UN LIVRE SUR JÉSUS DU PAPE RATZINGER (II.)

          Dans l’article précédent, j’analysais brièvement l’Avant Propos du livre de Ratzinger/Benoit XVI sur Jésus. Je me propose de lire ici avec vous son Introduction sur La question johannique, pp. 245 à 265. Parce sur cette question, la recherche récente a fait des progrès considérables.
      Ratzinger prétend connaître cette recherche, et faire le point sur ses avancées : « Que nous dit la recherche actuelle ? » (p. 247), et « la recherche la plus récente s’est rendue compte que… » (p. 262). Voyons d’abord quelles sont ses références, les chercheurs sur lesquels il s’appuie et dont il valide les résultats.
      Il cite longuement Martin Hengel, « adhère avec conviction » aux conclusions de Peter Stuhlmacher et avoue que « parmi les commentaires de l’Évangile de Jean, j’ai surtout utilisé celui de Rudolf Schnackenburg ». Il ne cite aucun des chercheurs de la « Quête du Jésus historique« , français et surtout américains – notamment les travaux considérables de Raymond E. Brown sur l’Évangile de Jean.
      Première conclusion : la « recherche la plus récente », c’est pour lui celle des théologiens allemands conservateurs. Ce n’est pas le chef de la chrétienté universelle qui parle, mais un provincial qui répète l’enseignement reçu autrefois dans sa Province allemande. 
     Il pose les deux questions-clés : qui est l’auteur de cet Évangile ? Et quelle est sa crédibilité historique ?

Qui est l’auteur de cet Évangile ?

Après une brève discussion, il reconnaît la réalité historique du disciple bien-aimé. Pour conclure que « l’état actuel de la recherche nous permet tout à fait de voir en Jean, le fils de Zébédée, ce témoin… oculaire ». Alors que R.E. Brown a montré de façon définitive que le disciple bien-aimé fut un personnage historique, distinct de Jean. On croit alors rêver quand on lit que « Zébédée [le père de Jean] n’était pas un simple pêcheur… Il peut tout à fait avoir été prêtre » : Jean serait donc de classe sacerdotale, ce qui expliquerait la teneur de son évangile, etc…
      Bref, ce sont des théories qu’on soutenait dans les années 1950, et que la recherche actuelle – la vraie – a fait voler en éclats.

Quelle est sa crédibilité historique ?

Ratzinger écarte alors l’idée qu’il puisse y avoir dans cet Évangile d’un côté le Jésus de l’Histoire, et de l’autre les discours poétiques d’un Jésus gnostique. Les longs discours n’ont pas été « enregistrés avec un magnétophone », mais « la véritable prétention de l’Évangile est d’en avoir rendu correctement compte ».     Comment s’y prend-il pour tenir ces deux bouts ?
      En esquissant sommairement une « théorie du souvenir » : quelqu’un (saint Jean) s’est souvenu de ce qu’il avait entendu de la bouche de Jésus. Mais il ne s’est pas souvenu tout seul : il s’est « souvenu ensemble », au sein de l’Église. Le IV° Évangile, c’est le fruit à la fois de son souvenir, et du souvenir collectif d’une Église habitée par l’Esprit-Saint : « L’Évangile de Jean […] ne fournit pas une transcription sténographique des paroles et des activités de Jésus. Mais, en vertu de la compréhension née du souvenir, il nous accompagne… jusque dans la profondeur des paroles et des événements – profondeur qui vient de Dieu et qui conduit vers Dieu » (p. 261)
      Ceci, c’est la négation même de la « recherche actuelle » du Jésus historique. C’est la théologie la plus classique et la plus rétrograde de l’Église catholique sur l’Inspiration.
      Que le pape affirme la valeur éternelle de cette théologie, c’est son droit – et après tout, c’est ce pour quoi il a été élu. On n’attend rien d’autre de lui.
      Mais qu’il prétende connaître « la recherche la plus actuelle », qu’il prétende la faire avancer en triant les scories du bon grain, c’est une malhonnêteté intellectuelle. C’est se moquer de ses lecteurs.

      C’est surtout ne pas se rendre compte que la « quête du Jésus historique » est en train, lentement, de se faire connaître même des catholiques. Lesquels ne sont plus aussi ignares qu’ils l’étaient aux temps de l’encyclique Pascendi. Lesquels sont capables de porter un jugement éclairé sur les tentatives pathétiques d’un vieil homme qui prétend maîtriser la recherche, mais qui lui tourne le dos.
      Décidément, c’est bien en solitaires qu’il nous faudra aller à la recherche de Jésus tel qu’il fut : l’Église institutionnelle est incapable de nous y aider.

                                         M.B., 9 déc. 2007

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