Archives pour la catégorie JUDAISME (Les Juifs et nous)

Questions posées par le judaïsme, hier et aujourd’hui

LA SYRIE, CREUSET ET DÉPOTOIR DE L’OCCIDENT

Pourquoi la Syrie est-elle aujourd’hui ravagée par une guerre sans issue ? Parce que ce malheureux pays est, depuis plus de 2000 ans, l’un des creusets des trois religions monothéistes, judaïsme, christianisme et islam.

Leur creuset autrefois, leur dépotoir aujourd’hui. Lire la suite

ORIGINE DE L’UNIVERS (II) : du Big Bang à « Dieu » ?

On l’a vu, l’univers ne résulte pas d’une combinaison de hasards, il a connu un commencement et une croissance parfaitement organisée. Le scientifique ne peut éviter cette conclusion qui l’irrite, mais qu’avalise le sens commun du profane. Alors se pose la question : qu’y avait-il avant le Big Bang ? Qu’est-ce qui a permis à l’univers de devenir ce qu’il est ? Est-ce le dieu des philosophes, des théologiens, poètes, esthètes et mystiques ? Lire la suite

LE VIEIL HOMME ET LA CLEF (Israël et la Palestine)

C’était au printemps 1978, des amis m’avaient offert un billet d’avion Paris – Tel-Aviv. L’État d’Israël était alors au faîte de sa puissance. Écrasé, l’OLP faisait silence : il n’y avait pas, il n’y avait plus de « question palestinienne ».

Je n’ai pas voulu quitter ce pays sans avoir fait à pied le même trajet que Jésus, de Jéricho à Jérusalem. Lire la suite

AU NOM DU LIVRE, AU NOM DU TEMPLE – L’héritage messianique

             « Je ne crois pas que les livres puisent changer le monde. Mais lorsque le monde commence à changer, alors il se cherche un livre nouveau » (1) Lire la suite

JÉSUS ET L’ISLAM – Mordillat et Prieur sur ARTE (I)

En 1997, Mordillat & Prieur présentaient sur ARTE Corpus Christi, une série d’enquêtes sur la personne de Jésus et l’origine du christianisme. Ils remettent ça avec Jésus et l’islam, une enquête cette fois-ci sur le Coran et les origines de l’islam. La première séquence a été vue hier : je me propose de réagir à chacune, sans attendre les suivantes. Lire la suite

Juifs, chrétiens, musulmans : LA FABRIQUE DE L’HISTOIRE

Judaïsme, christianisme, islam : trois mouvements religieux qui se sont construits sur une manipulation de l’Histoire. Une imposture devenue dogmes intangibles.

Nous allons les comparer sous cet angle, résumant de façon lapidaire ce que j’ai publié dans mes livres (1) ou sur ce blog (2).

I. Moïse, Josué, David : le mythe fondateur du judaïsme

Moïse est considéré comme le créateur du peuple hébreu, Josué comme celui qui le fit s’approprier la terre de Canaan vers 1200 avant J.C., accomplissant le premier génocide attesté dans l’Histoire. Et David comme le conquérant d’un vaste royaume qui se serait étendu de l’Euphrate à la mer Rouge.

Moïse a-t-il existé ? À part la Bible, les historiens ne trouvent nulle part mention de lui. Certains vont même jusqu’à mettre en doute la réalité de l’Exode qui aurait conduit le peuple hébreu d’Égypte en Canaan/Israël. Lire la suite

ISRAËL EN PALESTINE : LE QUATRIÈME REICH ?

Une fois de plus, Israël massacre impunément des civils Palestiniens, et cela dure depuis cinquante ans. Aucun « processus de paix » n’a abouti, aucun n’aboutira jamais.

Pour comprendre, il faut relire quelques passages du Livre de Josué, écrit au milieu du VI° siècle avant J.C., quand les Hébreux exilés à Babylone recomposaient un passé devenu mythique.

La Shoah des Palestiniens (Nakbah)

Il est donc écrit dans la Bible que sur l’ordre de son dieu, Josué envahit la Palestine : « Tous ses voisins se sont unis pour combattre Israël. Mais Josué est tombé sur eux à l’improviste, les a battus et poursuivis jusqu’au Liban (1). » Vient ensuite la description complaisante du premier génocide attesté par l’Histoire: « Josué attaque les villages en partant du centre, et massacre tout être vivant, sans laisser échapper personne. Tous sont passés au fil de l’épée. Il soumet ainsi tout le pays jusqu’à Gaza, sans laisser un seul survivant (2). » Génocide accompagné d’une spoliation des biens : les Juifs « s’emparent des villes par la violence, ils en éliminent les autochtones par le massacre, sans rémission. Quand il n’est plus resté aucun Palestinien, Josué a pris possession de cette terre et l’a distribuée aux tribus juives (3). » Puis il déclare : « Toutes ces populations que nous avons exterminées, Dieu les a dépossédées pour vous… Prenez possession de leurs terres, des terres qui ne vous ont demandé aucune fatigue, des villes bâties par d’autres dans lesquelles vous allez vous installer, des vignes et des oliveraies que vous n’avez pas plantées (4)… Les juifs bâtirent des villages dans les terres spoliées, et s’y établirent (5). »

Il encercle Jéricho dont la population est systématiquement éliminée, comme celle du ghetto de Varsovie : « Jéricho est enfermée et barricadée : nul n’en sort ou n’y rentre. Après y avoir pénétré, les juifs ont massacré tous ceux qui s’y trouvaient, hommes, femmes, enfants (6). »

Cela ne vous dit rien ? Spoliations des biens, ghettos anéantis, extermination programmée… Hitler n’avait rien inventé, tout était déjà dans la Bible.

Entre les populations spoliées et leurs spoliateurs, aucune coexistence ne sera jamais possible : « Nous devons savoir, déclare Josué, que les populations [autochtones] que nous n’avons pas réussi à chasser vont constituer pour nous une menace permanente, une épine dans notre flanc et un chardon dans nos yeux. Et ceci, jusqu’à ce qu’ils nous aient été rayés du sol (7). » C’est eux, ou nous. S’engage alors un engrenage de la violence, et plus tard le héros juif Samson déclare : « Nous ne serons quitte envers les autochtones qu’en leur faisant du mal (8). » À quoi ils répondent : « Nous faisons la guerre aux Juifs parce qu’ils se sont emparés de notre pays. Rendez nous ces terres, maintenant ! » (8)

 Le Messianisme et l’obsession du Royaume

Dans Naissance du Coran, j’ai raconté comment, à partir du Livre de Josué, était née l’idéologie messianique chez les Juifs exilés à Babylone qui rêvaient de reprendre possession de leur terre : le Royaume de David et surtout Jérusalem, lieu du retour du Messie et donc centre du monde.

Ce Royaume de David, qui se serait étendu de l’Euphrate (Irak) jusqu’à Gaza, on sait maintenant que c’est un mythe. L’ambition des Juifs se limitait à sa reconquête. Ils avaient dû émigrer par la force, et c’est par la force qu’ils reviendraient. S’ils considéraient que ce retour se ferait, comme autrefois sous Josué, par une guerre d’extermination, jamais leur ambition n’a été mondiale. Elle se limitait à Heretz Israël, le Grand Israël, avec Jérusalem pour capitale.

Issue du judaïsme, la chrétienté a hérité de son idéologie messianique en étendant son ambition à la terre entière. La Cité des hommes devait devenir la Cité de Dieu.

Dans Naissance du Coran, je montre comment des Arabes, endoctrinés par des judéo-chrétiens nazôréens, ont adopté au 7e siècle ce messianisme dans sa version la plus dure. Ils résidaient en Syrie : voulant rééditer les exploits mythiques de Josué, ils se sont d’abord appelés les émigrés, muhadjirûn, « ceux qui reviennent chez eux ». Mais contrairement aux Juifs leur ambition ne se limitait pas à la reconquête du Royaume de David, elle était devenue mondiale. Au bout d’un siècle, abandonnant le mot muhadjirûn, ils s’appelèrent eux-mêmes mouslims – « ceux qui sont soumis à Allah », au Coran et à son Prophète.

Depuis lors, deux puissances messianiques se sont affrontées, elles s’affrontent toujours. L’Occident chrétien et le monde musulman, animés de la même ambition planétaire : leur Royaume, c’est le monde entier.

Pourquoi alors les musulmans s’en prennent-ils aux Juifs, dont l’ambition de conquête n’a jamais dépassé le Grand Israël ?

À cause de Jérusalem, lieu saint par son Histoire – et parce que c’est là que le Messie doit revenir.

Pendant plusieurs siècles, la conscience messianique des Arabes et l’ambition qui l’accompagne s’étaient endormies. Elle se sont réveillées au 20e siècle sous l’action de plusieurs facteurs – fin de l’époque coloniale et de ses humiliations, perte d’identité de la chrétienté, argent du pétrole.

Coïncidence ? Au même moment, deux totalitarismes adoptaient une version laïque du messianisme : le communisme, et le nazisme. Avec les méthodes qui furent celles de Josué, la conquête par l’extermination.

Le communisme s’est effondré, le nazisme a été vaincu. Restent face à face trois puissances messianiques : les Juifs qui jamais n’abandonneront le rêve du Grand Israël, l’Occident qui n’a pas oublié ses racines chrétiennes, et l’islam.

Les civilisations apparaissent, puis disparaissent. Le messianisme ne disparaîtra pas, parce qu’il possède sur elles un atout essentiel : il offre à ses adeptes le rêve du retour à un paradis perdu. Qu’il faille, pour y parvenir, violer les lois établies pour la préservation de l’humanité, cela importe peu à un messianiste. L’humanité qu’il veut rétablir n’est pas celle-ci, qui doit disparaître pour que naisse le monde nouveau. Société sans classes, Reich Aryen ou Paradis promis aux mouslims, ce sont des rêves.

Les rêves ne meurent pas.

C’est en journaliste et en témoin scrupuleux que Charles Enderlin a publié récemment Au nom du Temple. Son livre est une illustration de Naissance du Coran : il décrit le retour irrésistible du messianisme au sein des gouvernements israéliens successifs, appliquant aux infortunés Palestiniens les méthodes qui ont autrefois tenté d’éradiquer les Juifs du Troisième Reich.

Après les crimes de la dernière guerre dont il fut l’artisan ou le complice, tétanisé par sa mauvaise conscience, l’Occident ferme les yeux et laisse faire la Nakhbah, équivalent palestinien de la Shoah. Et si certains chez nous s’indignent du traitement appliqué aux civils de Gaza, nos ministres se contentent « d’appeler le gouvernement israélien à la modération », comme M. Le Drihan ce matin.

Appeler des messianistes à la modération, on croit rêver ! C’est ignorer ce qu’est le messianisme, c’est méconnaître les trois mille ans d’Histoire au cours desquels il s’est exprimé dans une longue traînée de sang et d’horreur.

J’ose imaginer que ces ministres sont tout, sauf ignorants.

Si ce n’est pas de l’ignorance, alors, de quoi s’agit-il ?

                                                                                          M.B., 13 juillet 2014.
P.S. : pour ceux que cela intéresse, en plus de Naissance du Coran cliquez en haut sur « Articles ». A droite cliquez sur « Liste des Catégories » : dans la catégorie « Judaïsme », vous trouverez plusieurs articles sur le sujet.

(1) La Bible, Livre de Josué, chap. 11.

(2) Livre de Josué, chap. 10

(3) Livre de Josué, chap. 11. J’appelle Palestiniens les populations locales, qui ne prendront ce nom (phalistin) que plus tard.

(4) Livre de Josué, chap. 24

(5) Livre des Juges, chap. 21

(6) Livre de Josué, chap. 6.

(7) Livre de Josué, chap. 23

(8) Livre des Juges, chap. 11

 

PAQUE JUIVE, PAQUE CHRÉTIENNE : Histoire et Mythes

I. PAQUE JUIVE

     Deux événements structurent le judaïsme, encore aujourd’hui :

     1) Le passage de la Mer Rouge, après la fuite d’Égypte : c’est à dire la Pâque.

     2) La double rencontre au Sinaï, qui suivra la Pâque :

          -a- La rencontre du buisson ardent : Moïse est seul, au pied de la montagne. Raconté au chap. 3 du livre de l’Exode, cet événement deviendra fondateur de la tradition prophétique juive.

          -b- La rencontre de « Dieu », au sommet de la montagne : Moïse s’est séparé du peuple juif, resté dans la vallée. Cet événement, très souvent relu dans la Bible, deviendra fondateur de la tradition légaliste juive, qui aboutit à l’époque de Jésus à l’école pharisienne .

     La double rencontre au Sinaï ne repose sur aucun fondement historique, elle est purement mythologique. En revanche, le départ de l’Égypte et le passage de la Mer Rouge ont un fondement historique. Ou plutôt, « auraient » : car la question est vivement discutée entre exégètes, historiens et archéologues.

      Beaucoup croient en effet pouvoir identifier le récit d’Ex 12-14 avec un événement dont on retrouve trace dans les chroniques égyptiennes de l’époque : la présence en Égypte, puis le départ d’une communauté de Habirou, sans doute après le règne d’Akhénaton (1374-1347), initiateur de l’essai avorté de monothéisme autour du dieu Aton.

     Il n’y a pas consensus chez les historiens, mais les indices cumulés sont suffisants pour soutenir l’hypothèse : une tribu de Habirous (qui deviendront « juifs ») se serait en effet enfuie d’Égypte dans des conditions conflictuelles, provoquant la colère du pharaon Ramsès II, avant d’errer longuement dans le désert.

     Admettons qu’il y a un substrat historique à cette fuite d’Égypte, d’une tribu de travailleurs forcés, vers 1250 avant J.C. : autour de cet événement « historique » va se développer le mythe fondateur du judaïsme. Les dix plaies d’Égypte, le passage miraculeux de la Mer Rouge, la manne, les cailles… Tous éléments totalement mythologiques. Mais à l’origine du mythe, il y a eu un événement qui est de l’ordre des faits, non du mythe : si ténu que soit cet événement, il s’est passé quelque chose.

     Et les historiens donnent même une explication simple du miracle de la Mer Rouge, d’où ils déduisent l’itinéraire probable suivi par les fugitifs conduits par Moïse.

     De là à déduire que les chefs de cette bande de fugitifs (et donc, Moïse lui-même) étaient des prêtres d’Aton, obligés de quitter leur pays après l’échec de la réforme monothéiste d’Akhénaton… Et donc, de là à faire remonter l’invention du monothéisme non pas aux juifs, non pas à Moïse, mais à l’Égypte… Il y a plus qu’un pas : un enchaînement de probabilités, qu’un historien ne peut considérer qu’avec une grande circonspection.

      Il n’empêche : de même qu’un grain de sable, glissé dans une huître, peut donner naissance à une perle précieuse, de même un événement (ténu certes, mais résistant à l’analyse) a donné naissance au mythe de la Pâque juive.

     Le mythe, dans ce cas, prolonge l’Histoire : il se développe à partir d’elle.

II. PAQUE CHRÉTIENNE

     La situation ici est totalement différente. Car les éléments de nature historique que nous possédons sont beaucoup plus solides, étayés par des témoignages croisés, pour certains indiscutables , et confirmés par l’étude du contexte socio-historique de l’époque.

     Le 9 avril 30 à l’aube, un tombeau est trouvé vide aux portes de Jérusalem. Personne ne peut – ou ne veut – témoigner de la façon dont ce tombeau a été vidé de la présence du cadavre qu’y s’y trouvait, depuis le 7 avril en fin de journée. On a des informations très proches de l’événement : un ou deux « hommes en blanc » ont été vus et entendus par les femmes venues les premières inspecter le tombeau. Et le IV° évangile, le plus sûr témoin (en partie oculaire) des faits, rapporte la question posée par Marie de Magdala : « On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a mis… Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as mis » (Jn 20, 13-15).

     Nous sommes là dans ce qu’on appelle la tradition pré-évangélique : elle témoigne, non pas d’un événement – une résurrection – mais d’un non-événement : l’absence, la disparition du cadavre. Dont il paraît évident, à ce stade de la tradition, qu’il n’a pas disparu miraculeusement, mais qu’il a été enlevé ou emporté.

     Par qui ? Où ? C’est le secret le mieux gardé du christianisme.

     Chose très rare, on peut dater avec précision la transformation de ce non-événement en événement fondateur : c’est lorsque Paul, en l’an 57, écrit aux corinthiens que « Notre Pâque, le Christ, a été immolée » (II Cor, 5,7).

     A partir de ce moment, et jusqu’à aujourd’hui, le non-événement du tombeau trouvé vide se trouve à la base d’un mythe fondateur. La disparition du cadavre est assimilée à une Nouvelle Pâque, le cadavre est « passé » (signification de Pesha, pâque en hébreu) de l’état de mort à l’état de vie. Une vie éternelle, obtenue grâce à l’immolation du Nouvel Agneau Pascal, le Christ.

      Pour les juifs, le mythe de Pâque pouvait s’appuyer sur un fait réel – c’est-à-dire non-mensonger. On peut en discuter les modalités, mais il semble difficile d’en nier l’existence objective : il y a bien eu fuite d’Égypte. Le mythe prolongeait l’Histoire, il se développait à partir d’elle

     Tandis que pour les chrétiens, leur mythe pascal repose sur un non-événement, très rapidement interprété de façon mensongère : aucun fait réel ne peut venir étayer la proclamation de la résurrection du Christ, telle qu’elle apparaît en l’an 57 sous la plume de Paul. Au contraire, tous les indices de nature historique que nous possédons, indiquent que le cadavre a été emporté du tombeau provisoire de Joseph d’Arimathie.

     Et donc, déposé ailleurs : dans un tombeau où les ossements de Jésus se trouvent toujours, quelque part dans le désert.

     Le mythe ici ne prolonge pas l’Histoire : il ne se développe pas à partir d’elle, mais contre elle.

     L’extraordinaire succès du mythe de la résurrection, appelé à conquérir l’univers chrétien, a tenu au génie de Paul : il a su rencontrer les attentes et les besoins d’une humanité désespérée par son présent, désireuse de pouvoir se rêver un avenir meilleur après la mort.

     Nous sommes aujourd’hui le « samedi saint » 2007 : j’accompagne par la pensée ceux qui, il y a vingt siècles, préparaient à cet instant précis l’enlèvement du cadavre d’un supplicié de son tombeau provisoire. Afin qu’il ne soit pas jeté à la fosse commune, comme celui de tous les crucifiés de l’époque.

     Geste de dévotion, geste de tendresse envers Jésus, auquel je m’associe pleinement.

     D’autant plus que je sais – nous savons – que Jésus, comme tous les « Éveillés » de la planète, vit aujourd’hui et pour l’éternité dans ce que tous les prophètes et spirituels appellent (faute de mieux) le « ciel » : un endroit dont nul ne peut rien savoir, sinon que – lorsque j’aurai moi-même franchi l’étape de l’Éveil – j’irai l’y rejoindre, selon sa promesse :

     « Voici, où je vais vous ne pouvez encore venir : mais moi, je vais vous préparer une place »

     Le joie de Pâque, elle est là.

                                                      M.B. Samedi 7 avril 2007.

PEUPLE JUIF ET IDENTITÉ RACIALE

          Début août 2008 (1) une « Affaire Siné » a occupé nos médias momentanément privés de scandales. On a pu entendre sur les ondes les mots de race juive et d’identité raciale juive. Que peut-on dire à ce sujet ?

Identité raciale

Prenons un exemple : y a-t-il une race française ?
          Non, bien sûr. Il y a vingt ou trente siècles, une population s’est mise à exister entre Meuse et Pyrénées, entre Cap Finistère et Calanques. Celtes, Grecs, Romains, Northmen, « Barbares », Francs, Saxons, Lombards, tant et tant d’autres se sont établis sur ce territoire au cours des siècles pour que puissent naître, aujourd’hui, M. Martin et Mme Lefèvre !
          S’il n’y a pas d’identité raciale française, y a-t-il une identité française ?
          Oui. Nous ne nous sentons ni allemands, ni anglais.
          Qu’est-ce qui est à l’origine de cette identité ? Au rebours de l’Histoire :

-a- Un phénomène récent, le Siècle des Lumières, et la Révolution de 1789. Pour faire bref, on pourrait dire que l’identité française a commencé à naître à la bataille de Valmy, et grâce à la première coalition européenne menée contre la France.

-b- Mais l’idée de nation n’aurait pu naître à la fin du XVIII° siècle sans l’œuvre centralisatrice des rois, commencée sous Philippe le Bel, poursuivie par Louis XIV, achevée par Napoléon.
          Ce qui sous-tend cette lente naissance, et qui n’apparaît pas au premier coup d’œil, c’est le rôle continu et essentiel joué par la religion dans la naissance de notre identité nationale.
          On en a un exemple éclatant dans la guerre civile, commencée en 1529, et qui opposera pendant plus de deux siècles catholiques et calvinistes. La France est, ne peut être, que catholique.
          Pourtant, en France le catholicisme a été plaqué de l’extérieur sur une population – appelons-la « Celte » – qui possédait déjà une culture très riche, enracinée dans une religion autochtone vivante. Cette religion étrangère lui est venue de Turquie (Constantinople) et de nos cousins Ritals (Rome). Nos ancêtres, qui possédaient des cultes et un imaginaire religieux d’une grande richesse, n’éprouvaient nullement le besoin spontané d’aligner leurs deux genoux, mis à terre, sur la ligne immatérielle du dogme catholique. Ils se sont soumis.    
          Pour eux, le christianisme était une religion qu’ils n’ont pas inventée, qu’ils ont subie, qui leur venait d’ailleurs.


L’identité du peuple juif

« Tout israélien, écrit Shlomo Sand, sait sans l’ombre d’un doute que le peuple juif existe depuis qu’il a reçu la Loi dans le Sinaï… Chacun se persuade que ce peuple, sorti d’Égypte, s’est fixé sur la « terre promise » où fut édifié le glorieux royaume de David et Salomon », etc.
          « D’où vient cette interprétation de l’histoire juive ? Elle est l’œuvre, depuis la seconde moitié du XIX° siècle, de talentueux reconstructeurs du passé » En fait, le passé juif a été reconstruit, inventé, non pas au XIX° siècle mais dès l’Exil du VI° siècle avant J.C. Des théologiens politiques écrivent les Livres historiques de la Bible, et inventent une saga fondatrice qui ne repose sur rien ou presque. On sait aujourd’hui que l’Exode ne s’est pas passé tel que le raconte le Livre du même nom, que le royaume de David n’a rien à voir avec le Livre de Samuel et des Rois, et que même après la destruction du Temple en l’an 70 aucun exode massif n’a donné naissance à une diaspora juive qui existait déjà.
          Que s’est-il passé ?
          Au VI° siècle avant J.C., des prêtres prennent le pouvoir au milieu d’un conglomérat informe d’exilés à Babylone. Ils éprouvent le besoin d’une existence identitaire : pour y parvenir, ils inventent une religion, monothéiste, et la saga historique qui la justifie.
          A ma connaissance, c’est le seul cas où une religion ait été inventée par des « gens », volontairement, consciemment, pour que ces « gens » deviennent un « peuple ».
          Vingt cinq siècles plus tard, ce peuple est devenu une race : c’est un français, Gobineau, qui a contribué de façon efficace à implanter ce concept racial au début du XX° siècle.
          L’identité juive est exclusivement religieuse. Sa transformation en identité raciale est récente, mais elle est revendiquée par les sionistes. « Depuis les années 1970, en Israël – continue Sand – une succession de recherches « scientifiques » s’efforce de démontrer, par tous les moyens, la proximité génétique des juifs du monde entier. C’est… un champ légitimé et populaire de la biologie moléculaire… dans une quête effrénée de l’unicité d’origine du « peuple élu »

 Identité chrétienne, identité française ?

L’identité chrétienne s’est construite de la même façon, par une relecture orientée des événements qui ont suivi la mort de Jésus. J’ai pas mal écrit là-dessus (1), qualifiant cette relecture des événements d’imposture – imposture qui a donné naissance au catholicisme que nous connaissons.
          Le drame que nous vivons depuis les années 1950, c’est que ce catholicisme prend l’eau de toutes parts. Il ne faut pas s’en réjouir, l’écroulement de notre fondement identitaire accompagne et « marque » la crise identitaire profonde que connaît la France, et toute l’Europe catholique ou protestante.
          Il n’y aurait qu’une seule façon de sortir de cette crise, c’est de revenir à Jésus, tel qu’il fut en lui-même et non tel qu’il a été maquillé par les théologiens-historiens pour justifier l’immense édifice du christianisme catholique.
          Je constate que ce retour à Jésus, à ce qu’il a réellement fait ou voulu faire, à ce qu’il a réellement enseigné, est considéré comme irrecevable par nos contemporains. Ce serait admettre la faillite du christianisme, et nous ne le voulons pas puisque notre identité historique est en jeu.
          L’homme de Galilée pourra-t-il un jour être entendu ?
          Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre. Après tant d’autres, on ne peut que poser une petite pierre sur une route qui, telle qu’elle est, semble ne devoir mener nulle part.


                                       M.B., 24 août 2008

(1) Voir l’article Comment fut inventé le peuple juif de Shlomo Sand dans Le Monde Diplomatique d’août 2008 et son livre Comment le peuple juif fur inventé, Fayard, 2008.

Voir aussi Dieu malgré lui, nouvelle enquête sur Jésus et Jésus et ses héritiers, mensonges et vérités.