RENDRE LE MONDE MEILLEUR ?

Autrefois une guerre, l’invasion meurtrière d’un pays par un autre, le martyre d’une population n’étaient connus que de ses voisins. Autrefois des inondations, des incendies, des sécheresses même touchaient quelques-uns sans inquiéter les autres. Autrefois les pauvres avaient la décence de contenir leur misère dans des quartiers à eux réservés, dont les riches ne franchissaient jamais l’enceinte. Autrefois une minorité se protégeait du reste du monde en se rendant volontairement aveugle et sourde.

C’était autrefois.

Aujourd’hui plus personne ne peut ignorer l’universelle souffrance. On l’entend à la radio dès le matin, on la lit partout et surtout on la voit. Qui dira le pouvoir des images ? Elles jettent dans la rue des foules en colère, font chuter des gouvernements, sont manipulées par les dictateurs de là-bas pour semer ici chez nous l’inquiétude et la terreur.

Nous sommes soumis à des pressions psychologiques et mentales autrefois inconnues. Du plus solide au plus fragile, nul ne peut leur échapper et chacun se voit agressé du lever au coucher.

Comment surnager dans ce monde devenu incontrôlable et fou ?

L’égoïsme

« J’ai bien assez à faire avec mes problèmes. Je m’occupe d’abord de mes affaires, personne ne s’en occupera à ma place. Et de toutes façons, je n’y peux rien ». Toi et moi qui sommes des ‘’petits’’, nous n’avons ni les ressources ni le pouvoir des Grands. Tu cultives ton jardin, et si les vagues de la détresse humaine t’atteignent, tu détournes la tête et regardes ailleurs. Comment t’en vouloir, comment te critiquer ?

Quand l’égoïsme devient le mode de vie d’une société, plus rien ne s’oppose à la généralisation des inégalités, à la montée des violences, à la naissance des dictatures.

L’utopie

« Puisque le monde tel qu’il est est devenu invivable, créons-en un autre ! » C’est le vieux rêve de toutes les révolutions. Malgré leurs échecs répétés et leurs conséquences dramatiques – autocratie, mort des libertés, impérialismes et terreurs – les utopies continuent de fasciner dans des sociétés schizophrènes : d’un côté ceux qui savent qu’il y a des lois qui gouvernent le monde, et qu’on ne peut les enfreindre sans conséquences. De l’autre ceux qui veulent imposer leurs lois au monde sans tenir compte ni des réalités, ni de l’expérience des siècles passés.

La France n’a pas de pétrole mais possède un inépuisable réservoir d’utopistes.

La générosité

Refusant l’égoïsme et l’utopie, certains s’engagent provisoirement ou définitivement dans des missions planétaires parfois dangereuses, toujours éprouvantes. Ils s’interposent entre des foules épuisées, en colère, et des donateurs toujours tentés de faire de leur aide un instrument politique.

Ces humanitaires sont les chevaliers des temps modernes. Sans autres armes que leur générosité, ils s’élancent à mains nues contre les misères du monde. On les admire, bien qu’ils ne rendent pas le monde meilleur : ils préservent la bonne conscience des nantis en leur permettant de continuer tranquillement leurs prédations.

La compassion

C’est partager la souffrance d’autrui même quand on ne peut rien faire pour en supprimer les causes. C’est ‘’souffrir avec’’ celui qui souffre pour alléger sa souffrance. Comment cela ? En ne se détournant pas de lui, en s’apercevant de sa présence, en se penchant vers lui, en l’écoutant, en laissant l’abcès de la souffrance s’écouler dans des mots. La compassion est le remède de ceux qui refusent l’égoïsme et n’ont ni les moyens, ni la force des grandes actions généreuses. Rend-elle le monde meilleur ? Oui, mais sans bruit, à l’échelle de la personne humaine. Invisible, elle est l’arme des innombrables ‘’petits’’ qui partagent la souffrance d’aussi petits qu’eux.

Deux pionniers

Le premier, Siddhârta le Bouddha a placé la compassion au sommet de l’aventure humaine. Pour lui elle s’adresse à tous, aussi bien aux animaux qu’aux humains. Il a parlé pour les deshérités de sa région, mais en se répandant son enseignement a durablement marqué l’Orient.

Cependant il n’a pas remis en cause la structure aristocratique de l’Inde d’alors – d’origine princière lui-même, il était soutenu par les rois de la vallée du Gange qui l’écoutaient volontiers. Ni la division en castes de sa société.

Ce pas ultime, Jésus l’a franchi. Ȧ de nombreuses reprises, les évangiles le montrent « ému jusqu’aux entrailles » par les souffrances qu’il rencontre. Sa compassion n’est pas une posture, elle l’envahit au plus profond, elle le bouleverse – il « frémit », il « pleure ». Quand une femme timide, souffrant de métrorragie, s’approche de lui par derrière, au milieu de la foule il perçoit sa présence. Quand un aveugle s’élance vers lui à grand bruit, il empêche ses disciples de l’écarter. Tout malade, tout exclu (comme les collabos d’alors) est reçu avec les mêmes égards que les riches Pharisiens. Enfin quand des étrangers méprisés par les Juifs (comme l’officier romain ou la femme syrienne) font appel à lui, il les écoute et les soulage.

Ni castes ni races, ni position sociale. Attention à ceux qu’on ne voit pas, partage total des souffrances rencontrées en chemin : Jésus a porté à son aboutissement la compassion du Bouddha.

A-t-il rendu le monde meilleur ? Non, diront certains, tout continue comme avant. Pourtant, c’est lui qui a inspiré et jeté dans l’action quantité d’Éveillés au cours des siècles. Jusqu’à notre époque : sans lui il n’y aurait eu ni Gandhi, ni mère Theresa, ni abbé Pierre, ni Martin Luther King, ni Mandela… Sa compassion, qui ne faisait appel à aucune religion, a fait tache d’huile. Elle a permis à ces flambeaux de briller dans notre monde de brutes, et de le réchauffer.

Qui prendra le relais ?

                                                         M.B., 15 nov. 2023

6 réflexions au sujet de « RENDRE LE MONDE MEILLEUR ? »

  1. Grandjean Bernard

    Monsieur,
    Je lis régulièrement vos blogs et j’apprécie beaucoup vos articles. J’ai spécialement aimé votre blog sur la guerre israélo-arabe se déroulant sur la bande de Gaza. J’ai également lu plusieurs de vos livres que j’ai appréciés. Mais je me pose la question : quelle est votre foi, votre croyance aujourd’hui ? Si je vous ai bien compris, pour vous Jésus n’est pas Dieu, mais qui est-il vraiment ? Personnellement je crois en Jésus envoyé de Dieu, grand médiateur entre Dieu et les hommes. Et j’admire aussi les grands Éveillés que vous citez dans votre dernier blog et qui se sont inspirés du message de Jésus. Je ne suis pas un intellectuel, mais me pose beaucoup de questions sur nos croyances et sur l’Eglise aujourd’hui. Pourriez-vous m’éclairer quelque peu?
    Merci déjà et salutations les meilleures.
    Bernard Grandjean

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    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      L’acte de foi consiste à croire en l’incroyable. Par ex. qu’un homme est en même temps un Dieu, qu’une femme reste vierge après son accouchement; etc. Jésus a vécu avec sa personnalité, son histoire, son message, sa destinée. On a pu l’envelopper de dogmes + ou – surréalistes, il est ce qu’il est. J’ai appris à le connaître et à vivre dans sa proximité. Tout le reste n’est que discours.
      si vous ne savez pas comment le rencontrer tel qu’il est, demandez-le lui. Et lisez chaque jour un passage d’évangile.
      S. Augutin : « Un désir qui appelle Dieu est déjà une prière »
      et n’oubliez pas que Jésus, lui aussi, désire que vous le rencontriez !
      bonne route
      M.B.

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  2. M.Bon

    « Qui prendra le relais » nous demandez-vous, Michel : mais simplement, chacun de nous, à notre place, dans tous les actes de nos vies. Ce n’est pas une approche philosophico-religieuse… C’est simplement la vie, voire la survie de notre espèce humaine.

    Chrétiens et Musulmans nous ont promis pendant plusieurs siècles que ce serait dans les cieux que nous trouverions enfin notre bonheur… Argumentaire assez facile pour faire supporter aux humains leurs difficultés et souffrances en ce bas monde !

    « Ne cherchons pas à satisfaire notre soif de liberté en buvant à la coupe de l’amertume et de la haine. Nous devons toujours mener notre lutte sur les hauts plateaux de la dignité et de la discipline. Nous ne devons pas laisser nos revendications créatrices dégénérer en violence physique. Sans cesse, nous devons nous élever jusqu’aux hauteurs majestueuses où la force de l’âme s’unit à la force physique. » Martin Luther King – 28 août 1963 – « I have a dream ».

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    1. Paul K.

      Oui, c’est bien au fond de nous-mêmes que nous devons trouver la force du bien.
      Les forces du mal, elles, nous entourent et sont accessibles sans problème…
      Cette recherche du bien est difficile, et même les Initiés ont dû lutter :
      Siddhartha sous son arbre, regrettant sa vie passée de prince,
      Jésus luttant dans le désert pour ne pas succomber à l’appétit de pouvoir,
      Mandela n’ayant pas oublié qu’il était un brillant avocat à l’avenir financier assuré…
      Malgré tout cela, ils ont choisi la voie de la compassion.
      Voie difficile, certes, mais qui est la seule qui construit réellement nos vies sur terre, et celles de nos proches et nos enfants.
      A défaut… c’est l’enfer !

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  3. Tabourdeau

    Think globally, act locally ….
    Se protéger des tempêtes médiatiques tout en gardant esprit critique et raison.
    Oeuvrer dans son entourage en s’inspirant des valeurs chrétiennes.
    Refuser les violences de toutes sortes, dans notre comportement personnel, notre vie de citoyen, quelques soient nos convictions et nos indignations.
    Contribuer au bonheur autour de nous.

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  4. Camus Christian

    La question de la souffrance mérite que l’on s’interroge sur son sens. Ce que Bouddha n’a jamais fait. Le christianisme ne tient qu’à la condition d’affirmer que la souffrance a un sens. Il lui reste à dire quel est ce sens. Et c’est là que sa position devient difficile dans la mesure où il n’a jamais été vraiment capable de l’expliquer. Aujourd’hui, la question se pose de façon complètement différente avec la réincarnation. Non seulement nous ne sommes sans doute pas loin d’une preuve de celle-ci mais elle reste la seule explication acceptable à l’idée que la souffrance a un sens. Surtout si on l’interprète dans une perspective évolutionniste.

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