Archives du mot-clé Crise

LONGUE EST LA NUIT (VI) : Et Notre-Dame brûla

Les Français n’aiment pas qu’on leur rappelle les racines chrétiennes de leur pays. Dans les articles précédents (1) j’ai montré que l’Occident s’est pourtant construit à partir d’une religion, le christianisme. Que l’un et l’autre ont vécu une relation fusionnelle avant de décliner lentement. Ce n’est qu’en 1905 que la France a officiellement rompu cette relation, la nation française affirmant qu’elle n’avait plus rien à voir avec son catholicisme natal.

Mais aucune loi ne peut mettre fin à une relation fusionnelle aussi forte que celle qui unissait les Français à leur religion. Après 1945, le catholicisme avait encore de beaux restes en France. Intellectuellement, socialement et spirituellement, il continuait de tenir une place considérable dans l’espace politique français. Lire la suite

LONGUE EST LA NUIT (V) : Et le crépuscule tomba…

  Au début de la Renaissance, l’Église catholique semblait toucher au ciel. Elle était la Jérusalem d’en-haut descendue sur terre, elle le savait et le proclamait jusque dans sa liturgie : Urbs Jerusalem beata… (1) Son pouvoir politique était tel que les princes européens se tournaient vers elle pour réguler leurs querelles : en 1494 c’est au pape Alexandre VI Borgia qu’ils demandèrent de tracer la frontière entre leurs conquêtes sud-américaines. Son pouvoir culturel était intact : en 1610 Galilée fut contraint par elle de renoncer à ses découvertes. Sa puissance économique était considérable et en partie tournée vers le soulagement des plus pauvres. Grâce au célibat des prêtres son patrimoine était intact. Enfin L’art illustrait la foi chrétienne (2).

Ce fut un moment miraculeux où l’Église c’était l’Occident, et l’Occident c’était l’Église.

Pourtant, pan de mur après pan de mur, cet édifice immense, majestueux, millénaire, allait s’effondrer. L’affaiblissement de chaque bastion entraîna celui du voisin, sans qu’on sache lequel provoquait la chute de l’autre – tant l’ensemble était cohérent, d’un seul tenant. Lire la suite

LONGUE EST LA NUIT (IV) : La puissance et la gloire

Après la fin de l’empire romain et des invasions barbares, l’Occident allait-il sortir de sa nuit ? À l’est Charlemagne bataillait contre les Saxons, au sud contre les musulmans. Il lui fallait mettre Dieu de son côté : en 800 il alla se faire couronner par le pape à Rome et lui offrit en échange sa protection. L’alliance du trône et de l’autel allait marquer le destin de l’Occident pendant mille ans, le pape exerçant une suprématie de fait sur les rois.

I. Fric et froc : prêtres célibataires et moines capitalistes Lire la suite

LONGUE EST LA NUIT (III) : Un homme devient Dieu

  Au lendemain du 9 avril 30, la nuit tombait sur les disciples d’un crucifié. La ‘révolution-Jésus’’ – un Dieu tendre et aimant, tout être humain ‘’prochain’’ des autres, la religion-boutique des Juifs ouverte au monde, l’amour et l’espoir remplaçant la crainte -, tout cela avait été cloué sur une croix. Était-ce la fin du beau rêve ?

Les disciples relevèrent la tête. Pour que ça continue, pour que ça s’amplifie, ils consentirent à deux trahisons d’où allaient surgir la chrétienté et la civilisation occidentale. Lire la suite

LONGUE EST LA NUIT (II) : la ‘’révolution-Jésus’’

  Parfois, dans les ténèbres de notre planète, surgissent des Éveillés. Le plus souvent, c’est aux moments de grandes crises sociales, spirituelles, morales, identitaires dont je parlais dans les articles précédents. Ils ouvrent des portes, marquent un tournant dans notre Histoire. Ainsi fut-il de Jésus, dont le christianisme fit son fondateur. Et à partir de cette religion, naquit une civilisation qui est aujourd’hui à la peine. (1)

I. La première mondialisation

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LONGUE EST LA NUIT (I) : « Comment notre monde a cessé d’être chrétien » (Le livre de G. Cuchet)

Dans un article précédent j’ai montré comment toutes les civilisations de l’Histoire sont nées d’une religion. Quand cette religion s’étiole, les civilisations meurent. Ou bien est-ce leur épuisement qui provoque l’effacement d’une religion ? Quoi qu’il en soit, religions et civilisations sont intimement liées (1). Depuis une dizaine d’année on parle de déclin de l’Occident, les « déclinistes » fleurissent. Impossible d’aborder cette question sans se pencher sur le déclin de la religion catholique. De quand date en France ce déclin ? Et surtout, quelle est sa cause profonde, ancienne ? L’approche sociologique est-elle suffisante ? Lire la suite

L’OCCIDENT PEUT-IL MOURIR ? (conférence aux Francs-Maçons)

 « Nous autre civilisations, disait Paul Valéry, nous savons aujourd’hui que nous sommes mortelles ». Quel est le destin des civilisations ? La civilisation bimillénaire de l’Occident est-elle condamnée, elle aussi, à mourir ?

I. Naissance de l’Occident

Rappelons que l’Occident a appris à penser avec deux grands philosophes grecs : Lire la suite

LA CIVILISATION OCCIDENTALE PEUT-ELLE MOURIR ?

  « Nous autre civilisations, disait Paul Valéry après le cataclysme de la 1re guerre mondiale, nous savons aujourd’hui que nous sommes mortelles ». Quelque chose est en train de changer sous nos yeux, quelque chose qui ne s’est jamais produit avec une telle rapidité. Notre civilisation occidentale est-elle en train de mourir ? Condamnée, elle aussi, à disparaître dans les sables de l’histoire ? Lire la suite

DÉBATTRE OU TOUT CASSER : quelques regards d’ailleurs

La France d’aujourd’hui est un pays où l’on ne se parle plus, ne s’écoute plus. Où certains refusent de dialoguer, préférant insulter ou tout casser plutôt qu’échanger. D’où cela nous vient-il ? En a-t-il été autrement ailleurs ? Lire la suite

LA TYRANNIE DES APPARENCES ET LA VIOLENCE : LES MYSTIQUES ONT-ILS QUELQUE CHOSE A NOUS APPRENDRE ? (Conférence à Paris)

Où se nichent les racines de la violence ? Alors qu’elle monte partout autour de nous, les mystiques ont-ils quelque chose à nous apprendre ?

I. Les premières traces d’Homo Sapiens montrent quelque chose d’étonnant : ils rassemblaient les ossements de leurs défunts en un même lieu – alors que les restes des animaux sont éparpillés dans la nature. Yves Coppens pense que c’est à cet indice qu’on détermine le seuil qui sépare les grands singes des hominidés : la conscience qu’il y a quelque chose après la mort, puisque les humains collectent leurs dépouilles dans la conscience confuse, non-formulée, de ce « quelque chose ». Lire la suite