PÉDOPHILIE ET ÉGLISE CATHOLIQUE : la nature a horreur du vide.

          Que signifient les affaires de pédophilie dans l’Église catholique ?
          Á quoi renvoient-elles cette institution ?


I. Une société fermée


          Il ne faut jamais oublier que l’Église romaine est une monarchie absolue, avec ses Princes du sang (les cardinaux), ses lois propres (le « droit canon »), ses tribunaux (une Officialité par diocèse, avec cour d’appel à Rome – la « Rote »), ses juges (les Officiaux), et ses ambassades dans le monde entier.
          Un État souverain, qui ne reconnaît pas de juridiction autre que la sienne, ni les Cours de justice internationales, tout comme les USA.

          Quand un crime est commis par un membre du clergé, c’est tout naturellement la machine judiciaire catholique qui s’estime la seule en droit de juger ses ressortissants – comme n’importe quel État souverain. Si un fidèle porte plainte pour abus sexuel commis par un prêtre diocésain, c’est l’Officialité du diocèse qui se saisit de la plainte et la juge.
          Imaginons que le crime sexuel soit avéré, que se passe-t-il ? Quand il ne peut pas faire autrement (passer sous silence), l’évêque va sanctionner… mais comment ? L’Église, qui a longtemps eu ses propres prisons, a perdu le droit d’emprisonner – ce droit a été rendu aux États nationaux. Elle pourrait exclure le prêtre en le « réduisant à l’état laïc », mais cela ne s’est jamais vu. Elle ne peut que le déplacer, l’envoyer dans une autre paroisse après un petit sermon (« et ne recommencez plus, surtout ! »).

       C’est ce qu’elle a toujours fait. L’Église ne considère pas l’acte pédophile comme un acte pathologique (ce qu’il est pourtant), mais comme une faute.
          Pour cela, elle dispose de l’absolution, qui efface les fautes, et de l’injonction à la prière, qui est la seule thérapie qu’elle connaisse contre les « maladies de l’âme ».

          On connaît le résultat.


II. Cachez ce sein que je ne saurais voir


          Mais il y a plus : le caractère sacré du sacerdoce s’étend à la personne qui en est revêtue.
          Manipulant le sacré, la personne du prêtre est sacrée. La salir par la reconnaissance d’une faute sexuelle, c’est salir l’Église elle-même, maîtresse et dispensatrice du sacré.

          On va donc tout faire pour étouffer les affaires, et les traiter en interne.

          Mais, direz-vous, le pape vient de publier une lettre où il affirme que les crimes sexuels commis par des prêtres doivent être dénoncés aux autorités civiles, et punis par elles ?

          C’est une déclaration purement politique.
          Devant l’énormité des scandales récents, et surtout leur diffusion dans les médias, le pape installe un contre-feu médiatique. Il dit pour qu’on l’entende, mais il ne fait pas – il n’a jamais fait, ne fera pas.

          En Irlande, une douzaine d’évêques ont été dénoncés complices de crimes pédophiles. Quatre d’entre eux ont offert leur démission, une seule a été acceptée. Un sur douze, pour montrer sa bonne foi. Que sont devenus les onze autres ?

          La volonté d’échapper à la justice civile est flagrante aux USA. Devant les milliers de plaintes portées contre le clergé, l’Église US n’a fait qu’une chose : payer, pour que les familles retirent leurs plaintes. Ouvrir le parapluie du dollar. Un milliard cinq cent mille dollars ont ainsi été versés, une moyenne de 65.000 $ par famille. Plusieurs diocèses sont en faillite.

          Pour que les affaires n’aillent pas devant les autorités civiles.

          Contrairement à ce que dit le pape.

III. La nature a horreur du vide

          Mais pourquoi l’Église catholique a-t-elle le triste privilège de cette hécatombe pédophile ? Qui ne se rencontre ni chez les pasteurs protestants, ni chez les popes orthodoxes, ni chez les rabbins juifs ?

          Parce que ces derniers peuvent se marier ? Cela doit jouer, en effet. Mais la cause profonde n’est pas là.

          Aucun jeune homme ne se prépare à devenir prêtre catholique dans l’intention formelle d’être plus tard un criminel sexuel. Alors, pourquoi ?

          Le Bouddha Siddhârta prescrit à ses moines la chasteté parfaite, du corps et de l’esprit. Et il explique qu’elle n’est possible – et même bonne, souhaitable, qu’elle rend heureux et équilibré – qu’à une seule condition : c’est la pratique quotidienne de la méditation.

          Or, le catholicisme ignore la méditation (cliquez) .
          Prier, pour un catholique, c’est réciter des prières ou assister à des liturgies. Méditer, pour Siddhârta, c’est pratiquer une discipline mentale qui met le moine face à la réalité inexprimable qu’il appelle l’anatta, le « rien ». Laquelle est très proche de l’expérience mystique chrétienne, mais l’Église s’est toujours méfiée de la mystique et des mystiques, qu’elle déconsidère quand elle les les persécute pas.

          On n’apprend pas la méditation aux futurs prêtres : on leur apprend à réciter des formules, le « bréviaire ». Á mouliner des psaumes.

          On les lâche dans la nature, sans aucun moyen pour affronter le monde des pulsions qui bouillonne autour d’eux, et en eux.

          En l’absence d’expérience et d’enseignement sérieux de la méditation (qui peut parfaitement être « christianisée »), les prêtres et religieux enseignants se retrouvent comme des outres vides, dans lesquelles les pulsions violentes de la sexualité, non maîtrisées, peuvent s’en donner à coeur joie.
          La nature a horreur du vide : ce vide, elle le remplit par ce qui lui tombe sous la main de plus innocent, de plus facile à dominer – les enfants.

          Les prêtres pédophiles sont coupables, mais ils ne sont pas responsables.

          Celle qui est responsable, c’est l’Église qui les condamne à la chasteté, sans jamais leur avoir donné les moyens de la vivre dans l’équilibre, l’harmonie intérieure, le bonheur.


                                         M.B., 22 mars 2010

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