Archives du mot-clé Mort

PEUT-ON COMMUNIQUER AVEC LES MORTS ?

Au cours d’un repas, une amie, technicienne qualifiée, me raconte : le fils de sa belle-sœur est mort, jeune encore, dans des circonstances tragiques. Une personne qui ne connaissait pas la mère (et qui ignorait les circonstances du décès) parvient à lui faire dire par un tiers : « Votre fils m’a chargé de vous dire qu’il ne fallait pas être triste, que tout allait bien pour lui. » Puis la réceptrice du message ajoute des détails que seule la mère pouvait connaître.

Toute troublée, mon amie me demande : « Il n’y avait aucune relation entre la réceptrice du message et la maman du jeune homme mort. Qu’en penses-tu ? » Je lui raconte alors ce qui m’est arrivé : « Il y a 35 ans, ma mère est morte à 18 heures. Le soir de ce même jour, vers 22 heures, je n’arrivais pas à dormir quand j’ai entendu distinctement sa voix qui m’appelait d’une pièce voisine : « Michel, Michel ! » Je n’avais pas bu, j’étais bien éveillé, j’ai reconnu sa voix. Or le lendemain matin, ma sœur – parfaitement matérialiste et équilibrée -, me téléphone : « Hier soir, comme toi je n’arrivais pas à dormir et j’ai vu, distinctement, la silhouette de maman profilée sur le rideau de ma chambre. – Elle t’a parlé ? – Non, juste souri.  C’est dingue ! Je n’ose le dire à personne ». Lire la suite

UNE ANNÉE, MILLE ANNÉES…

On fête le Nouvel-an : c’est une tradition, à la fois nécessaire et dérisoire – comme toutes les traditions. Avec une bouffée de nostalgie on jette un regard en arrière, sur le chemin parcouru. Pourquoi revenir sur ce passé ? Le passé est mort, il n’existe plus. Le Bouddha Siddhârta l’avait bien compris, qui enseignait que seul l’instant présent existe. Prenez un crayon, faites-le tomber sur la table : jamais plus il ne retombera de la même façon. Si vous recommencez, ce sera une autre chute, un autre moment : le moment précédent est éteint à tout jamais. Lire la suite

LE SUAIRE DE TURIN A-T-IL UN AVENIR ? Mieux comprendre la mort.

  Pendant longtemps, j’ai considéré le suaire de Turin avec méfiance et scepticisme. Ce morceau de tissu était censé avoir enveloppé le corps de Jésus après sa mort, et avoir conservé une saisissante empreinte de ce corps supplicié. Est-il authentique ? Pour répondre à cette question, aucun objet sur terre n’a été soumis à l’examen d’autant de savants croyants ou incroyants, appartenant à autant de disciplines, bardés d’autant d’instruments sophistiqués. Pour mettre fin aux passions, on décida en 1988 de lui faire subir l’épreuve ultime et décisive, la datation au carbone 14 qui devait donner la réponse définitive : supercherie, ou relique authentique ? Lire la suite

LE DIABLE EXISTE-T- IL (III) ? Job et la souffrance innocente

Pourquoi y a-t-il sur terre de la souffrance ? Pourquoi les justes, les innocents souffrent-ils ? Cette question de la souffrance innocente, elle hante la Bible qui lui consacre l’un de ses plus beaux textes, le Livre de Job ­– chef-d’œuvre de la poésie antique (Ve siècle avant J.C.) Lire la suite

LE DIABLE EXISTE-T-IL ? Les mystiques (II).

Les commentaires au précédent article résument bien nos réticences à admettre l’existence d’une puissance maléfique personnalisée, et notre rejet viscéral d’une telle réalité. C’est toute notre culture, notre éducation rationaliste et scientifique qui s’opposent à l’idée d’un ou plusieurs diables acharnés à nous faire souffrir et à nous perdre. On invoque le « déterminisme scientifique », on dit que « Satan décrit plus une situation qu’un être démoniaque », on parle d’adversité, de destin, de fatalité, d’hypertrophie de l’égo – bref, de forces impersonnelles, aveugles et incontrôlables dont nous subissons les méfaits. On rappelle le vieil argument : « Dieu est bon, donc il ne peut être l’auteur du Mal. » Il nous a dotés d’un libre arbitre, c’est nous qui en usons mal et sommes responsables de tout.

Ces arguments sont battus en brèche par le regard porté sur l’histoire de notre planète, par la relecture de nos vies personnelles et par les expériences hors normes des mystiques. Lire la suite

LE DIABLE EXISTE-T-IL ? (I) LES MYSTIQUES

             Le diable (le démon) a-t-il une existence réelle ?

            Pendant des années, j’ai été convaincu que la réponse était : non. Scientifique formé à l’école du positivisme français, rationaliste, je me refusais à admettre qu’il y eût un monde d’être vivants, personnels, au-delà du monde perçu et mesuré par la science. La seule réalité réelle était celle qui apparaît à nos sens : il n’y avait pas de monde au-delà des apparences.

            Et puis… et puis j’ai travaillé les textes anciens et récents, j’ai écouté la rumeur des civilisations, et j’ai changé d’avis. Lire la suite

ARMAND PIRONNEAU (1921-2016), chirurgien, homme de cœur, patriote

Le Dr Armand Pironneau est mort le 19 mai 2016 à 6 heures du matin, paisiblement, entouré de l’affection des siens. Comme la petite chèvre de monsieur Seguin, il s’est bien battu toute la nuit. Il aurait détesté une ‘’notice nécrologique’’, détesté cet article, et l’aurait remplacé par une de ses blagues qui nous faisaient hurler de rire. Lire la suite

PEUT-ON ENCORE ESPÉRER ?

Depuis sa naissance, l’humanité s’est trouvée de bonnes raisons d’espérer.

1. La mort, espoir d’une vie

Le premier, Paul de Tarse a marqué le christianisme en enseignant que la vie ne vaut que par la mort, que le bonheur n’est pas ici-bas mais dans l’au-delà. La mort cessait d’être crainte pour être désirée : « Pour moi dit-il, mourir est un gain ». (1)

Il avait sans doute reçu cette philosophie d’abord de son éducation grecque. En milieu juif, elle s’était radicalisée dans les écrits esséniens qui associent la mort à un messianisme échevelé : mourir, pour les Fils de Lumière, c’est anticiper le retour du Messie et aller au paradis. J’ai montré que ces écrits étaient à l’origine de la mystique du chahid, le martyre pour Allah, inscrite en lettres de feu dans des versets du Coran qu’invoquent les islamistes. (2)

2. Heureuse souffrance Lire la suite

LA ‘’RÉSURRECTION’’ EN QUESTIONS – Après l’émission de Stéphane BERN

Mon intervention dans l’émission de Stéphane Bern Secrets d’Histoire, « Un homme nommé Jésus » a suscité quantité de réactions sur Facebook. J’y réponds sommairement ici en vous renvoyant à ce que j’ai publié par ailleurs.

 I. Jésus et ses apôtres

Quand elles parlent des suiveurs de Jésus, les traditions les plus anciennes conservées dans les évangiles n’emploient jamais le mot apôtre. C’est Luc, vers l’an 80, qui projette dans le passé son idéal d’une direction collégiale de l’Église en employant l’expression « les douze apôtres (1). »  À peu près au même moment, Matthieu reprend à son compte cette rétroprojection nostalgique d’une communauté parfaite (2). Sauf ces deux cas, l’expression « les douze apôtres » est absente des synoptiques (3).

Dans L’évangile du treizième apôtre, j’ai identifié le témoignage le plus ancien qui nous soit parvenu sur Jésus. Ses compagnons n’y sont jamais appelés apôtres, mais disciples. C’est Paul et les Actes qui appellent « apôtres » certains dignitaires de l’Église, dont quelques femmes. Ce qualificatif leur conférait une légitimité et une autorité incomparables, il n’a été  associé aux disciples de Jésus que bien après sa mort.

Ont-ils été de vrais disciples ? Non, au contraire tout montre que de son vivant ils n’ont pas compris le message en paroles et en actes de Jésus, et il leur reproche vivement leur incompréhension. D’ailleurs lorsqu’il est reconnu par une servante dans la cour du grand prêtre, Pierre nie solennellement et par deux fois avoir été un disciple de Jésus (4).

Ce sont ces hommes qui ont pris le pouvoir spirituel en utilisant le souvenir du rabbi galiléen. Il se devait d’être un surhomme, et – comme tous les héros de l’antiquité, d’Orphée à Mithra – d’avoir franchi victorieusement l’épreuve de la mort.

On avait trouvé son tombeau vide à l’aube du 9 avril 30 ? Eh bien, c’est qu’il s’était ressuscité lui-même.

 II. Le tombeau vide

Pour comprendre ce qui a pu se passer, il faut connaître avec précision le contexte de l’époque. Je l’ai décrit dans Dieu malgré lui et vous renvoie à cette enquête dont je résume ici quelques conclusions.

Jésus meurt dans la soirée du 7 avril. C’est le début de la fête de Pâque, pour éviter une impureté majeure on dépose provisoirement son cadavre dans un tombeau proche. Comme tous les tombeaux juifs, c’est une cavité fermée par une lourde pierre circulaire. Au centre, une table où l’on dépose les corps en attendant leur décomposition, pour placer définitivement les ossements dans les niches creusées dans la paroi.

Au matin du 9 avril, des femmes trouvent la pierre roulée de côté et deux hommes en blanc qui tentent de leur parler. Effrayées, elles s’enfuient et viennent raconter aux disciples qu’elles ont vu « deux anges » à côté du tombeau. Pierre et Jean courent, voient la pierre roulée et entrent dans le caveau. On dispose ici du témoignage visuel, indiscutable, de l’auteur du noyau initial du 4e évangile dit de saint Jean : le cadavre a disparu de la table, les bandelettes qui l’enveloppaient gisent pêle-mêle mais le suaire placé sur le visage a été soigneusement plié et mis de côté. Ils ressortent, disent aux femmes qu’elle ne sont que des radoteuses et doivent trouver, dans l’urgence, une réponse aux questions dont on va les assaillir : qu’est devenu le cadavre de Jésus ?

Leur réponse ne tardera pas : Jésus est ressuscité.

Reprenons les témoignages indiscutables.

1 La pierre a été trouvée roulée sur le côté. Si Jésus s’était ressuscité comme un « corps subtil », capable de traverser les murs, pourquoi aurait-il eu besoin de rouler la pierre pour sortir du tombeau ? Et s’il est ressuscité dans son corps de chair, comment a-t-il pu, de l’intérieur et gravement blessé, rouler une pierre qui pèse plus d’une tonne ?

Conclusion : quelqu’un, ou plutôt quelques uns, ont roulé la pierre pour pénétrer dans le tombeau. Qui ?

2- Deux hommes en blanc sont vus par les femmes devant l’ouverture, et ils leur parlent. On sait que les esséniens revêtaient une tunique blanche pour accomplir leurs actes rituels. Qu’il y avait entre eux et Jésus une complicité – bien qu’il n’ait jamais fait partie de leur secte. Et qu’ils enterraient leurs morts à part – quitte à transporter les cadavres d’un cimetière commun pour le ré-inhumer dans une de leurs nécropoles.

Ils n’ont pas voulu que ce crucifié qu’ils admiraient finisse comme les autres dans la fosse commune : ce sont eux qui sont venus rouler la lourde pierre et enlever le cadavre à l’aube du 9 avril, afin de l’inhumer en terre pure. Pour cet acte éminemment religieux, ils avaient revêtu leur tunique blanche.

3- Le linge de tête (le suaire) a été vu soigneusement plié et mis de côté. Pourquoi Jésus aurait-il pris la peine de faire le ménage dans son tombeau avant de le quitter ? En revanche, les esséniens ont eu ce geste de respect.

L’hypothèse la plus vraisemblable est donc que des esséniens ont sorti le cadavre du tombeau avant que les femmes n’arrivent. Des milliers de pèlerins campaient autour de Jérusalem, mais on avait l’habitude de les voir transporter des cadavres pour les enterrer en terre pure, dans leurs nécropoles.

C’est dans l’une de ces nécropoles que se trouvent toujours les restes de ce Juste injustement crucifié, auquel les esséniens ont voulu rendre un dernier hommage.

 III. Inutile résurrection

Dans un article de ce blog (cliquez), j’ai montré que la résurrection de Jésus était une supercherie inutile. Elle ne pouvait naître qu’en milieu juif : dans leur culture, la mort met un terme final à la vie. Mais dans d’autres cultures comme l’hindo-bouddhisme, la mort n’existe pas. « Rien ne disparaît, tout se transforme » : la mort n’est qu’un passage vers une autre forme de vie, soit une renaissance, soit le nirvâna c’est-à-dire une forme de vie éternelle, dans un autre espace-temps que le nôtre.

Jésus était parvenu à un haut niveau de réalisation humaine et spirituelle. Il n’a pas eu à renaître pour mener à terme cette montée vers l’Éveil, que nous accomplissons tous douloureusement. Il n’a jamais cessé de vivre, sa mort n’a été que le passage – le parinirvâna – d’une forme de vie humaine à une forme de vie dont nous ne savons rien, sinon qu’elle nous attend nous aussi.

Une fois inscrite dans les esprits, la résurrection – devenue un miracle unique et exceptionnel – a permis au christianisme de bâtir et de justifier l’édifice intellectuel sur lequel notre culture s’est construite.

                                                             M.B., 17 avril 2014
 (1) Luc 6, 13 et Actes 1, 26.
(2) Matthieu 10, 2 : « Voici les noms des douze apôtres »
(3) Synoptiques : les 3 évangiles de Marc, Matthieu et Luc.
(4) Jean 18, 17 et 25.