JÉSUS A-T-IL FAIT DES MIRACLES ? : « Dans le silence des oliviers (V).

 

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             Plusieurs lecteurs du Silence des oliviers ont la même réaction : « Au cours de ma première lecture, j’étais un peu étonné de voir Michel Benoît s’attarder si souvent aux miracles, notamment aux deux miracles de résurrection ».

 Une vie sans miracles

           Dictionnaire Robert : le miracle est « un acte contraire aux lois ordinaires de la nature, produit par une puissance surnaturelle. »

          On lit en effet dans les Évangiles quelques récits d’événements « contraires aux lois ordinaires de la nature ». Pour l’eau transformée en vin à Cana comme pour la multiplication des pains, une étude critique du texte suffit à dégonfler le miracle en non-événement tout à fait ordinaire. J’ai placé ces deux exemples au fil de la narration (pp. 56-58 et141-143), sans fournir les justificatifs techniques de mes interprétations (c’est un roman).

           Restent dans les Évangiles quatre mentions d’« actes contraires aux lois ordinaires de la nature » : car marcher sur l’eau, arrêter une tempête ou dessécher un figuier d’une seule parole, trouver surabondance de poisson là où il n’y en a pas, ce sont des événements que rien ne peut expliquer, sauf une intervention surnaturelle, divine.

           Vous remarquerez que ces récits de « miracles » sont dans les Évangiles le prétexte d’une reconnaissance émerveillée de Jésus ressuscité, ou d’une confession tonitruante de sa divinité. Le miracle semble alors venir à point pour justifier la théologie naissante de l’Église : « Jésus est Dieu ». Renforcée par notre connaissance des traditions de miracles dans l’Antiquité, puis par la critique interne, l’analyse conduit la plupart des spécialistes à mettre fortement en doute la réalité historique de ces miracles racontés par les Évangiles.

           J’ai voulu faire parler la mémoire de Jésus : il ne pouvait pas se souvenir de ces miracles, puisqu’ils n’ont jamais existé que dans la mythologie chrétienne en train de s’écrire à la fin du 1° siècle (cliquez). C’est pourquoi on n’en trouve pas trace dans ces Mémoires d’un juif ordinaire.

          « Les Évangiles, pour prouver la divinité de Jésus, ont recours… à deux arguments : la réalisation des prophéties et l’accomplissement de miracles »

          Les Évangiles avant remaniement, non (1).

          Les Évangiles remaniés dans une intention théologique, et le catéchisme jusqu’à nos jours, oui.

          Ce n’est pas la même chose.

Jésus guérisseur

          La guérison d’une maladie fait-elle partie du domaine des miracles ? Non, absolument pas. Notre médecine n’est pas une magie, elle analyse les symptômes, pose un diagnostic, propose un traitement. Si le malade est guéri, ce n’est pas un miracle, mais la preuve que le diagnostic était bon, le traitement approprié.

          Le problème de l’ouest occidental c’est que notre médecine est positiviste : le corps est un ensemble de petites machines, quand elles se dérèglent on les soigne à coup de médicaments, sans tenir compte du fait que la machine-cœur ou la machine-rein font partie d’un tout, l’individu malade.

          L’Antiquité ignorait cette conception mécaniste de l’être humain, sa médecine aurait pu s’appeler holistique.

          Les juifs y ajoutaient une particularité, que l’on retrouve dans tous les chamanismes : le désordre de la maladie était pour eux l’œuvre des puissances démoniaques. Une personne très malade, comme Marie de Magdala, était réputée habitée par sept démons, chiffre symbolisant la totalité du dérèglement de son corps.

          Quand les Évangiles disent que Jésus, en guérissant, « chasse les démons » du malade, c’est un langage codé. Ce n’est pas un exorcisme, comme le veut souvent l’interprétation catholique. Juif lui-même, Jésus parle aux juifs le langage qu’ils comprennent. D’abord, il pose un diagnostic : « Quel est ton nom ? », demande-t-il à un esprit impur (Mc 5,9). Attentivement, il écoute le récit du père d’un enfant dont « l’esprit s’empare » – et demande une précision médicale (« depuis quand ? ») : l’énumération des symptômes, étonnamment précise, nous permet de conclure sans hésiter à des crises d’épilepsie (Mc 9,17-20).

          Son diagnostic posé, il engage le processus de guérison, qui est toujours le même. Jamais il ne fait appel à la magie, comme c’était le cas des nombreux guérisseurs de l’époque (formules incantatoires, fumigations d’herbes, danse autour du malade, sacrifice d’animaux, etc.). Il s’assure du désir de guérison du malade, de sa confiance (pistis = équivalemment confiance, ou foi). Jamais il ne lui dit « Je te guéris », mais « ta confiance (ta foi) t’a guérie ».

1- Il faut le répéter : jamais Jésus n’attribue la guérison à son action personnelle. C’est sa confiance (sa foi) qui a guéri le malade, Jésus n’est là que pour l’attester face au malade et à la foule.

2- Confiance-foi… en qui ? : Toujours, Jésus utilise une formulation indirecte : « Tu es guéri », ou « tu as été guéri ». C’est ce qu’on appelle le passivum divinum, la façon qu’avaient les juifs de désigner Dieu sans le nommer. Autrement dit, Jésus met en présence la confiance-foi du malade, et la présence de Dieu. Tout se passe entre eux deux, Jésus n’intervient pas. Il se contente de vérifier-manifester la foi du malade, et de lui dire que son attente de guérison a abouti à un résultat, parce qu’elle a rencontré la présence de Dieu.

3- Modalités de la guérison : Est-ce donc Dieu qui guérit ? Et si oui, pourquoi a-t-il attendu si longtemps, pourquoi laisse-t-il des malades dans la souffrance ? Face à un aveugle-né, les disciples posent la question : « Qui a péché pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents ? » Jésus répond : « Ni lui, ni ses parents » (Jn 9,3). Autrement dit : Dieu n’est pas responsable de la maladie, ce n’est pas un pervers qui laisse ses enfants souffrir alors qu’il pourrait les guérir en masse. Quelque chose est cassé dans l’humain, auquel je donne une grande place dans Le silence des oliviers, que j’appelle Le Mal et que les juifs appelaient satan, traduit en grec diabolos, « celui qui divise ».

          La confrontation violente entre Jésus et Le Mal ouvre et conclut mon roman, parce qu’elle ouvre et conclut les quatre Évangiles.

          En acceptant la démarche de mise en présence du Dieu qui réunifie ce que Le Mal a désuni (la maladie), le malade est déjà guéri. C’est sa rencontre avec Jésus qui a provoqué ou facilité cette démarche, et il le lui dit.

4- Médecine positiviste et médecine globale : Je renvoie le lecteur à la redécouverte, récente et très lente sous nos cieux, des mécanismes holistiques de la guérison. Nous avons oublié que toute maladie est d’abord une affection de l’âme, ou (pour le dire en termes acceptables) un désordre à la fois du corps et de l’esprit, psychosomatique. Quand elles sont mises en œuvre, les forces mentales sont capables de réparer, en tout ou en partie, les déficiences de l’organisme. Si on refuse ce fait, le pouvoir de guérison des chamanes ou d’un Jésus ne trouve d’explication que dans le miracle, ou la supercherie.

5- Des guérisons solidement attestées : Autant les récits de « miracles » des Évangiles ne résistent pas à l’analyse, autant les guérisons opérées par Jésus sont solidement attestées. Par la convergence synoptique d’abord : des sources et des traditions éloignées les unes des autres concordent sans faille. Par la critique interne : la structure littéraire des récits est homogène, le mécanisme de guérison résumé plus haut est toujours le même, le plus souvent explicitement, parfois implicitement.

          Jésus n’a fait aucun miracle : mais il a guéri, le fait est indiscutable et ne pose ni problème textuel, ni difficulté de compréhension si l’on dépasse des dogmes pseudo-scientifiques solidement ancrés dans notre culture ouest-occidentale.

Résurrections ?

          Soyons clairs : il n’y a aucune résurrection dans les Évangiles, mais des récits de réanimation. Le cas le plus extrême est celui de Lazare. Relisez le chap. 44 du Silence : « Renaître de la corruption intérieure quand on est encore en vie, ou bien renaître quand le corps commence à se corrompre, où est la différence ? Tu crois que la vie ne finit pas ? Moi aussi »

          Nous sommes tellement conditionnés par notre conception de la mort, que nous avons du mal à admettre qu’elle puisse se dérouler autrement. Je signale simplement que notre médecine fait des progrès lents, mais constants, dans la compréhension « scientifique » de ce phénomène. Elle est (et restera) toujours à la traîne par rapport à l’expérience millénaire des cultures orientales, notamment bouddhiste. Mais nous n’admettons pas que l’autre moitié de l’humanité, orientale, ait depuis longtemps compris des choses que nous autres, occidentaux, croyons savoir et maîtriser.

          Indécrottable et imbécile arrogance occidentale.

          J’espère, tout au long du Silence des oliviers, avoir guidé le lecteur, par petites touches successives, vers cette autre compréhension de l’être humain, de ses maladies et de sa mort.

          C’était celle de Jésus. Il l’a affirmée tout simplement, par sa façon d’être et de réagir face à la souffrance humaine.

                                    M.B. 1° juillet 2001

(1) Tout comme l’Évangile de Thomas, qui ne mentionne aucun miracle

« LE SILENCE DES OLIVIERS » : une recension de Pascal Jacquot

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           « Je viens de terminer la lecture du livre Dans le silence des oliviers de Michel Benoît et je voudrais exprimer succinctement mes réactions.

          « Dans un premier temps, je me suis dit que ce récit présenté en roman n’attirerait ni les amateurs d’extraordinaire, ni les chercheurs de spiritualité.

          « Mais rapidement, au fur et mesure de la lecture, je me suis laissé fortement impressionner par ce cheminement vécu en direct, par les questionnements, les épreuves, les appels portés par Jésus.

          « J’ai apprécié à travers la progression dans le temps tout ce qui permet de mieux comprendre ses réactions, son évolution, ses craintes, ses doutes, sa souffrance, sa grande solitude … Avec « Le Mal » puissant qui reste toujours actif et sape les efforts. Avec la méditation dans le silence qui est la base de l’écoute et du cheminement. Sans s’appuyer sur des miracles qui ne sont que des phénomènes naturels ! Et surtout, sans trahir la Parole.

          En préservant la sobriété des citations évangéliques mais en plaçant cette Parole dans son cadre géographique et historique concret, on devine mieux ce qui a pu réellement se passer …

           « C’est une analyse profonde, sérieuse, à la fois claire, précise et très judicieuse, qui traduit une ambiance, une époque et présente un message crédible qui ne tombe pas du ciel mais se construit progressivement à travers des évènements humains.

          Le tout dans un style facile, agréable, non prétentieux et non réservé à une élite …

           « Après le livre Dieu malgré lui qui a été pour moi une révélation, ce roman rassemble une recherche et met en scène des hypothèses mûries, notamment celle du 13° apôtre, le « disciple bien aimé ».

          « Il traduit concrètement une démarche pour mieux en cerner la vraisemblance tout en valorisant la portée exceptionnelle du témoignage de l’homme Jésus, un grand prophète, un croyant engagé mais certainement pas un dieu.

          Ce travail portera ses fruits car les hommes bienveillants qui cherchent à accueillir le bonheur avec leur cœur peuvent entendre facilement cette approche. »

                                    Pascal JACQUOT

               (Publié sur le site écoute et partage)

UNE RECENSION ANGLAISE DU « SILENCE DES OLIVIERS »

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On peut lire sur le site thegoodbookstall.org.uk cette critique de la version anglaise du Silence des oliviers (cliquez, et aussi cliquez)

récemment parue chez Alma Books (London) sous le titre

                          The silence of Gethsemane

 

« Ce roman est un défi (A challenging novel).

 « Tout d’abord, comment raconter la vie publique de Jésus à la première personne, alors que tout le monde sait que cet homme n’a jamais rien écrit ?

 « Et puis, au fur et à mesure que vous lisez, vous vous rendez compte que ce roman tourne autour du « Jésus historique », et non du Dieu incarné. Nulle part il ne dit « je suis le fils de Dieu ». On découvre un homme qui prend conscience de sa relation avec le Dieu d’Israël, et de ce qu’il va devoir dire et faire  pour exprimer cette conscience devant ceux qu’il rencontre, et qui le considèrent comme un rabbi.

 « J’ai trouvé que la narration attentive de cette prise de conscience était particulièrement stimulante. Elle concerne chacun de nous parce qu’elle part de l’humanité de Jésus, et non de sa supposée divinité.

 « J’ai particulièrement apprécié le coup de projecteur porté sur la société juive et les lois religieuses de l’époque, qui permet enfin de comprendre comment Jésus a transformé radicalement la mentalité et la pensée juives, pour en faire ce qui aurait pu devenir le christianisme.

 « Le style adopté par l’auteur est intéressant : il permet au lecteur une lecture fluide, qui facilite l’assimilation d’un point de vue original sur une intrigue (la vie et l’enseignement de Jésus) qu’on croyait connaître, tout comme il stimule la réflexion sur une multiplicité de thèmes abordés de façon très vivante .

 « Scientifique devenu moine bénédictin (il a dû quitter pour « non-conformité idéologique »), l’auteur ne nous donne pas là une nouvelle biographie, routinière et attendue, de Jésus.

« Vous seuls, lecteurs, aurez à décider si vous acceptez le défi d’un regard raffraîchissant sur l’homme appelé Jésus »

                                                         Traduit de l’anglais par M.B.

DANS LE SILENCE DES OLIVIERS : trois réactions anglaises

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            Dans le site newbookmag.com / Alma Books, on peut lire ces trois recensions du Silence des Oliviers, traduit en anglais sous le titre The silence of Gethsemane

 Jan Stoyanov :

           « J’ai très vite été transporté comme à l’intérieur des pensées du narrateur – qui est ici l’homme Jésus.

          « D’un point de vue historique, les descriptions de son contexte quotidien sont vivantes et fascinantes : je me suis trouvé à ses côtés, sachant ce qu’il pouvait ressentir ou penser quand il était confronté aux événements de sa vie publique.

           « Le livre est superbement écrit : documenté, vibrant, incroyablement détaillé et historiquement pointu. Jamais encore je n’ai lu un récit aussi évocateur et éclairant de la vie de Jésus replacée dans son époque.

           » Peurs, trahisons, souffrance – et pour finir, acceptation d’une issue connue comme inévitable  : tout cela m’a tenu éveillé, j’ai lu jusque tard dans la nuit.

           « Voilà un livre que je relirai souvent. J’en ai aimé chaque passage, et en le refermant j’ai eu l’impression d’avoir rencontré personnellement son héros. »

 Clare Turner :

           « L’auteur soutient que Jésus était un homme exceptionnel et un prophète, mais pas un dieu. Qu’il y avait à ses côtés un treizième disciple, qu’il appelle ‘’le Judéen’’. Et que les apôtres, surtout Pierre et Judas, étaient bien différents de ce qu’on nous a toujours fait croire.

          « Il se donne enfin pour tâche de découvrir l’enseignement personnel de Jésus, au-delà de tout ce qu’on a pu lui faire dire.

           « Étant moi-même une chrétienne engagée, je m’attendais à détester ce livre : eh bien, il n’en a rien été. L’écriture est alerte, Jésus devient un personnage vivant et crédible. La façon dont l’auteur replace dans leur contexte des histoires qu’on croyait si bien connaître est merveilleuse.

           « De façon inattendue et quelque peu ironique, ma foi a été confortée par l’homme que j’ai rencontré dans ces pages.

          « Ceci dit, il est clair que le point de vue de l’auteur pourra désorienter certains. »

 Kim Smith :

           « L’histoire se passe dans le jardin de Gethsémani, et l’auteur explore la rêverie, les pensées, les réflexions et les sentiments d’un Jésus qui jette sur sa vie passée un regard rétrospectif.

            » Il est seul au milieu des oliviers, et sait ce qui va lui arriver : l’attente angoissée de son arrestation donne au récit une tonalité incroyablement émotionnelle.

          « Le portrait du personnage est très bien rendu – même si c’est un peu bref, mais ceci est un livre court.

           « La description des événements remis dans leur contexte donne une image très claire des modes de vie locale, depuis les choses les plus ordinaires jusqu’aux règles contraignantes fixées par la tradition juive de l’époque.

           « Ce livre est un bon choix pour un groupe de lecture comme le nôtre : il y a beaucoup à découvrir, à penser et à discuter. »

                                        (Traduit de l’anglais par M.B.)

LAURENT VOULZY lecteur de « Dieu malgré lui »

Voulzy + Dieu malgré lui

                                                                                                                        Laurent Voulzy

en train de lire « Dieu malgré lui ».

(Malgré le confort, il ne semble pas somnoler sur le livre)

UN NOUVEAU LIVRE DE MICHEL BENOIT : L’Évangile du treizième apôtre – Aux sources de l’Évangile selon saint Jean (I.)

Publié le par Michel Benoit

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            Quatre livres déjà parus (1) ont tiré de l’oubli un homme présent dans l’entourage de Jésus le nazôréen, que j’ai appelé le treizième apôtre dans Dieu malgré lui

          Pour conclure cette série, j’ai voulu mettre à disposition du public le long travail de recherche historique & exégétique qui a précédé l’écriture de ces ouvrages, et l’a rendue possible.

          Publié chez l’Harmattan, c’est un texte court (100 pages), de lecture facile malgré sa technicité.

           Voici sa présentation en couverture :

           Aucun des auteurs des quatre évangiles n’a connu Jésus personnellement.

          Aucun ? Peut-être pas. On sait maintenant qu’un treizième homme faisait partie de son entourage, le mystérieux disciple bien-aimé. Un treizième apôtre dont le témoignage oculaire est parvenu jusqu’à nous, grâce au récit d’un groupe peu connu, les nazôréens.

           Après avoir publié plusieurs ouvrages sur ce témoin capital gommé par l’Histoire, Michel Benoît cherche à exhumer ce récit actuellement enfoui dans l’Évangile selon saint Jean.

          Travail de restitution précis et minutieux, qui permet de découvrir un autre Jésus que celui des apôtres : Jésus avant le Christ. Son visage apparaît infiniment humain, démaquillé de tout ce que l’Église a plaqué sur lui pour en faire le fondateur du christianisme.

           Une approche qui renouvelle complètement notre compréhension d’un texte fondateur de l’Occident et de sa culture.

           Catholiques ou protestants, les spécialistes professionnels feront la moue devant cet essai : « Quoi ! Moins de mille pages, pas de notes compliquées, pas de langue de bois, pas d’énorme bibliographie ? Pas sérieux ! »

           C’est que la vulgarisation n’a rien de vulgaire. Elle suppose un grand respect du public non-spécialisé, une documentation considérable, un effort constant pour dire l’essentiel en peu de mots, et sans étalage d’érudition.

           Elle suppose surtout d’avoir lu et assimilé les travaux des chercheurs qui ont précédé : inutile de refaire tout le chemin qu’ils ont parcouru. Parmi d’autres, Boismard, Jeremias, Brown, Meier, sont les autorités sur lesquelles je me suis appuyé, pour faire progresser la recherche sur l’un des textes les plus commentés de l’Histoire du christianisme.

           « Le pédagogue, disait Socrate, est celui qui aide à poser les bonnes questions ». Puisse cet essai vous donner à penser, vous aider à chercher, stimuler votre réflexion et votre méditation. Ouvrir des portes, vous donner enfin un outil de plus pour partir à la découverte d’un témoin capital du mystère divin et de la nature humaine, le Juif Jésus.

                                Infos pratiques :

 Vous pouvez commander ce livre chez votre libraire, ou par Internet sur Amazon, ou encore directement sur le site de l’Harmattan, www.editions-harmattan.fr.

 Ou sur sa fiche dans ce site

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=39464.

 Contact promotion chez l’éditeur : marianne.ravaud@harmattan.fr.

                                                 M.B., 17 février 2013

(1) Dieu malgré lui, Le secret du treizième apôtre, Jésus et ses héritiers, enfin Jésus, mémoires d’un Juif ordinaire (c’est Dans le silence des oliviers, paru en Livre de Poche sous ce nouveau titre fin mars 2013)

L’ÉVANGILE DU TREIZIÉME APOTRE (II) : une critique

          L’évangile du treizième apôtre commence à être lu, quelques critiques me parviennent.

          Voici l’une d’elles : « Votre texte tient très bien debout, mais c’est descriptif et sans message. On dirait que c’est écrit seulement pour se justifier, et corriger des inexactitudes ».

 Qu’est-ce que l’exégèse ?

           Pour la première fois, je publie un ouvrage d’exégèse.

          L’exégète se penche sur un texte du passé, né dans un contexte, une culture anciens et disparus, écrit dans une langue morte ou étrangère. Il cherche à comprendre ce que ce texte peut vouloir dire pour nous, dans notre contexte, notre culture actuelle et la langue que nous parlons.

          L’exégèse est une des disciplines de l’Histoire : de même que l’historien cherche la vérité des faits, l’exégète cherche la vérité des textes.

          C’est un archéologue des mots : après les avoir identifiés, il cherche à les comprendre en les replaçant dans la strate historique dont ils proviennent.

           Depuis un siècle et demi, les exégètes bibliques ont mis au point une panoplie d’outils, des critères de lecture qui se révèlent performants. J’en ai donné ailleurs la liste (cliquez), ils sont évalués dans le Tome I de J.P. Meier (1), ce sont eux que j’ai utilisés pour extraire du Quatrième Évangile, dit selon saint Jean, un texte enfoui, noyé dans ce monument fondateur du christianisme.

 Une reconstitution ?

           Identifier, à l’intérieur de ce texte archiconnu, écrit par plusieurs mains anonymes au tournant du 1e siècle après J.C., un autre texte dont l’auteur serait le disciple bien-aimé de Jésus, qui n’est nommé que dans ce Quatrième Évangile.

          Pour procéder à cette extraction, créer de nouveaux outils, des critères de lectures adaptés à cette chirurgie-là, particulièrement délicate et fine.

          Est-ce de la chirurgie plastique, aboutit-on à un nouveau texte, reconstitué à partir de l’ancien ?

          Non, c’est un accouchement. Sorti de la maternité, le texte paraît nouveau parce qu’il a été débarrassé, nettoyé de l’amas de mots qui l’enveloppait et le rendait quasi-invisible dans ce placenta.

 Un nouvel évangile ?

           Les trois autres évangiles sont des ouvrages théologiques, et même polémiques.

          Des souvenirs, des paroles de Jésus ont été regroupés, triés, corrigés, amputés ou amplifiés, pour répondre à l’ambition des premiers chrétiens : créer une nouvelle religion, en inventant un nouveau dieu.

          Cela s’est fait progressivement : écrit le premier, Marc ne divinise pas encore Jésus, comme le feront plus tard Matthieu et Luc – qui déclare avoir soigneusement composé son texte.

          Chacun de ces trois évangéliste a inscrit sa théologie propre, en même temps que celle du milieu dans lequel (et pour lequel) il écrivait, non seulement en transformant plus ou moins certains dires et certains faits de Jésus, mais en les présentant de façon « ordonnée », comme le dit Luc.

          Or le texte que j’exhume du Quatrième Évangile n’a pas d’ordonnancement, pas de structure élaborée. C’est un recueil de quelques souvenirs d’un habitant de Jérusalem, qui témoigne de ce qu’il a vu et entendu lorsque Jésus quittait sa Galilée natale, pour monter dans la Ville de David.

          Le titre de mon petit livre est donc inexact : L’évangile du treizième apôtre aurait pu s’appeler Quelques souvenirs d’un témoin oculaire de Jésus à Jérusalem.

Une description

           Les lecteurs découvriront que ce qui est exceptionnel dans ce texte – à vrai dire, unique dans l’Histoire des Religions – c’est que l’auteur se contente de décrire ce qu’il a vu. Il se refuse absolument à toute interprétation morale, religieuse, philosophique ou théologique, des événements dont il a été le témoin, et de la personne qui est à l’origine et au centre de ces événements.

          Nous sommes tellement habitués, déformés par l’énorme édifice de pensées, de théories, de dogmes, de controverses qui collent depuis le début à la peau de Jésus, que nous voilà tout déconcertés. Quoi ? Ce disciple anonyme a vraiment rencontré personnellement Jésus, il a vraiment vu ce qu’il raconte, son témoignage est le seul de première main que nous possédions… et il n’en tire aucune conclusion, aucun message, aucune théorie, aucune théologie ?

          Eh non ! Il se contente de nous mettre en présence du Galiléen.

          Il semble avoir été tellement séduit, subjugué par l’homme qu’il voyait évoluer en Judée, dont il est sans doute devenu un ami proche, qu’il se refuse de nous dire autre chose que : « Venez, et voyez ».

 Une critique ?

           La critique de mon lecteur est donc le plus beau compliment qu’il pouvait me faire.

          Oui, ce livre est descriptif et sans message : au lecteur, et à lui seul, il appartient d’en tirer un message à sa taille. Ajouter mon message à l’absence de message du disciple bien-aimé, c’eût été le trahir (et trahir l’homme qu’il décrit) : c’eût été faire de la mauvaise exégèse.

          Oui, c’est une justification de tout ce que j’ai publié jusqu’ici : mes romans (cliquez et cliquez) sont tous nés de cette exégèse.

          Oui, c’est écrit pour corriger des inexactitudes : celles qui forment sur le visage de Jésus l’épais maquillage du dogme que nous connaissons, et qui nous étouffe.

           Prenez le temps de lire ces cent petites pages. « Venez, et voyez » : je n’ai pas cherché à voir à votre place.

                                                             M.B., 5 mars 2013

 Comment se procurer L’évangile du treizième apôtre : cliquez

 (1) John P. Meier, Un certain Juif, Jésus – (I) Les données de l’Histoire, Cerf, 2004.

« JÉSUS, MÉMOIRES D’UN JUIF ORDINAIRE » au Livre de Poche

Publié le par Michel Benoit

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           Dans le silence des oliviers, publié par Albin Michel en 2011, sort au  »Livre de Poche » sous un nouveau titre, Jésus, mémoires d’un Juif ordinaire.

           Il s’agit du même texte, seul le titre a changé. Pourquoi ?

          Parce que ce roman se présente bien comme un retour sur sa vie passée, au moment où Jésus sait qu’il va être arrêté. Il se remémore les événements qui l’ont conduit à tout quitter pour vivre en prédicateur itinérant, faisant exploser son horizon de Juif pieux.

           Un roman, mais basé entièrement sur la Quête du Jésus historique (cliquez).

          Un roman historique, ou plutôt exégétique. Ce n’est pas une  »vie de Jésus » (cliquez), mais une évocation soigneusement documentée de ce qu’il a voulu faire, et dire (cliquez).

          Traduit en anglais sous le titre The silence of Gethsemane (cliquez).

           Un petit livre, agréable à lire, dans lequel j’ai voulu condenser quarante ans de recherche sur la personne de celui qui est à l’origine de notre civilisation occidentale.

          Cette recherche, on en trouvera l’illustration dans un autre petit livre qui vient de paraître, L’évangile du treizième apôtre (cliquez).

           En voici la quatrième de couverture :

           Aucun Juif n’est ordinaire, quand il assume l’héritage des prophètes du judaïsme.

          Ni quand il prétend porter cet héritage à son accomplissement.

          Tel fut Jésus le Galiléen.

           Dans la nuit de Pâque, caché au milieu d’un jardin d’oliviers, il sait qu’il a été trahi, qu’il va être arrêté. Seul face aux étoiles, il revit les événements qui ont façonné sa vie : la rencontre de Jean-Baptiste, le séjour au désert, ses deux années d’itinérance…

          Il se rappelle le surgissement progressif d’un message original et neuf, incompris de ses proches et rejeté par les autorités juives.

           Michel Benoît évoque avec limpidité et érudition la formidable présence d’un Jésus qui aurait pu faire naître un monde différent, s’il avait été entendu.

           Si ce petit livre vous a plu, faites-le connaître autour de vous…

                                M.B., 23 mars 2013 .

APRÉS L’ÉMISSION « UN HOMME APPELÉ JÉSUS » sur France 2

          C’était forcément le « grand écart », et le réalisateur Roland Portiche le savait.

          Il savait qu’il ne fallait pas mécontenter les amateurs de mythes et de légendes, tout en ouvrant des fenêtres sur la réalité.

          Respecter les croyants, tout en laissant parler les chercheurs.

          Pari forcément inconfortable, mais pari réussi : une très belle émission, qui a réuni, un soir de départ en vacances, 4,9 millions de téléspectateurs devant l’écran.

          Jésus l’a presque emporté sur Obélix (même heure sur TF1).

           Le fil conducteur est fourni par les images tirées du film, déjà ancien, de Franco Zeffirelli. Un Jésus White Anglo Saxon Protestant d’Hollywood, propre à rassurer nos vieux et enchanter nos enfants. Mais les images de Zeffirelli sont belles, et juste après on nous montre la reconstitution saisissante de ce à quoi pouvait ressembler réellement un Juif contemporain de Jésus.

          Sur ce canevas, R. Portiche a laissé s’exprimer une dizaine d’historiens et exégètes. Tous l’ont fait sans passion, avec rigueur et mesure.

          Tous, sauf un.

           J’ai publié dans ce blog deux articles sur le livre Jésus de l’inénarrable Jean-Christian Petitfils (cliquez et cliquez). Historien de talent (il l’a montré dans un excellent Louis XVI, (cliquez), il perd tout contrôle dès lors qu’il s’agit de Jésus. Oublie ce qu’est le rigoureux travail de l’historien, ignore la critique textuelle, mélange tout pour se faire le porte-parole des catholiques piétistes et fondamentalistes.

          En vrac, il justifie la réalité historique du massacre des Innocents, de l’étoile de Bethléem, fait sans hésiter du dernier repas de Jésus une eucharistie, de sa souffrance « un mystère qui sauve l’humanité », puis s’enflamme en vue du Suaire de Turin (cliquez)… Tout cela est affligeant, plus que les interventions du cardinal Vingt-trois qui est dans son rôle en répétant sa leçon.

           Fort heureusement les autres intervenants font vite oublier ce miel de sacristie. Avec compétence, ils contredisent et corrigent ces propos, dans une convergence de vues d’autant plus frappante qu’ils ne se sont aucunement concertés. Particulièrement appréciables les contributions de Raphaël Draï, professeur à Science-Po qui parle du Juif Jésus en Juif laïc, averti et apaisé (« pour tout Juif, la mort n’est pas une fin »). De Michel Quesnel, prêtre et doyen de faculté théologique, qui n’hésite pas à faire part de ses doutes sur la version ‘’politiquement correcte’’. De Daniel Marguerat, fin connaisseur du Jésus historique, qui n’a qu’un moment d’hésitation au moment où il parle de la ‘’résurrection’’ (cliquez). Du rabbin Marc-Alain Ouakim, pour qui la guérison miraculeuse est d’abord la redécouverte de « la foi en soi-même », de « la force d’exister ».

           Particulièrement intéressantes les vues des fouilles récentes sur les sites de Nazareth, Sepphoris, Capharnaüm (on voit la synagogue où Jésus enseigna !), Magdala, les deux piscines de Bethesda et Siloé, la barque si semblable à celle des apôtres pêcheurs du lac de Galilée. L’escalier du Temple, aux marches inégales pour canaliser la cohue…

           En préambule du film, Stéphane Bern dit qu’il en ressort l’image « d’un Jésus bien différent du catéchisme traditionnel ». Et en conclusion : « Entre la mort de Jésus et le début du christianisme, il s’est passé quelque chose de décisif. Oui, mais quoi ? Sans doute ne le saura-t-on jamais, car tout ne s’explique pas ».

          Certes, le besoin viscéral de mythes est inscrit dans nos gènes, comme en témoignent les peintures préhistoriques, et il ne s’explique pas. Mais on sait très bien aujourd’hui comment Jésus a été transformé en Dieu, son message de prophète juif en idéologie mondiale et conquérante.

          Seulement, ceci est une autre histoire…

           Après la diffusion, Roland Portiche m’a envoyé ce message :

          « Vous êtes sans doute frustré du peu que j’ai retenu de notre longue interview. Il fallait gérer des heures et des heures d’entretiens (une trentaine) très riches et un minutage qui, sans être négligeable (1h43), était tout de même limité. Le résultat est quand même là : cinq millions de français ont découvert hier soir une approche de Jésus un peu différente de celle à laquelle ils étaient habitués. Le but de l’émission n’était pas de TOUT dire en une seule soirée, mais de donner envie au public d’en savoir plus ».

           Frustré ? Sûrement pas. Vous avez ouvert des portes. Vous avez posé des questions : ceux qu’elles intéressent iront lire nos livres, qui sont indiqués sur votre site. Ils verront une fois de plus que tout, dans ce qui est enseigné officiellement, n’est pas toujours vrai.

          Et s’ils découvrent derrière l’icône de la tradition un homme exceptionnel, qui a beaucoup à nous apporter en ces temps de désespérance, vous aurez gagné votre pari.

           Enfin, vous aurez montré ce qu’est la vraie laïcité, puisque vous laissez parler de leurs convictions intimes et irrationnelles un cardinal, un J.C. Petitfils, à côté de chercheurs attachés à la vérité des faits, insatisfaits par nature et par profession.

           Votre émission fait honneur au Service Public.

                                        M.B., 8 mai 2013

 On peut la revoir, avec bibliographies, en cliquant sur

http://www.france2.fr/emissions/secrets-d-histoire/diffusions/07-05-2013_53553

CHOC DES CIVILISATIONS, OU FIN D’UNE CIVILISATION ?

          En 1996, Samuel P. Huntington publiait Le choc des civilisations. Il analysait la confrontation entre « L’Occident et le reste du monde », la civilisation occidentale est les autres. Il montrait qu’un choc était inévitable, et serait ravageur, entre ces deux entités : l’une cernable et définie (l’Occident), l’autre floue et mouvante (le reste du monde).

     L’analyse de Huntington ne prenait pas (ou pas suffisamment) en compte un phénomène majeur, bien exprimé par Élie Barnavi (Les religions meurtrières, Flammarion, 2006 : cliquez) : « Vous croyiez Dieu mort et enterré, ou du moins définitivement chassé de l’espace public… Vous découvrez, effaré, qu’Il revient en force, et avec quel éclat » (p. 9)

     Le retour de Dieu (ou plutôt des religions, car « Dieu » n’est pas plus présent qu’autrefois) est un phénomène nouveau, inattendu, et qui change tout. Nous découvrons que nous nous sommes trompés pendant plus d’un siècle : Dieu n’est pas mort, comme le proclamait Nietzche. Il y a bien un choc, mais c’est un choc entre religions. Comme il en a été pendant des siècles, en fait depuis que l’homme existe en sociétés.

     Pourquoi n’avons-nous pas su analyser et comprendre  ce qui nous arrive ? Parce que l’Europe s’était habituée, depuis le IV° siècle, à habiter l’intérieur d’une civilisation fondée, enracinée dans le christianisme, totalement façonnée par lui. Pour le meilleur comme pour le pire, l’Europe a été chrétienne, officiellement, depuis l’an 380 – date à laquelle l’empereur Théodose décrèta le christianisme religion officielle (et unique religion) de l’Empire romain.

     Cela a duré, inchangé, pendant 17 siècles. Et puis, en 2004, pour la première fois de son histoire, l’Europe déclare officiellement qu’elle ne reconnaît plus son identité dans le christianisme : le projet de Constitution Européenne ne comporte aucune référence chrétienne, malgré la baroud d’honneur mené par 3 pays sur 25 (l’Italie poussée par le Vatican, l’Espagne, la Pologne). L’Europe se définit comme un ensemble de sociétés marchandes, sans socle identitaire commun : ce qui ne suffit pas à faire une civilisation.


     Nous ne vivons donc pas un  « choc des civilisations », entre eux et nous : mais la confrontation entre une civilisation (le Tiers-monde, emmené par l’islam) et une non-civilisation, l’Europe. Laquelle ne représente plus une force capable de s’opposer pour exister, mais un ventre mou que pénètre, avec une extraordinaire facilité, l’islam sous toutes ses formes.

     L’Allemagne, vieille nation chrétienne, vient de prendre la présidence de l’Europe. Elle ne présidera rien, puisque l’Europe ne lutte pas à armes égales contre la civilisation, forte et sûre d’elle-même, qui lui fait face.


                        M.B., janvier 2007