Archives du mot-clé Sexualité

LE DIABLE EXISTE-T-IL ? Les mystiques (II).

Les commentaires au précédent article résument bien nos réticences à admettre l’existence d’une puissance maléfique personnalisée, et notre rejet viscéral d’une telle réalité. C’est toute notre culture, notre éducation rationaliste et scientifique qui s’opposent à l’idée d’un ou plusieurs diables acharnés à nous faire souffrir et à nous perdre. On invoque le « déterminisme scientifique », on dit que « Satan décrit plus une situation qu’un être démoniaque », on parle d’adversité, de destin, de fatalité, d’hypertrophie de l’égo – bref, de forces impersonnelles, aveugles et incontrôlables dont nous subissons les méfaits. On rappelle le vieil argument : « Dieu est bon, donc il ne peut être l’auteur du Mal. » Il nous a dotés d’un libre arbitre, c’est nous qui en usons mal et sommes responsables de tout.

Ces arguments sont battus en brèche par le regard porté sur l’histoire de notre planète, par la relecture de nos vies personnelles et par les expériences hors normes des mystiques. Lire la suite

ÉGLISE CATHOLIQUE ET PÉDOPHILIE : coupables, pas responsables (Mgr Barbarin)

         États-Unis, Irlande, France… L’Occident est secoué par les affaires de pédophilie à répétition de son clergé catholique. Pourquoi ? Lire la suite

TOUT EST RELIGIEUX ? (Emmanuel Todd et la laïcité)

M. Emmanuel Todd a reçu de son hérédité l’inquiétude, source de questionnements radicaux, qui a fait au cours des siècles la grandeur du judaïsme. Dans un article de l’Obs du 30 avril dernier il déclare qu’en France, « tout est religieux désormais. Mais tout est religieux parce que la religion s’éclipse, et que rien ne l’a supplantée. » Lire la suite

« SOUMISSION » de Michel Houellebecq, l’islam à St Germain-des-Près

            Que se passerait-il si l’électorat français basculait vers un nouveau parti, la Fraternité Musulmane, portant à la tête du pays un Président musulman sorti de l’ENA ? L’idée romanesque est excitante : comment la France et le monde réagiraient-ils ? Mais Soumission, le roman que Michel Houellebecq vient de concocter sur cette idée, est navrant. Lire la suite

ÉGLISE CATHOLIQUE, L’IMPOSSIBLE RÉFORME

Le nouveau pape va-t-il réformer l’Église catholique ? Séduites par sa personnalité, des chaînes de télévision nous offrent de nombreux reportages sur ce thème. Ainsi d’Arte, ce soir, qui titre Les défis de l’Église, « poussée à la réforme par une majorité de fidèles et une partie du clergé : le chef de l’Église écoutera-t-il les contestataires ? »

Réforme ? Quelle réforme ? On nous dit que « la famille et tout ce qui relève de la sexualité et de la reproduction est au cœur des inquiétudes du Vatican qui… affirme haut et fort ses positions en matière d’avortement et de contraception. »

Ainsi, c’est sur les formes d’expression de la sexualité que se porte une fois de plus l’attention des médias.

Rideau de fumée qui masque la vraie question, celle des dogmes fondateurs de l’Église et principalement celui de la Trinité.

Car depuis un siècle et demi, le patient travail des exégètes a mis en lumière la véritable personnalité du rabbi galiléen. Lequel n’a jamais prétendu être un dieu, n’a voulu être rien d’autre que le continuateur du mouvement prophétique juif initié par Élie, dont il se réclame explicitement. Continuer et accomplir le prophétisme juif – c’est-à-dire le dépasser sans l’abolir. Le porter à maturité en le corrigeant, sans renier l’essentiel de cet héritage.

Qu’est-ce que Jésus apporte de nouveau au prophétisme juif ? Je vous renvoie aux Mémoires d’un Juif ordinaire, où je montre qu’il n’apporte aucune nouvelle doctrine sur « Dieu ». Son Dieu est celui de Moïse, mais il propose une nouvelle relation avec ce Dieu qu’il appelle abba, petit papa chéri.Et cela change tout.

Ce qui change ce n’est pas « Dieu », mais le regard porté sur « Dieu ». Jésus n’est pas un théologien, il ne propose aucun dogme nouveau. Il fait part de la relation qui est la sienne avec « Dieu » : non plus un juge lointain et terrifiant, auteur de lois contraignantes qui empêcheraient de vivre, mais un père aimant jusqu’à tout pardonner, pour ouvrir ses bras à l’enfant prodigue. Les trois paraboles de Luc 15 sont le sommet d’une anti-théologie qui a traversé les siècles parce qu’elle n’est pas dogmatique, mais relationnelle.

La morale sexuelle, la contraception, l’avortement ? Jésus n’en dit rien. Sa morale familiale ? C’est celle du judaïsme traditionnelle. L’homosexualité ? C’est Paul de Tarse qui la condamne, en des termes qui posent d’ailleurs question sur sa propre clarté à ce sujet.

Car pour Jésus, la morale découle de la relation nouvelle qu’il propose avec son abba. « Fais cela, et tu vivras ».

La seule vraie réforme de l’Église serait de revenir à l’enseignement de Jésus en mettant abba au centre de tout. Ce serait signer son arrêt de mort, car il n’y aurait plus ni sacrements (Jésus n’en a institué aucun), ni autre morale que la lutte contre tout ce qui empêche les enfants prodigues que nous sommes de nous jeter dans les bras d’un père aimant.

Le pape François ne peut que maintenir et protéger les dogmes fondateurs de l’Église qui l’a élu pour cela. Peut-être aura-t-il le courage de réformer les finances d’une institution compromise par la corruption, de dénoncer et de punir les débordements sexuels de son clergé. Mais attendre de lui qu’il réforme une morale sexuelle et familiale qui porte la marque de 17 siècles de tradition, même si elle n’a rien à voir avec l’enseignement de Jésus (1), c’est se faire illusion.

Numquam reformata, quia numquam reformanda, jamais réformée parce qu’elle n’a pas à être réformée, c’est la devise de l’Église catholique.

                                               M.B., 1er avril 2014

(1) Vous trouverez dans ce blog des articles sur ce sujet (catégorie « La question Jésus »), articles mis en situation dans mon livre Jésus, mémoires d’un Juif ordinaire.

 

MARGUERITE YOURCENAR : la mémoire et l’identité

          Un immense écrivain part à la recherche d’elle-même, à travers sa mémoire et celle de ses personnages.

           Je ne suis en rien un spécialiste de la littérature contemporaine, ni même un spécialiste de Marguerite Yourcenar. A quel titre, donc, est-ce que j’usurpe ici le droit de vous parler d’elle ?

          Quand j’avais seize ans, on m’a mis entre les mains les Mémoires d’Hadrien. Depuis lors, je n’ai cessé de lire ce livre : adolescent, j’étais tombé définitivement amoureux de Madame Yourcenar ! Ce qui, étant donné ses préférences sexuelles, ne me faisait courir aucun autre risque que celui des sommets.

          Je ne vous parlerai donc pas d’elle en spécialiste, mais en amoureux. Vous êtes le balcon au pied duquel, Roméo éperdu, je chante ma ballade à une Juliette androgyne.

 Années de formation

           Une enfance sans mère, morte peu après sa naissance. Solitaire : « L’habitude précoce de la solitude, dit-elle, est un bien infini ».

          Un père, Michel, très beau, très mondain, très flamboyant et flambeur, très obsédé par les femmes. Lettré comme on l’était au XVII° siècle, aventureux, refusant toute contrainte, totalement insoucieux du lendemain, « l’homme le plus libre que j’aie connu ». « Á peine un père » dit-elle, avec lequel elle se promenait des heures en parlant de philosophie grecque ou de Shakespeare. Très vite, elle se sent son égale : de lui, elle n’a pas reçu d’image paternelle, mais celle d’un initiateur à la pensée, à la littérature, à la liberté, puis d’un comparse à qui elle soumettait les ébauches de ses œuvres.

          Elle ne va pas à l’école, c’est son père qui l’initie au latin, puis au grec. Elle parle « d’un miracle… Le jour où les vingt-six lettres de l’alphabet ont cessé d’être des traits incompréhensibles, pas même beaux, alignés sur fond blanc, et dont chacun désormais constituait une porte d’entrée, donnait sur d’autres siècles, d’autres pays, des multitudes d’êtres plus nombreux que nous n’en rencontrerons jamais dans la vie… Je n’eus jamais de livres d’enfants. Madame de Ségur me semblait pleine de sottise et même de bassesse… Jules Vernes m’ennuyait. » Á huit ans, elle dévore Les Oiseaux d’Aristophane, puis Phèdre de Racine. Á onze ans, son père lui lit Marc Aurèle. Il l’emmène dans des musées comme d’autres vont au cinéma : « Deux fois par semaine il me menait au Louvre, dont je ne me lassais pas. De la neuvième à la onzième année, quelque chose d’à la fois abstrait et divinement charnel déteignit sur moi : le goût de la couleur et des formes, la nudité grecque, le plaisir et la gloire de vivre ».

          Elle a tout lu – uniquement les grands classiques français, anglais, allemands, italiens, russes, japonais, hindous -, elle a beaucoup vu, et se souvient de tout. Son esprit passe de l’un à l’autre, d’un tableau flamand à une tragédie classique, d’une ruine antique à un poème grec. Elle se meut dans le passé comme dans une maison aux meubles caressés au passage, tous connus, chacun reconnu, avec une prédilection pour l’antiquité.

          Elle incorpore la rumeur de l’humanité dans chacune des fibres de son être.

          Comme il se devait alors, le climat de son éducation est catholique. Mais l’épopée chrétienne est pour elle un fait culturel parmi d’autres. « L’appel au mythe représente cette ferveur, cette sensation d’être reliée à un tout ». Les mythes grecs, asiatiques ou chrétiens expriment pour elle « le contact perpétuel de l’être humain avec l’éternel. Qui relie l’homme à tout ce qui est, a été, et sera… Très tôt j’ai senti qu’il fallait choisir entre la religion catholique et l’univers : j’aimais mieux l’univers ».

          Une enfance sans amour, une ferveur mystique : le sensuel et le sacré seront les deux piliers de son œuvre. « Si on entend par amour l’adoration d’un être, la persuasion que deux êtres sont faits l’un pour l’autre… il y a là un tel mirage que quelqu’un d’un peu réfléchi se dit : Non, je suis loin d’être doué pour ces qualités exceptionnelles ! Rendons-nous compte de ce qui est : aimons ce qui est. Et j’appellerai cela amour de sympathie. Il ne s’agit pas de « l’amour platonique ». Il s’agit d’un lien, charnel ou non, sensuel toujours quoi qu’on fasse, mais où la sympathie prend le pas sur la passion. Une chose m’a toujours gênée dans l’amour à la française, c’est l’absence de sacré. Le fait que par notre éducation chrétienne nous avons perdu le sentiment que l’amour… ou plus exactement, que les rapports sensuels sont sacrés, parce qu’ils sont l’un des grands phénomènes de la vie universelle. En Occident, le plaisir est perçu comme une fin en soi, alors que c’est une voie d’accès vers la connaissance – de Dieu, ou d’un autre être dans toute sa pauvreté divine »

          Sa fréquentation sensuelle des grandes œuvres de l’esprit et la de matière nourrit sa mémoire, de là découle la fermeté de son écriture et la hauteur de sa pensée. Son identité, elle la cherchera dans ces souvenirs : face à leurs épaisseurs, sa propre vie lui apparaîtra comme fortuite.

          Et la vie d’un écrivain est toujours le support de son œuvre.

          Ce père, qu’elle admire avec distance, la rend incapable d’aimer les hommes. Si elle est très tôt consciente de son homosexualité, elle se prendra pourtant de passion pour André Fraigneau, écrivain de quatre ans son cadet, et qui, lui, n’aime que les garçons. Passion sèche donc, mais brûlante et dont elle retrouvera les feux après la mort de Grace Fricks, avec un jeune américain, Jerry Wilson, lui-même homosexuel et qui l’accompagnera fidèlement au cours de ses derniers voyages.

 Alexis

           Elle entre en littérature avec un court roman, Alexis ou le Traité du Vain Combat. Paru alors qu’elle a vingt-quatre ans, Alexis annonce et contient déjà l’auteur des Mémoires d’Hadrien. D’abord c’est une longue lettre, qu’Alexis écrit à sa jeune femme avant de la quitter – tout comme les Mémoires prendront la forme d’une lettre, écrite au jeune Marc-Aurèle par l’empereur qui se sent mourir. Mais surtout, le sujet de ce roman-lettre, c’est une confession : Alexis est homosexuel, il avoue à sa femme qu’il doit la quitter parce qu’il ne l’a jamais aimée que de tendresse.

          Alexis remonte très haut dans son enfance, dont il tâche de « se rappeler les pensées, les sensations – plus intimes que des pensées – et jusqu’aux rêves…. J’avais peur, dit-il. Je comprenais déjà que tout a son secret, n’est jamais que surface, et que le pire des mensonges est le mensonge du calme. Je ne saurai jamais si mon innocence d’alors était moins grande que je ne l’assure, ou si je suis maintenant moins coupable que je ne m’oblige à le penser ».

          Coupable ! Le mot est lâché, par cette jeune femme issue d’un milieu puritain. Il explique le titre de l’œuvre, Traité du Vain Combat. Quel est ce combat ? C’est d’assumer ce que l’on est, lorsqu’on n’est pas comme les autres. Pourquoi est-il vain ? Parce que la mémoire, fut-elle fouillée jusqu’aux limites des rêves envolés, se refuse à donner la clé de ce que je suis. Coupable de se heurter à son enfance comme à une friche, qui seule pourrait expliquer l’anomalie du présent, mais ne peut pas livrer son contenu libérateur : « Chacun de nous, avoue-t-elle, a sa vie particulière, unique, déterminée par tout le passé, sur lequel nous ne pouvons rien, et déterminant à son tour, si peu que ce soit, tout l’avenir… Et quand je saurais tout [de mon passé], il resterait encore à m’expliquer moi-même ».

          « Je n’ai pas la folie de souhaiter qu’on m’approuve, dit Alexis. Je ne demande même pas d’être admis : c’est une exigence trop haute. Je ne désire qu’être compris, et c’est désirer beaucoup. » Comment a-t-elle pris conscience de sa préférence sexuelle ? « Je soupçonnais déjà ce qu’ont de brutal les gestes physiques de l’amour. On ne s’éprend pas de ce que l’on respecte, ni peut-être de ce que l’on aime. »

          « Et ce fut alors que cela eut lieu, un matin pareil aux autres, où rien, ni mon esprit, ni mon corps, ne m’avertissait plus nettement qu’à l’ordinaire. Je marchais en pleine campagne, dans un chemin bordé par les arbres. Tout était silencieux, comme si tout s’écoutait vivre. J’allais, je n’avais pas de but : ce ne fut pas ma faute si, ce matin-là, je rencontrai la beauté….. Je rentrai. Ce que j’éprouvais n’était pas de la honte, c’était encore moins du remords, c’était plutôt de la stupeur. Je n’avais pas imaginé tant de simplicité dans ce qui m’épouvantait d’avance : la facilité de la faute déconcertait le repentir. Cette simplicité, que le plaisir m’enseignait, je l’ai retrouvée plus tard dans la grande pauvreté, dans la maladie, dans la mort des autres, et j’espère bien un jour la retrouver dans ma propre mort. »

          Alexis-Marguerite continue : « Des souvenirs me reviennent. Je ne vous dirai pas les noms, j’ai même oublié les noms, ou ne les ai jamais sus. Je revois la courbe particulière d’une nuque, d’une bouche ou d’une paupière – tout ce qui affleure d’âme à la surface d’un corps. Je ne les aimais pas : je ne désirais pas refermer les mains sur le peu de bonheur qui m’était apporté. Simplement, j’écoutais leur vie. La vie est le mystère de chaque être. »

          C’est tout. Jamais elle ne se servira d’un autre de ses personnages pour en dire plus sur sa propre sensualité, qui imprègne pourtant toute son œuvre. Comme on est loin ici des confessions d’un André Gide écartelé entre son protestantisme et sa pédérastie, ou des débordements racoleurs et nauséabonds d’un Gabriel Matzneff ou d’un Jean Genêt !

          Eux parlent d’érotisme, voire de pornographie. Elle, elle parle de beauté, et de purification de l’être jusqu’à cet ultime dépouillement qui est celui de la mort.

          Elle avoue enfin (c’est toujours Alexis qui parle) : « Notre corps oublie, comme notre âme. Je m’efforçais d’oublier, j’oubliais presque. Puis, cette amnésie m’épouvantait. Mes souvenirs, me paraissant toujours incomplets, me suppliciaient toujours davantage. Je me jetais sur eux pour les revivre. Je me désespérais qu’ils pâlissent. Je n’avais qu’eux pour me dédommager du présent : il ne me restait pas, après m’être interdit tant de choses, le courage de m’interdire mon passé. »

Hadrien

           Au moment où elle rédige Alexis, elle songe déjà à ce qui sera le grand livre de sa vie. Dans le Carnet de notes qui fait suite aux Mémoires d’Hadrien, elle écrit : « Ce livre a été conçu, en tout ou en partie, sous diverses formes, entre 1924 et 1926, entre la vingtième et la vingt-troisième année. Tous ces manuscrits ont été détruits, et méritaient de l’être ».

          Car le premier élément où se déploie son œuvre, c’est l’histoire. Sa pensée, ses sentiments, ses passions, son style sont inséparables de l’histoire des hommes.

          Et d’abord, là où commença l’œuvre des hommes en train de se faire, et l’esprit des hommes en train de penser : la Grèce. Non seulement celle d’Homère, de Xénophon et de Thucydide qui accompagnent sa croissance, mais aussi celle des poètes grecs qu’elle traduit, depuis les élégiaques qui les premiers tentèrent d’exprimer la furie du dieu Éros, jusqu’à Constantin Cavafy, poète de la mémoire et de la drague homosexuelle mort inconnu en 1933, qu’elle révèle à l’Occident : « La réminiscence charnelle fait de lui un maître du temps, écrit-elle. Sa fidélité à l’expérience sensuelle aboutit à une théorie de l’immortalité ».

          Mystique, et sensualité. L’un par l’autre, jamais l’un sans l’autre.

           Donc, son œuvre est d’emblée classique. La Grèce fournit à Mme Yourcenar non seulement un creuset pour sa pensée, un modèle pour son style, un décor pour ses émotions, elle lui confie aussi un héros : un sage – mais qui fut aussi un soldat. Un empereur – mais qui fut aussi un homme. Un Romain, qui était avant tout un Grec.

          C’est l’empereur Hadrien. Il s’écoulera vingt huit années avant qu’elle puisse publier ses Mémoires, en 1951. Trois fois elle aura abandonné ce projet, brûlé des centaines de pages. Ce long temps de latence, elle le décrit comme « l’enfoncement dans le désespoir d’un écrivain qui n’écrit pas… Il fallait peut-être cette solution de continuité, cette nuit de l’âme que tant de nous ont éprouvé à cette époque [celle de la guerre] pour m’obliger à essayer de combler, non seulement la distance me séparant d’Hadrien, mais surtout celle qui me séparait de moi-même ».

          Pendant tout ce temps, elle ne cesse de se tourner vers Hadrien sans vouloir y penser. Elle visite tous les lieux qu’il a parcourus, c’est-à-dire tout le bassin méditerranéen, passe des jours entiers à regarder la lumière tourner sur les ruines de Tibur, la Villa Hadriana. Et quand on sait ce qu’est le regard de Mme Yourcenar, on comprend qu’elle ait pu prétendre « refaire du dedans ce que les archéologues du XIX° siècle ont fait du dehors ».

          Mais il y a plus, beaucoup plus : entre 1934 et 1937, elle lit tous ce qui a été écrit (et est parvenu jusqu’à nous) sur Hadrien et le monde de son époque : depuis Dion Cassius jusqu’au Recueil des inscriptions grecques et latines de l’Égypte, depuis les Papyrus d’Oxyrhynchus jusqu’à l’ineffable Historia Augusta, aussi pleine de canulars que d’informations précieuses. De sorte qu’elle pourra dire, en toute vérité : « La lecture des auteurs antiques… m’était devenue une patrie. L’une des meilleures manières de recréer la pensée d’un homme, c’est de reconstituer sa bibliothèque. Durant ces années, d’avance, et sans le savoir, j’avais ainsi travaillé à remeubler les rayons de Tibur. Il ne me restait plus qu’à imaginer les mains gonflées d’un malade sur les manuscrits déroulés. »

          Elle va donc tenter cette entreprise inouïe, unique dans l’histoire de la littérature mondiale : « Un pied dans l’érudition, l’autre dans la magie – ou plus exactement dans cette magie sympathique qui consiste à se transporter en pensée dans quelqu’un ». « Mes contemporains, qui croient avoir conquis et transformé l’espace, ignorent qu’on peut rétrécir à son gré la distance des siècles. » Elle ne fait pas le portrait d’Hadrien : elle fait le « Portrait d’une voix. Si j’ai choisi d’écrire ces Mémoires d’Hadrien à la première personne, c’est pour me passer le plus possible de tout intermédiaire, fût-ce de moi-même. Hadrien pouvait parler de sa vie plus fermement et plus subtilement que moi. Les règles du jeu : tout apprendre, tout lire, s’informer de tout, et, simultanément, adapter à son écriture les Exercices Spirituels d’Ignace de Loyola ou la méthode de l’ascète hindou qui s’épuise, des années durant, à visualiser un peu plus exactement l’image qu’il crée sous ses paupières fermées. »

          Ce portrait d’une voix, c’est un long monologue, « solitaire, comme l’est forcément celui d’un homme placé au sommet de tout. »

          Vous l’avez deviné : dans cette austère discipline de l’imagination, c’est à la conquête d’elle même que Mme Yourcenar se lance. Pour trouver son identité, elle ne travaille pas sur sa mémoire à elle, mais sur celle d’un homme disparu depuis dix-huit siècles.

           « La seule phrase qui subsiste de la rédaction de 1934 (la troisième ?) : « Je commence à apercevoir le profil de ma mort » Comme un peintre établi devant un horizon, et qui sans cesse déplace son chevalet à droite, puis à gauche, j’avais enfin trouvé le point de vue du livre. » Prendre « une vie connue, achevée, fixée par l’Histoire (autant qu’elles peuvent jamais l’être), de façon à embrasser d’un seul coup la courbe toute entière. » Et choisir ce « moment où l’homme qui vécut cette existence la soupèse, l’examine, devenu pour un instant capable de la juger. Faire en sorte qu’il se trouve devant sa propre vie dans la même position que nous. »

          « Mon cher Marc [Aurèle],

          Je suis descendu ce matin chez mon médecin Hermogène, qui vient de rentrer à la Villa [Hadriana] après un assez long voyage en Asie. L’examen devait se faire à jeun : nous avions pris rendez-vous pour les premières heures de la matinée. Je me suis couché sur un lit après m’être dépouillé de mon manteau et de ma tunique. Je t’épargne des détails qui te seraient aussi désagréables qu’à moi-même, et la description du corps d’un homme qui avance en âge et s’apprête à mourir d’une hydropisie du cœur. »

          C’est ainsi que commencent les Mémoires d’Hadrien, et dès l’abord on se rend compte que l’écriture de Mme Yourcenar s’est débarrassée des pointes de préciosité qui se lisaient dans ses premiers Essais de jeunesse. Elle les juge très sévèrement : « J’écrivais très mal, dit-elle. J’écrivais lâche et orné. Il y avait des moments de flottements inutiles… Serrer, desserrer, labeur de mécanicien. » C’est un écrivain en pleine possession de sa langue qui s’exprime, chaque mot se trouve à sa place, chaque image parle sans déborder du cadre, la musique des phrases atteint à la plénitude du Mozart des derniers Concertos pour piano. Elle est en possession de son outil, mais surtout elle est en pleine possession d’elle-même. Le miracle tant attendu s’est produit. Comment donc ?

           Certainement, par la rencontre en 1937 de Grace Fricks, sa compagne avec qui elle vivra jusqu’au bout, jusqu’à la maladie de Grace qu’elle soignera avec un dévouement admirable, recueillant son dernier souffle dans leur maison du nord-est américain où elles vivent en couple depuis la guerre.

          Une seule fois elle parlera de sa relation avec Grace, dans les Carnets de notes des Mémoires d’Hadrien. « Ce livre n’est dédié à personne. Il aurait dû l’être à G.F…, et l’eût été, s’il n’y avait une espèce d’indécence à mettre une dédicace personnelle en tête d’un ouvrage d’où je tenais justement à m’effacer… »

          Elle dit vouloir s’effacer devant la mémoire d’un autre, mais cette mémoire, c’est elle qui la reconstruit. Á travers la mémoire d’Hadrien, c’est bien la quête d’elle-même qu’elle poursuit.

          « … Mais la plus longue dédicace est encore une manière trop incomplète et trop banale d’honorer une amitié si peu commune. Quand j’essaie de définir ce bien qui depuis des années m’est donné, je me dis qu’un tel privilège, si rare qu’il soit, ne peut cependant être unique. Qu’il doit y avoir parfois, un peu en retrait, dans l’aventure d’un livre mené à bien, ou dans une vie d’écrivain heureuse quelqu’un qui ne laisse pas passer la phrase inexacte ou faible que nous voulions garder par fatigue. Quelqu’un qui relira vingt fois s’il le faut une page incertaine… Quelqu’un qui nous soutient, nous approuve, parfois nous combat. Quelqu’un qui partage avec nous, à ferveur égale, les joies de l’art et celles de la vie, leurs travaux jamais ennuyeux et jamais faciles. Quelqu’un qui n’est ni notre ombre, ni notre reflet, ni même notre complément, mais soi-même. Quelqu’un qui nous laisse divinement libre, et pourtant nous oblige à être pleinement ce que nous sommes ».

          Avec Grace, elle a enfin trouvé ce qu’elle cherchait : une relation où la sensualité conduit aux marges de l’absolu. Leur amour mutuel – car c’en fut un – est à la fois amour d’un être, amour de la création – dans son double sens (l’univers et la fécondité artistique) -, et amour du Dieu inconnu.

          Tout cela n’étant que plaisir. Éros, ou Agapé ? Si elle est classique, cette distinction n’a plus ici aucun sens.

          Vous lirez, ou vous relirez, la partie des Mémoires consacrée à la passion d’Hadrien pour le jeune Antinoüs. C’est l’un des plus beaux hymnes à l’amour de la littérature française. On peut s’en étonner, en ces moments où l’actualité remue les boues de la pédophilie. Mais comme toute l’Antiquité, Hadrien ne pouvait pas imaginer cette perversion – triste privilège de notre siècle qui l’a inventée, ce qui montre à quel point il est malade. Hadrien se veut à la fois le père, le frère, l’ami, l’amant et le pédagogue d’un adolescent. Il recherche avec lui l’accès au divin, en quoi consiste la maturité de tout être humain, et il prétend l’y conduire en l’initiant.

          Ainsi, d’Alexis à Hadrien, on voit apparaître un fil conducteur qui fut celui de toute la vie de Mme Yourcenar : le plaisir du corps vécu comme un plaisir de Dieu.

 Le labyrinthe du monde

           Peut-être réconciliée avec soi grâce à Hadrien, elle peut revenir sur elle-même, et tenter enfin de plonger dans sa propre mémoire.

          Elle le fera en trois volumes, publiés de 1974 à 1988, et rassemblés sous un titre commun : Le Labyrinthe du Monde. Vous comprenez maintenant pourquoi ce titre : elle se perçoit comme une parcelle de l’univers, labyrinthe dans lequel elle essaye de se situer, poussière de galaxie.

          Pour comprendre cette trilogie, je commencerai par là où il faudrait finir : cette affirmation lapidaire des Carnets de notes :

                     « Tout être qui a vécu l’aventure humaine est moi. »

          Et un peu plus loin ; « Grossièreté de ceux qui vous disent : « Hadrien, c’est vous… !  » Tout nous échappe, et tous, et nous-mêmes. La vie de mon père m’est plus inconnue que celle d’Hadrien. Ma propre existence, si j’avais à l’écrire, serait reconstituée par moi du dehors, péniblement, comme celle d’un autre. J’aurais à m’adresser à des lettres, aux souvenirs d’autrui, pour fixer ces flottantes mémoires. Ce ne sont jamais que des murs écroulés, des pans d’ombres. » Et ailleurs, parlant de son père : « Je ne suis pas plus Michel que je ne suis Zénon ou Hadrien. Comme tout romancier, j’ai essayé de le reconstituer à partir de ma substance, mais c’est une substance indifférenciée. »

          Une substance indifférenciée : dans cette formule surprenante (parlant d’elle-même) s’exprime d’abord l’effet de la méditation bouddhiste, qu’elle a pratiquée à sa façon. Ensuite, sa conscience de n’être qu’un atome du cosmos. Et enfin, ou du moins il me semble, la négation d’elle-même à laquelle l’a obligée très tôt sa double singularité, d’homosexuelle et d’écrivain nourrie de classicisme. Un oubli de soi qui lui a permis, devenue substance indifférenciée, de vivre toute l’aventure humaine directement ou à travers ses personnages – ce qui n’est pour un écrivain qu’une seule et même chose.

          Voici une page du premier des trois volumes, Souvenirs pieux (il faut entendre la pietas au sens ancien d’une certaine qualité d’attention aux choses) :

           [Lecture en conférence du récit de l’accouchement de sa mère]

           De quel accouchement s’agit-il ? De celui de Madame Fernande, la mère de Marguerite. Qui donc décrit cette scène, ses infimes détails, son ambiance palpable ? Celle qui est toujours dans l’utérus de sa mère, dont elle n’a pas encore franchi le col.

           S’ensuit l’histoire de la famille de Fernande depuis 1366, puis une longue narration du destin d’Octave Pirmez, obscur « écrivain de mérite » belge qui a dû au cousinage qui le reliait à Marguerite d’échapper à l’oubli. Ensuite, elle revient à Fernande comme si elle n’en avait encore rien dit. Des souvenirs transmis de vive voix, de vieilles photos, des portraits, des documents d’état civil, des actes notariés, des bribes de lettres retrouvées dans un grenier : elle dépeint sa mémoire génétique comme un voyageur, assis dans un train, raconterait le paysage qui défile à vive allure sous ses yeux, mais sans omettre la moindre feuille des arbres aperçus au passage, le moindre vallonnement du paysage.

          Et puis, soudain, une trouée : « Avant de laisser repasser à ces ombres le fleuve infernal, j’ai quelques questions à leur poser sur moi-même ». Se tournerait-elle, enfin, vers elle-même ? Mais non ! Elle revient vers l’un, vers l’autre des personnages de son arbre familial, pour revivre de l’intérieur tel détail, telle anecdote, la resituer dans le décor et l’air du temps de ce passé qui la constitue, sans qu’elle semble jamais être en mesure de s’atteindre elle-même.

           Dans ces premiers Souvenirs pieux, elle remontait à partir de son père et de sa mère jusqu’aux temps les plus reculés. Dans Archives de Nord qui lui fait suite, elle emprunte la démarche contraire, « partant des lointains inexplorés pour arriver… jusqu’au Lille du XIX° siècle… et enfin jusqu’à cet homme perpétuellement en rupture de ban que fut mon père, jusqu’à une petite fille apprenant à vivre entre 1903 et 1912 sur une colline de la Flandre française. »

          Dans Archives du Nord, son travail de mémoire débute au sortir de la préhistoire, alors que les plages flamandes se séparaient à peine de la côte anglaise, et se peuplaient de ceux qu’on appellera les Celtes. Quatre cent pages plus tard, on a parcouru tout le Moyen âge, la Renaissance et cet épais XIX° siècle au cours duquel sa famille s’affirme. Au terme de ce deuxième volume censé ne parler que d’elle, Marguerite a environ six semaines.

          Au passage, elle laisse filer une confidence, si rare chez elle : « Plus je vieillis moi-même, et plus je constate que l’enfance et la vieillesse, non seulement se rejoignent, mais encore sont les deux états les plus profonds qu’il nous soit donné de vivre. L’essence d’un être s’y révèle, avant ou après les efforts, les aspirations, les ambitions de la vie. »

          S’ensuit un troisième volume, dont le titre est tiré d’un beau vers de Rimbaud : « Elle est retrouvée ! Quoi ? L’éternité. » La mort la surprendra alors qu’elle n’a pas rédigé les derniers chapitres, mais c’est dans Quoi ? L’éternité qu’elle se dévoile le plus, avec une facilité, une richesse et une liberté d’écriture que la maladie n’est pas parvenue à amoindrir.

          Va-t-elle, enfin, se placer au cœur du récit, et parler frontalement d’elle-même ?

          Non. Elle explore la relation trouble que son père entretint jusqu’à sa mort avec Jeanne, une amie d’enfance de sa mère, mariée à Egon, un jeune noble d’origine Balte – lequel s’avère être autant attiré par les hommes que par les femmes.

          Le décor est planté pour un de ces prodigieux voyages dans les profondeurs du souvenir, à travers lesquels Mme Yourcenar se cherche – sans chercher à se trouver. Ce trio à la fois aimanté par l’attrait des sens et contenu par les valeurs surannées de l’ancienne noblesse, elle en explore avec délices les entrelacs compliqués. S’attache aux personnages secondaires, amants, comparses d’un moment. Reconstitue leurs sensations, ce qu’ils ont vu ou dû voir, le contact de leurs bottes s’enfonçant dans les boues de Flandre ou de Russie. La magie sympathique opère ici son miracle, à partir d’une conversation entendue autrefois, d’une image fugitive restée imprimée dans sa rétine. Elle se sent « seule dans un grand paysage vide où tout semble tantôt très proche et tantôt lointain. Vide, il ne l’est pas, mais les personnages qui le peuplent m’importent trop peu pour que je sache s’ils viennent vers moi ou s’ils s’en vont… Aujourd’hui est la même chose que toujours. »

          Autour de son père Michel, centre d’un ballet sensuel où il semble ne faire que passer, elle creuse et creuse encore, pour faire le siège de cette substance indifférenciée qui est elle-même. Jusqu’à cette phrase admirable, qui condamne toute théologie : « On ne comprend pas l’éternité. On la constate. »

                   Sans jamais se lasser, elle a cherché à « remonter du presque présent au passé de la race toute entière. » Au terme, elle a renoncé à se comprendre : elle se constate. Pénétrant jusqu’aux cellules qui constituent son hérédité humaine, biologique, esthétique et culturelle. Jusqu’aux infimes composants qui la font telle qu’elle est, jusqu’à la dissolution de son « moi », cette apparence factice.

          Mise en œuvre de la méditation bouddhiste, qui l’a fascinée toute sa vie durant.

          Perception, au-delà du perceptible, d’un « moi » inexistant, parcelle d’éternité en mouvement.

                    Tout être qui a vécu l’aventure humaine est moi

           Je vous remercie de votre patiente attention.

                          M.B., Conférence donnée le 29 mai 2010

FEMMES, JE VOUS HAIS ! (le Coran et ces dames)

          Il y a sur cette terre, environ 1 milliard de musulmans – soit logiquement la moitié de femmes. Que dit le Coran de nos adorables moitiés ?

 Aux origines : le messianisme judéo-essénien

           Pour son époque l’Ancien Testament n’est pas particulièrement misogyne, il donne même parfois aux femmes une place qu’elles n’avaient pas chez les peuples voisins.

           Mais à partir de l’exil (- 586), on voit apparaître en Israël un messianisme de plus en plus exacerbé, combiné à partir du II° siècle avant J.C. avec un gnosticisme de plus en plus affirmé.

           Messianisme : c’est l’attente d’un Messie charismatique et belliqueux, qui prendra la tête d’une guerre d’extermination contre tous les ennemis d’Israël.

          Gnosticisme : c’est un courant philosophique qui sépare l’univers en deux sphères, celle du bien (les Fils de Lumière) et celle du mal (les Fils des Ténèbres).

           Les manuscrits trouvés sur les rives de la Mer Morte datent du tournant du 1° millénaire. On y lit des perles, comme : « La perversion du cœur des femmes éloigne les humbles de Dieu, égare les humains dans un fossé et les séduit par leurs flatteries. (1) Au roi elles enlèvent sa gloire, au brave sa force, au pauvre le soutien dans sa pauvreté. » (2)

          Ầ cette époque, était donc répandue en Israël une idéologie selon laquelle la femme, par nature, détourne l’homme de sa mission.

          Pourquoi ? Parce qu’ici-bas les Fils de Lumière (nous) sont engagés dans une guerre sans merci, totale, contre les Fils des Ténèbres (eux). Dans ce climat totalitaire, la séduction féminine empêche le fanatique d’être entièrement investi dans la seule chose qui compte, son combat pour le triomphe de la cause du Bien (nous).

          Séductrice, la femme représente pour l’homme (et donc pour la communauté des combattants) un danger mortel.

          Séduction (tentation), en arabe, se dit fîtna.

           On retrouve cette misogynie dans le Talmud, écrit juif rabbinique écrit cinq siècles plus tard. « Le Talmud est résolument misogyne… La femme n’est pas digne de témoigner (pas plus que le fou ou l’enfant). Le mariage est un acte d’achat, et la femme appartient à son mari sans pouvoir, contrairement à lui, dissoudre cette union. » (3)

           Retenons de cela qu’un fort courant juif, d’origine essénienne et qui s’épanouit dans le judaïsme rabbinique, voyait dans le monde la scène d’un combat apocalyptique entre le bien et le mal. Guerre totale : ne survivront que ceux dont les armes ne seront ni polluées, ni alourdies par une quelconque tentation.

          Prêt à se sacrifier pour le retour du Messie, le fanatique ne doit être retenu ou empêché par rien.

 Le Coran, un texte d’inspiration judéo-chrétienne

           La recherche contemporaine a mis en évidence un fait que les érudits musulmans peinent à reconnaître : le Coran est entièrement d’inspiration juive et nazôréenne. (4)

          Juive, et pas n’importe quel judaïsme : le judaïsme rabbinique du VII° siècle, c’est-à-dire talmudique.

          Nazôréenne : cette secte judéo-chrétienne, qui sort lentement de l’oubli, E.M. Gallez l’appelle à juste titre un judéonazôréisme (5). C’est-à-dire un judéo-christianisme particulier, à la fois messianique et fortement teinté de gnosticisme.

           On ne peut pas comprendre le Coran si l’on oublie qu’il part en guerre d’une part contre les musrikûn, ceux qui associent d’autres dieux au Dieu unique (les idolâtres et les chrétiens). Et d’autre part contre les kafirûn, ceux qui « recouvrent » Dieu par leurs infidélités à sa Loi (les juifs).

          Dans l’optique talmudique aussi bien que nazôréenne reprises par le Coran, le salut du monde est en jeu : il y a d’un côté le « parti d’Allah », hizb Llah, qui doit tout sacrifier au Chemin d’Allah, sabîl Llah. Et de l’autre le « parti de Satan », hizb saytân formé par les ennemis d’Allah.

          L’homme musulman est un mukallaf, un chargé de mission, réquisitionné par Allah : tout doit être sacrifié à cette cause.

 Les femmes, obstacles à la cause

          Dans cette optique totalitaire seule compte l’Umma, la communauté des croyants : l’individu ne compte pas.

          Or, à cause de leur maternité les femmes ont l’esprit tourné vers la vie qu’elles créent autour d’elles, d’où cette prescription du Coran : « Vos femmes et vos enfants sont pour vous des ennemis. Prenez-y garde ! Vos biens et vos enfants ne sont qu’une tentation – fîtna » (6).

          C’est aussi pourquoi « les hommes ont autorité sur les femmes, parce qu’Allah les préfère à elles » (7). Et si elles ne se soumettent pas, « celles de vos femmes dont vous craignez la désobéissance, reléguez-les dans des chambres à part et frappez-les. Mais si elles vous supplient, cessez de peser sur elles » (8).

           Non pas que l’homme serait automatiquement du parti de Dieu, tandis que la femme serait automatiquement du parti de Satan. Mais seule une femme devenue mukallaf , militant(e) totalement engagée dans la cause, peut trouver grâce aux yeux de la communauté, l’ Umma.

          La femme n’est pas l’égale de l’homme, mais la croyante est l’égale du croyant. Ce qui peut expliquer le choix de certaines femmes du port du voile, qui les marque comme croyantes plutôt que comme femmes.

           On trouve déjà cette idée dans plusieurs évangiles apocryphes gnostiques comme l’évangile de Thomas, logion 114 :

          « Simon-Pierre dit : « Que Marie sorte du milieu de nous, car les femmes ne sont pas dignes de la Vie ». Jésus dit : « Je l’attirerai afin de la faire mâle… car toute femme qui se fera mâle entrera dans le Royaume des cieux ».

 Le Coran, un progrès et un adoucissement

           On sait assez peu de choses sur la société arabe du Hîdjaz au VII° siècle. Mais ce qu’on constate, c’est que le Coran annule la lapidation de la femme adultère, prescrite – et pratiquée – dans le judaïsme à l’époque de Jésus.

          Si une femme est surprise en flagrant délit d’adultère (ou fortement soupçonnée), « le débauché et la débauchée recevront cent coups de fouets chacun, et un groupe de croyants sera témoin de leur châtiment. N’ayez aucune indulgence envers eux, c’est la religion d’Allah. » (9)

          De même, en cas d’héritage « Allah ordonne d’attribuer au garçon la part de deux filles » (10) : c’était sans doute plus qu’elles n’avaient jamais reçu.

          La législation coranique sur la dot, les enfants, le divorce, le témoignage en justice nous paraît médiévale et inacceptable : pour nous elle l’est , mais au VII° siècle elle représentait plutôt un progrès.

          Le problème, c’est que l’horloge historique de certains fanatiques musulmans s’est arrêtée à la fin du VII° siècle. En ce qui concerne l’accusation d’adultère notamment, ils oublient que les plaies de cent coups de fouets cicatrisent plus facilement qu’un corps écrasé à coups de pierres.

 Les hadîths

           D’autant plus qu’au texte du Coran se sont ajoutés, au cours des siècles, des hadîths ou paroles du Prophète recueillies par ses proches compagnons, et non consignées dans le texte du Coran dicté par Allah à son Prophète.

           Ainsi, ce délicieux proverbe qui lui est attribué :

          « La plus grande cause de misère que j’ai laissée à l’homme, ce sont les femmes. »

          Ou encore, cet autre attribué à ‘Ali, neveu de Mahomet :

          « La femme toute entière est un mal. Et ce qu’il y a de pire en elle, c’est que c’est un mal nécessaire » (11).

           Heureusement, il y a des versets du Coran (dictés par Dieu) comme celui-ci :

          « Vos femmes sont un champ à labourer : labourez-le comme il vous plaît. » (12). Tout récemment, je bavardais avec un musulman de milieu populaire, qui était fier de passer ses journées à étudier le texte du Coran. Il m’expliqua que ce verset de la sourate « La Vache », la 2° du Coran, signifiait en fait que les maris peuvent prendre leurs femmes par devant ou par derrière, « comme il leur plaît ». Ce sont les délices de l’exégèse coranique, adaptée à « un peuple qui ne se trompe pas » (13).

 L’héritage judéo-gnostique en christianisme

           Les chrétiens n’ont de leçons à donner à personne.

          Rappelons-nous ce que fut la condition de la femme en chrétienté triomphante : nous étions tout aussi messianistes, attendant le retour du Christ et prêts à le hâter par quelques bonnes croisades – comme celle des armées du pape contre les pieux albigeois.

          Tout aussi gnostiques, reléguant l’œuvre de chair aux confessionnaux, si d’aventure elle s’accompagnait de plaisir.

          Combien de siècles avons-nous mis à reconnaître aux femmes, après une âme semblable à celle des hommes, une dignité égale à la leur ?

           Et nous souvenons-nous que Jésus, qui fut nazôréen, parlait en public à une femme, étrangère de surcroît, acceptait dans son entourage des femmes qui se montrèrent à son égard d’un dévouement sans borne, jusqu’au bout. Relevait sans la juger une prostituée repentante, rendait la vie à une femme adultère sur le point d’être lapidée…

           Hélas, Jésus a été transformé en Christ, ce qui ne lui a pas réussi – et à nous non plus.

                                                M.B., 21 août 2011

 (1) Écrits Intertestamentaires, Pléiade 1987, Fragments divers : Pièges de la Femme, pp. 447-451.

(2) Testaments des XII Patriarches, Juda, id. p. 867.

(3) Raphaël Cohen, Ouvertures sur le Talmud, Paris, Granger, 1990, p. 125.

(4) Voyez, dans ce blog, les articles rassemblés sous la rubrique « L’islam en questions »

(5) Le Messie et son prophète, 2 tomes aux Éditions de Paris, 2005. Ouvrage remarquable, auquel j’emprunte une partie de cet article.

(6) Coran 64, 14-15.

(7) Coran 4,34 a.

(8) Coran 4,34 b. Traduction Denise Masson, corrigée par Berque.

(9) Coran 24,2.

(10) Coran 4,11.

(11) Deux hadîths cités par Gallez, Tome I page 508.

(12) Coran 2, 223.

(13) Coran 5, 51.

PEUT-ON CHANGER LE MONDE ? (II) Le désespoir

          Les révolutions françaises du XIX° siècle avaient fait naître un immense espoir : on changerait le monde, en changeant l’Homme (cliquez) .

          On commença par détruire deux des trois « ordres » féodaux, le premier-ordre ou clergé, le deuxième-ordre ou noblesse. Devenu tout alors qu’il n’était rien (1), le troisième-ordre ou Tiers-état s’engouffra dans l’ascenseur de la Révolution. Puis l’Empire et les Restaurations mirent fin au rêve : on revint pratiquement à la case départ.

          Était-il donc impossible de changer le monde ?

 I. Changer les sociétés ?

           Se produisit alors un bouleversement inattendu, la naissance du capitalisme industriel. L’ex Tiers-état se fractura en deux : d’un côté les patrons, qui investissaient leurs capitaux, et de l’autre les ouvriers qui les faisaient fructifier par leur travail.

          Pour rendre compte de cette mutation, Karl Marx inventa la notion de classes sociales. Son projet révolutionnaire n’était plus focalisé d’abord sur la création d’un Homme Nouveau, mais d’une société nouvelle. L’Homme valant ce que vaut son travail, la classe ouvrière était appelée à prendre le pouvoir en anéantissant la classe possédante.

           Les révolutions du XIX° siècle avaient voulu réhabiliter l’individu par des slogans inspirés du christianisme (cliquez) . Pour celles du XX° siècle l’individu n’était rien, qu’un atome du corps social. On les appela totalitaires, parce qu’elles s’emparaient de la totalité des individus pour les chauffer jusqu’à ce qu’ils fondent, et se fondent dans la masse. Elles ne laissaient aucune place aux inquiétudes morales, spirituelles ou métaphysiques sur la vie, la mort, la rencontre d’une transcendance.

            La naissance, la dictature puis l’écroulement de l’idéologie communiste ont parcouru le XX° siècle, avec son reflet exact, inversé comme dans un miroir, l’idéologie fasciste.

          Deux rêves messianiques et apocalyptiques, de nature identique (cliquez) .

          En principe vaincus par la chute d’un blockhaus puis d’un mur, ces formes du totalitarisme n’ont cessé de ressurgir. Entre autres dans la Révolution Culturelle chinoise ou chez les Khmers rouges, épisodes tragiques qui associèrent explicitement le projet de créer en même temps un Homme Nouveau, et une société nouvelle.

           Toutes les pistes révolutionnaires avaient été explorées, pour s’écrouler en ne laissant derrière elles que ruines et cadavres. Faute d’alternative, le capitalisme triompha jusqu’à vaciller à son tour dans la crise issue des subprimes, qui semble nous mener aujourd’hui dans le mur.

           Lucide, la jeunesse perçut dès le début la profondeur de cet échec planétaire. Elle ne se résignait pas et réclama un autre monde : « This world is over », ce monde-là est fini. Ce furent les vagues successives des mouvements altermondialistes, depuis les Hippies (1968) jusqu’aux Indignés (2011) : on criait dans la rue, puis les voix s’enrouaient de fatigue. Les protestataires finissaient par se soumettre, rentraient dans le système qu’ils retrouvaient inchangé, identique à lui-même.

          Les plus convaincus, les plus généreux tombèrent dans le désespoir : drogue, alcool, violence, terrorisme. Avec le suicide comme arme ultime.

           Dans ce monde qui pourrissait sur pied, il existait pourtant une institution dont le prestige et les moyens étaient encore intacts au milieu du XX° siècle. L’Église catholique aurait pu offrir une alternative aux révolutions manquées, une perspective aux idéaux trahis, une issue aux impasses mortifères : elle finit par reconnaître qu’un monde nouveau était en train de naître (2). Mais ce fut pour rendre les armes devant le capitalisme triomphant, en établissant des digues de protection devant la montée du socialo-communisme égalitaire (3).

          Ce compromis entre réalité et idéal (supposé évangélique) était-il viable ?

          Pouvait-on en même temps accepter le monde tel qu’il est, et chercher à le changer sans rompre totalement avec lui ?

          La « doctrine sociale chrétienne » n’a jamais été appliquée nulle part. L’Église affichait sa « préférence pour les pauvres », mais ne faisait pas pour elle-même le choix de la pauvreté. Quand elle ne se rangeait pas du côté des puissants et des riches, elle assistait en spectatrice à l’étouffement des protestataires, drapée dans un silence assourdissant (4).

          Les indignés de tous bords comprirent vite qu’ils n’avaient plus rien à attendre d’elle.

           Après la terre, le ciel était désormais vide.

          Et dans ce vide, le monde continuait à tourner, inexorable.

 II. Changer la morale ?

           Commercialisée aux USA en 1966, en France en juin 1967, la pilule contraceptive fut pour le XX° siècle un événement aussi marquant que la révolution industrielle du XIX°.

          Elle a rendu possible la révolution des mœurs, l’irruption du plaisir pour lui-même.

           Entre mai 1968 et l’apparition du Sida en 1982, ce fut une explosion libertaire sans limites. Emmenée par de grands écrivains (Nabokov aux USA, Gide et sa postérité (5) en France), la société occidentale dépénalisa les homosexualités et proclama le droit universel à la liberté sexuelle, quel que soit l’âge. Bref moment d’ivresse, vite tempérée par l’apparition de l’exploitation commerciale des plus faibles livrés aux fantasmes de malades sexuels.

          La diffusion galopante d’un minuscule rétrovirus mit fin au règne du plaisir illimité.

          On légiféra contre les excès de la liberté, on revint au moralement correct, mais le mal était fait : le plaisir avait acquis droit de cité. Un monde nouveau venait de naître.

           Dans cette époque troublée, l’Église catholique aurait pu utiliser son audience pour proposer la réintégration du plaisir dans l’amour. Pour montrer comment l’un et l’autre, quand ils ne sont pas dissociés, sont l’une des voies ordinaires qui mènent à l’expérience directe de la transcendance.

          Au lieu de cela elle tourna le dos au monde nouveau qui se cherchait, s’enferma dans le refus et la condamnation.

           Perdant définitivement la confiance des jeunes, et le peu de crédit qui lui restait. Ils se retrouvèrent seuls pour gérer leurs vies affectives, sans conseils, sans repères, sans horizons.

          Heureusement pour eux et pour nous, l’amour est à lui-même son propre horizon.

           L’effacement des Églises du champ de la conscience morale accompagnait la maturité du Nouveau Monde : un monde décidé à « s’en sortir tout seul », sans maîtres ni horizon transcendant, en même temps qu’il était effrayé par la disparition des guides et des porteurs d’idéaux traditionnels.

          N’apercevant rien, ni personne, capable de remplir ce vide qu’il préférait ignorer ou éviter du regard, tant il est angoissant. Mais vers lequel il marchait les yeux fermés.

 III. Une nouvelle spiritualité ?

           Pendant 17 siècles, ce sont les Églises chrétiennes qui ont eu le monopole de la transcendance, et des moyens d’en faire l’expérience.

          Prisonnier de son héritage juif, le christianisme évangélisa les peuples à coup de liturgies et de prières vocales. « As-tu dit ta prière ? » : prier, c’était réciter des formules.

          Même les moines, fers de lance de l’évangélisation, se voyaient fixer par leur Règle un objectif quantitatif : plus on marmonnait de psaumes, mieux on se rapprochait de Dieu (cliquez) .

            Il y avait eu pourtant en Orient des Maîtres pour enseigner l’Hésychia, en Occident d’autres qui parlaient d’Oraison, ces deux formes de la prière silencieuse. Mais ils ne franchissaient pas le cercle des initiés, et surtout aucun n’expliquait de façon simple, claire et efficace comment parvenir au silence intérieur, porte d’entrée de la rencontre avec la transcendance.

          L’Occident se tourna alors vers l’hindo-bouddhisme, pour découvrir que tout y était dit et expliqué de façon lumineuse, dans un contexte anthropologique et cosmologique totalement différent du christianisme. Et infiniment plus cohérent avec l’expérience, la raison et la science.

          L’Église, seule à posséder la vérité, ignora splendidement ce champ de l’expérience spirituelle. Les meilleurs de ses fils se détournèrent d’elle pour aller défricher, chez les Maîtres orientaux, les chemins de la rencontre avec l’Ineffable dans le silence de l’esprit et des passions.

           Trois fois orphelin de son passé (socialement, moralement, spirituellement), l’Occident n’a pas aujourd’hui d’autre choix que de prendre ses destinées en mains, seul face à un avenir qu’il n’a plus les moyens de comprendre ni d’imaginer.

          Debout aux frontières des ténèbres, ses veilleurs ne voient-ils rien venir ?

                          M.B., 7 novembre 2011

                                        (à suivre – cliquez )

 (1) Qu’est-ce que le Tiers-état ? Rien. Que doit-il être ? Tout. C’est le titre d’une brochure de Sieyès qui accompagna le début de la Révolution française.

(2) Encyclique Rerum Novarum (« Un monde nouveau »), 1891.

(3) Après Rerum Novarum, Quadragesimo Anno (Pie XI, 1931), Mater et Magistra (Jean XXIII, 1961) et Centesimus Annus (Jean-Paul II, 1991) marquent les tâtonnements successifs du magistère catholique dans le domaine social, pendant un siècle.

(4) Quand elle ne les condamnait pas s’ils étaient d’inspiration chrétienne, comme la « Théologie de la libération » en Amérique latine.

(5) Au hasard et sans ordre : Radiguet, Bataille, Genêt, Pauvert, Guillotat, Matzneff, Duvert, les surréalistes…

JÉSUS A-T-IL ÉTÉ L’AMANT DE MARIE-MADELEINE ?

          Au commencement Dieu créa les homme          puis les hommes créèrent des dieux. (1)

l’auteur du Da Vinci Code a pillé une vieille légende, remise au goût du jour par l’affaire de Rennes-le-château : Jésus aurait été l’amant de Marie-Madeleine, et des enfants seraient nés de leur union sexuelle.

L’origine de cette légende se trouve dans un passage de L’Évangile de Philippe, texte gnostique du II°- III° siècle découvert parmi les manuscrits coptes de Nag Hamadi en 1947 :

« La Sagesse que l’on croit stérile  est la mère des anges.

La compagne du Fils est Marie de Magdala.

Le Maître aimait Marie plus que tous ses disciples,

Il l’embrassait souvent sur la bouche » (2)

Dan Brown a sorti cette phrase de son contexte, et s’en est servi dans un but purement commercial.

 Le contexte : un judaïsme devenu gnostique

Les textes gnostiques sont tous imprégnés d’un profond mépris pour le corps : « Malheur à vous… qui vous en remettez à la chair, cette prison qui périré  » (3) Parce que « celui qui a connu l’univers a trouvé un cadavre » (4), pour les gnostiques l’acte sexuel plonge l’ « homme de lumière » dans la ténèbre (5) : « Tous les corps façonnés périront. Ne sont-ils pas nés de rapports [sexuels] semblables à ceux des bêtes ? » (6). Et encore : « Ne crains pas la chair et n’en sois pas amoureux. Si tu la crains elle te dominera, et si tu l’aimes elle te paralysera et te dévorera » (7)

Mais on oublie toujours de dire que les textes gnostiques viennent du judaïsme prophétique, et se prolongeront dans la kabbale juive : mouvement mystique plus que philosophique, pour qui l’union entre l’homme et Dieu est de nature nuptiale. « La chambre nuptiale n’est pas pour les animaux… ni pour les hommes et les femmes impurs. Elle est pour les êtres libres, simples et silencieux » (8). « La chambre nuptiale est le Saint des Saints »(9)

Les gnostiques connaissent donc deux sortes d’unions : l’une, grossière, l’union charnelle des corps. L’autre, spirituelle, l’union nuptiale – aboutissement de la gnose.

Le Jésus des gnostiques ne pouvait forniquer avec Marie-Madeleine : c’eût été tomber dans la déchéance qu’il condamne lui-même : « O incomparable amour de la lumière, s’exc lam e-t-il ! O tristesse du feu qui brûle le corps des hommes, les consumant nuit et jour… lui qui les fait s’unir entre mâles et femelles… et qui les agite secrètement et ouvertement ! Celui qui cherche la vérité auprès de la vraie sagesse doit fuir la volupté, qui détruit l’Homme » (9)

 Le baiser de la prééminence

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre le baiser de Jésus sur la bouche de Marie-Madeleine, celui des prophètes et du Cantique des Cantiques (« Qu’il me baise des baisers de sa bouche », 1,2) : bref, du mysticisme juif. « La bouche est la source et la sortie du souffle, et lorsque le baiser se pose sur la bouche, un  souffle s’unit à un souffle… à plus forte raison des souffles intérieurs ! » (10)

Ce « souffle intérieur » c’est le ruah, qui désigne indistinctement dans le judaïsme le souffle et l’esprit. Que les Grecs ont traduit pneuma, les Latins spiritus.

Le « baiser sur la bouche » que donne Jésus à Marie-Madeleine est donc un terme codé du gnosticisme : il signifie l’entente, la compréhension mutuelle, la connivence particulière qui existaient entre cet homme et cette femme. Et la transmission d’une Vérité plus haute.

Dans le contexte, il n’a aucune signification érotique.

Marie Madeleine faisait partie du cercle des intimes de Jésus : elle est présente au pied de la croix, elle est la première témoin de ses apparitions – avant les apôtres.

C’est cette intimité que l’Évangile de Philippe traduit par l’image du « baiser sur la bouche ». Allusion codée mais sans équivoque au cheminement mystique qu’il propose aux « parfaits », les gnostiques : ceux qui possèdent la connaissance intime du message de Jésus.

Cela, et rien d’autre.

Un second texte de Nag Hamadi, l’Évangile de Marie, décrit des relations difficiles entre les apôtres et Marie-Madeleine. « Les disciples étaient dans la peine… Marie se leva, embrassa tous [les disciples] et dit à ses frères [les apôtres] : « Ne soyez pas dans la peine et le doute… » Pierre lui répondit : « Sœur, nous savons que le Maître t’a aimée différemment des autres femmes. Dis-nous les parole s qu’il t’a dites… » (11)

Cette fois-ci, Marie embrasse tous les disciples : était-elle donc l’amante de tous ces hommes ? Ou bien ce baiser signifie-t-il qu’elle veut les introduire dans une gnose, celle qu’elle a reçue de Jésus ? Et en effet, juste après elle leur parle et « par ces paroles, elle tourna leurs cœurs vers le Bien » (12). Pierre avoue qu’elle a compris mieux que lui l’enseignement de Jésus : le Maître l’a aimée différemment des autres femmes – c’est-à-dire différemment de la façon dont les autres femmes se font aimer, physiquement. Et la preuve, c’est la qualité de son enseignement…

Alors (selon ce texte) éclate la jalousie d’André : « André prit la parole et s’adressa à ses frères : « Dites, que pensez-vous de ce qu’elle vient de raconter ? … Ces pensées diffèrent de celles que nous avons connues » Pierre ajouta « Est-il possible que le Maître se soit entretenu ainsi, avec une femme, sur des secrets que nous, nous ignorons ? Devons-nous changer nos habitudes, écouter cette femme ? L’a-t-il vraiment choisie et préférée à nous ? » (13)

On retrouve ici l’écho d’un conflit qui parcourt tous les Évangiles canoniques, mais qui a été occulté par l’Église depuis les origines : la lutte pour le pouvoir. Tous veulent être « à la première place » (14) : quelqu’un d’autre va-t-il leur ravir cette première place, parce que plus proche du Maître qu’eux ? Et ce quelqu’un sera-t-il en plus une femme, déchéance suprême pour des hommes convaincus de leur supériorité de mâles ?

Cela, Pierre ne l’admet pas : « Simon Pierre dit ceci [aux disciples] : « Que Marie nous quitte, car les femmes ne sont pas dignes de la vie. Jésus a dit : Voici, moi je la guiderai afin de la rendre mâle, de sorte qu’elle aussi puisse devenir un esprit vivant, semblable à vous, hommes mâles. Car toute femme qui se fera mâle entrera au royaume des Cieux » (15)

Que Marie « se fasse mâle », qu’elle abandonne sa féminité : et alors seulement elle pourra devenir gnostique, car la femme n’est pas digne de la gnose, la connaissance parfaite.

« Alors Marie pleura. Elle dit à Pierre : « Mon frère Pierre, qu’as-tu dans la tête ? Crois-tu que c’est toute seule, dans mon imagination… que je dise des mensonges à propos des enseignements du Maître ? » (16). En pleurant, Marie témoigne de sa faiblesse, c’est à dire de sa féminité. Alors Lévi prend sa défense, confirmant ce que nous apprennent par ailleurs les Évangiles canoniques : le tempérament violent de Pierre, sa volonté de puissance :

« Lévi prit la parole : « Pierre, tu as toujours été un emporté. Je te vois maintenant t’acharner contre la femme, comme le font nos adversaires. Pourtant, si le Maître l’a rendue digne, qui es-tu pour la rejeter ? Assurément, le Maître la connaît très bien : il l’a aimée plus que nous » (17)

Le Maître la connaît très bien : s’agit-il d’une « connaissance » biblique, charnelle ? Non, puisque Lévi précise : « Laissons [la Vérité dans son entièreté] prendre racine en nous… partons annoncer l’Évangile » dans sa totalité gnostique (18).

  La gnose universelle

             Pierre ne supporte pas qu’une femme passe avant lui, au motif qu’elle aurait pénétré plus avant que lui dans l’intimité de Jésus : de même qu’il ne pouvait supporter la présence et l’enseignement du disciple bien-aimé de Jésus, dont le nom comme la mémoire seront effacés de tous les textes, sauf du IV° Évangile.

Il ne peut supporter qu’une connaissance plus intime de Jésus soit transmise par d’autres que la Grande Église, qu’il contrôle. Que l’entrée dans la chambre nuptiale mystique ne lui soit pas accordée, à lui, alors que cette chambre s’ouvre à une femme.

Marie-Madeleine fut-elle la seule à partager le « souffle intérieur » de Jésus par le baiser mystique ? D’après l ‘Évangile selon Thomas, les gnostiques reconnurent ce privilège à une seconde femme. Ici, le contexte prend tout son sens : « Jésus dit : Deux personnes iront se reposer sur un lit : l’une mourra, l’autre vivra (19). Salomé dit : Qui es-tu, homme, pour être – toi qui es issu de l’Unique – monté dans mon lit ? Et pour avoir mangé à ma table ? Jésus lui répondit : Je suis celui qui tient son être de celui qui est juste… » (20)

Si Dan Brown avait lu ce logion de l’Évangile selon Thomas, il aurait pu augmenter les ventes de son livre en aug mentant le nombre des amantes supposée de Jésus. Salomé n’avoue-t-elle pas que Jésus est monté dans son lit ?

Vocabulaire mystique de la chambre nuptiale. « Quand vous ferez de deux un seul et que vous ferez que ce qui est au-dedans soit au-dehors, et que ce qui est au-dehors soit en-dedans… quand vous mettrez une image à la place d’une image, alors vous entrerez dans le royaume » promis par la gnose (21).

C’est ainsi qu’il faut comprendre le passage de l’Évangile de Philippe utilisé par Dan Brown :

« La Sagesse que l’on croit stérile  est la mère des anges

La compagne du Fils est Marie de Magdala.

Le Maître aimait Marie plus que tous ses disciples,

Il l’embrassait souvent sur la bouche  » (22)

La Sagesse, en gnosticisme, c’est Celui qui est né de l’Un, Jésus. On (les impurs) la croit stérile : mais elle est mère des anges, c’est à dire des messagers de la Vérité. « Le parfait Seigneur (23) dit : Je suis venu de l’Un afin de pouvoir vous instruire de toute chose. L’Esprit, qui était un géniteur, avait le pouvoir d’engendrer et de donner forme… à d’autres esprits de la génération inébranlable » (24).

Marie-Madeleine, Salomé : deux représentants de cette « génération inébranlable » qui a été ensemencée par l’enseignement du Géniteur, échangeant avec lui le baiser sur la bouche, souffle à souffle, et partageant avec lui le lit de la chambre nuptiale comme tous les « parfaits ».

En donnant à deux femmes la prééminence sur le troupeau des disciples mâles (et fiers de l’être), les Évangiles gnostiques se montrent fidèles à l’attitude de Jésus, qui avait admis dans son cercle restreint plusieurs femelles. Un seul témoin canonique rapportera la réprobation des apôtres devant l’attitude de leur Maître : le treizième apôtre, dont le récit (amplifié et corrigé par la suite) figure toujours dans le IV° Évangile. « Ses disciples arrivèrent, et s’étonnèrent qu’il parle à une femme » (Jn 4,25). Cet Évangile, qui n’a été reconnu par l’Église que bien après les synoptiques, était le préféré des gnostiques. Faut-il s’en étonner ?

La gnose est universelle, elle admet que des femmes ont pu être « compagnes » de Jésus : l’Église, elle, protège son pouvoir masculin.

La Sagesse s’unit aux hommes (ou aux femmes !) dans la chambre nuptiale. Elle s’unit à eux (à elles) dans un baiser sur la bouche, où le souffle-Esprit divin se mêle au souffle-esprit humain pour enfanter la Vérité, la gnose parfaite.

Évidemment, il n’y a pas là de quoi faire un best-seller. Ni chatouiller les curiosités malsaines, pour faire de l’argent.

Jésus a toujours refusé le pouvoir de l’argent. Pierre refusera l’offre de Simon-le-magicien, qui lui proposait de l’argent en échange d’une part de pouvoir. Siddartha Gautama refuse à plusieurs reprises de « faire des miracles » pour attirer les foules et se faire ouvrir leurs portefeuilles (25).

                       M.B., 14 décembre 2006
      N.B. :. Ce texte a été repris, et adapté pour le grand public, dans un court essai, Jésus et ses héritiers, mensonges et vérités, dont il forme le dernier chapitre.

 (1) Ph 84 (Évangile de Philippe, publié par Jean-Yves Leloup, Albin Michel, 2003)

 (2) Ph 55.

 (3) ThC 16 (Le livre de Thomas le champion, in Textes gnostiques de Shenesêt, Par ole s gnostiques du Christ Jésus présenté par André Wautier, Ganesha, Montréal, 1988)

 (4) Th 56 (L’ Évangile selon Thomas, id.) : « connaître l’univers »  est une métaphore d’ordre sexuel.

 (5) Th 24.

 (6) ThC 5 (cf. Th 7)

(7) Ph 62.

 (8) Ph 73.

 (9) Ph 76.

 (10) ThC 8.

 (11) Pirouch Esser sefirot belima, cité par J.Y. Leloup, op. cit. p. 51.

 (12) Évangile de Marie, présenté par J.Y. Leloup, Albin Michel 1997, pp. 35 et 37.

 (13) Id., p. 35.

 (14) Id, p. 47.

 (15) J’ai analysé les racines et les conséquences de ce conflit oublié dans Dieu malgré lui, Ro ber t Laffont 2001.

 (16) Th 114.

 (17) Évangile de Marie, op. cit. p. 45.

(18) Id., p. 45

 (19) id. p. 45.

 (20) Cf. Lc 17,34 : « Je vous le dis : en cette nuit-là [celle de la fin du monde], deux seront sur le même lit. L’un sera pris, et l’autre laissé » Les gnostiques interprètent cette phrase dans un sens mystique : dans leur langage codé, l’union intime avec Dieu se réalise sur le lit de la « chambre nuptiale ».

 (21) Th 61.

 (22) Th 22.

 (23) Ph 55.

 (24) Noter ce qualificatif : « Parfait » ici signifie « ayant accompli la gnose », « Maître gnostique ».

 (25) La Sophia de Jésus le Christ,7, in André Wautier, op. cit p. 29.

 (26) Kevaddha Sutta, cité et commenté dans Dieu malgré lui, p. 292.

JÉSUS ET LA SEXUALITÉ : DIEU NOUS PRÉSERVATISE DU PAPE !

          Impavide et sucré, l’Homme en Blanc (Benoît XVI) scandalise à nouveau par ses déclarations sur la sexualité, et je m’étonne qu’on s’étonne. Car enfin, cela fait vingt siècles !

          L’Église et la sexualité, l’Église et notre vie la plus intime, la plus quotidienne : le divorce a eu lieu dès l’origine, puisque Paul de Tarse écrit ses lettres entre l’an 50 et l’an 57, avant même que les évangiles ne soient composés. Relations sexuelles hors mariage, adultère, homosexualité, le corps et le plaisir : nous savons ce que Paul en disait. Mais… peut-on savoir ce que Jésus en pensait, Jésus que Paul n’a jamais connu, dont il avait seulement entendu parler ?

I. Homosexualité

          Elle était pratiquée par les juifs, comme en témoignent des textes trouvés à Qumrân et datant environ du II° siècle avant J.C. (1). Si la Bible la condamne fermement, c’est parce qu’elle était liée à la prostitution sacrée des peuples entourant Israël : l’adopter, c’était une forme d’apostasie qui rendait impur.
          Quand Paul écrit (Rm 1,27) : « Les hommes ont abandonné les rapports naturels avec la femme, commettant l’infamie d’homme à homme », il s’adressait aux habitants de Rome et faisait appel à une notion philosophique grecque de nature qui était étrangère au judaïsme. Il est donc normal que Jésus, juif s’adressant à des juifs dans un milieu relativement protégé, ne parle pas de l’homosexualité : ce n’était ni son problème, ni celui de son auditoire.

II. Jésus et la sexualité

          On trouve dans le livre de la Genèse deux récits de la création.
          Le plus récent, de tradition sacerdotale, dit que Dieu donna aux hommes l’ordre d’être féconds, et de se multiplier pour remplir la terre.
          Mais le plus ancien dit que la femme est la chair de la chair de l’homme, et c’est à lui que Jésus se réfère quand il parle de la sexualité humaine. Autrement dit, entre deux traditions il a fait un choix : pour lui, l’acte sexuel c’est « que l’homme s’attache à sa femme et que les deux ne fassent plus qu’une seule chair » (Mt 19,5).

          Il est étonnant que ce solitaire, chaste par choix personnel, ait si bien compris que l’amour physique, quand il est réussi, est une véritable fusion où l’on se perd l’un dans l’autre, jusqu’à ne plus savoir qui est l’un, qui est l’autre. C’est ce que nous appelons l’orgasme, et c’est une expérience divine.
          Pour Jésus, le but de l’amour ce n’est pas d’abord de faire des enfants : c’est d’abord de fusionner l’un dans l’autre.
          C’est d’abord le plaisir.

          L’Église n’a pas suivi le choix de Jésus, elle a faite sienne la tradition sacerdotale de la Bible. Pour elle, l’amour n’est légitime que s’il est suivi de procréation. Le but de l’amour ce n’est pas le plaisir, la fusion amoureuse : c’est la grossesse. Le préservatif, qui permet le plaisir partagé tout en évitant l’enfant, c’est le mal absolu.

III. Relations hors mariage

          Elles étaient condamnées par le judaïsme, mais depuis l’exemple donné par Abraham lui-même on était indulgent envers l’homme qui se payait une prostituée.      
          Indulgence envers l’homme, oui – mais pas envers la femme, malheureuse qui devait ajouter à son métier dégradant une réprobation sociale unanime.
          Or Jésus (Lc 7,36), invité chez un notable, se laisse approcher par une de ces femmes perdues. Elle lui offre les outils de son travail quotidien : des baisers, son parfum, la caresse de ses cheveux. Non seulement il ne la repousse pas, mais il prend sa défense devant tous, au seul motif qu’elle a montré beaucoup d’amour.

          Cette fois-ci, il ne choisit pas entre deux traditions : il prend à contre-pied le judaïsme, et le notable ne s’y trompe pas, qui le lui reproche : « si cet homme était un prophète… » Mais Jésus est un vrai prophète. Oui, cette femme fait l’amour bien qu’elle ne soit pas mariée. Oui, elle est complice de tous les hommes mariés, ses clients. Jésus ne justifie pas son métier, il justifie la personne : « Parce qu’elle a aimé… »
          Pour Jésus, l’amour ne légitime pas le péché. Mais le « péché d’amour » ne permet pas de condamner celui, ou celle, qui aime.

IV. Adultère

          Violemment proscrit par le judaïsme, il entraînait la mort par lapidation solennelle et publique : les accusateurs, puis la foule, tuaient la femme à coup de pierres. Quant à l’homme, il n’était condamné que par sa conscience.
          Le chapitre 8 du quatrième évangile décrit une femme, prise en flagrant délit d’adultère, amenée sur l’esplanade du temple pour être lapidée comme il se doit. Beaucoup d’exégètes considèrent que cet épisode n’appartient pas à la « tradition johannique » : je ne suis pas de leur avis (2), il porte toutes les marques d’une tradition ancienne et provient d’un témoin oculaire, le disciple que Jésus aimait.
          Ce témoin raconte que Jésus se trouvait là, par hasard semble-t-il, au moment où des hommes de loi pharisiens s’apprêtaient à exécuter la femme. Ils lui demandent ce qu’il en pense, et on connaît sa réponse : « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché jette la première pierre ». Alors, tous s’en vont, et Jésus dit à la femme : « Moi non plus, je ne te condamne pas, va ».
          Cette fois-ci, il s’oppose carrément à son judaïsme natal, et la foule ne s’y trompe pas puisqu’elle cherche à le lapider : ne vient-il pas de se rendre complice d’une adultère ?  
          Sous leur menace, il est obligé de s’enfuir.

          Jésus ne pouvait prévoir ni le préservatif, ni le Sida. Il ne pouvait imaginer l’océan de nos problèmes actuels, mais il nous a laissé un gouvernail : son attitude face aux hommes, aux femmes, ses jugements sur leur sexualité.
          
          Hélas, ce n’est pas lui qui est au gouvernail.

                                   M.B., 22 mars 2009

(1) Rouleau du Temple, 58,17 et surtout Règlement de la Guerre 6,3 : « Avant de partir au combat, aucun jeune garçon et aucune femme n’entrera dans le camp »
(2) Voir L’évangile du treizième apôtre, Aux sources de l’évangile selon saint Jean, Harmattan, 2013 (cliquez)