti n’a pas à demander pardon à son formateur qui ne saurait intelligemment se sentir offenser par les ratés de son élève. Or le plus brillant et patient des maîtres n’arrive pas au début de la Sagesse et Intelligence aimante de notre Ineffable Source et Finalité

        C’est de l’orgueil suffisant de se croire digne d’offenser « Dieu »

        Répondre
        1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

          Pouf, Pouf, Pouf ! Théories. philosophies, psychologies ! Et en face les faits, la réalité, l’expérience. Y’a pas photo.
          M.B.

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    2. peter

      Je vous encourage à lire dans « le symbolisme dans la Bible » de Paul Diel le chapitre : Les épîtres de l’apôtre Paul (mythe de la Résurrection). La familiarité avec la pensée et l’écriture Dielienne est un plus mais ce chapitre est vraiment en rapport avec ce que vous décrivez.

      « La résurrection de la mort (de l’âme) doit s’accomplir durant la vie. »

      Le terme grec « anastasis », comme le terme latin « resurectio » ne signifie nullement renaissance corporelle après la mort, mais redressement, action de se remettre debout.
      « Ainsi le résurrection du Christ signifie: le resurgissement de la vérité enfouie par des siècles de dogmatisme et d’incompréhension. »

      Répondre
  2. Jon Jon

    Si je dois adhérer à l’existence de Jésus et à la véracité de son histoire, c’est en validant l’idée résumée par ce terme de « bouddha juif ». L’histoire judéo-chrétienne ne donne pas du tout de clarification sur les aspects de l’homme saint, sur les moyens pratiques d’y parvenir. Parfois j’ai l’impression qu’elle a toujours cherché à parler de ce qu’elle n’a pas vraiment connu, le socle commun des diverses formes d’élévation de l’humain vers le divin.

    Alors non, bien sûr, il ne faut pas continuer à mépriser les cultures de l’autre moitié de l’humanité… Même si on continuera encore longtemps à le faire. Toutes ces fois où on entend ces histoires de validation par nos « autorites » religieuses ou intellectuelles de telle idée ou pratique issue du bouddhisme par exemple, c’est ridicule; Reconnaitre une évidente avance spirituelle dans d’autres spiritualités, religions, civilisations que la nôtre c’est surtout un problème d’humilité : on n’est peut être pas les meilleurs

    Répondre
    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      Merci. Si l’être humain est le même sous toutes les latitudes, les expériences des « autres » doivent être prises en compte. Surtout quand (comme c’est le cas pour Jésus) des parallèles frappants apparaissent dans les faits.
      M.B.

      Répondre
  3. Peter

    « L’homme Jesus périt dans sa chair. Mais la vérité qui a été incarnée en lui – vérité symboliquement personnifiée et appelée « le Christ »- ressortira du tombeau. Le Christ étant un symbole , » la résurrection du Christ » est, elle aussi de portée symbolique .
    Elle est d’une tout autre signification que la « résurrection durant la vie  » de l’homme Jesus , et sa signification est différente également de la résurrection métaphysique dont le symbole est l’immortalité (le mythe du retour,après le trépas ,dans le principe créateur .
    Le Christ ne peut ressusciter ,la vérité ne peu revivre, qu’en se réincarnant ( jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous -Gal 4/19). Cette réincarnation compréhensive et active est la foi vivifiante.
    Merite( sur le plan de la réalité ) et grâce ( sur le plan symbolique ), la foi active est vivifiante, car elle ne fait point seulement renaître du tombeau l’enseignement , le Christ; elle fait aussi renaître de la mort de l’âme l’homme dans lequel la vérité se réincarne : son âme renait du sépulcre de la chair(désirs exaltés ). Paul Diel -le symbolisme dans la bible .
    La doctrine bouddhique a sûrement essaimée vers l’ouest car Alexandre est allé très loin et nous avons des vestiges d’un art gréco-bouddhique . Et si il n’y avait eu Alexandre et son précepteur Aristote , le christianisme n’aurait peut être pas eu le terreau adéquat pour se développer . Les Perses sont aussi des précurseurs avec le mazdéisme de Zoroastre.
    Relevez le défi d’un autre christianisme sera une démarche salutaire mais très longue.
    Harmonie dans les cœurs et renaissance à la joie et à la paix avec le message réincarné de Jesus en nous.

    Répondre
    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      Que de doctrine ! Plus modestement, je ne suis qu’un historien/exégète. Jésus est une réalité historique. « Le Christ » est une idée.
      Merci, M.B.

      Répondre
      1. Peter

        En Orient l’idée forme le fait !
        Je pense que Diel ne propose pas de doctrine mais une nouvelle vision de la relation de l’homme au divin.

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            1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

              Pardonnez-moi, mais je n’ai pas de réponse à cette question qui me paraît purement rhétorique.
              M.B.

  4. Lucien Martin

    Bien sûr, il fut un temps où je croyais que Jésus était Dieu, qu’il était ressuscité, que je connaîtrais plus tard le même sort, bien après ma mort terrestre, au son de la Trompe du Jugement. Je ne pensais pas alors vraiment ma foi ; au fond je la vivais comme je croyais encore pour peu de temps au Père Noël. J’ai cru au Jugement Dernier, au Paradis, au Purgatoire et à l’Enfer ; et au Diable. Sans parler des anges et des saints. On m’aurait alors dit que mon monothéisme évoquait un peu trop l’Olympe, je n’aurais pas compris.

    Je crois bien n’avoir jamais douté vraiment de la réalité de Dieu, quelques brefs et hésitants doutes que j’aie pu parfois éprouver. En revanche, ma lecture des Écritures, mes réflexions m’ont depuis longtemps éloigné de croire à la Trinité (mysterium fidei…), à la divinité de Jésus, et à la cohorte des demi-dieux et héros (c’est moi qui traduit) qui habitent l’empyrée. De même, j’ai cessé de croire au Diable (peu compatible avec le monothéisme et/ou l’infinitude de Dieu), donc à l’Enfer et même au Purgatoire (ce paradoxe d’un traitement temporaire, fût-ce pour les siècles de siècles) dans un monde où le temps n’existe sans doute pas plus que l’espace. Je ne crois même pas au Paradis, pour moi inséparable des notions de Jugement, de Récompense, etc…

    La seule chose que je continue à prendre au sérieux, vraiment, c’est le message de Jésus, même si je n’en ai pas de témoignage de première main, et c’est d’ailleurs en cela que vos travaux me sont utiles. Parce que, même d’authenticité parfois incertaine, les évangiles, à mes yeux, se distinguent énormément des deux autres Livres, Ancien Testament (le Livre d’un Dieu aux qualités trop humaines, non sans cruauté même) et Coran (salmigondis où chacun trouve ce qu’il veut y trouver, y compris le pire) : il y a fort peu de passages des Évangiles qui me gênent et jamais autant que tel ou tel passages de la Torah ou du Coran. Et ils contiennent un message civilisationnel extraordiaire.

    Cela dit, je ne cherche pas vraiment à imaginer ce que sera ma vie après ma mort terrestre– la vraie à mes yeux –, pour la simple et bonne raison qu’il est, par définition, radicalement impossible de l’entrevoir avant d’y être ; même les expériences d’EMI n’en donnent (pour autant qu’elles soient authentiques) qu’une image trop calquée (en idéalisé, bien sûr) sur les réalités terrestres pour ne pas susciter le doute sur la réalité de cette vie qu’on ne connaît que lorsqu’on a franchi la… miroir sans esprit de retour. Alors, direz-vous, pourquoi s’interroger sur Dieu lui-même ? C’est qu’il s’agit alors de l’Essentiel, une question dont tout dépend et que j’ai du mal à comprendre qu’on puisse ne pas se la poser réellement et, l’ayant fait, qu’on puisse prendre parti sur cette question ici-bas insoluble mais si fondamentale sans y avoir vraiment réfléchi. Le reste a tellement moins d’importance…

    Alors, la résurrection (de la chair, j’entends), la réincarnation, pourquoi pas tant qu’à faire, la métempsychose ? Je ne parviens pas à y croire, malgré tout ce que j’ai lu à ce sujet et qui est parfois troublant, il est vrai (je songe plus particulièrement à la réincarnation). J’ai quelques raisons « raisonnantes » d’en douter ; elles ne présentent ici guère d’intérêt. Je crois seulement que ces réponses à la question vaine de l’après-mort trahissent notre incapacité radicale d’imaginer à quoi peut ressembler le monde qui nous attend. Certains tentent d’y répondre par une de ces solutions beaucoup trop humaines (je veux-dire : terrestres) ; moi, je préfère ne pas me lancer dans cette vaine quête : je ne changerai pas seulement de monde (qu’est-ce que cela veut dire, d’ailleurs ?), mais de nature, d’essence. La seule chose dont je ne peux douter (en dehors de toute rationalité), c’est que j’y serai toujours moi.

    D’ailleurs, les physiciens les plus pointus n’en viennent-ils pas à penser que le monde matériel n’a sans doute pas de réalité objective ? Que temps et espace peuvent n’avoir pas de réalité ? Impossible à imaginer ? Certes, mais pas plus impossible à concevoir que l’infini et, pourtant, qui doute de la réalité, mieux, de la nécessité de l’infini ? Comment pourrais-je donc avoir, ne serait-ce qu’une très vague idée de ce que sera ma vie libérée par ma mort physique des illusions du monde « matériel » ?

    Répondre
    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      L’approche que je suggère a quelques valeur si elle stimule la réflexion des lecteurs – et si elle rejoint leur expérience informulée. Si elle lève certains des verrous qui cadenassent nos mentalités influencées par des siècles de dogmes et d’imageries pieuses.
      Chacun de nous est face à sa mort. Chacun s’y prépare comme il peut.
      Bonne route !
      M.B.

      Répondre
  5. Jean-Claude Lacaze

    Enfin cher Michel Benoît vous nous présentez un christianisme acceptable pour le XXIe siècle (un Jésus le Christ qui n’est pas Dieu mais bien celui que l’on attendait.) Alors le christianisme peut vraiment commencer (selon la formule de Théodore Monod) Il suffit d’ajouter au message de Jésus (Jésuisme) l’acceptation du monde tel qu’il est, c’est-à-dire en évolution, avec la vision de Teilhard de Chardin.
    Amicalement

    Répondre
    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      Oui, mais ni Théodore Monod, ni Teilhard de Chardin, ni pas mal d’autres précurseurs n’ont changé la face du monde (ni même celle de l’ex-chrétienté). « Voix de celui qui crie dans le désert »…
      M.B.

      Répondre
  6. Jean-Marie

    A-t-on fait une analyse exégétique rigoureuse de l’histoire et de l’enseignement du plus célèbre des bouddha et pas du seul Bouddha ?

    Autrement dit existe(ra)-t-il un Muichel Benoit qui, après d’autres, démontera la bouddhisme ?

    Vous ne pouvez pas, Michel, faire l’impasse sur la réalité de la réincarnation : elle est trop prouvée très sérieusement, à côté de cas douteux évidemment et de charlatans

    Même si’il est vrai que la description de nos inter-incarnations telle que la fait Michael Newton peut laisser perplexe

    Avec le recul notre crédulité naïve d’ex-cathos nous laisse perplexe, gardons nous d’en faire preuve encore dans notre nouvelle spiritualité..

    Répondre
    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      Cet article était bien rapide. Mais j’intègre totalement ce que vous appelez la « réincarnation » (terme que Siddhârta n’emploie jamais) dans la relecture du fait Jésus à la lumière de l’enseignement/expérience du Bouddha. Voyez « Dieu malgré lui ».
      M.B.

      Répondre

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