POUR UNE SCIENCE DES CONS (suite du précédent article)

Les  commentaires de mes lecteurs (qui sont presque aussi brillants que moi) m’ont fait prendre con-science que mon précédent article  sur la Science des Cons était incom-plet. J’ai oublié d’y mentionner deux espèces de cons !

D’abord, le Gros con. Antithèse du P’tit con, comme lui il est souvent assez sympathique. De classe populaire, pilier de bistrot PMU, il n’achète sa bouffe (on n’ose parler ici de  »nourriture ») que chez Lidl ou toute autre entreprise de vente d’aliments bas de gamme, mais peu chers. Car le Gros con dépense son minable budget mensuel en paris mutuels pris par Internet sur des champs de course où il n’a jamais mis les pieds. Ou encore, en achats com-pulsifs de fiches cartonnées vernissées sur lesquelles il espère, en grattant une case, posséder enfin d’un seul coup la fortune qu’il mérite. Tandis que le Grand con, lui, ne se laisse plumer que dans les casinos de la Riviera où il est accueilli, sur tapis rouge, avec le respect qui lui est dû.

La connerie du Gros con se caractérise par l’épaisseur qui lui a valu sa place dans la classification des conographes. Épaisseur qui le rend insensible et inaccessible à toute évolution mentale – ce qui fait de lui un solitaire, car personne ne parle à ce genre de cons, ça risquerait de les instruire.

Mon autre impardonnable oubli est celui du Brillant con. Preuve vivante de la réussite de l’éducation républicaine, surdiplômé (HEC, ENA, Polytechnique), il n’imagine  pas pouvoir résider ailleurs qu’à faible distance du carrefour Saint-Germain (Paris), du Café de Flore ou des Deux magots. Brillant causeur de riens (puisqu’il sait tout), il affectionne les plateaux télévisés ou il se présente comme « philosophe », c’est-à-dire fidèle répétiteur d’une Pensée Unique dont il n’a jamais été que le dévoué sacristain. Souvent, il accède à force d’immobilisme aux plus hautes et prestigieuses fonctions de ce pays, administration centrale ou con-seil des ministres. Comme il n’y a rien de plus con qu’un polytechnicien con, chacun est en mesure de con-stater que c’est à cette espèce de con diplômé et sûr de lui que nous devons la situation brillante de notre économie, de notre paix sociale comme de la place que la France occupe au sein des nations civilisées de la planète.

Le Brillant con a ceci de particulier qu’il est aussi intelligent qu’il est con. La chaire de conologie que je dirige vient de mettre en évidence cette étonnante constatation : on peut être à la fois très intelligent, et très con.

J’en sais quelque chose, puisque c’est précisément mon cas.

Aussi, je ne lancerai pas au monde assoiffé de Grands Soirs et d’avenirs radieux l’appel inspiré de ce con de Lénine, « Cons de tous pays, unissez-vous ! » Non, je leur dirai, avec tout l’amour que je leur porte : « Cons de tous les pays, restez ce que vous êtes puisque vous êtes l’immense majorité et que l’avenir vous appartient ! »

                                                                    M.B., con souriant.

6 réflexions au sujet de « POUR UNE SCIENCE DES CONS (suite du précédent article) »

  1. Céline

    Comme Lucien Martin, je pense que votre inventaire ne sera jamais com-plet… Pour preuve, le con pétant, pardon le com-pétent, mérite t il une catégorie à part?
    Voilà en tout cas un immense travail en perspective! Car au fond, on est toujours le con de quelqu’un!!

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  2. monic34

    cher mr Benoit, si votre article est des plus intéressant et ne manque pas d’ironie, j’attends avec impatience de savoir ce que les derniers événements de Paris vous ont inspirés, vos avertissements se concrétisent et malheureusement ce n’est que le début<<<<<<<<<<<<<<<;;
    amicalement

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  3. Lucien MARTIN

    Cher Michel, une angoisse m’étreint encore : votre inventaire sera-t-il jamais complet ? Qui donc disait de la connerie qu’elle donne une idée de l’infini ? C’est dire que les variétés de cons sont elles-mêmes innombrables !

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