FICTION ET RÉALITÉ DANS « LA DANSE DU MAL »

Un polar, c’est d’abord de l’action. L’action de tous les romans policiers suit deux canevas (qui furent ceux de nos jeux d’enfance), ‘’la course au trésor’’ ou ‘’les gendarmes et les voleurs’’. Depuis Le double crime de la rue Monge d’Edgar-Allan Poe (‘’gendarmes et voleurs’’, 1841) jusqu’au Da Vinci Code (‘’course au trésor’’), une immense littérature a été et continue d’être produite en suivant l’un ou l’autre de ces deux canevas, dont ses fans ne se lassent jamais. En France, un livre publié sur quatre est un ‘’Roman Policier’’. Pourquoi un tel succès populaire ?

Parce que, contrairement au roman classique qui s’attarde sur les états d’âme des personnages, leurs relations et les décors, le polar embarque son lecteur au cœur du monde tel qu’il est à l’instant T. L’auteur pose la question : « Qu’est-ce qui se passe aujourd’hui ? » Sachant que le monde dans lequel il vit est sens dessus-dessous, il construit autour de cette constatation désabusée – mais réaliste – une histoire, qui est toujours la même. On sait bien que le héros – qui est un ‘’bon’’ – va finir par l’emporter sur les méchants. Que l’objet mystérieux qu’il recherche au péril de sa vie – le ‘’trésor’’ -, il finira par le trouver. Parfois ce n’est pas le cas, variante qui ajoute du piment à l’histoire.

Le succès des polars (comme celui des westerns) ne vient pas de ce canevas plus ou moins immuable, puisque l’auteur dit au lecteur : « Fais-moi confiance, tout va bien se terminer. » Il vient de ce que l’auteur embarque le lecteur au cœur du monde tel qu’il est, c’est-à-dire violent, impitoyable. Le polar suit l’évolution du monde, la fiction suit les traces de son frère, le réel.

Le polar dit au lecteur : « Voici l’état du monde et de l’humanité. » Il le décrit sans grands discours, par une succession d’événements dont la violence, psychologique et physique, dérange parce qu’elle est énorme. Mais le lecteur l’accepte parce qu’il sait qu’elle correspond à la réalité dans laquelle il vit. Décrire la violence, n’est-ce pas un peu l’exorciser ?

Sur cette base, un bon polar c’est une action bien menée. L’histoire, la narration, c’est tout : sans elle, il n’y a pas de polar.

La danse du Mal est une variante du polar de type ‘’chasse au trésor’’, le thriller religieux popularisé par Au nom de la Rose d’Umberto Eco. À la suite de l’illustre piémontais, j’ai choisi la violence la plus répandue (et la moins souvent traitée), la violence religieuse. Comme tout le monde, après mai 68 j’ai cru que la religion – avec son cortège de fanatisme et de guerres – n’était plus qu’un souvenir du passé. Hélas, on voit bien qu’elle a refait surface dans l’espace public, jusqu’à l’envahir de façon obsessionnelle.

J’ai donc inscrit La danse du Mal dans le contexte actuel, la montée en puissance de l’islam et sa confrontation violente avec l’Occident chrétien.

Je suis parti d’événements et de personnages réels. Il est exact que dans les années 1970, un archéologue Allemand, Gerd Puin, a découvert dans la plus ancienne mosquée de Sanaa des manuscrits datant de l’époque de Mahomet, et que les autorités yéménites l’ont empêché de sortir du pays les clichés qu’il avait réussi à en prendre. Dans La danse du Mal, Puin est devenu le Herr Professor Erwin, de même que Christoph Luxenberg (chercheur libano-allemand) est devenu Frankenberg. Le prélat machiavélique du Vatican, Monsignore, rassemble en lui des personnages que j’ai pu observer pendant mes études romaines. Moktar le djihadiste ressemble à tant de personnages sulfureux qui occupent l’espace médiatique actuel. Quant à Paolo Dall’Oglio, le jésuite qui avait consacré sa vie au rapprochement des musulmans et des chrétiens à Mar Moussa, il a bien été enlevé et assassiné par DAESH en juillet 2013.

La fiction transforme ces personnages, chacun à sa façon, en serviteurs du mal ou du bien. Et mon héros – qui est un anti-héros -, quand il est pris dans la danse du Mal, découvre qu’il ne veut pas, qu’il ne veut plus danser avec lui. Ce n’est qu’à la dernière page du roman qu’il entrevoit une fenêtre lumineuse, la porte de sortie de la salle de danse.

Le Mal (la souffrance universelle) est donc l’acteur principal de ce thriller, conforme en cela à tous les polars qui sont des ‘’romans noirs’’ puisqu’ils racontent notre monde sans détours. Privilégiant l’action, les chapitres de La danse du Mal sont courts, parfois très courts. Aucune ‘’graisse’’, aucun bavardage inutile à l’action. J’en dis le moins possible, pour laisser le lecteur prolonger le roman par sa propre imagination, sa propre expérience de la vie.

Un roman noir, mais qui s’ouvre en toute fin sur une espérance, celle de la réconciliation de mon anti-héros avec lui-même et avec le monde.

Grâce à qui ? Je vous laisse le découvrir.

                                                                                  M.B., 27 mars 2013

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6 réflexions au sujet de « FICTION ET RÉALITÉ DANS « LA DANSE DU MAL » »

  1. SergeD

    Bonjour Michel Benoît, je me permets une question. J’aimerais lire l’apocryphe de Jacques. Auriez vous un lien qui pourrait me permettre d’en lire une bonne traduction ? En vous remerciant.

    Rem: J’aurais été à Paris, j’aurais eu un grand plaisir de vous entendre. Cela dit, cela ne m’empêche aucunement de parler de vos écrits à ceux qui sont en recherche …. merci pour votre travail et de votre sincérité. Serge

    Répondre
    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      Si j’ai bon souvenir, une traduction (qui vaut ce qu’elle vaut) du »Pseudo-évangile de Jacques » se trouve sur Internet. En tapant ce titre sur Google, vous devriez arriver à la trouve.
      M.B.

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  2. vallet

    je ne reçois plus vos articles et pourtant lorsque je vais sur le site il est noté que je suis déjà inscrit ce qui est vrai depuis plusieurs années –

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    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      Je ne comprends pas (et n’y suis ^pour rien !) Essayez de vous réinscrire en mettant votre e-mail dans la case « inscrivez-vous » de la colonne de droite ?
      Amicalement, M.B.

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      1. Doc

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