Archives du mot-clé Bouddhisme

À L’AMIE QUI VOULAIT CROIRE EN DIEU (sans y arriver) : petit traité d’anti-Athéologie

                         « Dieu ? Connais pas ».

                         « Dieu ? Rien à foutre ».

                        « C’uy-là ? M’en parlez pas ! Avec tout l’mal qu’y a sur terre

Pour les hommes et les femmes de l’antiquité, l’existence, la réalité de Dieu n’avait ni à être démontrée, ni à être justifiée. Elle était inscrite dans les fibres de leur être, c’était une évidence indiscutable, le pilier de la vie sociale. Dieu (ou les dieux) était aussi incontestable que la voute céleste ou le cycle des saisons. Le remettre en question était un crime. Tacite accusa les premiers chrétiens de propager « une superstition magique détestable » qui les rendait « odieux aux hommes comme aux dieux. » Bref, aujourd’hui on dirait qu’il les accusait d’athéisme. Ils furent livrés aux lions, car alors l’athéisme était inconcevable, et il le restera très longtemps.

Ayant dominé le monde pendant à peu près 4.000 ans, vers le XVIIIe siècle (certains disent même avant) Dieu a soudain disparu du paysage. Dissous dans l’air du temps, absorbé par le brouillard des idées, digéré dans l’intestin des non-idées. Tué par la Pensée, poignardé par la Non-Pensée.

 Pourtant, aujourd’hui encore Dieu rôde dans les esprits. Yuval Noah écrit que « Dieu semble de retour, mais c’est un mirage. Dieu est mort, c’est juste qu’il faut du temps pour se débarrasser du corps. » (1) Mais l’animal a la vie dure. Il se cache sous le splendide manteau de l’incroyance assumée, militante, orgueilleuse. « Dieu, on n’a plus besoin de toi ! » Mais un jour ou l’autre… Lire la suite

LE SUAIRE DE TURIN A-T-IL UN AVENIR ? Mieux comprendre la mort.

  Pendant longtemps, j’ai considéré le suaire de Turin avec méfiance et scepticisme. Ce morceau de tissu était censé avoir enveloppé le corps de Jésus après sa mort, et avoir conservé une saisissante empreinte de ce corps supplicié. Est-il authentique ? Pour répondre à cette question, aucun objet sur terre n’a été soumis à l’examen d’autant de savants croyants ou incroyants, appartenant à autant de disciplines, bardés d’autant d’instruments sophistiqués. Pour mettre fin aux passions, on décida en 1988 de lui faire subir l’épreuve ultime et décisive, la datation au carbone 14 qui devait donner la réponse définitive : supercherie, ou relique authentique ? Lire la suite

LE DIABLE EXISTE-T-IL ? (I) LES MYSTIQUES

             Le diable (le démon) a-t-il une existence réelle ?

            Pendant des années, j’ai été convaincu que la réponse était : non. Scientifique formé à l’école du positivisme français, rationaliste, je me refusais à admettre qu’il y eût un monde d’être vivants, personnels, au-delà du monde perçu et mesuré par la science. La seule réalité réelle était celle qui apparaît à nos sens : il n’y avait pas de monde au-delà des apparences.

            Et puis… et puis j’ai travaillé les textes anciens et récents, j’ai écouté la rumeur des civilisations, et j’ai changé d’avis. Lire la suite

ORIGINE DE L’UNIVERS : l’être humain (III)

            L’univers n’est pas éternel, il a commencé. Une impensable quantité d’énergie est devenue matière en même temps qu’advenaient l’espace et le temps. À l’origine de ce passage du virtuel au réel, un algorithme, une information informante. J’ai cru pouvoir retenir cette hypothèse, la plus consonante avec nos connaissances scientifiques actuelles.

            Mais l’être humain ? Dans cet univers, comment est-il devenu ce qu’il est ? Lire la suite

ÉGLISE CATHOLIQUE ET PÉDOPHILIE : coupables, pas responsables (Mgr Barbarin)

         États-Unis, Irlande, France… L’Occident est secoué par les affaires de pédophilie à répétition de son clergé catholique. Pourquoi ? Lire la suite

ATTENTATS DE PARIS : L’OCCIDENT AVEUGLE au messianisme apocalyptique

L’attentat le plus meurtrier jamais commis en France s’est produit vendredi 13 novembre 2015. Plus qu’un attentat c’est un acte de guerre, planifié militairement par des professionnels aguerris disposant de matériel et de moyens modernes.

Sommes-nous en guerre ?

J’entends des commentateurs affirmer depuis leur fauteuil qu’une guerre, ce sont forcément des États et leurs armées conventionnelles qui s’affrontent après une déclaration de guerre en bonne et due forme – comme  en 1914 ou en 1939. Ils ont 50 ans de retard, pendant lesquels le monde a radicalement a changé. Lire la suite

MATTHIEU RICARD SUR ANTENNE 2

Hier soir dimanche, mon ami Matthieu Ricard a passé dix minutes au Vingt heures d’Antenne 2. Dix minutes, le temps de glisser quelques phrases pour dire ce qui est sa vie, et pourrait être la nôtre.

Quand David Pujadas le présente comme un spécialiste du bonheur, Matthieu corrige immédiatement : plus que le bonheur, la liberté. Liberté d’être soi, liberté d’être aux autres. « Qu’est-ce qui se passe dans votre cerveau quand vous méditez ? » J’attendais la réponse : « Rien, car la méditation c’est le silence des pensées. » Mais les questions suivantes arrivent en rafale, plus ou moins anecdotiques. On passe, la minute d’antenne est rare et chère. Lire la suite

PEUT-ON ÊTRE HEUREUX ? Siddhârta, Jésus et nous

Qu’est-ce qu’être heureux ? Comment atteindre le bonheur ? Avec le besoin d’espérer, c’est la quête de l’humanité depuis qu’elle existe.

Le premier, le Bouddha Siddhârta Gautama a donné une méthode pour atteindre au bonheur : la méditation, dont il parle souvent mais qu’il expose en détail dans le Satipatthâna Sutta, vingt-deuxième Sutta du Digha Nikâya. Lire la suite

LA ‘’RÉSURRECTION’’ EN QUESTIONS – Après l’émission de Stéphane BERN

Mon intervention dans l’émission de Stéphane Bern Secrets d’Histoire, « Un homme nommé Jésus » a suscité quantité de réactions sur Facebook. J’y réponds sommairement ici en vous renvoyant à ce que j’ai publié par ailleurs.

 I. Jésus et ses apôtres

Quand elles parlent des suiveurs de Jésus, les traditions les plus anciennes conservées dans les évangiles n’emploient jamais le mot apôtre. C’est Luc, vers l’an 80, qui projette dans le passé son idéal d’une direction collégiale de l’Église en employant l’expression « les douze apôtres (1). »  À peu près au même moment, Matthieu reprend à son compte cette rétroprojection nostalgique d’une communauté parfaite (2). Sauf ces deux cas, l’expression « les douze apôtres » est absente des synoptiques (3).

Dans L’évangile du treizième apôtre, j’ai identifié le témoignage le plus ancien qui nous soit parvenu sur Jésus. Ses compagnons n’y sont jamais appelés apôtres, mais disciples. C’est Paul et les Actes qui appellent « apôtres » certains dignitaires de l’Église, dont quelques femmes. Ce qualificatif leur conférait une légitimité et une autorité incomparables, il n’a été  associé aux disciples de Jésus que bien après sa mort.

Ont-ils été de vrais disciples ? Non, au contraire tout montre que de son vivant ils n’ont pas compris le message en paroles et en actes de Jésus, et il leur reproche vivement leur incompréhension. D’ailleurs lorsqu’il est reconnu par une servante dans la cour du grand prêtre, Pierre nie solennellement et par deux fois avoir été un disciple de Jésus (4).

Ce sont ces hommes qui ont pris le pouvoir spirituel en utilisant le souvenir du rabbi galiléen. Il se devait d’être un surhomme, et – comme tous les héros de l’antiquité, d’Orphée à Mithra – d’avoir franchi victorieusement l’épreuve de la mort.

On avait trouvé son tombeau vide à l’aube du 9 avril 30 ? Eh bien, c’est qu’il s’était ressuscité lui-même.

 II. Le tombeau vide

Pour comprendre ce qui a pu se passer, il faut connaître avec précision le contexte de l’époque. Je l’ai décrit dans Dieu malgré lui et vous renvoie à cette enquête dont je résume ici quelques conclusions.

Jésus meurt dans la soirée du 7 avril. C’est le début de la fête de Pâque, pour éviter une impureté majeure on dépose provisoirement son cadavre dans un tombeau proche. Comme tous les tombeaux juifs, c’est une cavité fermée par une lourde pierre circulaire. Au centre, une table où l’on dépose les corps en attendant leur décomposition, pour placer définitivement les ossements dans les niches creusées dans la paroi.

Au matin du 9 avril, des femmes trouvent la pierre roulée de côté et deux hommes en blanc qui tentent de leur parler. Effrayées, elles s’enfuient et viennent raconter aux disciples qu’elles ont vu « deux anges » à côté du tombeau. Pierre et Jean courent, voient la pierre roulée et entrent dans le caveau. On dispose ici du témoignage visuel, indiscutable, de l’auteur du noyau initial du 4e évangile dit de saint Jean : le cadavre a disparu de la table, les bandelettes qui l’enveloppaient gisent pêle-mêle mais le suaire placé sur le visage a été soigneusement plié et mis de côté. Ils ressortent, disent aux femmes qu’elle ne sont que des radoteuses et doivent trouver, dans l’urgence, une réponse aux questions dont on va les assaillir : qu’est devenu le cadavre de Jésus ?

Leur réponse ne tardera pas : Jésus est ressuscité.

Reprenons les témoignages indiscutables.

1 La pierre a été trouvée roulée sur le côté. Si Jésus s’était ressuscité comme un « corps subtil », capable de traverser les murs, pourquoi aurait-il eu besoin de rouler la pierre pour sortir du tombeau ? Et s’il est ressuscité dans son corps de chair, comment a-t-il pu, de l’intérieur et gravement blessé, rouler une pierre qui pèse plus d’une tonne ?

Conclusion : quelqu’un, ou plutôt quelques uns, ont roulé la pierre pour pénétrer dans le tombeau. Qui ?

2- Deux hommes en blanc sont vus par les femmes devant l’ouverture, et ils leur parlent. On sait que les esséniens revêtaient une tunique blanche pour accomplir leurs actes rituels. Qu’il y avait entre eux et Jésus une complicité – bien qu’il n’ait jamais fait partie de leur secte. Et qu’ils enterraient leurs morts à part – quitte à transporter les cadavres d’un cimetière commun pour le ré-inhumer dans une de leurs nécropoles.

Ils n’ont pas voulu que ce crucifié qu’ils admiraient finisse comme les autres dans la fosse commune : ce sont eux qui sont venus rouler la lourde pierre et enlever le cadavre à l’aube du 9 avril, afin de l’inhumer en terre pure. Pour cet acte éminemment religieux, ils avaient revêtu leur tunique blanche.

3- Le linge de tête (le suaire) a été vu soigneusement plié et mis de côté. Pourquoi Jésus aurait-il pris la peine de faire le ménage dans son tombeau avant de le quitter ? En revanche, les esséniens ont eu ce geste de respect.

L’hypothèse la plus vraisemblable est donc que des esséniens ont sorti le cadavre du tombeau avant que les femmes n’arrivent. Des milliers de pèlerins campaient autour de Jérusalem, mais on avait l’habitude de les voir transporter des cadavres pour les enterrer en terre pure, dans leurs nécropoles.

C’est dans l’une de ces nécropoles que se trouvent toujours les restes de ce Juste injustement crucifié, auquel les esséniens ont voulu rendre un dernier hommage.

 III. Inutile résurrection

Dans un article de ce blog (cliquez), j’ai montré que la résurrection de Jésus était une supercherie inutile. Elle ne pouvait naître qu’en milieu juif : dans leur culture, la mort met un terme final à la vie. Mais dans d’autres cultures comme l’hindo-bouddhisme, la mort n’existe pas. « Rien ne disparaît, tout se transforme » : la mort n’est qu’un passage vers une autre forme de vie, soit une renaissance, soit le nirvâna c’est-à-dire une forme de vie éternelle, dans un autre espace-temps que le nôtre.

Jésus était parvenu à un haut niveau de réalisation humaine et spirituelle. Il n’a pas eu à renaître pour mener à terme cette montée vers l’Éveil, que nous accomplissons tous douloureusement. Il n’a jamais cessé de vivre, sa mort n’a été que le passage – le parinirvâna – d’une forme de vie humaine à une forme de vie dont nous ne savons rien, sinon qu’elle nous attend nous aussi.

Une fois inscrite dans les esprits, la résurrection – devenue un miracle unique et exceptionnel – a permis au christianisme de bâtir et de justifier l’édifice intellectuel sur lequel notre culture s’est construite.

                                                             M.B., 17 avril 2014
 (1) Luc 6, 13 et Actes 1, 26.
(2) Matthieu 10, 2 : « Voici les noms des douze apôtres »
(3) Synoptiques : les 3 évangiles de Marc, Matthieu et Luc.
(4) Jean 18, 17 et 25.

L’HOMME ET SA DESTINÉE SELON LE BOUDDHA SIDDHARTA

          Vous présenter, en 50 minutes, la personne et la pensée du Bouddha Siddhartha, c’est un pari perdu d’avance. Nous allons donc entr’ouvrir quelques portes, sans en franchir aucune : si seulement j’ai pu aiguiser votre appétit, c’est un pari gagné.

1- Introduction : Siddharta et les bouddhismes 

-a- Siddhartha Gautama est un personnage historique, le fils d’un chef du clan des Sakhya, situé à la frontière sud de l’actuel Népal. Il quitte son palais à l’âge de 29 ans, fait l’expérience de l’Éveil, puis circule et enseigne pendant 40 ans dans la moyenne vallée du Gange. Il meurt au début du V° siècle B.C., mais son enseignement ne sera mis par écrit que 4 siècles plus tard : comment peut-on se fier à des textes si tard venus ?

-b- La tradition orale : En Inde à cette époque, l’écriture est réservée aux rois. Rien n’est écrit, tout se transmet de mémoire. Sachant cela, les maîtres anciens faisaientt tous appel à des  procédés mnémotechniques : Siddhartha utilise la méthode d’énumération numérique, et (comme Jésus) il fait grand usage des paraboles.

C’est pourquoi les Discours du Bouddha (qui sont souvent des dialogues) commencent tous par la formule « Voici ce que j’ai entendu ». Le bouddhisme Theravada ne reconnaît qu’eux. Dès la fin du I° siècle A.C. va se développer à partir de ces discours une immense tradition écrite, le Mahayana. Et de là, vont naître le Bouddhisme Ch’an en Chine, le Zen au Japon, et enfin, au VIII° siècle A.C.  le Vajrayana ou bouddhisme tibétain.

Comme le christianisme, Le bouddhisme actuel se présente donc sous des formes très diverses. Toutes ces formes ont un point en commun : la pratique de la méditation. En Occident, on ne connaît guère que le bouddhisme tibétain, né pourtant 13 siècles après Siddhartha : c’est un mélange de Mahayana et de chamanisme tibétain primitif, le Bhön.

Le Vajrayana tibétain est une véritable religion, avec ses dieux et ses démons. Il est très attaché aux rites (Pujas), aux textes sacrés, au culte du Gourou. Et pourtant, la dernière consigne donnée par Siddhartha à ses disciples était sans équivoque : « N’oubliez jamais ceci : il n’y a ni maîtres (clergé), ni rites, ni textes sacrés. Il n’y a que ce dont tu fais l’expérience par toi-même ».

Je vous parlerai ici du bouddhisme Théravada, le plus ancien et le plus proche de Siddhartha. 24 volumes in-4°… parmi lesquels le Digha Nikâya, remarquablement traduit en anglais par Maurice Walshe.

Proposer une conférence sur « l’Homme et sa destinée », c’est un peu faire violence à Siddhartha. Car lui, une seule chose l’intéresse : c’est la souffrance, et la façon d’échapper à sa mainmise sur l’humanité. Quand il rencontre pour la première fois la souffrance, à peine sorti de son palais, il prend brutalement conscience qu’il existe un cycle infernal : chaque souffrance génère d’autres souffrances, à l’infini. Cette roue des souffrances humaines, qui tourne sans fin, il décide de l’arrêter et de lui substituer la roue du Dharma, son enseignement qui permet d’échapper à la souffrance.

S’il est très érudit, Siddartha est donc avant tout un praticien : une seule chose l’intéresse, interrompre le cycle perpétuel de la souffrance en s’attaquant à ses racines. Et parvenir enfin à l’Éveil – le Nirvâna – qui mettra fin, définitivement, à ce cycle. Sa conception novatrice de l’être humain et de sa place dans l’univers ne sont que des conséquences : Siddhartha n’est pas d’abord un philosophe, mais un homme totalement investi par la compassion, au spectacle désolant des infinies souffrances humaines.

2. La structure de l’Univers 

Un jour, Siddhartha était assis sous un arbre. Il vit que l’arbre était en fleurs, et dit :

« La fleur donne un fruit, le fruit donne l’arbre, et l’arbre donne la fleur. Rien ne commence, et rien ne finit : tout se transforme, tout est donc impermanent« .

Vous avez là, en une phrase, la clé du bouddhisme.

L’univers qu’il décrit est donc constitué d’une trentaine de niveaux successifs, qu’il faut parcourir en se transformant, pour parvenir à l’Éveil (Schéma 1). Tout en bas de l’échelle il y a les enfers, peuplés de démons. Puis, le monde des animaux. Juste au-dessus, celui des humains. Et ensuite, une succession d’êtres de plus en plus… « spirituels, immatériels ou purifiés » – aucun de ces mots n’est adapté. En s’élevant de l’inférieur au plus élevé, on passe du monde des désirs sensuels au monde des formes, puis enfin au monde sans formes, habité par ceux qui se rapprochent le plus de l’Éveil, le Nirvâna.

Où qu’on se situe dans cette échelle, on peut parvenir directement au Nirvâna.
Quelques remarques

-a- Ses disciples n’arrêtaient pas de demander à Siddartha : « Maître, que se passera-t-il une fois qu’on aura franchi l’étape du Nirvâna ? Comment l’Éveillé vivra-t-il après sa mort ? »  La réponse de Siddartha était toujours la même : « A quoi vous servirait-il de savoir ce qui se passe après l’Éveil ?  Ce sont là des questions oiseuses, une jungle de spéculations stériles, dans lesquelles on se perd… » Et il ajoute avec humour : « Je ne suis pas sans avoir une petite idée à ce sujet, mais je refuse absolument de vous en parler. Mon ambition n’est pas de vous décrire comment vous vivrez après l’Éveil : mon ambition est de vous y conduire, sans faute, et dès cette vie-ci ».

Se conformant à la coutume hindoue, il appelle parfois l’après-Nirvâna le « ciel » :  mais nous n’en saurons pas plus.
-b- Remarquez qu’on trouve aussi dans le judéo-christianisme une hiérarchie ascendante d’anges, de plus en plus resplendissants, qui relient l’Homme à Dieu : c’est le songe de Jacob. Et des démons, qui viennent le tourmenter : voyez Job, ou Jésus. Cette notion de hiérarchie dans les mondes invisibles n’est pas propre à l’hindo-bouddhisme.

-c- Entre le moment où il parvient à l’Éveil et sa mort, L’Éveillé peut entrer en contact avec ces anges ou ces démons, et les discours du Théravada en témoignent souvent. Quant à Jésus, rappelons que c’est juste après son Éveil au désert qu’il rencontre le démon, et que des anges viennent le servir. Rien que de très banal dans la cosmologie de Siddhartha.

-d- Mais l’Éveillé peut aussi « voyager » – en esprit – dans les mondes parallèles. La récente théorie des Cordes suppose l’existence d’univers parallèles au nôtre : bien avant nos physiciens, Siddhartha connaissait leur existence. Il savait aussi que notre univers connaît de longues périodes d’expansion, suivies de périodes de compression : l’expansion de l’univers, et le « Big Crunch » qui suivra, c’est lui qui les a découverts.

3. Karma et cycle des renaissances

Comment passe-t-on, du monde dans lequel on meurt, à un autre monde ?

C’est-à-dire : que se passe-t-il après la mort ?

Chacun de nous porte un karma, qui est la somme, à l’instant présent, des actions négatives et des actions positives que nous avons accomplies, au cours – à la fois – de cette vie-ci, et de nos vies antérieures. Le karma est la résultante de tout ce que nous avons vécu.

Quand l’être humain vient à mourir, deux possibilités se présentent à lui :

1) Soit, au moment de sa mort, il n’a pas épuisé les conséquences de ses actions négatives passées : il va alors devoir renaître, pour tenter d’en venir à bout dans une nouvelle vie. Cette renaissance se fera soit dans un monde supérieur (si ses actions positives l’emportent), soit dans un monde inférieur (si ses actions négatives l’y entraînent).

Siddhartha n’emploie jamais le mot réincarnation, qui est une invention de philosophes occidentaux. Souvenez-vous : « Rien ne meurt, tout se transforme ». A notre mort, si nous avons encore un contentieux à régler avec nous-mêmes, une nouvelle naissance nous sera offerte pour nous donner la possibilité – ou plutôt la chance – de parvenir, enfin, à l’Éveil.

Pour expliquer ce cycle des renaissances, Siddhartha fait appel à des notions scientifiques complexes. C’est pourquoi, il leur préfère souvent une parabole : « Prenez deux bougies différentes, dit-il, l’une allumée, l’autre éteinte. Allumez la seconde à l’aide de la première : la flamme de la seconde est différente de la première, elle sera plus vive ou moins brillante. Mais sans la première flamme, la seconde ne serait pas ».

Sans nos vies précédentes, nous ne serions pas ce que nous sommes. Et pourtant, nous sommes différents, dans cette vie-ci, de ce que nous fûmes auparavant.
2) Soit, à sa mort, l’être humain est parvenu à l’Éveil : il est déjà dans le monde sans forme, la mort le fait entrer dans ce que – faute de mieux – nous appellerons le « ciel ».

Rien ne meurt : nous ne mourons pas, nous passons d’une forme de vie à une autre, d’un état à l’autre. La compréhension des cycles de renaissances rend inutile l’idée de résurrection, propre au judéo-christianisme, qui a entraîné la théologie et le dogme chrétien dans des impasses aux conséquences redoutables (Schéma 2).

Puisque la mort n’est qu’un moment parmi d’autres, dans un cycle long et répétitif, Siddhartha n’en parle guère. Mais dans son Dernier Discours, on rapporte ce bref dialogue, quelques jours avant sa mort, entre le Bouddha et le diable :

– Alors, Éveillé – lui demande le Mara, le diable -, vas-tu enfin cesser de t’opposer à moi par ton enseignement ?

– Sois sans inquiétude, Mara, répond le Bouddha : l’Éveillé ne va pas tarder à mourir.

Pourquoi avoir peur d’une étape, la mort, qui fait suite à tant d’autres ? Ce n’est pas la mort que craint Siddhartha, c’est la souffrance – parce qu’elle éloigne de l’Éveil.

4. Karma et vie morale

Pour Siddhartha il n’y a pas de péché, puisqu’il n’y a pas de Dieu auteur d’une Loi extérieure à l’Homme. Il n’y a pas non plus de grâce, ni de rédemption (rachat de nos péchés par un autre). Chacun de nous est totalement responsable de sa progression vers l’Éveil. Chacune de nos actions – et par « action », il entend nos pensées, nos paroles ou nos actes – est pour lui comme une graine, qui va nécessairement produire un fruit. Ce sont les fruits – les conséquences – de nos actions qui allègent ou qui alourdissent notre karma. Ce que nous sommes aujourd’hui est la conséquence de tout ce que nous avons pensé, avons dit et avons fait dans les moments qui précèdent, comme dans les vies qui précèdent.

Siddhartha, c’est une morale de l’action. Une morale de la responsabilité humaine, qui empêche de chercher ailleurs qu’en nous-mêmes la source de nos malheurs. Et qui oblige au travail sur soi.

Ceci est extraordinairement libérant : « Ne t’en prends qu’à toi, et travaille sur toi »

5. L’Homme microcosme

Sous son arbre, Siddhartha ramassa une feuille et dit : « L’univers est dans cette feuille, la feuille est en moi et moi je suis dans l’univers »

Avant les philosophes Grecs, il avait compris que l’être humain est un microcosme : nous, les animaux, les plantes et l’infinité du cosmos sont constitués des mêmes éléments. Au passage, notez que c’est cela qui fonde l’écologie : respecter la planète, respecter les plantes et les animaux, c’est nous respecter nous-mêmes. Les maltraiter, c’est nous maltraiter. Les tuer ou les épuiser, c’est nous suicider ou nous épuiser nous-mêmes.

C’est pourquoi les bouddhistes refusent absolument de tuer un être vivant, fut-ce un vers de terre. Tuer un vivant, ce serait interrompre brutalement son karma. C’est-à-dire l’obliger à trouver, avant terme, une nouvelle naissance – qui eût peut-être été meilleure, si je ne l’avais pas tué.

Pour la même raison, le suicide et l’euthanasie sont inconcevables en bouddhisme : il faut que chacun de nous aille jusqu’au bout de son karma en cours. C’est peut-être dans les dernières minutes de cette vie-ci, même dans l’inconscience du coma, que le mourant pourra franchir la dernière étape qui le séparait de son Éveil.

Il y a, dans l’enseignement du Bouddha, un prodigieux optimisme.
Enfin, les cycles de renaissance permettent de comprendre le douloureux mystère de la souffrance innocente. Pourquoi un enfant naît-il handicapé ? Pourquoi, dans une famille défavorisée ? Pourquoi, avec des tares morales ou physiques ? Parce qu’il porte, dans cette nouvelle naissance, le poids de son karma. Il porte en lui le fruit – les conséquences – d’actions négatives accomplies dans ses vies antérieures : personne d’autre que lui n’est responsable. Et cette nouvelle naissance lui est donnée, précisément, pour qu’il ait la chance de pouvoir régler ses comptes avec lui-même, en multipliant les actions positives.

J’ai travaillé pendant un an auprès de jeunes handicapés mentaux. J’ai été témoin, aussi bien chez eux que chez leurs parents douloureux, des merveilles qu’ils accomplissaient chaque jour pour affronter leur souffrance (leurs actions positives). Ils ont été pour moi des maîtres de vie.

6. Expérience et méditation

Rappelez-vous : « Il n’y a ni maîtres, ni rites, ni textes sacrés. Il n’y a que ce dont tu fais l’expérience ». Siddhartha explique : « Si quelqu’un te fait cadeau d’une pièce d’or, la première chose que tu fais, c’est de la mordre pour vérifier que c’est bien de l’or. Eh bien, toi, fis la même chose avec mon enseignement : vérifie-le en le mettant en pratique, et seulement si tu le trouves efficace, alors… adopte-le »
La pratique commune à toutes les formes de bouddhismes, c’est la méditation. Je ne vous en parlerai pas : ce n’est pas quelque chose dont on parle, mais dont on doit faire l’ex préience en la pratiquant. C’est une discipline mentale qui n’a rien de religieux, bien qu’un croyant, selon sa croyance, puisse utiliser cette discipline pour s’approcher de la réalité-au-delà-des- apprences à laquelle il aspire.
En fait, on s’aperçoit que Siddhartha ne parle que de la méditation : toute sa conception de l’homme et de l’univers n’est qu’une conséquence. Entrant dans les plus petits détails, il s’est montré un remarquable maître de la psychologie et de la psychanalyse.
« Si tu pratiques la méditation pendant sept jours, dit-il, tu peux parvenir à l’Éveil »
Et ailleurs : « Tout être humain peut se plonger dans la rivière, et se laver entièrement »
Tout être humain, où qu’il en soit de son parcours.
Optimisme du Bouddha.

7. Siddhartha et Jésus

L’indien Siddhartha, le juif Jésus : deux grands Éveillés qui, sur l’essentiel, disent exactement la même chose. Comment s’en étonner ? Je vous renvoie au dialogue que j’ai tenté d’instaurer entre eux dans la deuxième partie de Dieu malgré lui (Robert Laffont, 2001).

L’action et l’enseignement de chacun de ces deux maîtres prennent leur origine dans la rencontre avec ceux qui souffrent. Elle provoque la même attitude : chez Siddhartha, une infinie compassion, chez Jésus une « miséricorde qui vient du fond de ses entrailles ».

Chacun est porteur d’une doctrine, exigeante, de la responsabilité personnelle.

Chacun s’est éloigné des rites, des clergés et des textes sacrés de son temps.

A Siddhartha, il n’a manqué qu’une seule chose : d’avoir pu connaître, comme Jésus, le Dieu de Moïse.

Mais l’Éveil dont ils ont fait l’expérience, chacun dans sa culture propre, est le même.

Cet Éveil, nous n’y échapperons pas.

                   M.B., résumé d’une conférence donnée le 15 mars 2008

Quelques suggestions de lecture :

1) Michel Benoît, Dieu malgré lui, Robert Laffont, 2001 (la seconde partie, Un Bouddha juif). Lecture facile.

2) Walpola Rahula, L’enseignement du Bouddha, Seuil, coll. Point-Sagesse. Ouvrage court mais très « trapu ».

3) Les traductions françaises de Mohân  Vijayaratna : chez Cerf (Sermons du   Bouddha, Le Bouddha et ses disciples), chez Lis (Le dernier voyage du Bouddha) : agréable.

4) En anglais : Maurice Walshe, Thus I have heard, a new translation of the Digha Nikâya, Wisdom Publications, London, 1987 : un fondamental.