Archives de l’auteur : Michelbenoît-mibe

À propos Michelbenoît-mibe

Biologiste de formation, moine bénédictin pendant 20 ans, Michel Benoît a ''été quitté" par l'Église pour raisons idéologiques. Chercheur, historien, exégète, écrivain, il s'intéresse à tout ce qui touche au fait religieux en relation avec les questions de société.

POUR UNE SCIENCE DES CONS

En vieillissant, on s’aperçoit que les cons sont nombreux. Très nombreux. Extrêmement, même.

Or, chose étonnante, il n’existait aucune science des cons  jusqu’à la création à Paris-Sorbonne de la chaire de Conologie dont le laboratoire, que je dirige, s’enorgueillit du plus grand Conographe à transistor jamais mis au point. Cet appareil a permis de répondre à la première question que se pose un scientifique de mon nIveau : les cons forment-ils une espèce comme l’espèce animale, une race comme la race blanche, ou un genre comme le genre humain ? Bref, dans quelle catégorie les inscrire, puisque (selon Aristote) il n’y a de science que du particulier, de l’identifiable, du séparable ? Continuer la lecture

UN INTELLECTUEL PEUT-IL ÊTRE SUPPORTABLE ? (André Glucksmann)

            Un intellectuel, c’est quelqu’un qui cherche à comprendre (intellligere) le monde tel qu’il est, et les humains tels qu’ils sont.

            Dans cette quête, Platon, Aristote et leurs successeurs (Thomas d’Aquin) ont isolé des transcendantaux, attributs généraux de l’Être qui dépassent toutes ses manifestations ou catégories. Les transcendantaux expriment les propriétés communes à tout ce qui est, ils sont convertibles l’un dans l’autre. On en distingue principalement quatre : l’Être (le fait d’être), l’Un (l’unité de l’Être), le Vrai (la vérité de l’Être) et le Bon (la qualité de l’Être avant ses manifestations accidentelles).

Y a-t-il une seule Vérité ?

            Cette réflexion métaphysiques prend toute son actualité autour de l’un des transcendantaux, la Vérité. Pendant de siècles les religions monothéistes (judaïsme, christianisme, islam) ont affirmé que la Vérité était une (puisque l’Être est un) et elles en ont tiré leur conclusion : « Il n’y a qu’une seule vérité, la nôtre, elle est immuable. Cette vérité elle est bonne, nous la possédons et nous l’imposerons au monde pour son bien »

Comment ? En théorie par la persuasion, mais en fait par la force et la violence faite aux consciences et aux corps. Ce fut l’Inquisition, c’est le sionisme et l’islamisme. Continuer la lecture

MATTHIEU RICARD SUR ANTENNE 2

Hier soir dimanche, mon ami Matthieu Ricard a passé dix minutes au Vingt heures d’Antenne 2. Dix minutes, le temps de glisser quelques phrases pour dire ce qui est sa vie, et pourrait être la nôtre.

Quand David Pujadas le présente comme un spécialiste du bonheur, Matthieu corrige immédiatement : plus que le bonheur, la liberté. Liberté d’être soi, liberté d’être aux autres. « Qu’est-ce qui se passe dans votre cerveau quand vous méditez ? » J’attendais la réponse : « Rien, car la méditation c’est le silence des pensées. » Mais les questions suivantes arrivent en rafale, plus ou moins anecdotiques. On passe, la minute d’antenne est rare et chère. Continuer la lecture

CORAN, LES CHOSES BOUGENT (3) : Boualem Sansal, « 2084, la fin du monde »

            Quel écrivain peut-il se déclarer athée dans un pays musulman ? Se voir surveillé, inquiété, limogé, plusieurs fois censuré par ce pays, et pourtant ne pas s’exiler ? Rester là-bas, continuer à écrire malgré l’hostilité, le danger ?

            Ce pays c’est l’Algérie et cet écrivain c’est Boualem Sansal, l’auteur de 2084, la fin du monde (1).

            Un roman écrit dans une langue superbe, d’une richesse foisonnante – l’auteur a reçu en 2013 le Grand prix de la francophonie de l’Académie Française. Un humour de dérision subtil, et d’autant plus efficace. Ah, l’humour ! Qui permet seul de survivre dans un monde dominé par la Pensée Unique.

            Boualem Sansal ne s’en cache pas, il imite le 1984 de George Orwell. Mais le pastiche s’arrête là, puisqu’il applique le procédé d’Orwell non plus à une dictature quelconque mais à l’islam, et à sa nature totalitaire.

            J’imagine qu’il a lu les chercheurs qui, depuis un siècle, déconstruisent la légende musulmane, chercheurs dont Naissance du Coran propose une synthèse. Leurs travaux érudits, il en fait une fiction, codée de façon transparente : remplacez Yölah par Allah, Abi par Muhammad, le Gkabul par le Coran, l’abilangue par sa langue, l’abistan par l’islam, la Kiiba par la Kaaba de La Mecque, la Juste fraternité par le califat, etc… En voici quelques extraits, dans lesquels mes lecteurs retrouveront l’essentiel de Naissance du Coran  (2). Continuer la lecture

Juifs, chrétiens, musulmans : LA FABRIQUE DE L’HISTOIRE

Judaïsme, christianisme, islam : trois mouvements religieux qui se sont construits sur une manipulation de l’Histoire. Une imposture devenue dogmes intangibles.

Nous allons les comparer sous cet angle, résumant de façon lapidaire ce que j’ai publié dans mes livres (1) ou sur ce blog (2).

I. Moïse, Josué, David : le mythe fondateur du judaïsme

Moïse est considéré comme le créateur du peuple hébreu, Josué comme celui qui le fit s’approprier la terre de Canaan vers 1200 avant J.C., accomplissant le premier génocide attesté dans l’Histoire. Et David comme le conquérant d’un vaste royaume qui se serait étendu de l’Euphrate à la mer Rouge.

Moïse a-t-il existé ? À part la Bible, les historiens ne trouvent nulle part mention de lui. Certains vont même jusqu’à mettre en doute la réalité de l’Exode qui aurait conduit le peuple hébreu d’Égypte en Canaan/Israël. Continuer la lecture

CORAN : LES CHOSE BOUGENT (2) :  »Le grand secret de l’islam » (Olaf)

Publié sur Internet (1) au printemps 2015, Le grand secret de l’islam n’est pas passé inaperçu. Cet été son auteur, Olaf (un pseudonyme) a demandé à me rencontrer. Je me suis trouvé en face d’un homme jeune, cordial, qui n’est pas historien de formation mais a travaillé sous la direction d’Édouard-Marie Gallez pour, me dit-il, mettre sa thèse monumentale Le messie et son prophète (2) à la portée du grand public.

Son pari est réussi, et ce n’était pas simple : pour écrire Naissance du Coran, j’avais moi-même passé des mois à étudier l’ouvrage d’E.M. Gallez, plus de mille pages passionnantes truffées de notes qui sont autant de dossiers historiques et exégétiques très fouillés.

En lisant le livre d’Olaf, j’étais curieux de voir comment il traite un sujet rendu brûlant par l’actualité de ces dernières années. J’ai pu constater que lui et moi parvenons aux mêmes conclusions, quoique par des cheminements différents. Continuer la lecture

EXODE SYRIEN : l’islam bougerait-il par les pieds ?

Exode : nom donné à la fuite massive de populations, depuis leur pays d’origine vers un autre pays.

Le plus célèbre est l’exode des Hébreux qui quittent l’Égypte, traversent la mer Rouge et envahissent la Palestine vers 1200 avant J.C. D’après le Livre de l’Exode qui le raconte, les Hébreux fuyaient leurs conditions de vie détestables. Les empires polythéistes, Égypte ou Rome, laissaient les peuples conquis libres de pratiquer leur religion – seul les monothéismes sont intolérants et totalitaires. Le motif de l’exode biblique n’était pas religieux. Continuer la lecture

PEUT-ON ÊTRE HEUREUX ? Siddhârta, Jésus et nous

Qu’est-ce qu’être heureux ? Comment atteindre le bonheur ? Avec le besoin d’espérer, c’est la quête de l’humanité depuis qu’elle existe.

Le premier, le Bouddha Siddhârta Gautama a donné une méthode pour atteindre au bonheur : la méditation, dont il parle souvent mais qu’il expose en détail dans le Satipatthâna Sutta, vingt-deuxième Sutta du Digha Nikâya. Continuer la lecture

PEUT-ON ENCORE ESPÉRER ?

Depuis sa naissance, l’humanité s’est trouvée de bonnes raisons d’espérer.

1. La mort, espoir d’une vie

Le premier, Paul de Tarse a marqué le christianisme en enseignant que la vie ne vaut que par la mort, que le bonheur n’est pas ici-bas mais dans l’au-delà. La mort cessait d’être crainte pour être désirée : « Pour moi dit-il, mourir est un gain ». (1)

Il avait sans doute reçu cette philosophie d’abord de son éducation grecque. En milieu juif, elle s’était radicalisée dans les écrits esséniens qui associent la mort à un messianisme échevelé : mourir, pour les Fils de Lumière, c’est anticiper le retour du Messie et aller au paradis. J’ai montré que ces écrits étaient à l’origine de la mystique du chahid, le martyre pour Allah, inscrite en lettres de feu dans des versets du Coran qu’invoquent les islamistes. (2)

2. Heureuse souffrance Continuer la lecture

UN CORAN DATANT DU PROPHÈTE MUHAMMAD ?

Deux feuillets de parchemin ont été découverts le 22 juillet dernier à l’université de Birmingham (1), glissés dans un des ouvrages datant du IX° siècle confiés récemment à cette université par Alphonse Mingana (2). Le parchemin a pu être daté au carbone 14 avec assez de précision, entre 568 et 645 de notre ère : il serait donc possible que ce texte ait été écrit du vivant du Prophète de l’islam, voire même dicté par lui.

Mais l’enthousiasme doit être tempéré. Continuer la lecture