POPULISTES ET POPULOPHAGES. (I) Comment se faire manipuler ?

Une nouvelle race de dirigeants gagne du terrain sur la planète : les populistes.  Hongrie, Pologne, Italie, Angleterre, USA, Brésil, Venezuela… comment des populations qu’on croyait éduquées, informées, capables de discernement, peuvent-elles basculer dans le populisme ? Et puisqu’il n’y aurait pas de dirigeants populistes s’il n’y avait pas des gens pour gober leurs discours, la question se pose : « Comment un peuple devient-il « populophage » ?

I. Un pionnier : Gustave Le Bon

À la fin du XIXe siècle ce Français étudia la façon dont les foules se laissent manipuler (1) : « Les individus, dit-il, ont beau être cultivés et raisonnables, lorsqu’ils sont pris dans une foule ils deviennent instinctifs et par conséquent barbares. Ils acquièrent… un sentiment de puissance invincible qui leur permet de céder à des instincts que – s’ils étaient restés seuls – ils auraient forcément refrénés. Ils seront d’autant moins portés à se contenir que la foule étant anonyme et par conséquent irresponsable, le sentiment de responsabilité qui retient toujours les individus disparaît entièrement… Ainsi manipulées, les foules acquièrent une capacité destructrice ».

Les travaux de Le Bon éclairent la question : « Comment devient-on populiste ? »

1re étape : une foule

« Sur un champ de bataille dit-il, c’est l’instinct et non la raison qui fait agir les belligérants ». Le populiste va d’abord transformer des gens ordinaires en combattants d’une cause. Cette cause, elle échappe à la raison : « Une foule est un groupe d’individus privés de capacité de raisonnement. Puisque la raison n’a pas d’effet sur les foules, il faut donc s’adresser à leurs émotions ». Le populiste identifie les leviers mentaux les plus puissants, les mieux enracinés dans l’esprit de ceux qu’il veut manipuler : identité, peurs, ambitions, valeurs philosophiques, morales, parfois même religieuses. Ces notions, il ne met pas en avant leur contenu objectif mais il joue sur les sensations qu’elles provoquent. Ces sensations paralysent les capacités raisonnables et logiques des individus, comme ferait un anesthésique. « L’art [du populiste] est de faire passer le conscient dans l’inconscient. Battez-vous, nous réfléchissons pour vous ! ».

2e étape : un chef

Parce qu’elle est irrationnelle et poussée par ses instincts, la foule ne peut se passer d’un meneur. Un groupe informel devient « foule » quand il rencontre celui ou  celle qui mobilise ses pulsions secrètes, qui donne du sens à sa violence inconsciente. Ces forces à l’état brut, il les structure et les organise tout comme un aimant structure un tas de limaille de fer jetée sur une feuille de papier. Le discours du meneur n’est pas rationnel : c’est celui d’un ‘’croyant’’ qui transmet sa foi en dissimulant mensonges et incohérences sous l’apparence d’une logique simple, immédiatement compréhensible. Il ne s’adresse pas à l’intelligence mais à l’imagination : « Quiconque connaît l’art d’impressionner l’imagination des foules connaît aussi l’art de gouverner ».

Un chef, des gens qu’il organise en vue d’objectifs connus de lui seul : la « foule » (au sens de Le Bon) est née. Elle est prête à entrer en action..

II. L’apport d’Edward Bernays

On l’ignore, mais les travaux de Gustave Le Bon ont exercé une influence considérable sur les dictateurs du XXe siècle. Quand le Juif austro-américain Edward Bernays s’en empare, c’est d’abord pour se mettre au service du président Woodrow Wilson qui souhaitait retourner l’opinion américaine, foncièrement pacifiste, en faveur de la guerre.

L’entrée en guerre des USA. aux côtés des Alliés en 1917 servit à Bernays de test grandeur nature : oui, les théories de Le Bon étaient justes, « ça marchait », il fallait les développer.

Neveu de Sigmund Freud, il rapprocha la pensée du Français de celle du psychanalyste viennois et franchit une étape de plus en donnant naissance à une science nouvelle, qui allait dominer le XXe siècle et permettre l’émergence du populisme : la propagande.

3e étape : l’inconscient collectif

Pour Le Bon, « une fois rassemblés sous un chef, les gens sont incapables de pensée rationnelle. On ne peut ni parler ni raisonner avec eux ». Bernays va plus loin : « Dans une démocratie dit-il, tout repose sur le consentement des gens. Comment contrôler des masses pour leur imposer le choix d’un petit nombre de personnes raisonnables et responsables – c’est-à-dire nous ? Ces personnes doivent prendre les commandes et être protégées contre le troupeau en furie qui ne comprend rien et ne sait que vociférer ».

Disciple de Freud, il poursuit : « Les gens pensent être gouvernés par leur pensée rationnelle ? Eh bien c’est faux ! Ils sont gouvernés par leur inconscient. Donc il ne faut pas s’adresser à leur logique mais aux pulsions secrètement enfouies en eux. Faire surgir les émotions permet d’empêcher les gens de voir la réalité ».

Il ne se contente pas de remplacer les pensées d’une foule par ses instincts, mais va chercher et faire naître le désir dans l’inconscient collectif : « La propagande, c’est de souffler aux gens des rêves avant qu’ils les aient rêvés ».

Exemple : la société américaine d’alors interdisait aux femmes de fumer en public ? En 1929 l’American Tobacco Corporation, furieuse de perdre la moitié de sa clientèle, fit appel à Bernays : comment convaincre les femmes américaines de briser ce puissant tabou ? En les persuadant que la cigarette est le symbole du pénis qui leur fait défaut. Fumer face aux hommes devient subversif, symbole de l’émancipation des femmes. Bernays fit défiler des suffragettes, cigarette au bec, derrière des panneaux proclamant qu’elles avaient allumé « les torches de la liberté », avec la statue du même nom en arrière-plan.

L’association « cigarettes – pénis – émancipation – statue de la Liberté » était totalement irrationnelle, mais le chiffre d’affaire des cigarettiers américains doubla en quelques mois.

III. La fabrique du consentement

Bernays décida donc de créer une « industrie du consentement » politique. Puisque les foules ne ‘’pensent’’ pas, les leaders doivent remplir leur vide de pensée par la puissance de leur parole, qui doit être entendue partout, sans cesse, et si fortement qu’elle couvre les autres paroles. Depuis Danton, tous les leaders d’opinion ont subjugué les foules grâce à leur ‘’grande gueule’’. Peu importe ce qu’ils disent du moment que leur parole est tonitruante, que leur gueule est grande ouverte. Parvenus à un certain degré d’osmose avec la foule, plus ils l’ouvrent, et moins ils ‘’disent’’ – moins leur parole a de contenu. Comme si l’incantation de la voix du tribun suffisait à alimenter l’inconscient sentimental de la foule. L’important c’est de couvrir la parole des opposants, d’empêcher la foule de raisonner en faisant appel à ses instincts, de susciter son désir en peignant aujourd’hui sous le jour le plus sombre et « demain » sous la lumière la plus radieuse.

Alors, les mots de la propagande sont des armes létales aux mains de populistes devenus mass killers, tueurs de masse. Leur propagande peut persuader les foules d’acclamer et de soutenir des politiques qui vont contre leurs intérêts, qui scient la branche sur laquelle elles sont assises.

Les opposants à Bernays l’accusèrent de faire de la propagande un art du mensonge : « Soit, répondit-il, changeons le nom de la propagande : désormais elle s’appellera Conseil en Relations Publiques. Si une chose est impopulaire, il suffit de l’appeler autrement ». C’est toujours le nom qu’elle porte aujourd’hui.

IV. Comment ne pas devenir populophage ?

Edward Bernays a été nommé parmi les cent hommes les plus influents du XXe siècle, et depuis la propagande mène le monde à coup de mensonges, de fake news, de discours creux et de touits sommaires qui jettent dans les rues des milliers d’individus ivres de rage, cassant tout sans savoir pourquoi. Avec eux, impossible de parler raisonnablement : la raison n’atteint pas un cerveau subjugué par ses émotions. Impossible de négocier autour de faits qu’on analyse pour tenter de trouver un consensus : la « fabrique du consentement » est le contraire de la recherche du consensus.

Le Bon et Bernays rendaient assez bien compte de la situation jusqu’à une époque récente. Mais l’apparition des réseaux sociaux change tout : ils rejettent à l’arrière-plan les leaders charismatiques condamnés à courir après eux. Et comme ‘’le peuple’’ n’a pas de pensée, les réseaux sociaux donnent libre court aux pulsions, à la violence, aux mensonges, aux mots d’ordres assassins des foules. Le phénomène est trop récent pour avoir été proprement analysé. Il est d’une extrême dangerosité, on l’a vu lors de la « crise des gilets jaunes ».

Comment, vous et moi, ne pas nous laisser contaminer par le populisme ? En gardant la tête froide, en prenant du recul ? En reliant ce qui se passe à ce qui s’est passé autrefois, puisque l’oubli de l’Histoire – même récente – est le terreau sur lequel prospère le populisme ?

Sans doute. Mais la seule réponse aux foules populophages serait que chaque samedi, dans les centres villes et aux Champs-Élysées, les millions de Français écœurés par l’anarchie et la casse descendent dans la rue. Pourquoi ne le faisons-nous pas ? Parce que nous ne formons pas une « foule », pas encore. Et parce ce que nous n’avons pas de meneurs, pas encore.

Le jour où ces deux conditions seront réunies, comme le 30 mai 1968 nous pourrons faire reculer le populisme.

En attendant, mon inaction et la vôtre sont ce qui lui permet de triompher.

                                                           M.B., 22 septembre 2019
(1) Psychologie des foules. Publié en 1895, réédité par PUF..
           Foule sentimentale, il faut voir comme on nous parle !
           On nous inflige des désirs qui nous affligent.
           On nous prend, faut pas déconner, dès qu’on est né
           Pour des cons, alors qu’on est une foule sentimentale…

22 réflexions au sujet de « POPULISTES ET POPULOPHAGES. (I) Comment se faire manipuler ? »

  1. Ping : PETITE MISE AU POINT DE M. B. : le chercheur et ses limites | Une vie à la recherche de la liberté intérieure, morale et politique

  2. Debanne

    Cher Michel Benoit,

    Avant que vous ne vous risquiez à une mise au point « non polémique », je me permets de vous suggérer bien modestement (je ne suis en rien spécialiste de ces questions…), la réflexion suivante.
    De toutes les manières, tout ce qui touche au peuple est sujet à des querelles de toutes sortes : les querelles de mots ne sont-elles pas avant tout des querelles de sens ? Nommer c’est faire exister !
    Tout ce qui touche au peuple en tant qu’il est parlé, plus qu’il ne parle, est situé en « surplomb », telle la démarche philosophique (Sartre : L’être et le néant, par exemple…).
    La culture populaire et son étude se heurte à deux obstacles épistémologiques difficiles à concilier, ou à utiliser en même temps : valoriser, magnifier, célébrer les manières de se comporter des classes populaires en passant sous silence la domination sociale dont elles font l’objet (c’est à dire leur peu de liberté de manœuvre dans la vie sociale) ; d’autre part, ne les considérer qu’en termes de manques, d’infériorité, de servilité, d’inculture, de vulgarité(s), d’absence de goût, de peu d’autonomie, de domination qu’elles subissent dans la vie sociale ordinaire.
    Du même coup, les intellectuels entretiennent généralement un rapport ambivalent au peuple, selon qu’ils se situent sur l’un ou l’autre versant réflexif.
    Le tout est encore compliqué par l’Histoire de notre pays : combien sont encore nombreux ceux qui regrettent avec une nostalgie difficile à dissimuler (même sous les apparences de la neutralité réflexive), le temps où la « sainte église catholique », alliée des puissants qui avaient les mêmes intérêts à défendre, gouvernait le pays par l’intermédiaire de ses clercs culpabilisant quotidiennement « le peuple » en l’asservissant sous des prétextes éhontés !…
    Ces clercs ne pouvaient pas pécher, ils étaient irréprochables. Car s’ils commettaient une faute, cela ne pouvait venir d’eux-mêmes puisque choisis par Dieu lui-même (le fameux appel ou la fameuse vocation…) : c’était donc le diable le responsable ! Merci Gérald Messadié…
    Ce faisant, ils s’affranchissaient de toute responsabilité personnelle et pouvaient continuer à faire la morale. Or, on le sait la morale c’est avant tout, la défense de ses propres intérêts…
    Oui, quand les portes de la nostalgie refusent (inconsciemment) de se fermer par intérêt pour le passé, le cerveau devient idéologue malgré lui.
    Alors réfléchir au populisme, n’est-ce pas une gageure ?…

    Amicalement,
    H de D

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    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      En effet. C’est pourquoi je me suis tourné vers les hommes qui ont eu à ce sujet une réflexion originale (et créatrice pour Bernays) AVANT la naissance de ce qu’on appelle le populisme. De toutes façons, sur ce sujet on ne peut qu’agiter les passions. Cela m’est égal, si c’est utile…
      Merci, M.B.

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  3. vallet

    tout a fait ok avec Jean marie, max dessus, ange lini, et ok pour une serie sur la monopulisation des Eglises et aussi religions ! Paul de Tarse n’a t il pas été un « meneur » fondateur principal de cette Eglise chrétienne bien plus que Jésus qui n’a laissé aucun écrit, et « manipulant » à son avantage et idées les « écrits » disparus de Matthieu. De même que les « pères de l’Eglise » qui ont fait de leurs réflexions et analyses celles devant être de la « foule » qui jusqu’à nos jours est, je dirais, conditionnée dans ces « reflexions » farouchement entretenues et complétées depuis Constantin, sans qui les Eglises chrétiennes, ni Jésus, n’auraient sans doute pas connues une telle notoriété. Pères de l’Eglise qui ont retenu pour « infaillibles » les évangiles sans se soucier de la véracité des textes, de l’ Histoire de l’époque et des des auteurs, Luc en particulier.

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  4. Ange Lini

    Bonjour Mr Benoit

    Mettre dans le même panier le Brésil actuel (Bolsonaro) et le Vénézuéla actuel (Maduro) témoigne effectivement comme le signale fort justement Marcello dans son interpellation, d’un manque évident et criant de connaissances politiques. Bien entendu vous avez parfaitement le droit de « commenter » les sujets d’actualités, tout autant d’ailleurs que ceux du café du commerce pour leurs similarités… Vous êtes bien meilleur dans votre domaine malgré votre omission du vatican et de ses papes successifs, grands populistes devant l’éternel s’il en est. Être si bon écrivain et si peu lucide sur le monde m’interpellera toujours, car vous en faites une spécialité. On doit apprendre beaucoup sur soi dans le désert peut être… mais sur autrui ?

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    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      Cet article pose les bases d’une série, qui se terminera par « Les Églises et la manipulation ».
      Au désert on rencontre Le Mal sous toutes ses formes, voyez Jésus et les « Pères du désert ». Cela donne une forme aigüe de lucidité.
      Amicalement, M.B.

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      1. Jean-Marie

        Vous êtes sûr que la rencontre d’Isho avec le Diable est historique ?

        Si c’est aussi historique que le folklore de la nativité ……

        L’exégète et prêtre John Paul Meier a fait du bon boulot.

        Y compris quand il affirme que la « Vierge » Marie a eu plusieurs enfants avant ou après Isho.

        On n’a pas besoin d’Isho qui a certainement existé et dérangé le pouvoir politico-religieux du Sanhédrin pour croître incarnation après incarnation en sagesse et surtout en amour avant de retourner définitivement en son sein, Lui, notre Ineffable Source et Finalité .

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        1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

          Le face-à-face Jésus / le diable, attesté par les 3 synoptiques, est-il historique ? Non, si vous prenez « historique » au sens actuel (pas de preuves matérielles, pas de témoins). Mais a-t-il eu lieu ? Oui, si vous remplacez « historique » par « factuel » : il y a des faits qui ne rentrent pas dans le champ de la science historique (actuelle) mais dont on peut prouver qu’ils ont bien eu lieu.
          Vaste débat sur l’histoire de l’Histoire (historiographie) et sur l’exégèse.
          M.B.

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          1. Jean-Marie

            Merci pour ce point de vue

            Qu’en dit déjà la Source Q ?

            « mais dont on peut prouver qu’ils ont bien eu lieu »

            Comment ?

            NB.Je ne nie pas l’existence d’êtres de la même nature que celle qui vous anime ou m’anime ou anime tous vos lecteurs, conscients ou non de cette réalité fondamentale, qui ont « surexploité » leur droit de « mal » agir jusqu’au jour où ils comprendront, « paieront » et s’entraineront à faire le bien.

            Aimerions-nous notre enfant si, robot programmé, il ne pouvait que bien agir ? Son amour pour nous aurait-il du sens et de l’intérêt ?

            Répondre
            1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

              « Comment ? » Par d’autres approches que celles de l’Histoire classique (expérience, intuition, méditation, parapsychisme, etc.)
              M.B.

  5. Marcelo

    Bonjour M. Benoit,

    Je trouve remarquable votre analyse du champ religieux et vous en remercie infiniment. Vous m’avez appris des tas de choses. Je me souviens encore de mon émotion après avoir terminé votre ouvrage autobiographique « Prisonnier de Dieu » ou de mon état intérieur après avoir achevé « Dieu malgré lui ». Vous m’avez réellement fait cheminer intellectuellement !

    Cependant, je trouve votre analyse des champs politique, médiatique et économique manquer de rigueur et de profondeur. Avez-vous lu « La misère du monde » et « Sur la télévision » suivi de « L’emprise du journalisme » de Pierre Bourdieu ? Avez-vous vu le film de Gilles Perret et François Ruffin « J’veux du soleil ? » Avez-vous également écouté les analyses de M. François Boulo (avocat) l’un des « représentants » des Gilets Jaunes ? Comme vous le savez, qui n’entend qu’une cloche n’entend qu’un son…

    Peut-être comprendrez-vous un peu mieux pourquoi les gens manifestent samedi après samedi. Les casseurs ne sont qu’une minorité et les médias dominants font abusivement un focus sur cette minorité. C’est, bien sûr, regrettable mais dans tous mouvements sociaux il y a malheureusement toujours eu et il y aura toujours des gens qui, profitant de « l’effet de foule », viendront pour se défouler et laisser libre cours à leurs pulsions. En revanche, quand parlons-nous sérieusement des 47 policiers et 10 gendarmes qui se sont suicidés depuis le 1 janvier 2019 ? Quand parlons-nous sérieusement des morts et mutilés à vie (mains arrachés et éborgnés) chez les GJ pour avoir « osé » manifester (droit constitutionnel) contre une politique qu’ils considèrent comme injustes et qui aggrave les inégalités sociales ? Quand parlons-nous sérieusement du personnel hospitalier, des maisons de retraites, des pompiers, des policiers, etc,… au vue de leurs conditions de travail ?

    Personnellement voulant me forger mon opinion loin des médias de masse, je me suis déplacé en manifestation et je suis allé écouter. Je suis allé prendre le pouls pour essayer de comprendre pourquoi les gens manifestent avec tant d’ardeur et d’opiniâtreté. J’y ai croisé, entre autres, beaucoup de femmes et j’ai pu recueillir des témoignages édifiants de souffrance, de misères sociales, économiques et affectives. Est-ce que ces gens-là sont manipulés ? Non, bien au contraire, ils se sont réveillés et en ont assez d’être trahis et endormis par des politiciens qui mènent la même chanson depuis 40 ans…

    Un jour dans votre blogue vous aviez repris une citation d’Anatole France dans « La révolte des anges » que je trouvais très juste : « Il se nommait au ciel Sophar et gardait les trésors d’Ialdabaoth, grand amateur d’or et de pierres précieuses. Dans l’exercice de ces fonctions, Sophar contracta un amour des richesses qu’on ne peut satisfaire en une société qui ne connaît ni bourse ni banque. Son cœur brûlait d’un ardent amour pour le Dieu des Hébreux, auquel il demeura fidèle durant un long âge. Mais au commencement du XXe siècle de l’ère chrétienne, ayant jeté du haut du firmament les yeux sur la France, il vit que, sous le nom de république, ce pays était constitué en ploutocratie, et que, sous les apparences d’un gouvernement démocratique, la haute finance y exerçait un pouvoir souverain, sans surveillance ni contrôle. Dès lors, le séjour de l’empyrée lui devint insupportable. Il aspirait à la France comme à sa patrie d’élection, et un jour, emportant toutes les pierres fines dont il put se charger, il descendit sur la terre et s’établit à Paris. ».

    Macron est simplement l’incarnation de cette ploutocratie et oligarchie dont parlait Anatole France et mène une politique injuste pour les 1% les plus riches de ce pays. Tous les indicateurs objectifs le montrent : suppression de l’ISF et de l’exit tax, CICE, flat tax, etc… Aussi, quel est l’intérêt de privatiser les activités publiques qui sont les plus rentables comme la Française des jeux, les barrages hydrauliques, ADP, c’est-à-dire le patrimoine commun financer auparavant avec les impôts des français ? Les raisons sociologiques pour que ce président fasse une telle politique sont évidentes. Il suffit d’analyser finement sa trajectoire sociale.

    Je vous remercie une nouvelle fois pour votre travail qui, depuis des années, m’a grandement aidé dans ma réflexion et vous adresse mes sincères salutations.

    Marcelo.

    Répondre
    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      Exact : je ne suis pas spécialiste des champs politique, médiatique & économique. Mais je suis un citoyen, et comme l’indique l’intitulé de mon blog j’ai passé ma vie à chercher une liberté dans le domaine politique & moral autant que religieux (tout se tient).
      Vous remarquerez que dans ces domaines, je tâche toujours de ne pas rentrer dans le détail mais de prendre de la hauteur. Vu d’en-haut, un paysage est peu précis mais on distingue mieux son architecture d’ensemble (qui échappe à celui qui reste au ras du sol).
      Aussi je ne discuterai pas des points que vous abordez, ce qui nous mènerait à la polémique – et la polémique ne m’intéresse pas.
      J’ai voulu apporter au débat sur le populisme un aspect rarement souligné, 2 chercheurs (Français et Américain) qui permettent de mieux comprendre ce mouvement planétaire.
      Et si vous m’y autorisez, je continuerai à me brûler les ailes en m’intéressant (aussi) à des sujets d’actualité.
      Merci.
      M.B.

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    2. elizabeth

      Merci Marcelo pour cette intervention.
      Ca m’évite d’en remettre une nouvelle couche au sujet de cette histoire de « son de cloche ».
      Les médias, et leurs propriétaires, nos nouveaux cohen, le tout puissant sanhédrin et son tribunal médiatique, sont redoutables pour la manipulation, et j’ajoute que le désir d’être absolument dans le camp du Bien, cette manie d’exhiber sa sagesse, son bon coeur, son amour, sa tolérance, et dieu sait quel « humanisme 2.0″ en pointant sans cesse la poutre ( donc forcément bêtise, égocentrisme, haine et autres phobies) des autres, l’est tout autant. (pharisien/publicain est la meilleure illustration).
      Ce désir là est même plus redoutable même que les prétendus « instincts » d’une foule prétendument « hébétée et haineuse » comme on n’a pas cessé de le lire durant des mois à propos de ces nouveaux « pécheurs et prostituées » incarnés par les gilets jaunes.
      Pagola l’expliquait pourtant extrêmement bien. Note de bas de page n°2, page 190 de son Jésus, approche historique.
      Salut à vous, Marcelo, et à monsieur Benoît, dont je ne partage absolument pas les analyses politiques, mais que je respecte absolument pour sa somme de travail et que je remercie sincèrement pour ses nombreux éclaircissements sur notre Jésus. « Cherchez vous trouverez », je garde la foi, en ce qui le concerne. ll finira, j’en suis sûre, par comprendre pourquoi sa nouvelle analyse ne tient pas la route.

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      1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

        Merci. Pour que tout le monde profite de cet échange, je vais mettre en ligne un bref article : « Mise au point de M.B. » Ce sera la 1re fois que j’exerce le « droit de réponse » depuis que ce blog existe. Tant je déteste aller sur le terrain de la polémique !
        A bientôt donc.
        M.B.

        Répondre
  6. Jean Roche

    Bonsoir,
    Est-ce que l’actuelle montée du « populisme » ne serait pas, avant tout, une réaction pour le moins compréhensible aux menées d’une oligarchie mondialisée et mondialisatrice, qu’on voit un peu partout s’asseoir sur la volonté des peuples exprimée démocratiquement ?

    Répondre
    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      Y a-t-il une « volonté des peuples » ? D’après les auteurs cités, non : il n’y a que des pulsions des foules.
      La « démocratie » ? N’est-ce pas la façon dont certains (pas des « oligarques », mais des gens qui pensent – contrairement aux foules) dont certains orientent les pulsions des foules ? N’êtes-vos pas imbibé sans le savoir et comme tant de gens par la « pensée unique » ?
      M.B.

      Répondre
      1. Jean-Marie

        On aura beau dire, on aura beau faire «Dès que nous disons le mot «démocratie» pour nommer notre mode de gouvernement qu’il soit américain, allemand ou français, nous mentons. La démocratie ne peut jamais être qu’une idée régulatrice, une belle idée dont nous baptisons promptement des pratiques très diverses. Nous en sommes loin, mais encore faut-il le savoir et le dire»(A.E)

        «Nous sommes victimes d’un abus de mots. Notre système (les «démocraties» occidentales) ne peut s’appeler «démocratique» et le qualifier ainsi est grave, car ceci empêche la réalisation de la vraie démocratie tout en lui volant son nom.» (S-C.K)

        « La démocratie, c’est le nom volé d’une idée violée» (J-P.M).

        « L’erreur ne devient pas vérité parce qu’elle est approuvée par beaucoup » (M.G)

        «Ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir tort qu’ils ont forcément raison» (M.C)

        « Ceux qui regardent le vote universel comme une garantie de la bonté des choix se font une illusion complète.» (A.T)

        «Qui trouve globalement rationnelles et louables nos organisations et pratiques sociétales, en particulier sur le plan politique et économique et a fortiori environnemental, ne l’est guère» (I.I)

        Répondre
        1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

          C’est pour cela que j’ai abordé le « Populisme » sous l’angle des deux chercheurs qui l’ont à la fois le mieux compris et le plus influencé.
          M.B.

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  7. Jorge PEREIRA DA COSTA

    Merci pour ce nouvel article, empreint de votre analyse clairvoyante dont j’attends impatiemment, chaque semaine l’édition.
    Une fois de plus, cher Michel, vous apportez un éclairage particulièrement pertinent sur l’état de ce triste monde, où le manque de culture des masses favorise les réactions populistes. Effectivement, la notion de groupe entraîne l’être humain vers de comportements que l’individu pris séparément, n’aurai jamais entrepris.

    Répondre
  8. Max Dessus

    Article passionnant, a rapprocher d’un Thema récent d’Arte.
    Vous dites: « : c’est celui d’un ‘’croyant’’ qui transmet sa foi en dissimulant mensonges et incohérences sous l’apparence d’une logique simple, immédiatement compréhensible. Il ne s’adresse pas à l’intelligence mais à l’imagination  »
    Cela s’applique t il aussi a la foi/religion catholique ?
    Bien a vous

    Répondre
    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      Évidemment. Le Bon souligne d’ailleurs l’aspect « religieux » de ce qui est devenu aujourd’hui le populisme. Cet article était trop court pour s’attarder sur cet aspect.
      M.B.

      Répondre
  9. Jean-Marie

    Désolé; ça part tout seul avec ce logiciel là
    « Comment des populations qu’on croyait éduquées, informées, capables de discernement, peuvent-elles basculer dans le populisme ? »

    C’est bien trop globalisant; ça n’a jamais existé cette population

    Les principaux responsable ce sont les meneurs des partis dits de gouvernements, dits respectables qui, chez nous, font quotidiennement le lit de la mère Le Pen qui ne dénonce pas que des conneries.<

    J'étais encore dans une braderie ce matin.

    A quoi ressemblerait la France si nos irresponsables politiciens n'avaient pas autorisé le regroupement familial dans les années 1960/70 ?

    A tout point de vue et pas seulement pour ce qui est de la population des prisons et des vendeurs de drogues.

    On aurait sacrifié combien de terres en moins pour construire des appartements dont le prix est accru par la demande, y compris de gens qui ne supportent plus de vivre dans des rues, voire des quartiers colonisées par des Maghrébins ?

    Certains évidemment étant très sympas et très serviables.

    Ce n'est pas être raciste que d'être réaliste, sans idéaliser les classes populaires qui ne sont pas les seules pourvoyeuses du populisme.

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