ÊTRE MUSULMAN-FRANÇAIS AUJOURD’UI : Islam de France ? Un témoignage

 

          Ce blog a reçu un témoignage bouleversant (http://michelbenoit-mibe.com/2015/02/vous-avez-dit-islamo-fascisme/), dont j’extrais l’essentiel, avec ma réponse :

Bonjour Mr Michel Benoît

J’ai 24 ans, je m’appelle A., je suis français né à Paris de parents musulmans. Mon père est Berbère Marocain

J’ai grandi à Paris. Le Maroc, ce sont mes racines mais je me sens français. J’y passe mes vacances quelques semaines par an, comme j’irais au soleil de Thaïlande ou de Rio. J’aime la cuisine locale et les sucreries, mais je me fous royalement de la religion : je suis un athée qui ne croit ni en Jésus, Abraham ou Mohammed, ni au peuple élu et en la terre promise d’Israël.

Je suis un athée, donc pas musulman !

Pourtant j’ai reçu une éducation islamique, appris le Coran, fréquenté des salafistes, j’ai été à la Mecque. Le premier grand traumatisme fut ma circoncision forcée à l’âge de 5 ans. Enfant, avec mes copains et copines on ne voulait pas aller à la mosquée mais sortir, faire du shopping : nos parents nous obligeaient à y aller. On priait ou on faisait le ramadan uniquement pour leur faire plaisir. Je n’ai pas choisi l’islam, j’étais donc musulman par une sorte d’héritage, de filiation. C’est une de ces obligations bizarres qu’il a inventé pour mieux contrôler ses adeptes.

L’abatage rituel pour l’Aïd fut un second traumatisme, qui a fait de moi un végétarien.

J’ai été élevé dans un catéchisme : Dieu est parfait, le Prophète est parfait, nous sommes la meilleure communauté, nous irons au Paradis, les autres sont dans l’erreur.

Je vis dans le mensonge et ne sais ce que ma famille va penser, surtout mes parents qui prient tout les jours. Ils croient que je suis encore musulman. Que faire ? Ils m’aiment, ils veulent mon bien, je n’ai pas envie de leur faire du mal. Comme vous le savez, l’apostasie est taboue dans les pays dits « musulmans ». Dans nos familles beaucoup se disent « musulmans » mais ils ne le sont que par le nom, en réalité ils ne croient pas.

J’ai beaucoup d’amis athées, chrétiens, Juifs qui ont osé le dire à leurs parents, mais moi pas. J’ai peur des représailles, ou de choquer ma famille, ou de me sentir ostracisé. Je respecte les croyances et religions des gens, jamais je n’irai profaner un lieu de culte comme les Femen !

Français-humaniste ? Français-Juif ? Français-musulman ? Apostat, hérétique ? ‘’Arabe’’ alors que je ne parle pas cette langue ? Je ne sais pas où me situer. Je voudrais dire, comme Socrate : « Je ne suis ni Athénien, ni Grec, mais un citoyen du monde. »

Je suis quoi, au final ?

Je ne sais pas de quoi mon avenir sera fait ici.  Intégration, à qui, à quoi ? Assimilation ? Je ne comprends plus rien ! Français pour certains, immigré pour d’autres. Je suis en train de lire Les Penseurs libres dans l’Islam classique : je remets tout en cause ! L’islam m’apparaît comme une terreur mentale basée sur la peur d’Allah et des mythes prophétiques. Je prédis la fin de cette religion dans 30 ans, la jeunesse égyptienne et saoudienne la quitte déjà et remet en cause le caractère sacré du Coran.

Voici ma réponse, sur la pointe des pieds :

Ami,

Votre témoignage me touche parce que j’ai vécu la même chose que vous. Dans Prisonnier de Dieu, je raconte comment j’ai été ‘’racolé’’ dans une communauté catholique, et comment j’en ai été sorti parce que je ne pensais pas comme il faut. Il m’a fallu ensuite vingt ans pour découvrir que les religions, toutes les religions, se servent de ‘’Dieu’’ pour prendre le pouvoir. Que ‘’Dieu’’ n’a rien à voir avec ce qu’en ont fait les théologiens de Jérusalem, de Rome ou de La Mecque.

Nous sommes une génération sacrifiée – celle qui est née dans une tradition, et découvre l’imposture de cette tradition. Alors, j’ai travaillé les textes, publié quelques livres. J’ai découvert la réalité qui se cache derrière le mot ‘’Dieu’’, et ma vie a enfin pris tout son sens.

Vous êtes Berbère. Pendant 600 ans, vos ancêtres ont été paisiblement chrétiens puis ils ont été convertis de force par les conquérants Arabes. Jamais les Berbères n’ont accepté l’impérialisme idéologique arabe, vos frères Kabyles se sont révoltés contre les dirigeants Arabes d’Alger.

Berbère, vous êtes né dans un pays qui lutte depuis deux cents ans pour ce qu’il appelle la laïcité. Pour vous c’est une chance d’être né là, le combat de la France est le vôtre. Vous entendez nos politiciens parler d’un « islam de France » : ça prouve qu’ils ne comprennent rien ni à l’islam, ni surtout au Coran. Il m’a fallu dix ans pour écrire Naissance du Coran. Pour comprendre comment, et pourquoi l’islam coranique ne peut être qu’universaliste et dominateur.

Autrefois, les français ont tenté de faire un ‘’catholicisme de France’’, ça s’appelait le Gallicanisme et ça n’a pas pris. Il n’y a pas plus d’islam de France que de catholicisme de France. Il y a deux religions qui possèdent – et elles seules – toute la vérité, qui l’ont imposée aux Berbères d’un côté comme aux indiens d’Amérique de l’autre. Deux superpuissances idéologiques qui se battent depuis 13 siècles pour prendre ou conserver le pouvoir mondial.

Encore une fois, ‘’Dieu’’ n’a rien à voir avec tout ça.

Nous sommes une génération sacrifiée, parce qu’elle est à la charnière de deux mondes : celui des mythes dominateurs, et celui d’une expérience intime, secrète, qui s’accorde avec la raison.

Une génération naufragée, parce que les navires idéologiques sur lesquels voguaient depuis toujours nos ancêtres ont sombré. Nous flottons sur un océan couvert des débris de ces grandes civilisations qui furent celles de nos Pères.

Une génération de combattants : peut-on rêver qu’un jour proche ces anciens chrétiens, anciens Juifs, anciens musulmans, se rencontrent, se retrouvent, s’unissent dans un même combat pour la liberté de penser, d’expérimenter les chemins de l’invisible, de vivre dans la paix et l’harmonie ?

Oui l’islam évoluera, comme le christianisme a évolué. Cela prendra beaucoup de temps, comme pour le christianisme, et ce sera encore plus sanglant parce que le Coran est un livre intrinsèquement violent. Il y aura d’autres convulsions, d’autres souffrances. Vous dites 30 ans ? Je crains que ni vous ni moi n’en voyions la fin. Nos petits-enfants, peut-être ?

« Il n’est pas nécessaire de réussir pour entreprendre. »

Amicalement à vous,

                                                                                  M.B., 13 mars 2015

13 réflexions au sujet de « ÊTRE MUSULMAN-FRANÇAIS AUJOURD’UI : Islam de France ? Un témoignage »

  1. P...

    Bonjour Michel Benoît
    J’ai hésité à ajouter mon témoignage ; il rejoint le vôtre dans Prisonnier de Dieu, et celui de tant de victimes du terrorisme théologique. En voici un sommaire :

    « Je suis ici librement ».
    « Prions pour le premier d’entre nous qui mourra ».
    « Aïe ! Tu me fais mal ! » – « C’est pour ton bien. » (la métaphore du vigneron).
    Des paroles assénées le soir, des milliers de fois dans les sables mouvants et soporifiques des séminaires d’Aix-en-Provence où, de 1948 à 1956, arraché à un monde rural paisible, je fus enfoui à l’âge de douze ans. Scolarité précédée d’une enfance heureuse, sauvage et mystique, dans une famille très catho pleine de certitudes, où tout paraissait lisse et harmonieux ; mais elle était crispée sur les dogmes et les principes, véritable bombe à retardement.

    Une scolarité appariée avec 3600 messes ; 7200 repas assortis de silence.
    Des vigiles en soutane pour vérifier, la nuit, si toutes les mains étaient bien au-dessus de la couverture. Ce qui n’a pas empêché l’un de mes confesseurs, sans que je me doute de ses intentions, à m’entreprendre sans équivoque ; je pus heureusement m’en déprendre, mais n’ai jamais réussi à en parler, surtout pas en famille, voyons !

    Un autre confesseur, le curé de mon village, pendant les « égarements » de mon adolescence, eut la goujaterie de me dire : « méfie-toi du péché contre l’esprit !!! » J’étais damné ! Que de cauchemars et d’apnées du sommeil depuis lors, pendant des années et des années.

    « La femme est l’avenir de l’homme ». Celle qui deviendra mon épouse, ce fut elle, enfin, mon avenir. Et vos écrits, Michel, me sont aujourd’hui, à presque quatre vingts ans, un autre bain de jouvence et de libération.
    Merci Michel.

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  2. Muller Jean marie

    J’ai découvert le soufisme avec faouzi skali et annick de souzenelle en Avignon. auriez vous une documentation sérieuse sur cet islam pacifique?

    Répondre
    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      Hélas non. Je ne suis en rien un spécialiste de l’islam et de ses diverses tendances. Me suis concentré sur un TEXTE, celui du Coran. Mais sur Internet vous trouverez…
      M.B.

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    2. Jean Roche

      Le soufisme en tant que tel n’est pas forcément pacifique. D’illustres et historiques maitres soufis ont été aussi des combattants du djihad. Mais le soufisme sert couramment de point d’entrées aux personnes attirées par la spiritualité islamique mais rebutées par l’aspect politique.

      Des branches réellement pacifiques de l’Islam, mais jugées couramment hérétiques par les courants dominants et périodiquement victimes de massacres, sont l’Alévisme et l’Ahmadisme (Ahmadiya). On peut chercher avec ces termes.

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  3. Jean-Marie

    « vous êtes né dans un pays qui lutte depuis deux cents ans pour ce qu’il appelle la laïcité. »

    Cette affirmation est aussi mythique et non fondée que la connaissance objective de l’enseignement de l’humain « juif » – évidemment juif ! – Isho bar Yawsep ou d’un des bouddhas légendaires dénommé Siddharta

    (Cette lutte n’aurait commencé qu’en 1815 ?, Michel ?)

    Il y a une grande variété – plusieurs ensembles – d’une petite partie de(s) Français (toujours avec une majuscule automatique dans ce cas) qui consacre du temps plus ou moins long à défendre plus ou moins sereinement une des nombreuses conceptions de la laïcité.

    La globalisation pro domo voilà un des ennemis de la réflexion fructueuse.

    L’insuffisance de souci du juste mot pour la juste chose, du mot pesé pour éviter ou au moins limiter les maux pesants en est un autre.

    Qu’on prenne ou non au sérieux Onfray, l’athéisme est un regrettable auto-aveuglement .

    Je suggère donc modestement à notre ami franco-berbéro-marocain d’exploiter ces deux liens

    http://www.dailymotion.com/video/x9aq6i_l-univers-une-creation-de-dieu_webcam

    http://www.dailymotion.com/video/x35v6x_questions-a-trinh-xuan-thuan-premie_tech

    Puis de poursuivre sa recherche fructueusement.

    Répondre
  4. monic34

    bonjour Mr BENOIT
    ce témoignage m’a beaucoup touchée, combien sommes nous a qui la religion a été imposée,
    moi, ce furent des bonnes sœurs qui m apprirent le catéchisme a coup de gifles…il est désespérant de voir la lenteur avec laquelle les choses évoluent a ce niveau…je souhaite beaucoup de courage a ce jeune homme, sa place est très critique.
    amicalement

    Répondre
  5. Jean Roche

    Bonjour,

    « Etre musulman-français aujourd’hui un témoignage ». Et le témoin dit : « Je suis un athée donc pas musulman ». M. Benoît, encore une fois, pourquoi « maintenir » dans l’Islam des gens qui le rejettent (rappel, vous avez qualifié aussi de « musulmans », à ma grande consternation, les auteurs cités dans http://daruc.pagesperso-orange.fr/divers/islamex.htm) ?

    Cela posé, témoignage très intéressant (typique pour l’essentiel des ex-musulmans). Je signale à toutes fins utiles les forums http://www.islamla.com et http://apostats-de-lislam.xooit.org

    Répondre
    1. Jean-Marie

      Grand merci à Jean Roche pour ses/ces infos, même si aucune religion ne résiste à l’analyse solide

      Notre Bienveillante, mais néanmoins Ineffable Source et Finalité ne saurait être blessée par des pécheurs; pas plus qu’un adulte par un petit gosse qui le tape en disant « Méchant ».

      Nous ne pouvons pas pécher, mais nous devons croître en sagesse et en altruisme vie après vie.

      Répondre
      1. Jean Roche

        Merci, et une question : cette  » Ineffable Source et Finalité », est-ce ce qu’on appelle classiquement « Dieu » ? J’ai personnellement tendance à parler de « Sagesse Suprême » ou « Valeur Suprême », au-dessus et au-delà des couples de valeurs opposés et complémentaires que sont masculin et féminin, unicité et multiplicité, foi et doute, solidarité et compétition, etc.

        Répondre
        1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

          Il y a une RÉALITÉ devant laquelle les mots sont impuissants et s’effacent. Question de goûts, de culture… jeux de mots (de maux).
          M.B.

          Répondre
          1. Jean Roche

            « L’intelligence ne peut jamais pénétrer le mystère, mais elle peut et peut seule rendre compte de la convenance des mots qui l’expriment » (Simone Weil, La pesanteur et la grâce).
            Simone Weil sur qui il y a beaucoup à dire dans bien des sens, voir
            http://bouquinsblog.blog4ever.com/la-pesanteur-et-la-grace-simone-weil
            mais aussi http://bouquinsblog.blog4ever.com/la-pesanteur-et-la-grace-2-simone-weil-antisemite
            Sauf qu’on s’écarte du sujet…

            Répondre
            1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

              Quand on rencontre le mystère au-delà des mots, les mots deviennent inutiles. Ils peuvent même distraire de la présence du mystère. C’est le seul « sujet » qui vaille !
              M.B.

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