ÉGLISE CATHOLIQUE ET PÉDOPHILIE : coupables, pas responsables (Mgr Barbarin)

         États-Unis, Irlande, France… L’Occident est secoué par les affaires de pédophilie à répétition de son clergé catholique. Pourquoi ?

La pédophilie, une pathologie ‘’moderne’’

            Rappelons que la relation amoureuse entre un adulte et un adolescent pubère était répandue dans l’Antiquité, parfois même incluse dans un système éducatif global : nombreux sont les textes (Grèce, Japon) qui la tolèrent ou en font l’éloge. Mais dans aucun écrit de la littérature antique on ne trouve mention de relations sexuelles entre un adulte et des enfants pré-pubères. Privé d’existence civique, élevé par des femmes, l’infans grec ou romain ne quittait pas le gynécée avant sa puberté. Si elle se produisait, une relation sexuelle entre un adulte et un enfant pré-pubère était condamnée par les sociétés antiques au même titre qu’une agression criminelle.

            Il faudra attendre la littérature du début du 20e siècle (1) pour voir apparaître la mention, puis l’apologie ouverte et décomplexée (chez Gide et ses épigones) des relations sexuelles entre mâle adulte et enfants impubères. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, cette perversion était justifiée intellectuellement (et parfois moralement) par des lettrés. Les psychiatres l’ont analysée comme une pathologie où se mêlent déviation sexuelle, régression infantile et appétit de domination. Elle est donc récente, elle coïncide avec le mal de vivre d’une civilisation devenue orpheline de ses repères culturels, sociétaux et religieux traditionnels. Seul un siècle capable de penser puis d’exécuter des génocides, de détruire son environnement et son patrimoine, un siècle en perdition de ses valeurs fondamentales, seul ce siècle pouvait aller jusqu’à profaner un dernier tabou, le sanctuaire de l’enfance.

            Quand le Sacré disparaît, il ne reste que la Violence (2).

L’Église catholique : une ignorance aveugle

            D’abord, il est évident qu’aucun jeune homme ne rentre dans un séminaire catholique dans le but de devenir plus tard pédophile. Et pourtant, si cette déviation criminelle n’est pas réservée aux prêtres (3), elle semble toucher particulièrement cette population. Est-ce à cause de la chasteté, imposée par l’Église au clergé catholique (4) ?

            Huit siècles avant elle, le Bouddha Siddhârta prescrivait déjà à ses moines une chasteté totale, du corps et de l’esprit. Pour lui ce n’était pas une amputation source de déséquilibre et de frustration, mais au contraire un accomplissement de l’être humain. À une condition, qui la rend seule possible : la pratique de la méditation, une technique de maîtrise des pensées qu’il ne cesse de rappeler dans tous ses enseignements.

            Méditer, pour le Bouddha, c’est éteindre l’une après l’autre les passions qui nous habitent et sont à la source de toutes nos souffrances : entre autres le désir de posséder autrui, de le dominer. Exposée en détail dans le Satipatthâna Sutta (5) la méditation, discipline mentale, est la clé de voûte de l’anthropologie du Bouddha. C’est-à-dire de sa conception de l’être humain, de sa purification intérieure sur la voie de l’Éveil, de sa situation par rapport aux autres et dans l’univers. La méditation rend la chasteté non seulement possible mais souhaitable, source de bonheur et d’équilibre pour ceux qui la pratiquent.

            La chasteté bouddhiste : une valeur positive qui construit ceux qui la mettent en pratique grâce à la méditation. Qui ne refoule pas, qui ne ‘’sublime’’ pas mais accomplit l’être humain.

Coupables, mais pas responsables

              Parce qu’elle a toujours ignoré l’expérience de l’Orient (hindo-bouddhisme, taoïsme), l’Église catholique a voulu ignorer la méditation. Elle enseigne que prier, c’est réciter des prières. Que méditer, c’est mettre en œuvre une réflexion méthodique, mentalement organisée, une mise en ordre des idées par le discours intérieur – comme dans les Exercices de saint Ignace. Le chemin que propose l’Église, le seul qu’elle connaisse, c’est dire, ou penser. Tandis que pour le Bouddha, méditer c’est ne plus penser pour s’ouvrir à l’indicible, au-delà des mots et des images mentales – au-delà du mental.

            Séminariste, le futur prêtre catholique apprendra à dire son bréviaire, c’est-à-dire à réciter des formules écrites. On lui conseillera de consacrer un peu de temps à la prière silencieuse : mais personne ne lui dira comment il doit employer ce temps, que faire, comment faire pour que cesse la ronde des pensées et que s’établisse enfin le silence intérieur. Parce que ses maîtres, formés à la même école, n’auront jamais entendu parler du Bouddha ni de la méditation. De son apprentissage, de sa pratique, du but qu’elle cherche à atteindre, des moyens d’y parvenir.

            Une fois prêtre il va être lâché dans la nature pour se confronter à une société désacralisée, sans qu’on lui ait donné le moyen de faire face à des situations qui vont mettre à l’épreuve son équilibre psychologique, affectif, moral, spirituel. Incapable de contrôler – et encore moins de maîtriser –  ses pulsions autrement que par leur ‘’sublimation’’, forme subtile du refoulement idéalisé.

            Il risquera de se trouver comme un fantassin qui sortirait de sa tranchée sans casque ni gilet pare-balle, sans armes, tête et mains nues, poitrine exposée. La générosité de son engagement initial, fragile rempart, ne résistera pas longtemps au feu de l’ennemi extérieur et surtout intérieur. Si, à ce moment-là, il rencontre la fragilité d’un enfant…

            En juin 2002, quand ils ont a voulu réagir au scandale qui frappait le clergé des USA, les évêques américains ont pondu un décret : « les séminaristes devront désormais bénéficier d’un accompagnement psychologique durant leur formation. » Avant même qu’ils pénètrent dans le feu de l’action, ils considèrent donc les futurs prêtres comme des malades à soigner. Un traitement préventif, en quelque sorte. Mais de la méditation (seule capable de prévenir et de construire), il n’est toujours pas question.

            Les quelques prêtres qui sombrent dans la pédophilie sont coupables. Mais sont-ils responsables de la situation dans laquelle ils ont été placés par une institution incapable de s’ouvrir à d’autres visions du monde que la sienne ? À une autre conception de l’Homme, de sa structure mentale et affective, du cheminement qui peut le conduire vers l’Invisible ? Et formés par une Église encore marquée par la détestation de « l’abominable vêtement du corps » (6) ?

            Dans ce contexte, le désarroi du cardinal Barbarin est pathétique. Il se sent, il se sait, il se dit non-coupable. Et n’en déplaise au lynchage médiatique dont il est victime, je veux bien le croire. Est-ce sa faute après tout si l’institution qui l’a formé et formaté voit le monde… autrement que le reste du monde ? S’il a (mais est-ce prouvé ?) protégé des prêtres qui n’ont eu qu’un tort, c’est d’être montés au front le cœur en bandoulière, désarmés, sans munitions, avec seulement la casquette ‘’curé’’ qui les désignait alors à l’admiration, maintenant au pilori ?

            On hurle après les coupables, et ils le méritent. Mais on oublie la responsable, l’institution qui les a jetés tout vifs dans la gueule du loup.

                                                                                              M.B., 1er avril 2016
(1) Les anti-héros du marquis de Sade (Justine, Hyacinthe, etc.) sont des filles ou des garçons pubères.
(2) Voir entre autres René Girard, La violence et le sacré, 1972.
(3) Il semble qu’elle soit d’abord familiale et touche tous les milieux éducatifs.
(4) Au concile d’Elvire, 306 après J.C., confirmée définitivement au 11e siècle.
(5) Sutta 22 du Digha Nikâya.
(6) Saint Grégoire le Grand, fin du 5e siècle.

32 réflexions au sujet de « ÉGLISE CATHOLIQUE ET PÉDOPHILIE : coupables, pas responsables (Mgr Barbarin) »

  1. P.K.

    Vous nous apportez un intéressant éclairage historique sur ce très grave sujet.
    Mais comment pouvez-vous laisser entendre que  » les prêtres qui sombrent dans la pédophilie sont coupables, mais pourraient ne pas être responsables »
    Nous sommes responsables de nos actes.

    Et surtout, comment ne pas parler de la déchirure introduite dans la tête et les tripes de ces enfants, par des adultes en qui ils avaient toute confiance.
    Ce sont ces enfants que nous devons plaindre, et non pas ces adultes, prêtres ou pas, peu importe, ce n’est pas le sujet.
    Car faute de se prendre en main, faute d’une simple vie responsable,
    ils ont massacré de jeunes innocents.
    « Dieu Merci », il n’y a pas prescription …
    Quoiqu’en disent ceux qui par protection ecclésiale les ont couverts.

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    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      Prenons du recul sur l’émotionnel et le médiatique. En droit, la culpabilité suppose l’intention de mal faire. En se présentant au séminaire, le futur prêtre avait-il cette intention ? Ou bien a-t-il été ensuite victime de sa (non)formation, du système dans lequel il est rentré de bonne foi mais sans en percevoir les lacunes aux conséquences désastreuses sur sa propre vie ?
      La question est complexe comme la vie, elle méritait d’être posée.
      M.B.

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  2. Jean Lavoué

    Le blocage, depuis la première session du Concile Vatican II, voilà plus de cinquante ans, sur la question du célibat des prêtres, devenue depuis Jean-Paul II un tabou absolu que peu d’évêques osent encore soulever, emmène tranquillement et irrésistiblement toute une institution dans le mur. Cette question qui a entraîné le départ de dizaines de milliers de prêtres a été recouverte au fil des années d’un linceul d’oubli. On a fait un non-événement de ces départs prophétiques qui ne posaient pas seulement la question sur un plan sexuel ou affectif, mais aussi sur un plan social et politique : c’était une réponse originale à la question de l’autorité qui était attendue avant le Concile, plutôt que la persistance d’un modèle patriarcal cultivant de manière toujours plus artificielle une « place d’exception » devenue intenable. La mutualisation entre les sexes de la fonction symbolique pour relier le corps ecclésial s’est trouvée barrée, ouvrant la porte au cortège des symptômes d’une Église obsédée de la mâle prééminence et en grande souffrance : cléricalisation à outrance, emprise de tous les imaginaires traditionalistes, mauvaise foi par rapport aux idéaux intenables du célibat, pédophilie, stagnation des vocations au célibat en dépit des pieuses mobilisations, déplacement intercontinentaux des fonctionnaires du culte, éloignement des catholiques ruraux des lieux de célébration, mépris à l’égard de la dignité sacerdotale et prophétique des femmes, interdit à l’égard de toute créativité coopérative et collégiale confiée au peuple de Dieu et notamment aux laïcs… Départ sans précédent des déçus de cette réforme empêchée ! Déni quant à l’une des sources majeures de cet échec ! Parole interdite ! Bref ! On se demande s’il n’est pas décidément trop tard pour transformer ce corps malade ou bien si la gravité des symptômes n’est pas encore suffisamment ressentie pour apporter enfin un remède à la hauteur du mal, et non de vagues emplâtres sur une jambe de buis !!!

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    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      Oui. Cependant :
      1- Il semble que le célibat ne soit pas la cause principale de la pulsion pédophile (les experts divergent sur ce point). Le premier théâtre de la pédophilie semble être le milieu familial.
      2- Je ne crois pas que le célibat forcé des prêtres soit LA première cause de leur malaise, mais d’abord l’existence de dogmes catholiques impossibles à soutenir & à diffuser, surtout auprès des jeunes. Puis le vide spirituel créé par l’absence d’enseignement/pratique de la méditation, qui provoque l’exode vers les spiritualités orientales. Enfin la structure monarchico-machiste de l’institution que vous soulignez.
      M.B.

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      1. JR

        Il faut bien dire que changer solennellement d’avis, après plus d’un millénaire, sur des sujets comme le Paradis et l’Enfer, ce n’est pas bon pour la crédibilité… c’est pourquoi aussi ils ont peur de changer d’avis sur le célibat des prêtres. Même si le Protestantisme et l’Orthodoxie montrent qu’il vaut mieux, pour encadrer spirituellement des laïcs (au sens premier) savoir aussi bien qu’eux ce que signifient une différence dans les besoins sexuel ou un bébé qui braille toute la nuit…

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        1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

          La Réforme protestante a été disciplinaire, elle n’a pas touché au dogme de l’Incarnation et à ses conséquences. En effet, une réforme dogmatique de l’Église est inconcevable. Cela explique la migration des chercheurs de sens vers des religions & expériences orientales. Mais aussi l’immense succès actuel du « Jesus mouvement » et des pentecôtistes-évangéliques américains qui s’occupent plus d’expérience que de dogme. Avec les dérives & manipulations inévitables.
          Au fond, je m’inscris moi-même dans le « Jesus mouvement », mais avec un souci de rigueur exégétique.
          M.B.

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          1. Jean-Marie

            Le « Jésus Movement » ne considère pas Yeshoua comme une des trois personnes de la Trinité ?

            Tint-il compte de l’échec du « Jesus Séminar » qui témoigne de l’impossibilité d’attester l’historicité de la majeure partie des faits et paroles de Yeshoua ou Ischo en araméen ?

            Question majeure : est-il possible de croître dans l’amour ( à définir) de notre Source Créatrice et de ses êtres pensants sans connaître les évangiles canoniques ou non et tout ce qui les entourent et sans connaître Shaul de Tarse, le véritable fondateur de cette religion assez bien décrit par Messadié ?

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            1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

              Le « Jesus mouvement » est une nébuleuse à l’identité nuageuse.
              Le « Jesus Seminar » fut une tentative très américaine de peser les mots sur une balance. Il appartient à la (très) petite histoire de l’exégèse, à laquelle il n’a rien apporté.
              M.B.

        2. Lucien Martin

          De fait, il y a longtemps que la notion même de dogme confine à l’oxymore. J’ajoute que croire sur commande (le dogme), ce n’est pas croire ; la croyance ne se commande pas. Et je pense à Paul de Tarse, qui écrivait qu’on n’est pas sauf par ses œuvres, mais par sa foi ; et qui, plus loin continuait que l’on a la foi par la grâce de Dieu. Cela me rappelle le innombrables versets du Coran qui assurent qu' »Allah guide qui Il veut »… mais condamne qui s’égare. La notion de Salut devient particulièrement hermétique, sans jeu de mots.

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          1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

            Oxymore oui, mais in-oxydable.
            Il y a quelques points communs entre le judéo-pagano christianisme de Paul et le Coran, qui s’en inspire parfois.
            M.B.

            Répondre
      2. Jean-Marie

        « Méditation » comme « prière » ont de nombreuses acceptions

        Si l’activisme effréné, parfois justement pour faire taire ou couvrir l’appel de la chair, tout acte posé est prière quand il est don de soi (disait un saint homme)

        Les dogmes sont des fruits d’ordre religieux de notre culte,insensé du vote majoritaire (en tenant compte ou non des abstentions) comme forcément bon pour l’intéret général et s’imposant aux minoritaires.

        Répondre
  3. combe

    Pourrais-je me permettre d’apporter une précision : le dit « Concile » d’Elvire de 306 est un concile local et son exigence ne s’imposait qu’à cette région d’Espagne, pas un Concile universel. C’est seulement en 1139 au 2ème concile de Latran que le mariage des prêtres sera déclaré, non seulement illicite, mais invalide. Drôle de manière d’allieurs d’imposer une telle obligation. Et comme à l’époque et jusqu’à la révolution en France, le mariage civil n’existait pas … On était alors en pleine chrétienté ! Mais les mariages de prêtres en secret et les concubinages (qu’on appelle aujourd’hui compagnonnages !) ont largement continué.

    Répondre
    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      Merci ! En effet, j’ai dit 11e siècle, c’était 12e. Mais dans cet article je voulais passer vite sur la question du mariage des prêtres, qui n’était pas son sujet.
      M.B.

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  4. jean-claude roussie

    je partage la responsabilité de la formation de prêtres
    7 ans de petit séminaire
    5 ans de grand séminaire
    fermé à double tour dans l’institution , seule ouverture vacances de noël pâque , été
    la sexualité il ne faut as en parler
    quand au cardinal BARBARIN il a été léger dans la prise en charge du problème
    l’église au n sacré poids sur le cœur , tout comme l’école …

    Répondre
    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      Je ne fais plus partie de votre Église, mais j’ai pour elle beaucoup de tristesse. Que de trésors enfouis, dilapidés, pendant 2000 ans !
      Lisez « Jésus, mémoires d’un Juif ordinaire » (Albin Michel/Livre de poche). Lui ne déçoit pas.
      Amicalement à vous, M.B.

      Répondre
  5. Lucien Martin

    Très intéressante analyse, et si humaine…

    Permettez-moi seulement une petite taquinerie… ma déformation professionnelle de juriste :

    On a beaucoup glosé, non sans ironie, ni surtout contre-sens, sur le « responsable, mais pas coupable » ; c’est une possibilité juridique de tous les jours pourtant, ainsi de la « responsabilité » (obligation de « répondre de ») de l’employeur à raison du dommage causé par son employé, sans qu’il y soit de sa propre faute : il répond de la faute de son employé (sorte de garantie à l’égard des tiers), bien qu’il n’ait lui-même commis aucune faute. En ce sens, et sans erreur ni ridicule, telle ministre pouvait se reconnaître « responsable » des fautes de ses subordonnés, sans pour autant être coupable, car la culpabilité (culpa) est d’enfreindre soi-même la règle et ce n’est pas elle qui l’avait enfreinte, sauf si l’on prouvait qu’elle était au courant et n’a rien fait pour l’empêcher .

    En revanche, être coupable, c’est nécessairement être également responsable ; ainsi, p. ex., cet employé dont je parlais ne cesse pas d’être coupable parce que son employeur indemnise lui-même la victime, mais l’employeur dispose d’une action récursoire contre son employé, qui est donc, lui aussi, responsable.

    Ceci n’est nullement une opinion personnelle. C’est le droit positif le plus assuré.

    En ce sens, et sans aucune hostilité, ni à l’égard de l’église en général, ni à l’égard de Barbarin en particulier, je pense que ce dernier, qui est évidemment « coupable », s’il a bien commis la faute qui lui est imputée, en est aussi responsable, même si, pour les raisons convaincantes que vous exposez, l’église en est, elle aussi, responsable, sans faute de sa part.

    Amicalement

    Répondre
    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      Merci de ce rappel du droit positif.
      Mais vous le savez, l’Église (les 3 monothéismes) vit dans un autre monde que ce monde-ci, depuis 1700 ans environ elle a son droit propre, sa juridiction propre. Cela fait à peine 10/15 ans qu’elle reconnaît la prééminence du droit civil sur le droit canon, l’obligation de déférer son clergé devant les juridictions civiles en cas de fautes.
      Même en droit civil, on peut être retenu coupable d’avoir commis un crime sans être jugé pleinement responsable de l’acte criminel (démence, altération des facultés, circonstances particulières)
      Amicalement, M.B.

      Répondre
      1. Lucien Martin

        On peut en effet ne pas être jugé responsable d’un fait commis en état de démence ou d’altération des facultés. Mais cela n’altère nullement cette idée que la culpabilité entraîne la responsabilité, la réciproque n’étant pas nécessairement vraie.

        En effet, si la notion de culpabilité repose (juridiquement comme étymologiquement) sur la faute, celle-ci ne se borne pas à un fait purement matériel, mais repose sur l’idée de la liberté et de la conscience (au sens psychologique) de l’acteur. Or, on ne peut dire que le dément ou celui dont les facultés sont altérées ont agi librement, en conscience. Ainsi, si ce sujet est jugé non responsable c’est parce qu’il n’est pas « coupable » ; il n’est que l’auteur (inconscient) d’un fait.

        Amicalement

        Répondre
        1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

          Hypothèse par l’absurde (pas tant que ça, hélas) : et si le criminel se situe dans un corps social qui ne partage pas les valeurs du main stream, qui n’obéit pas à ses lois. S’il estime en toute bonne foi que son système de valeurs & appareil juridique à lui est supérieur à l’autre, il peut se sentir non responsable bien que coupable. Ce fut le cas des nazis jugés par leurs vainqueurs (« je n’ai fait qu’obéir »). Un évêque, rappelons-le, vit dans deux sociétés, la société civile ET l’Église. Il se doit d’attribuer la priorité à la société-Église. NOUS le jugeons coupable, lui pas forcément. Il est tiraillé entre 2 systèmes de valeurs & juridictions. D’où le caractère « pathétique » du cas Barbarin.
          M.B.

          Répondre
          1. Lucien Martin

            … par l’absurde… pas tant que ça, en effet. Vous touchez là à l’imperfection des choses humaines. Bien entendu, juriste, je ne peux raisonner autrement que dans le cadre des principes essentiels de la vie en Société qui ne peuvent être contestés sans remettre en cause la Société elle-même. Mais je n’en perds pour autant pas de vue que ce genre de problème illustre cette idée que la démocratie est sans doute le pire des régimes, sauf tous les autres, comme disait, paraît-il, Churchill.

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            1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

              « La société » : la nôtre. Mais l’Église catholique (et l’Oumma musulmane) EST une société à part entière, avec son échelle de valeurs. C’est tout le problème des clercs, depuis les origines de cette société-là qui se superpose à l’autre, l’a contrôlée, ne le contrôle plus.
              « La démocratie est le meilleur des pires systèmes », disait Churchill. Cher Winston…
              M.B.

  6. JR

    Pour parler quand même de la pédophilie dans l’Eglise, il me semble que c’est la conjonction de tendances lourdes : l’Eglise décline, s’affaiblit et donc :
    1) Elle n’est plus en mesure d’étouffer ce genre d’affaires…
    2) Les prêtres sont de plus en plus démoralisés, donc sujets à certaines tentations pour peu qu’ils aient déjà des tendances…

    Répondre
  7. Jean Lavoué

    Juste, belle et très humaine analyse, Michel Benoît ! C’est vrai qu’on voit trop rarement l’institution interpellée dans sa capacité spirituelle à accompagner les exigences qu’elle impose. Exigences pour le coup inaudibles et devenant contre-témoignage pour le grand nombre !

    Répondre
  8. JR

    Bonjour,
    Je signale que le Coran (65:4) prévoit expressément le cas d’une femme qui divorce (donc était mariée) sans avoir encore de règles. Mahomet est connu pour avoir fait commencer la vie de femme d’Aïcha quand elle avait 9 ans, et cela fait jurisprudence dans certaines sociétés islamiques (Khomeiny l’avait instauré en Iran, ça a été abrogé depuis… après combien de gamines esquintées à vie, physiquement et moralement, lors de leur nuit de noce ?).
    Pour se renseigner sur la pédophilie dans les madrasas (la principales différence est qu’il est beaucoup plus dangereux pour les victimes de se plaindre… mais certaines osent) on peut chercher (in English, ça en ramène plus) avec « pedophilia » « madrasa ».

    Répondre
    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      N’étant pas un spécialiste de la question, je n’ai pas été voir ce qu’il en était de la pédophilie dans l’islam. La biographie de Mahomet est très largement inventée d’après les fantasmes musulmans du 8e siècle : il aurait défloré sa femme, Aïcha, à l’âge de 9 ans et malgré ses hurlements !
      M.B.

      Répondre
      1. JR

        « Malgré ses hurlements », je ne l’ai vu nulle part (bien sûr ça n’exclut pas). Les récits par Aïcha elle-même montrent qu’elle avait bien la mentalité et les occupations d’une fille de cet âge, que ce n’était pas habituel, et que ça a été décidé brusquement (elle-même et ses parents l’ont appris le jour même…).

        Il semble qu’il était incapable d’assurer un rapport sexuel complet. Après la mort de Khadija il n’a pu avoir d’enfant avec une seule de sa dizaine d’épouses toutes en âge de procréer (sauf Aïcha), et que néanmoins il avait besoin de sexe (ce n’est pas incompatible). Tout ça est analysé en détail sur des dizaines de pages dans le livre d’Ali Sina Psychologie de Mahomet et des musulmans (extraits et références sur http://daruc.pagesperso-orange.fr/divers/islamex.htm).

        Après, c’est une tendance très répandue que de soutenir que les multiples monstruosités que lui prête la Sunna seraient des inventions ultérieures. Mais alors, bon sang de bois, la communauté islamique serait bien la seule à prêter de telles monstruosités fictives, pas qu’à moitié (il n’y a pas qu’Aïcha) à un homme qu’elle vénère, pas qu’à moitié non plus…

        Répondre
        1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

          J’ai vu ça quelque part dans la Sîra. Rappelons (j’me répète) que la vie de Mahomet n’est pas historique : c’est le transfert sur un personnage mythique des fantasmes d’une époque & une société tribale. M.B.

          Répondre
      2. Jean-Marie

        Y’avait des témoins des cris ? Dans la légende elle lui est pourtant restée fidèle jusqu’au bout celle qui aurait dit « C’est pratique, chaque fois que tu veux une nouvelle femme, Gabriel te transmets la bénédiction d’Allah » Finaude la Aïcha

        Quel intérêt les califes ont-ils trouvé de faire avaler çà et toutes les autres femmes et les concubines ?

        Répondre
        1. JR

          C’était la fidélité ou la mort. Cela posé, s’il faut l’en croire, elle a osé lui dire en face, une fois : « Ton Dieu est bien rapide quand il s’agit de te donner raison… ». Elle a aussi insinué que le seul enfant qu’ait eu son mari après Khadija, avec l’esclave (et restée esclave) Mariah, n’était pas de lui (étant esclave et détestée par les coépouses solidaires, Mariah devait loger ailleurs et se trouvait paradoxalement bien plus libre).

          C’est d’ailleurs le genre d’anecdotes qui me font estimer que tout ça ne peut pas être une pure invention. Qu’on ait inventé des miracles, des beaux gestes, de la grandeur d’âme, des traits édifiants, émouvants, attendrissants, très bien. Mais toutes ces histoires, comme celle qui a motivé la sourate 66, qui oscillent entre le sordide et le ridicule (et qui n’en sont pas moins psychologiquement cohérentes), je ne comprends pas.

          Répondre
  9. Jean-Marie

    (4) Au concile d’Elvire, 306 après J.C., confirmée définitivement au 11e siècle.

    Pour notre culture pourriez-vous être un peu plus précis, SVP ? Au moins un lien

    Quoiqu’il en soit imposé, le célibat était est une connerie et on imagine mal le sentiment de beaucoup de prêtres plus ou moins âgés (les vieux étant majoritaires) si du jour au lendemain François décidait « On ordonne prêtre tous les diacres et les prêtres actuels peuvent désormais se marier ».

    Et pourtant il paraîtrait qu’il en a l’intention d’après un de ses proches.

    Répondre

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