Archives du mot-clé croire

RÉSISTANCE ET RÉSILIENCE : un tournant pour la France

Ils se sont d’abord appelé « Hébreux », puis « Juifs », puis « Israélites ». Mais après plus de 3.000 ans ils sont toujours là, et bien là. Avec la même conscience d’eux-mêmes, la même idéologie fondatrice (1). Les Grecs de Léonidas, les Romains de César, les Gaulois de Vercingétorix ont disparu, absorbés, fusionnés : comment se fait-il que ce peuple, l’un des plus petits au monde, ait pu survivre et prospérer tel qu’en lui-même jusqu’à nos jours ? Lire la suite

LA FIN DES ILLUSIONS

« I have a dream ! A bad dream ! » (1)

Dès son arrivée au pouvoir en 1933, Hitler obligea son armée à renaître « pour que l’Allemagne retrouve sa fierté perdue « . Dès son arrivée au pouvoir en 2000, Poutine obligea son armée à renaître « pour que la Russie retrouve sa fierté perdue ».

En 1938 Hitler, s’appuyant sur les nazis locaux, annexa les Sudètes au prétexte qu’ils étaient peuplés d’Allemands, puis envahit l’ensemble du territoire tchèque. En 2022, s’appuyant sur les séparatistes locaux, Poutine annexa le Dombass au prétexte qu’il était peuplé de Russes, puis envahit l’ensemble du territoire ukrainien. Lire la suite

DIEU, LA SCIENCE, LES PREUVES (II) : Difficile de tenir parole (M.Y. Bolloré et O. Bonnassies)

Sur la scène de la salle Gaveau à Paris, d’un côté Michel-Yves Bolloré et Olivier Bonnassies, les auteurs du best-seller Dieu, la science, les preuves (1) et de l’autre les frères Bogdanoff qui chauffent une salle comble et acquise d’avance (2). Dans la 1re partie de leur livre, les auteurs entendaient démontrer que les avancées récentes de la cosmologie et de la biologie prouvent sans contestation possible que l’univers a eu un commencement, qu’il aura une fin, et que dès son origine il a été réglé avec une extraordinaire précision pour aboutir à l’humanité pensante. Si cette 1re partie avait emporté mon adhésion, je terminais mon compte-rendu en signalant que la 2e partie est « décevante » – et le mot était courtois. De cette conférence, j’attendais donc des clarifications.

Or dès le début, M.Y. Bolloré annonçait la couleur : « Cette conférence comme ce livre a un seul objet, c’est-à-dire existe-t-il un Dieu créateur ? Un seul angle, c’est-à-dire une seule méthode : la raison et la science… Nous ne parlerons ni de religion, ni de foi… Je ne m’intéresse qu’à l’existence d’un Dieu créateur, au sens du XVIIIe siècle ». On n’a donc pas parlé ce soir-là de la 2e partie du livre, ses 328 dernières pages qui me posent problème : c’est d’elles qu’il s’agit maintenant. Lire la suite

LE IVe ÉVANGILE (III). JÉSUS ET SON DIEU

La question « Qui est Jésus » s’est posée très tôt, de son vivant, à ceux qui l’accompagnaient et étaient témoins de faits inexplicables – ses guérisons et son enseignement révolutionnaire. Sur ce que Jésus a dit (ou n’a pas dit) de son Dieu, cette première génération avait retenu un mot, Abba, illustré par des paraboles et l’éloge de l’enfance spirituelle. Les deux générations suivantes, celles qui ont considérablement amplifié le témoignage du « disciple que Jésus aimait » pour en faire le IVe évangile (dit « selon s. Jean ») ont retenu l’idée mais l’ont exprimée en grec, et non en araméen : Abba est devenu πατερ, « Pater ». Et c’est sous ce nom privé de l’affectivité, de la tendresse et de la proximité que recélait Abba, qu’ils ont approfondi les relations de Jésus avec son Dieu. Lire la suite

LE IVe ÉVANGILE ET JÉSUS (II) : le Dieu de Jésus

Nous avons rappelé précédemment que les longs discours du IVe évangile (dit « selon s. Jean ») ont été rédigés, deux ou trois générations après la mort de Jésus, par des auteurs anonymes. De la tradition orale fixée dans les Synoptiques (1) ils ont retenu quelques traits de l’enseignement de Jésus, qu’ils ont approfondi dans une optique contemplative.

Les traditions anciennes : qui était ‘’Dieu’’ pour Jésus ? Lire la suite

Cycle : La civilisation occidentale peut-elle mourir ? (III) DESTINÉES DE LA CIVILISATION OCCIDENTALE

  Au terme de ces trois conférences sur la civilisation occidentale, vous attendez peut-être de moi une conclusion. Comme disait Flaubert, « La bêtise, c’est de vouloir conclure ». Je vais donc replacer notre réflexion dans un contexte plus vaste, entr’ouvrir quelques portes et vous laisser le soin de pousser l’une ou l’autre selon vos besoins.

Nous avons vu qu’une civilisation ce sont d’abord des valeurs, étroitement liées à une religion qui les précède ou les accompagne. Alain Peyrefitte écrivait en 1976 : « En Occident, la ferveur religieuse est retombée. Mais le mode de pensée qu’avait secrété la religion marque toujours les esprits. La société religieuse a fait naître une civilisation à son image, et cette civilisation se reproduit » (1). C’était le thème de la 1re conférence.

Des valeurs, qui engendrent une culture et un art de vivre en commun. C’est ainsi que la civilisation occidentale est née du christianisme en même temps que de l’héritage gréco-romain. Mais ces valeurs sont fragiles et aujourd’hui menacées. En 1957, recevant à Stockholm son prix Nobel, Albert Camus faisait ce bilan amer mais réaliste : « Nous sommes les héritiers d’une histoire de révolutions déchues, de techniques devenues folles, de dieux morts et d’idéologies exténuées ». Reprenons d’abord chaque point de ce bilan.

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RETOUR DU DÉSERT (I): l’expérience

 La « traversée du désert » : certains la subissent, d’autres la choisissent. Temporaire, durable ou définitive, c’est un ingrédient indispensable à toute aventure humaine.

Il n’y a pas de vie à sa juste hauteur d’homme ou de femme sans passage par le désert.

Point n’est besoin pour s’y rendre de prendre l’avion, d’organiser des caravanes de chameaux, de coucher sous la tente. Le désert est d’abord une attitude de l’esprit et de l’âme. C’est l’éloignement de tous les faux-semblants, des gadgets dont nous nous entourons et que nous croyons indispensables. C’est l’abandon des repères habituels de la vie sociale. On ne va pas vers le désert, on l’appelle à soi. Lire la suite

À L’AMIE QUI VOULAIT CROIRE EN DIEU (sans y arriver) : petit traité d’anti-Athéologie

                         « Dieu ? Connais pas ».

                         « Dieu ? Rien à foutre ».

                        « C’uy-là ? M’en parlez pas ! Avec tout l’mal qu’y a sur terre

Pour les hommes et les femmes de l’antiquité, l’existence, la réalité de Dieu n’avait ni à être démontrée, ni à être justifiée. Elle était inscrite dans les fibres de leur être, c’était une évidence indiscutable, le pilier de la vie sociale. Dieu (ou les dieux) était aussi incontestable que la voute céleste ou le cycle des saisons. Le remettre en question était un crime. Tacite accusa les premiers chrétiens de propager « une superstition magique détestable » qui les rendait « odieux aux hommes comme aux dieux. » Bref, aujourd’hui on dirait qu’il les accusait d’athéisme. Ils furent livrés aux lions, car alors l’athéisme était inconcevable, et il le restera très longtemps.

Ayant dominé le monde pendant à peu près 4.000 ans, vers le XVIIIe siècle (certains disent même avant) Dieu a soudain disparu du paysage. Dissous dans l’air du temps, absorbé par le brouillard des idées, digéré dans l’intestin des non-idées. Tué par la Pensée, poignardé par la Non-Pensée.

 Pourtant, aujourd’hui encore Dieu rôde dans les esprits. Yuval Noah écrit que « Dieu semble de retour, mais c’est un mirage. Dieu est mort, c’est juste qu’il faut du temps pour se débarrasser du corps. » (1) Mais l’animal a la vie dure. Il se cache sous le splendide manteau de l’incroyance assumée, militante, orgueilleuse. « Dieu, on n’a plus besoin de toi ! » Mais un jour ou l’autre… Lire la suite

Y A-T-IL DES INCROYANTS ? La foi et l’expérience

L’humanité est divisée en deux : ceux qui croient au ciel, et ceux qui n’y croient pas (1). Ceux qui n’y croient pas sont des athées, les autres sont des crédules. Les uns savent, les autres croient. Aujourd’hui les athées sont scientistes, ils démontrent scientifiquement que Dieu n’existe pas. Tandis que les crédules croient ce qui est in-croyable, puisque indémontrable. Pour les incroyants, la science a parlé.

Il n’y a que des croyants Lire la suite

UN RÉSISTANT DE VINGT ANS FUSILLÉ au Mont-Valérien : ROGER PIRONNEAU

               Pour sa dernière lettre, les gardiens lui ont donné une feuille de papier. Sa cellule est nue, un silence total règne dans la prison de Fresnes, comme toujours un matin d’exécution. Roger s’est assis sur le bas flanc de bois, dans le rai de lumière qui tombe de la lucarne. Il écrit :

                                 Parents adorés,

           Je vais être fusillé tout à l’heure à midi. Il est neuf heures trois quarts.

Cette lettre c’est son frère, mon oncle Armand Pironneau, qui me la montre aujourd’hui. Quelques lignes sur la page, une écriture nette, élégante, qui ne tremble pas. Soixante dix ans plus tard, une voix m’atteint de plein fouet, fraîche, vibrante, passionnée. Celle d’un jeune français qui va mourir, parce qu’il n’acceptait pas la défaite.

Grand pédiatre parisien, le père de Roger était de ceux qui se lèvent la nuit pour aller veiller leurs petits malades, et oublient de faire payer les familles nécessiteuses. Il a eu six enfants, élevés dans l’esprit patriotique de la première guerre mondiale. Croyait-il en Dieu ? En tout cas il ne pratiquait pas, et le dogmatisme de l’Église l’horripilait. Un républicain, qui inscrira pourtant ses enfants dans une école catholique.

Roger grandit, il est très beau, intelligent, plein de charme. Avec les filles il a un succès fou, tombe souvent amoureux.

En juin 1940 il est étudiant en histoire. Quand Pétain signe l’armistice et la défaite, de tout son être il refuse l’une comme l’autre. Réfugié dans la maison familiale du Maine-et-Loire, un paysan le découvre au fond d’un fossé, un fusil à la main :

– Monsieur Roger, qu’est-ce que vous faites là ?

– J’attends les allemands. Ici, ils ne passeront pas.

Ils sont passés. Roger revient à Paris, il a entendu l’appel de De Gaulle, veut le rejoindre à Londres. Mais comment faire, à 19 ans, quand on est seul ? Alors il cherche, il écoute. Peut-être, à Paris, y en a-t-il d’autres comme lui qui veulent continuer à se battre ?

Oui, il y en a quelques-uns, mais leurs noms ne figurent pas dans l’annuaire. Ầ force de laisser traîner l’oreille, Roger entend parler de gens qui « prennent des risques ». Il parvient à les contacter : c’est l’un des tout premiers réseaux de la Résistance, il devient son agent de liaison, chargé de porter des messages à l’opérateur radio qui émet vers l’Angleterre depuis Orléans. Roger n’a jamais fait de politique, il ne pense qu’à sauver l’honneur de son pays. Ce qui est sûr, c’est que ce réseau n’est pas communiste : début 1941, Staline est encore l’ami d’Hitler, les communistes français courbent l’échine devant les allemands.

Paris-Orléans, Orléans-Paris… Roger devient un habitué du train, où son visage d’ange lui sert de laissez-passer.

Mais ces premiers résistants sont des novices : à Orléans, l’opérateur radio est arrêté. La Gestapo lui propose un marché, la vie sauve s’il livre tout le réseau. Il accepte, parle, donne une liste, et le nom de Pironneau saute aux yeux des policiers : avant la guerre l’oncle de Roger, André Pironneau, n’était-il pas rédacteur en chef de l’Écho de Paris ? N’a-t-il pas publié une série d’articles de De Gaulle sur la rénovation de l’armée française, la nécessité d’employer les chars comme arme d’attaque ? De Gaulle et lui ne déjeunaient-ils pas chaque semaine ensemble ? La Gestapo sait tout cela, elle cherche Roger mais il se cache. Alors, elle prend son frère Jacques en otage, le jette en prison, le menace de mort. Quand Roger l’apprend, il pénètre tranquillement dans l’immeuble de la rue Lauriston et se livre à la Gestapo : « Je suis Roger Pironneau, libérez mon frère, il est innocent. »

Ầ cette époque, Heydrich n’avait pas encore pris le contrôle de la Gestapo : elle remet Roger à l’armée allemande, la Wehrmacht qui l’incarcère fin août 1941 à Fresnes. Peu après, un tribunal militaire le condamne à mort mais Hitler veut un procès de tout le réseau, en Allemagne, spectaculaire, pour l’exemple. On envoie donc Roger à Düsseldorf, où il comparaît une deuxième fois aux côtés de ses camarades, arrêtés comme lui. Ầ Paris ses parents respirent : si on l’a envoyé là-bas, peut-être échappera-t-il à la mort ? Il est si jeune, clair comme une eau de roche…

C’était le premier procès de la Résistance naissante : le verdict est confirmé, Roger sera fusillé.  Mais les Allemands veulent que son exécution ait lieu à Paris, pour décourager ceux qui songeraient à l’imiter. On ramène Roger en France.

Dans le train, il parle avec un officier allemand qui est ému par le patriotisme de ce tout jeune homme. Dès son arrivée, l’Allemand s’arrange pour prévenir discrètement ses parents que leur fils est revenu à Fresnes. Il parvient même à obtenir pour eux un permis de visite exceptionnel, trois jours avant la date fatidique.

Ầ ce stade de son récit, mon oncle a dû s’arrêter. Cette entrevue, non, il ne peut pas me la raconter. Je l’entends seulement murmurer : « Roger a dit… papa, j’ai faim… j’ai faim ! »

Pendant ces derniers jours, il a rencontré l’aumônier de Fresnes nommé par les autorités allemandes, l’abbé Franz Stock. Quand on vient le chercher pour son dernier voyage il remet sa lettre à l’abbé, qui l’accompagnera jusqu’au poteau d’exécution (1).

Roger Pironneau a été fusillé au Mont Valérien le 28 juillet 1942, à midi.

Roger PIRONNEAU

Plus tard, l’abbé Stock transmettra à sa famille cette lettre que je tiens entre mes mains. En voici le texte intégral :

Parents adorés

            Je vais être fusillé tout à l’heure à midi. Il est neuf heures trois quart. C’est un mélange de joie et d’émotion.

            Pardon pour la douleur que je vais vous causer – celle que je vous cause, celle que je vous causerai. Pardon pour le mal que j’ai fait, et pour tout le bien que je n’ai pas fait.

            Mon testament sera court : je vous adjure de garder votre foi. Surtout, aucune haine pour ceux qui me fusillent : « Aimez-vous les uns les autres », a dit Jésus. La religion à laquelle je suis revenu et dont vous ne devez pas vous écarter est une religion d’amour.

            Je vous embrasse de toutes les fibres de mon cœur. Je ne cite pas de noms car il y en a trop.

                                           Votre fils, petit-fils et frère qui vous adore,

                                                           Roger.

             Au dos de la feuille, il a griffonné :

Dix heures un quart. Je suis calme et serein. J’ai serré la main de mes gardiens, grand plaisir. Je vais voir tout de suite l’abbé Stock, immense joie. Dieu est bon.

Et encore un peu plus bas :

Onze heures. J’ai le sourire. L’heure approche. Je suis serein.

Ầ quel moment, dans quelles circonstances Roger avait-il retrouvé une foi aussi ferme ? L’oncle ne le sait pas.

Ầ la Libération, l’opérateur radio qui avait livré Roger et son réseau a été jugé par l’armée française et fusillé comme traître.

Pendant l’épuration, De Gaulle, à qui on citait l’héroïsme de Roger, aurait dit : « Joli patriotisme, jolie lettre… » Et c’est tout. En 1946, le gouvernement d’union nationale ne pouvait pas endosser le témoignage d’un résistant mort pour la France, mais qui affirmait si fortement sa foi, son pardon pour les bourreaux vaincus.

Ầ Paris, il n’y aura donc pas de rue Roger Pironneau.

Quelques années plus tard, le Chancelier Konrad Adenauer annonçait la réconciliation franco-allemande au Bundestag réuni en session solennelle. Ầ la fin de son discours, il demanda aux députés de se lever. Dans un grand silence, lentement, il a lu une courte lettre aux représentants du peuple allemand, attentifs et respectueux.

La lettre de Roger Pironneau.

Puis il a relevé la tête. Le silence planait encore sur l’assemblée, le temps que s’éteigne l’écho de cette phrase :

« Surtout, aucune haine pour ceux qui me fusillent. Aimez-vous les uns les autres… »

                         M.B. et A.P.,  20 février 2014

 

(1) Une demande de béatification de l’abbé Stock a été adressée au Vatican en 1993. Elle était formulée en français et en allemand.