Il était deux sœurs, point mariées ni l’une ni l’autre.
L’ainée, sévère, un peu revêche parfois, faisait tourner
La maison au vent de son tablier, et le feu crépitait,
La pâte montait, les viandes cuisaient, le vin était tiré.
Marthe était son nom. Fille d’Ananias elle était fière
De sa maison, Beth-Ananias, où tout passant
Etait accueilli, nourri, soigné, aimé comme s’il eût été
Le prophète Élie soi-même, l’attendu, le désiré d’Israël.
L’autre, la Marie, était songeuse, malhabile peut-être,
Encline à rêver plutôt qu’à se lever dès l’aube
Pour découper une à une les parts de pain, les parts
De viandes préparées pour tous ceux qui frapperaient
À la porte. Et justement, ce jour-là n’était pas banal :
Jésus et sa troupe d’affamés venait de débarquer
Dans la cour, devant Marthe affolée. « Où est Marie,
Criait-elle à tout vent ? Je suis seule, qui m’aidera
À trancher pour donner à chacun la part qui lui revient » ?
Assise aux pieds de Jésus, les mains posées et la tête inclinée
Marie n’osait pas même lever les yeux vers le visage
Le beau visage de l’Aimé, si tendre et si fougueux,
Le désiré des siècles, l’attendu des pauvres et des petits
D’où coulaient, comme source, des paroles de miel brûlant.
Jésus vit et Marie tranquille et sa sœur affolée :
« Marthe, Marthe, dit-il, tu remues tout ce vent pour donner
À chacun des miens sa part, et c’est bien, et grand merci.
Mais Marie, ici à mes pieds, toute recueillie en elle-même
Et en moi, son âme n’étant qu’une avec la mienne, sa joie
Étant celle du ciel même, Marie, je te le dis,
A choisi la meilleure part, qui ne lui sera pas retirée »
M.B., 13 janvier 2021
P.S. : Haï kaï écrit pour vous d’une traite d’après Luc 10