Archives du mot-clé Église catholique

APOCALYPSE NOW ? État des lieux (II) : démocratie

 Au commencement était le clan, ensemble de familles se réclamant d’un ancêtre commun. Quand les clans se réunirent en tribus, leurs membres organisèrent une solidarité restreinte à eux seuls, et farouchement défendue par eux face aux autres. C’était chacun contre tous.

Un pas décisif fut franchi à Athènes avec l’invention de la démocratie, qui instaurait une certaine paix sociale. Très vite, la démocratie athénienne sombra dans deux sortes de dérives : la tyrannie – confiscation du bien commun au profit d’un seul -, et la démagogie – soumission du pouvoir aux désirs irrationnels du peuple. La tyrannie menait à la violence arbitraire, la démagogie au chaos et à l’injustice.

Ni la démocratie athénienne, ni la tyrannie, ni la démagogie ne connaissaient ce que nous appelons aujourd’hui les ‘’Droits de l’Homme’’. Les citoyens étaient jaugés, jugés et classés selon leur naissance, leur productivité ou leur valeur militaire. La femme et l’enfant n’avaient pas d’existence légale.

Aucun de ces régimes ne s’est intéressé à la personne humaine pour elle-même.

Le christianisme, naissance de la démocratie moderne ? Lire la suite

LA CIVILISATION OCCIDENTALE PEUT-ELLE MOURIR ? (I) L’Occident et le christianisme : triomphes et déclin

Depuis près d’un siècle, aux yeux de tous les observateurs, l’Occident connaît une crise sans équivalent dans sa longue histoire. Une crise économique, sociale et politique, qui cache en fait une incertitude de plus en plus perceptible sur son identité et sur sa civilisation. L’historien sait que sur notre planète, toutes les civilisations sont nées en même temps qu’une religion. Laquelle accompagnait cette naissance en produisant des valeurs communes, une culture commune et un art de vivre en commun. Voyez par exemple Sumer, la Mésopotamie, l’Égypte et la Grèce anciennes, les amérindiens, etc.

Lorsqu’une de ces religions s’étiolait, la civilisation qui s’était bâtie autour d’elle mourait. Ou bien… est-ce l’épuisement de la civilisation qui provoquait l’effacement de sa religion ? Quoi qu’il en soit, religions et civilisations ont toujours été intimement liées. « On ne peut pas regarder au fond de l’actualité si on ne regarde pas d’abord au fond de l’Histoire » (1). Aussi, pour mieux comprendre la crise qui frappe aujourd’hui l’Occident, je vous propose d’abord un survol de la religion qui lui est organiquement liée, le christianisme. Nous allons prendre un recul qui vous sera peut-être inhabituel : je ne suis pas ici pour répéter ce que vous savez déjà, mais pour vous inviter à interroger l’Histoire. Lire la suite

RETOUR DU DÉSERT (II) : Monsieur le démon

Je l’ai dit dans l’article précédent : celui/celle qui pratique la méditation, quelle que soit sa forme ou ses modalités, fait l’expérience d’un état de conscience qui échappe au raisonnement, aux déductions savantes, aux représentations, aux pensées ordinaires ou triviales. La méditation met en contact (fut-ce brièvement, fut-ce inconsciemment) avec le monde au-delà des apparences.

Une fois franchie sa première étape (le silence des pensées), il y a autant d’expériences que de méditants. Les adeptes du bouddhisme chemineront, avec le « rien », au plus profond d’eux-mêmes puis de la réalité cosmique. Les judéo-chrétiens verront s’offrir à eux une tout autre expérience : la rencontre d’un au-delà peuplé d’êtres invisibles aux yeux mais très réels et très présents.

Comment les rencontre-t-on ? Comment peut-on être sûr qu’on n’est pas victime d’une illusion, d’une autosuggestion, d’un accès de schizophrénie ou de désordre mental ? Et si l’on pense être psychologiquement équilibré, comment savoir si cette expérience n’est pas provoquée par le démon ou toute autre puissance maléfique ? Lire la suite

LONGUE EST LA NUIT (VI) : Et Notre-Dame brûla

Les Français n’aiment pas qu’on leur rappelle les racines chrétiennes de leur pays. Dans les articles précédents (1) j’ai montré que l’Occident s’est pourtant construit à partir d’une religion, le christianisme. Que l’un et l’autre ont vécu une relation fusionnelle avant de décliner lentement. Ce n’est qu’en 1905 que la France a officiellement rompu cette relation, la nation française affirmant qu’elle n’avait plus rien à voir avec son catholicisme natal.

Mais aucune loi ne peut mettre fin à une relation fusionnelle aussi forte que celle qui unissait les Français à leur religion. Après 1945, le catholicisme avait encore de beaux restes en France. Intellectuellement, socialement et spirituellement, il continuait de tenir une place considérable dans l’espace politique français. Lire la suite

LONGUE EST LA NUIT (V) : Et le crépuscule tomba…

  Au début de la Renaissance, l’Église catholique semblait toucher au ciel. Elle était la Jérusalem d’en-haut descendue sur terre, elle le savait et le proclamait jusque dans sa liturgie : Urbs Jerusalem beata… (1) Son pouvoir politique était tel que les princes européens se tournaient vers elle pour réguler leurs querelles : en 1494 c’est au pape Alexandre VI Borgia qu’ils demandèrent de tracer la frontière entre leurs conquêtes sud-américaines. Son pouvoir culturel était intact : en 1610 Galilée fut contraint par elle de renoncer à ses découvertes. Sa puissance économique était considérable et en partie tournée vers le soulagement des plus pauvres. Grâce au célibat des prêtres son patrimoine était intact. Enfin L’art illustrait la foi chrétienne (2).

Ce fut un moment miraculeux où l’Église c’était l’Occident, et l’Occident c’était l’Église.

Pourtant, pan de mur après pan de mur, cet édifice immense, majestueux, millénaire, allait s’effondrer. L’affaiblissement de chaque bastion entraîna celui du voisin, sans qu’on sache lequel provoquait la chute de l’autre – tant l’ensemble était cohérent, d’un seul tenant. Lire la suite

LONGUE EST LA NUIT (IV) : La puissance et la gloire

Après la fin de l’empire romain et des invasions barbares, l’Occident allait-il sortir de sa nuit ? À l’est Charlemagne bataillait contre les Saxons, au sud contre les musulmans. Il lui fallait mettre Dieu de son côté : en 800 il alla se faire couronner par le pape à Rome et lui offrit en échange sa protection. L’alliance du trône et de l’autel allait marquer le destin de l’Occident pendant mille ans, le pape exerçant une suprématie de fait sur les rois.

I. Fric et froc : prêtres célibataires et moines capitalistes Lire la suite

LA CIVILISATION OCCIDENTALE PEUT-ELLE MOURIR ?

  « Nous autre civilisations, disait Paul Valéry après le cataclysme de la 1re guerre mondiale, nous savons aujourd’hui que nous sommes mortelles ». Quelque chose est en train de changer sous nos yeux, quelque chose qui ne s’est jamais produit avec une telle rapidité. Notre civilisation occidentale est-elle en train de mourir ? Condamnée, elle aussi, à disparaître dans les sables de l’histoire ? Lire la suite

PÉDOPHILIE DANS L’ÉGLISE CATHOLIQUE : les véritables causes

Les révélations des actes de pédophilie dans l’Église catholique se multiplient : pourquoi ? Aucun jeune n’entre au séminaire avec la ferme intention de devenir plus tard un prédateur sexuel. Alors pourquoi tant d’entre eux tombent-ils dans cette dérive ? Lire la suite

RETOUR DE LA VIOLENCE (en jaune)

Les humains sont-ils violents par nature ? Oui et non. Le cas de l’extermination de l’Homme de Neandertal au profit de l’Homo Sapiens semble faire pencher la balance vers le non. Entre – 35 et – 24.000 ans, la population de Neandertal disparaît en Europe au profit du Sapiens. Que s’est-il passé ? Plusieurs hypothèses tentent d’expliquer la disparition totale d’une espèce humaine en 20.000 ans. Un génocide ? Hypothèse écartée, il n’y a pratiquement pas trace de mort violente sur les squelettes retrouvés. Un ensemble de facteurs nutritionnels, génétiques et climatiques se seraient conjugués pour que Neandertal laisse la place à Sapiens. Une extinction naturelle, pacifique, et non une suite de guerres fratricides.

À cette époque reculée, une population s’est donc éteinte sans trace de violence. Et là, il faut noter un fait capital : à cette époque, les civilisations n’existaient pas encore. Quand elles apparaissent, les civilisations seraient-elles intrinsèquement sources de violence ? Sommes-nous violents parce que nous sommes ‘’civilisés’’ ? Lire la suite

FICTION, RÉALITÉ ET DESTIN DE L’OCCIDENT (Y. N. Harari)

Dans son évolution, le cerveau d’Homo Sapiens a grossi (1), il a inventé un langage qui lui était propre. Non plus des signes ou des expressions corporels, mais des sons articulés qui étaient sans relation avec son environnement. Ces sons désignaient une réalité qui n’était pas celle de la nature qui l’entourait : une réalité immatérielle. Il a communiqué une quantité d’informations sans rapport avec son contexte immédiat. Il ne s’est plus contenté de réactions utilitaires, il a bavardé.

Le bavardage humain échangeait des informations non seulement sur « ce qui est », mais sur ce que signifie ce qui est : des symboles et des valeurs, sources de socialisation. Le langage humain s’est mis à transmettre des informations sur ce qui n’est pas dans la nature qui l’entourait. Détachées de la réalité immédiate et triviale, ces informations étaient donc fictives.

La fiction nous a permis  d’imaginer des choses qui n’existent pas dans la nature, et de le faire collectivement. Partagées par un grand nombre, ce sont ces fictions qui ont permis à l’Homo Sapiens de dominer le monde. Le passage de la tribu restreinte à la collectivité s’est effectué grâce à ces fictions qui n’existent que dans l’imagination collective ; légendes, mythes, dieux, religions, lois économiques et sociales n’existent que dans les histoires que les gens inventaient, se racontaient, partageaient, et auxquelles ils soumettaient leur jugement et leurs actes. Lire la suite