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Y A-T-IL DES INCROYANTS ? La foi et l’expérience

L’humanité est divisée en deux : ceux qui croient au ciel, et ceux qui n’y croient pas (1). Ceux qui n’y croient pas sont des athées, les autres sont des crédules. Les uns savent, les autres croient. Aujourd’hui les athées sont scientistes, ils démontrent scientifiquement que Dieu n’existe pas. Tandis que les crédules croient ce qui est in-croyable, puisque indémontrable. Pour les incroyants, la science a parlé.

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ORIGINE DE L’UNIVERS : l’être humain (III)

            L’univers n’est pas éternel, il a commencé. Une impensable quantité d’énergie est devenue matière en même temps qu’advenaient l’espace et le temps. À l’origine de ce passage du virtuel au réel, un algorithme, une information informante. J’ai cru pouvoir retenir cette hypothèse, la plus consonante avec nos connaissances scientifiques actuelles.

            Mais l’être humain ? Dans cet univers, comment est-il devenu ce qu’il est ? Lire la suite

PEUT-ON RENCONTRER L’INVISIBLE ?

          Dès qu’elle émerge de l’évolution, l’espèce humaine se montre fascinée par l’au-delà. Comme le rappelle Yves Coppens, ce qui permet (entre autres) de distinguer sur le terrain les ossements d’un grand singe de ceux d’un humanoïde, c’est que les premiers sont dispersés dans la nature tandis que les seconds sont rassemblés dans un même lieu.

           Rassemblés par qui ? Par les compagnons du ou de la défunt(e).

          Rassemblés où ? D’abord dans de simples failles (comme « Lucy »), qui deviendront des tombes, puis des cénotaphes, puis des pyramides…

          Conclusion : n’en déplaise à certains, l’être humain est fondamentalement, ‘’génétiquement’’, un être religieux. Dans le règne animal, il est le seul à avoir conscience qu’il y a quelque chose au-delà de ce que ses yeux voient, de ce que ses oreilles entendent.

          Le seul capable de s’interroger sur l’au-delà des apparences.

           Cet au-delà des apparences, très vite nos ancêtres s’en sont fait une image, plus ou moins proche de ce qu’ils étaient eux-mêmes, et cette ‘’chose’’ qui leur ressemblait tout en étant autre, ils lui ont donné un nom.

          Ou plutôt, des noms, aussi variés que l’imagination humaine.

          Pourquoi lui donner un nom ? Mais pour pouvoir l’appeler, le convaincre, le persuader d’agir, bref pour pouvoir négocier avec lui.

          Négocier sa destinée, le présent et l’au-delà – où il est censé se trouver.

          Pouvoir donner un nom à cette chose en même temps si semblable et si dissemblable, c’est avoir prise sur elle. C’est être plus fort que l’ennemi qui ne sait pas la nommer, ou qui en reconnaît une autre moins puissante. C’est un atout supplémentaire pour faire face à l’adversité, aux difficultés de la vie.

 L’histoire de Moïse

           Ayant tué un soldat, Moïse a été obligé de s’enfuir dans le désert. Il est seul, à la merci du soleil, des tribus hostiles aux Égyptiens – car il a été élevé dans la culture et la religion égyptienne -, quand il aperçoit au loin un buisson qui brûle sans se consumer.

          Intrigué, il s’approche, et la chose lui dit de retirer ses sandales, car elle est une chose sacrée.

          « Tiens, se dit Moïse, un dieu que je ne connais pas ! » Dans sa situation désespérée, un nouveau dieu, ça ne se néglige pas. Il se prosterne donc, et demande à la chose : « Quel est ton nom ? » Sous-entendu : dis-le moi, afin que je puisse négocier avec toi les conditions de mon salut, car je suis au bout du rouleau.

          Et la chose lui répond : « Je suis ce que je suis ».

          Ce passage du Livre de l’Exode 3,14 est fondateur du prophétisme juif dont Jésus se réclame explicitement (1).

          En hébreu, Héyiéh acher héyiéh.

           Ignorants et faussaires, des philosophes et théologiens ont traduit ces trois mots hébreux par « Je suis celui qui suis », ou même « Je suis l’Être [suprême] ». Or Héyiéh acher héyiéh veut dire Je suis (éyiéh) ce que (acher) je suis (éyieh).

          Et rien d’autre.

           Autrement dit, la chose répond à Moïse : « Tu veux savoir comment m’appeler, pour mettre sur moi ta main ? Savoir qui je suis, pour pouvoir négocier à coup d’offrandes ? Eh bien, je suis ce que je suis, et tu n’en sauras pas plus. Tu ne pourras ni m’utiliser à tes fins, ni construire d’interminables théologies à mon sujet ».

          Car nommer ‘’Dieu’’, c’est déjà projeter sur Lui une image. Puis faire des discours théologiques, pour prendre le pouvoir. Et c’est pourquoi les Juifs pieux, quand ils écrivent sur ‘’Dieu’’ (car, hélas, ils ont beaucoup écrit), l’appellent de quatre consonnes qui ne veulent rien dire, YHWH. Ou bien, à l’époque moderne, ils remplacent le mot imprononçable par la plus petite lettre de l’alphabet hébreu, le yod.

          Et en français, ils écrivent D’.

           De D’ on ne peut rien dire, parce qu’on ne peut pas le penser. On ne peut que constater qu’il est là (2). Tous les mystiques, Juifs, chrétiens, musulmans (soufis), ont cherché à rencontrer Celui-dont-on-ne-peut-rien-dire (3) .

 Rencontrer D’ ?

           Mais comment rencontrer Celui dont on ne peut rien savoir ? Comment connaître l’Inconnaissable ? Comment faire l’expérience d’une réalité qui échappe non seulement à nos sens, mais même à notre esprit ?

          Pendant mes vingt années de vie monastique, j’ai cherché une réponse dans la tradition catholique d’abord, puis orthodoxe. Sans trouver, à cause des théologiens qui avaient pensé l’Impensable. Il a fallu que je croise le bouddhisme, ou plutôt l’enseignement de Siddhârta (4), pour enfin trouver la clé.

          C’est-à-dire une méthode, simple et efficace, pour instaurer – dans mon crâne encombré de pensées – le silence de toute pensée.

           Ne plus penser, est-ce rencontrer D’ ?

          Non, et c’est la limite de l’enseignement de Siddhârta, qui ignore ou plutôt rejette la réalité de D’.

          Ne plus penser, pour le disciple de Jésus (et donc de Moïse), c’est se poser en face (ou à côté, ou en-dessous, D’ que les mots sont pauvres !) de D’.

          Et dans le silence des pensées, savoir qu’on n’est plus séparé de Lui que par un voile (comme Moïse).

          Alors, s’instaure un dialogue au-delà des mots, au-delà des pensées et de la pensée.

          Un dialogue ? Non, puisque le silence est (de mon côté) absence de parole intérieure.

          Une écoute ? Oui, sûrement. Mais on n’entend pas avec le cerveau, qui est au repos. On entend avec ce que la Bible appelle le ‘’cœur’’, qui est ce carrefour où se rejoignent toutes les capacités humaine, affectives et intellectuelles.

           Donc, le ‘’cœur’’ entend une parole inexprimée. Parle-t-il à D’ ? Oui, et lui aussi, au-delà des mots. Jésus enseigne qu’il est inutile d’informer D’ de la liste de nos besoins et aspirations, parce qu’il est déjà au courant.

          Faire silence, donc. Que se taisent les mots et les pensées, pour que s’établisse avec D’ un contact au-delà des mots. La puissance transformante de ce silence est considérable, parce que D’ ‘’agit’’ (toujours les mots !) en-deçà même du subconscient.

           C’est aussi pourquoi tous les mystiques, dont beaucoup n’en avaient aucune expérience, ont vu dans l’union charnelle entre un homme et une femme la meilleure image de cette rencontre. Faire l’amour avec amour, c’est se parler sans parler…

           Dans ce monde de brutes où nous vivons, la rencontre de D’ au-delà des mots est une des grandes joies offerte aux humains, sans distinction de race, de culture ou de position sociale.

                                                  M.B., 8 juillet 2013

(1) Marc 12,26 et // en Luc 20,37. Repris en Actes 7,30. C’est une des rares citations explicites de l’Ancien Testament dans la bouche de Jésus.

(2) C’est ce que je fais dire à Jésus dans les Mémoires d’un Juif ordinaire

(3) Sept mots que la langue allemande traduit en un seul, Der Unaussprechlischen.

(4) Voir dans ce blog la catégorie « Enseignements du Bouddha Siddharta »

L’UNIVERS : la « Fin du Monde » ? (IV.)

          L’univers n’est pas éternel, il a commencé.

          Une impensable quantité d’énergie, de lumière qui s’est transformée en matière.

          L’expansion de cette matière en milliards de galaxies. Une probabilité quasi-nulle pour que tout cela soit dû au hasard.

          Le Big Bang, l’expansion de l’univers, prouvés par les chercheurs (article I.).

           Pas de hasard dans la formation et la structure de l’univers. Encore moins dans l’émergence d’une espèce humaine capable de penser. Un « plan directeur » que les plus grands parmi les chercheurs ne peuvent que constater, qu’ils évoquent en termes différents mais convergents, tout un champ sémantique que j’ai proposé de rassembler sous le mot intention (1).

          Ầ l’origine de l’univers, on discerne une intention créatrice (article II,).

           Une intuition biblique qui rejoint les résultats de la recherche, mais donne à cette intention le nom de « Dieu ». Le danger de ce mot : comment qualifier autrement l’intention créatrice ? Peut-être par l’extraordinaire générosité (2) dont témoignent à la fois le Big Bang et son résultat actuel – infinie diversité de l’univers, infinie complexité de la vie sur terre.

          De bout en bout, la générosité caractérise l’intention créatrice (article III,)

          Deux questions se posent alors :

          Le Mal fait-il partie de l’intention créatrice ?

          Si l’univers a commencé, est-il appelé à finir – à disparaître ?

           La présence du Mal dans l’univers taraude l’humanité depuis qu’elle se pense. Religions et philosophies se sont épuisées à trouver son origine, et la science n’a rien à dire à ce sujet.

          Le Mal est-il un raté du Big Bang, dès l’origine ? Ou bien un bégaiement dans l’évolution de la matière dont nous sommes issus, êtres pensants mais souffrants ? Questions sans réponses satisfaisantes, question de cultures et d’opinions.

           En revanche, la science n’est pas démunie d’hypothèses sur le destin de l’univers.

          Dans un premier temps, on a pensé que son expansion s’arrêterait un jour, et qu’il se contracterait pour s’effondrer sur lui-même : après le Big Bang, le Big Crunch. C’était déjà l’intuition de Siddhârta : « Vient un moment, après une très longue période, où l’univers se contracte. Mais [ensuite] vient un temps, tôt ou tard après une très longue période, où l’univers commence à s’étendre. » (cliquez).

          Comme une balle qu’on lance en l’air, l’univers finirait par retomber sur lui-même. Un Big Bang à l’envers, la contraction de l’univers engendrant une chaleur aussi intense que celle de ses débuts.

           Et puis, on a découvert que les galaxies ne se contentaient pas de s’éloigner les unes des autres : la vitesse de cette expansion semble croissante, elles ne ralentissent pas mais s’éloignent de plus en plus vite. Y aurait-il une cinquième force, encore inconnue, à l’origine de l’énergie qui accélère l’expansion de l’univers ?

          Mais si les galaxies s’éloignent de plus en plus vite du point initial, l’univers va se refroidir jusqu’à devenir glacial, impropre à la vie : c’est le Big Freeze.

           Finira-t-il dans une fournaise ardente, ou bien dans une glaciation irrémédiable ? Big Bang à l’envers, ou Big Freeze ? On en est là, ce n’est pas moi qui trancherai.

           En revanche, la fin de notre espèce humaine semble programmée.

          L’intention créatrice avait aimablement prévu à la fois notre atmosphère riche en oxygène, et des forêts pleines d’arbres : pendant des millénaires, les humains ont puisé l’énergie nécessaire à leur survie dans le bois que nos ancêtres faisaient brûler. C’était bien vu, parce que les arbres ça produit de l’oxygène et une fois coupé, ça repousse. On avait donc sous la main toute l’énergie qu’il fallait pour vivre .

          Mais les humains étant ce qu’ils sont, il leur en a fallu toujours plus. Ils ont découvert que l’intention créatrice avait eu la bonne idée d’enfouir sous leurs pieds un peu de charbon, qu’ils ont brûlé, puis du pétrole, qu’ils ont brûlé aussi et dont ils ont fait le plastique de votre ordinateur.

           L’ennui, c’est que la gourmandise humaine était insatiable, et les réserves enfouies incapables de se renouveler. Alors les humains ont percé le secret des étoiles, et inventé la fission, puis la fusion de l’atome. Le Mal était-il à l’œuvre ? Toujours est-il que cette énergie-là, elle serait capable de faire sauter la planète. On voudrait donc bien s’en débarrasser, mais comment satisfaire la gourmandise insatiable d’une humanité toujours plus nombreuse ?

          Le scénario le plus vraisemblable, c’est que dans un avenir très proche les humains vont cruellement manquer d’énergie. Ils auront faim et froid : ce sera le Big Freeze de l’humanité pensante.

          Sauf si elle se fait sauter avant, bien sûr. Les Apocalypses des Babyloniens, des Juifs et des chrétiens ont penché vers cette solution charmante.

           Alors, l’intention créatrice (quel que soit son nom) se demandera peut-être si c’était bien la peine de créer un univers aussi chouette, pour voir cette jolie planète tourner dans l’espace, morte ou presque à cause de la bêtise des être pensants apparus si tard, et si vite disparus (ou presque).

                                            M.B., 6 octobre 2013

 (1) Du latin in-tendere : une tension à l’intérieur d’un système qui le rend dynamique, le fait tendre vers un but final et s’organiser en fonction de cette finalité.

(2) Le concept de « générosité » est à prendre ici dans son sens premier, qualitatif : beaucoup de possibilités. Le sens second, une qualité morale, n’étant pas loin. Mais l’univers ne connaît pas de morale,..