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LA FRANCE, LA MÉDIOCRITÉ ET LA HAINE

                   « Dans cette grande nuit où personne ne guide personne »

Marie Noël

La France s’enfonce-t-elle dans la haine et la médiocrité ?

La violence caractérise l’espèce humaine, les animaux ne tuent que pour se nourrir ou défendre leur territoire. L’être humain est le seul qui tue sans nécessité biologique, le seul capable de haine gratuite.

Quand on survole l’Histoire, on s’aperçoit que nous autres humains avons eu dès l’origine le triste privilège de la haine d’homme à homme – c’est le mythe du meurtre d’Abel par Caïn. Puis est arrivé un moment où les sociétés s’étant constituées, on a vu naître la haine collective. Un peuple se mettait à en haïr un autre, une partie de ce peuple à haïr l’autre, une tribu se dressait contre l’autre.

La violence devenait institutionnelle, elle ne tarda pas à devenir haine d’État.

Qu’est-ce qui motivait, puis justifiait cette violence ? Au XII° siècle avant J.C. Josué envahit la Palestine, commettant le premier génocide attesté par l’Histoire (cliquez) : « Josué attaque les villages en partant du centre, et massacre tout être vivant, sans laisser échapper personne. » (1) « Les Israélites se sont emparés de tout le pays, aucune ville n’est en paix avec eux : ils s’emparent d’elles par la violence, ils en éliminent les Palestiniens par le massacre, sans rémission. » (2)  Et Josué dit aux israélites : « Toutes ces populations que nous avons exterminées, Dieu les a dépossédées pour vous. » (3)

Pour la première fois, la violence institutionnelle était formulée en termes religieux, c’est-à-dire irrationnels, à la fois vagues et puissamment motivants.

D’une façon ou d’une autre, ce type de haine a été à l’origine de tous les mouvements de révolte accompagnant l’affaiblissement d’un pouvoir et son remplacement par un autre.

Affaiblissement : le pouvoir en place (ou le peuple dominé) se montre incapable de faire face aux événements. La médiocrité des uns devient impuissante devant la haine des autres.

La médiocrité et la haine s’appellent l’une l’autre.

Cercle vicieux, engrenage mortifère.

Ce qui est frappant, c’est que la violence d’État, et la haine qui la provoque, empruntent leur justification et jusqu’à leur vocabulaire au domaine religieux. On se laisse séduire par quelques grandes idées, capables d’entraîner des foules. Peu à peu elles prennent le pas sur la réalité, on devient aveugle à cette réalité qui s’efface devant l’idéologie. Au terme, on en vient à oublier les grandes idées généreuses qui justifiaient la violence des débuts.

La haine seule subsiste, et elle se manifeste dans des désordres sanglants. Parmi tant d’autres, un exemple : l’idée de liberté, au nom de laquelle la Révolution française se laissa aller à commettre tant de crimes. (4)

Pendant la terreur de 1793 ou les purges staliniennes de 1938, on ne savait plus pourquoi il fallait haïr. Le pouvoir étant affaibli ou se sentant menacé, la médiocrité prit le dessus. La violence ne trouvait plus sa justification qu’en elle-même. Le pouvoir ne la maîtrisait plus, quand il ne l’alimentait pas pour se présenter comme dernier recours. Sa médiocrité le poussait à vivre d’expédients, laissant l’anarchie se développer jusqu’à ce que quelqu’un tire les marrons du feu.

On l’a vu avec Napoléon à la fin de la Révolution Française, ou encore en 1958 quand De Gaulle profita de ce moment où « personne ne guidait plus personne » pour réussir son coup d’état. Heureusement, c’était un démocrate : il a établi une monarchie républicaine, où le roi élu au suffrage universel possède tous les pouvoirs, écartant en principe le spectre de l’anarchie.

Ầ condition que cette nouvelle religion d’état ne soit pas atteinte par la médiocrité du roi. S’abaisse-t-il devant les caméras de télévision, en répondant à l’insulte d’un citoyen par l’insulte, à sa grossièreté par la vulgarité ? Ou encore, devient-il aveugle après avoir promis d’être lucide ? Dans un cas comme dans l’autre, la réalité reprend le dessus, la haine avec elle, et la médiocrité reste seule à gouverner.

Sommes-nous, une fois de plus, entrés dans ce moment où la médiocrité l’emportant chez nos dirigeants, la haine va se déchaîner sans contrôle et sans entraves ?

                                                                              M.B., 4 nov. 2013

(1) Livre de Josué, chap. 10

(2) –id-, chap. 11

(3) –id-, chap. 24.

(4) Madame Roland au pied de l’échafaud : « Liberté, que de crimes on commet en ton nom ! »