DARWIN, PROMÉTHÉE ET L’HOMME MODERNE : le coronavirus et nous (V)

Au sortir de son enfance, l’Homme Moderne était devenu un dieu.

Il avait domestiqué l’atome, conquis l’espace, envahi la planète jusqu’au moindre recoin. La terre ? Comme un dieu il l’avait modelée à son caprice, détournant les fleuves, asséchant les marais, aplanissant les collines pour y faire passer des routes. Les animaux sauvages ? il en avait épargné quelques-uns pour pouvoir les prendre en photos, et les avait confinés dans des réserves qui n’avaient de ‘’naturelles’’ que le nom. Sans se douter qu’un jour, lui aussi, il serait confiné.

La croissance allait croissant à l’infini. En les cachant aux objectifs de ses caméras, l’Homme Moderne avait supprimé la misère et la famine. Il allait bientôt dépasser toutes les limites que lui assignait la condition humaine, ce n’était plus qu’une question de temps.

L’Homme Moderne allait surpasser l’Homme humain.

L’Homme Moderne, c’était nous.

Prométhéen

Bien avant nous les Grecs décrivaient cet instant magique où le feu sacré, dérobé à l’Olympe par Prométhée, avait été remis aux humains afin qu’ils deviennent égaux des dieux. Ce vieux mythe, nous l’avions enfin réalisé nous-mêmes. Servis par notre ambition démesurée, nous avions accompli ce que les dieux nous refusaient jusqu’alors, asservir la nature pour qu’elle nous obéisse sans jamais plus nous nuire.

Nous avions creusé les montagnes pour en extraire des métaux, déraciné les forêts, éventré la terre de nos charrues, troué sa peau pour sucer son sang : le pétrole nous offrait enfin le vieux rêve d’Icare, aller où nous voulions, quand nous voulions, aussi haut et aussi loin que nous voulions – si tel était notre plaisir.

La mobilité de chacun était la promesse faite à tous d’une liberté sans limites.

Nous avions supprimé la guerre. Ou plutôt, nous ne faisions plus guerre que par procuration, en des pays éloignés où des misérables s’entretuaient à notre place avec les armes que nous leur fournissions.

Notre nombre s’accroissait sur la planète. Pour nourrir toutes ces bouches, nous empoisonnions la terre avec nos pesticides, l’air avec nos vapeurs toxiques, les océans avec nos déchets. L’eau et le pain manquaient à un tiers de l’humanité, mais nous autres, riches et développés, pouvions continuer à célébrer le culte du seul dieu que nous tolérions pour l’avoir nous-mêmes créé, le dieu-consommation. Nous savions que si nous cessions de consommer, la croissance allait s’arrêter et nous perdrions notre statut divin. Décroître c’était, comme Icare, tomber du ciel. C’était laisser l’héritage de Prométhée glisser entre nos doigts.

En inventant la vaccination et les antibiotiques, nous avions vaincu les maladies infectieuses. Certes on mourait encore, mais si tardivement, et en si bonne santé que nous ne pensions plus à cette échéance – depuis toujours redoutée. Chaque décennie notre espérance de vie gagnait quelques mois, l’immortalité était à portée de mains. La mort était devenue incongrue, indécente, indigne de l’Homme Moderne. Il s’interdisait de la voir, d’en parler ni même d’y penser.

Darwin avait pourtant démontré clairement que les accidents de la vie la renforcent en éliminant les plus faibles. Que la mort est le terreau fertile de la vie. Mais cette loi de la nature ne concernait que les espèces inférieures, pas les dieux. Or, nous étions des dieux. Mourir ? Absurde, Dieu et la mort s’excluent l’un l’autre.

Oubliée la mort, niée, reléguée avec nos cendres dans des « Jardins du Souvenir » plantés d’allées fleuries.

L’Homme Moderne avait accompli les promesses de Prométhée. Nous étions immortels.

Le progrès infini 

Pendant des siècles nous avions pratiqué des religions qui nous divinisaient. La Bible disait : « Vous êtes des dieux » (1), et le christianisme que « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne dieu » (2). Mais à la Renaissance, La Boétie constata que nous étions retournés à l’esclavage. Cette servitude, disait-il, « elle n’est pas éternelle, elle n’a pas toujours existé. Quelque chose a dû se passer, au point que l’amour de la servitude s’est substitué chez les hommes au désir de liberté. Cette servitude volontaire, elle naît de la peur, elle se propage par la peur, elle est maintenue par la peur » (3). Ce quelque chose qui nous ramenait volontairement à notre condition servile d’antan, n’était-ce pas la religion qui prétendait nous diviniser ?

Nietzche osa le proclamer : « Tous les dieux sont morts : maintenant, vive le surhumain ! Je vous enseigne le Surhomme ». Libérés de Dieu, nous redevenions des dieux. « Vivre selon mon bon plaisir, ou ne pas vivre du tout : c’est là ce que je veux ». En libérant les énergies humaines, le nouveau Prométhée instaurait l’ère du progrès infini. « L’homme n’existe que pour être dépassé ! Fais ce que toi, et toi seul peut faire ».

Je veux, donc je peux. Demain sera forcément meilleur qu’aujourd’hui. Et notre richesse toujours plus étonnante : « Voyez quelle abondance autours de nous ! » (4)

Sauf si…

Chute de Prométhée

Jusqu’au coronavirus, nous avons vécu un rêve prométhéen, nietzschéen. Et soudain Prométhée s’est mis à tousser, à prendre sa température trois fois par jour, à réclamer à cor et à cri un masque. Que s’est-il passé ?

Une bestiole minuscule, mille fois plus petite que les microbes, un virus invisible s’est mis à tuer. Comme ses cousins chinois on a cru qu’il allait rester cantonné à Canton, mais comme nous il voulait être mobile, voyager à sa guise. Il débarqua sans passeport, sans vaccin ni traitement.

Alors s’amorça un cercle vicieux qui n’a pas fini de tourner. À l’aide de photos-chocs et de chiffres hors-contexte,  les médias martelèrent jour après jour, heure après heure, que l’humanité était menacée de disparition. La peur se diffusa sur la planète comme un feu de paille. Pour ne pas être dépassés par elle, les gouvernements prirent des mesures qui l’officialisèrent, la transformant en angoisse mondiale que les médias amplifiaient encore. Matraqué, assommé, l’Homme Moderne chercha un trou où se cacher.

Pourtant le coronavirus tuait beaucoup moins que les 18 millions d’humains morts chaque année de maladies cardio-vasculaires ou les 150.000 français morts l’an dernier du cancer. Ses victimes étaient des personnes âgées ou très âgées, des malades, des obèses. Bref, il était raisonnablement darwinien. Mais la panique n’a plus rien à voir avec la raison, quand elle s’étale sur les écrans et se lit sur le visage fatigué des  Présidents.

Alors, l’Homme Moderne vacilla. Il se mit à avoir peur même quand le virus ne l’atteignait pas – surtout s’il ne l’atteignait pas. Il rumina des chiffres jusque là considérés comme normaux : car depuis toujours, les vieux, ça meurt. Mais les dieux ne peuvent pas vieillir, donc ils ne peuvent pas mourir. De même que l’Homme Moderne refusait d’accuser son âge, il refusa de mourir vieux ou obèse, cardiaque ou diabétique. S’il fallait mourir, c’était beaux et en bonne santé.

Les dieux sont immortels.

Principe de Précaution

Depuis quelques temps déjà, pour ne pas faillir à sa condition divine, il s’était entouré d’une épaisse armure de précautions : il avait abandonné Darwin.

Un nouveau principe corrigeait les lois de la nature : tout risque devait être compensé par une assurance. qui le neutralisait. Les banques centrales assurèrent le risque financier, l’assurance-chômage le risque économique, l’assurance-maladie le risque santé, les assurances personnelles le risque des sinistres.

L’Homme Moderne repoussa toujours plus loin le risque de vivre par des assurances qui le rassuraient.

Mais on ne peut pas s’assurer contre un virus dont on ignore encore le comportement, de même qu’il ignore nos règles. Le cancer, la crise cardiaque, la mort chronique des vieux, nous les avons modélisés dans nos ordinateurs. Éclairés par la lumière médicale, ils ne font plus peur. Tandis que l’ombre du coronavirus nous terrorise avant même de le voir. Un risque n’est plus un risque quand il devient une statistique : ce virus-là n’obéissait pas aux statistiques.

Totalitarisme masqué

Alors, pour échapper à la peur, certains gouvernements cessèrent d’être darwiniens. Personne ne devant courir le risque d’être contaminé par quelques-uns, ils décrétèrent qu’on ferait comme si tous étaient contaminés. On boucla les populations chez elles, on ferma les écoles, les commerces, on interdit les promenades. Quiconque sortait pour se nourrir devait attester lui-même par écrit qu’il sortait lui-même faire ses courses pour lui-même. Et s’il ne s’auto-attestait pas, des milliers d’uniformes étaient lâchés dans les rues pour lui faire honte et le menacer d’amendes. Des drones traquèrent les randonneurs sur les chemins de forêt ou de montagne, des haut-parleurs furent accrochés aux arbres pour enfoncer dans nos têtes des consignes que les télévisions répétaient déjà, d’une voix grave, à longueur d’émission.

Les relations entre humains changèrent : une loi obligea chacun à avoir peur de tous, la confiance fut une faute grave.  En limitant notre mobilité au nom de l’égalité devant le virus, on mettait fin à la liberté et à la fraternité. Les rares passants échangeaient des regards méfiants qui devenaient hargneux si d’aventure on oubliait de s’éloigner d’eux. En quelques jours la « distanciation sociale » fit disparaître des siècles de sociabilité. On établit entre chacun et les autres une frontière individuelle infranchissable. Soixante-sept millions de solitudes apprirent en France à ne plus vivre ensemble. Les agressions se multiplièrent au sein des familles, laissant deviner comment les guerres allaient revenir. Plusieurs maires encouragèrent leurs administrés à dénoncer ceux qui ne respectaient pas les règles de confinement.

Dans la crainte de mourir, tout un pays s’arrêta de vivre.

Jamais Josef Goebbels n’aurait rêvé d’un tel succès de propagande. Plus besoin, pour être suivi et obéi, de trique ni de menace : poussées par la peur, d’elles-mêmes les populations demandaient à être confinées, exigeaient d’être masquées. Jamais Heinrich Müller, chef de la Gestapo, n’aurait rêvé d’un pays-prison dans lequel les détenus s’enfermeraient d’eux-mêmes, sans autres geôliers qu’eux-mêmes. Les nazis avaient imposé le port de l’étoile jaune : les citoyens supplièrent de pouvoir porter des masques.

La Servitude Volontaire de La Boétie avait pris forme.

 De Pékin à Washington, des gouvernements jusque là contestés virent leurs rêves les plus improbables se réaliser : jamais ils n’avaient eu tant d’audience, jamais leur autorité n’avait été aussi respectée, jamais leurs oppositions si bien muselées, jamais les minorités autant honteuses de ne pas penser comme la majorité. L’un après l’autre, ils cédèrent à la tentation totalitaire que des siècles de civilisation avaient tant bien que mal écarté de la vie publique.

Au début, il y eût bien quelques gouvernements qui voulurent rester darwiniens. La Suède et l’Allemagne décrétèrent qu’il n’y aurait « ni confinement ni relâchement » : la discipline de tous devait permettre à l’immunité collective de mettre fin à l’épidémie. Trump déclara qu’une récession économique mondiale tuerait plus encore que le virus, que « le remède du confinement était pire que le mal ». Mais la pression de leurs populations fut telle, qu’ils durent faire volte-face.

Un Homme nouveau ?

Irrationnelle et dévastatrice, la panique avait envahi la planète. Real power is fear : « le véritable pouvoir, c’est la peur ». L’Homme Moderne, qui ne craignait pas un Dieu dont il était devenu l’égal, venait de mourir. Nous n’étions plus que de simples humains, vulnérables, incertains devant une nature que nous ne savions plus contrôler pour la  dominer.

Alors ce pour quoi les altermondialistes luttaient sans jamais oser l’espérer se réalisa. La décroissance et la relocalisation devenaient réalité, c’était la fin de la mondialisation. Tout le monde ne consommant plus que le nécessaire, chacun s’aperçut qu’il passait une partie de sa vie à se procurer le superflu. Chacun se débrouillant, on vécut très bien sans une quantité de métiers jusque là indispensables et coûteux. On s’aperçut que les caissières de magasins étaient plus utiles que les banquiers, les éboueurs plus nécessaires que les députés. Comme les voitures roulaient moins, partout la pollution diminua. Le prix du baril de pétrole chuta, et les factures de gaz avec lui.

La planète n’était plus une éponge à pressurer jusqu’à la fin, mais le fragile support de nos vies fragiles. On se mit à la regarder autrement.

Pour ne pas perdre la main, les politiques nous dirent : « Quand l’épidémie sera derrière nous… quand tout cela sera fini… quand tout redeviendra comme avant… » Mensonges ! En l’absence de vaccin, le coronavirus a envahi la planète. Dès qu’on déconfinera les populations, il reprendra sa vie de virus. Il faudra des années avant qu’on puisse vacciner sept milliards d’humains. En attendant, il faudra apprendre à vivre avec l’épidémie.

On va donc revenir à Darwin. Les vieux mourront, les malades aussi. Tous étant pareillement menacés, les humains s’apercevront peut-être qu’ils appartiennent à la même espèce. Faisant face au même danger, ils regarderont peut-être dans la même direction. Seront peut-être plus attentifs les uns aux autres, se respecteront plus, se battront moins. Et peut-être, s’aimeront un peu plus…

Mais je rêve, excusez-moi.

                                       M.B., 15 avril 2020
 Allez voir les 4 articles que celui-ci prolonge ; « Le coronavirus et nous, I,  II,  III,  IV« 
(1) Psaume 81, 6. Écrit au 5e siècle avant J.C., mais plus ancien.
(2) Saint Irénée, 2e siècle après J.C.
 (3) La Boétie, Discours de la servitude volontaire (1576).
(4) Citations extraites de Ainsi parlait Zarathoustra (1885).

26 réflexions au sujet de « DARWIN, PROMÉTHÉE ET L’HOMME MODERNE : le coronavirus et nous (V) »

  1. P.K.

     » En vérité, je doute qu’il y ait pour l’être pensant de minute plus décisive que celle où, les écailles tombant de ses yeux, il découvre qu’il n’est pas un élément perdu dans les solitudes cosmiques, mais que c’est une volonté de vivre universelle qui converge et s’hominise en lui.

    L’Homme, non pas centre statique du Monde, — comme il s’est cru longtemps ; mais axe et flèche de l’Évolution, — ce qui est bien plus beau.

    …Mais il se peut aussi que, suivant une loi à laquelle rien dans le Passé n’a encore échappé, le Mal, croissant en même temps que le Bien atteigne à la fin son paroxysme, lui aussi sous une forme spécifiquement nouvelle. Pas de sommets sans abîmes. »

    (Pierre Teilhard de Chardin – LE PHÉNOMÈNE HUMAIN- IV – LA SURVIE p. 289/290)

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    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      j’aime bien l’image de TdC : le Mal croissant comme le bien finit en paroxysme. C’est l’apocalypse qu’attendaient les 1ers chrétiens.
      M.B.

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  2. Nadab

    Le confinement m’a donné le temps de relire Eschyle et son Prométhée enchaîné :

    « PROMÉTHÉE
    Oui, j’ai délivré les hommes de l’obsession de la mort.
    LE CHORYPHÉE
    Quel remède as-tu donc découvert à ce mal ?
    PROMÉTHÉE
    J’ai installé en eux les aveugles espoirs.
    LE CHORYPHÉE
    Le puissant réconfort que tu as ce jour-là porté aux mortels !  »

    Quant au psaume 82, je crois qu’il serait bon de ne pas citer le verset 6 sans le suivant :
    « Mais non, vous mourrez comme des hommes, comme l’un des princes, vous mourrez. »
    Et je resterai fidèle à ma vieille culture judéo-grecque.

    j’ajouterai tout de même que le commentaire de M. GABION m’a paru tout à fait intéressant et je me demande si la « sympathie altruiste » qu’il décrit ne correspond pas d’assez près à  » l’einfühlung » d’Edith Stein qui pourrait en donner une définition plus précise et une description plus riche.

    Quant au mot « altérophile » que j’ai lu quelque part, il n’est mal constitué, moitié de latin, moitié de grec. Il faudrait dire « hétérophilie ». Malheureusement, ce dernier terme est aujourd’hui utilisé dans notre inculte époque pour désigner un type de « préférence sexuelle, ce qui, là encore est un terme mal construit. Des quatre termes qui, en grec, peuvent être traduits par amour en français, la racine ici employée ne désigne nullement la sexualité.
    Cette digression montre bien la confusion régnante.

    En souhaitant le moins possible de malades et de morts parmi les darwiniens ou non-darwiniens qui liront.

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    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      Merci pour Eschyle. « Délivrer les hommes de l’obsession de la mort », c’est bien cela dont rêvent les non-darwiniens (ou post-darwiniens ?)
      Quant au verset du Ps. 82 que je citais, « Vous êtes des dieux », c’est celui que la tradition patristique a retenu en oubliant ce qui suit.
      Les lecteurs de mon blog mourront plus tard que les autres, grâce à la qualité dudit. Mais ils mourront quand même !
      M.B.

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    2. Jean-Marie

      Merci pour votre judicieuse observation à propos d’altérophile.

      N’avons nous en français aucun mot dans le langage pas forcément populaire et commun qui associe un mot latin avec une finale qui « sonne » grec ?

      Quels sont les quatre mots logique que vous proposez comme synonymes français d’aimant les autres SVP
      Merci

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      1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

        Pourquoi vouloir associer un mot latin avec une finale grecque, la carpe et le lapin ? Quand nous avons « Philanthropos », utilisé par les 1ers écrivains chrétiens ?
        M.B.

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      2. Nadab

        Pour exprimer l’amour d’autrui, nous avons certes, le terme de philanthrope.
        Un autre mot aurait pu être formé à partir des termes utilisés par Marc au verset 12 – 31. L’amour tendre et fraternel, voire l’amour de Dieu, est exprimé en grec par le verbe « agapaô » (celui-là même qui a donné agape en français), le « prochain », c’est à dire le voisin étant en grec « plésios ».
        Je vous laisse imaginer ce que pourrait donner l’assemblage de ces deux racines en français. Je ne suis personnellement pas parvenu à un résultat satisfaisant.
        À titre anecdotique, je rappellerai que « agapè » a été traduit en latin par « caritas » qui a donné en français « charité », ce que ce pauvre Jérôme ne pouvait pas prévoir.
        Ah, fortune et infortune des mots… et des traducteurs !

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        1. Jean-Marie

          Grand merci pour votre contribution à ma réflexion qui peut peut-être servir à d’autres.

          philanthrope : ménageons les féministes obtuses :-))

          « agapaô » : sens étymologique.
          (J’ai fait plus ou moins studieusement cinq ans de grec comme séminariste)

          J’aimerais trouver dans un but didactique utile un néologisme (ou non) exprimant bien la différence entre aimer pour se faire plaisir à soi d’abord, (ce qui est peut-être le cas dominant) et aimer altruistement l’autre pour lui, ce qui me semble – autrez débplus possible quand il est désincarné vu qu’on ne peut plus l’aider, lui être utile.

          Au moins en anglais ils ont like et love

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  3. Paul GABION

    Article fort intéressant, comme d’habitude.

    A propos de Darwin, il faudrait peut-être souligner la lecture politique de sa théorie.

    C’est Engels qui fait connaitre Darwin à Marx, dans une lettre du 18 décembre 1859 :
    «Au demeurant, ce Darwin que je suis en train de lire est tout à fait sensationnel. On n’avait jamais fait une tentative d’une telle envergure pour démontrer qu’il y a un développement historique de la nature, du moins avec un pareil bonheur.»

    Marx, qui vit alors à Londres a l’occasion de rencontrer Darwin. En juin 1862, il écrit à son tour à Engels : «Ce qui m’amuse, chez Darwin que j’ai revu, c’est qu’il déclare appliquer la théorie de Malthus aux plantes et aux animaux. Il est remarquable de voir comment Darwin reconnaît chez les animaux et les plantes sa propre société anglaise, avec sa division du travail, sa concurrence, ses ouvertures de nouveaux marchés, ses inventions, et sa malthusienne lutte pour la vie.»

    En 1873, Marx envoie le premier volume du Capital à Darwin, avec une flatteuse dédicace. Darwin n’en lira que le début, avant de laisser tomber ce pavé indigeste (on peut encore voir son exemplaire dans la bibliothèque de Down House, son domicile, où, de fait, seules les cent premières pages sont coupées).

    Marx pense que la théorie de Darwin conforte son analyse de la société. Tous deux sont obsédés par le progrès et l’évolution, qui, pour l’un, nécessitent néanmoins une avancée plus rapide : la révolution.

    D’autres à rebours de Marx, comme le grand biologiste Thomas Henry Huxley (*), que l’on surnommera le bouledogue de Darwin en font une analyse qui servira de base au darwinisme social : Il ne sert à rien d’assister les pauvres (Darwin & Dickens sont contemporains), il faut laisser faire le “struggle for life” aux fins de justifier le libéralisme économique le plus sauvage.

    Certains (à gauche) ont voulu voir une filiation de Darwin à Hitler.
    En 2009, à l’occasion du cent cinquantième anniversaire de la publication de L’Origine des espèces et du bicentenaire de la naissance de Charles Darwin, le philosophe Patrick Tort publie L’effet Darwin, dans lequel il entend, au contraire, exonérer le naturaliste de ces accusations.

    Il rappelle qu’avant La Filiation de l’homme, publié en 1871, Darwin n’a rien écrit sur l’homme. Après la publication de L’Origine, il lui fallut donc plus de dix ans de réflexions pour se décider à parler de sa propre espèce. Pourquoi tant d’attente, demande en substance Patrick Tort, si Darwin avait pour intention de projeter abruptement le struggle for life sur les sociétés humaines ?

    En réalité et en dépit de ce qu’en fait dire une “tapageuse ignorance”, Darwin était, selon Patrick Tort, “vigoureusement opposé au racisme”. Le philosophe développe notamment ce qu’il nomme “l’effet réversif de la sélection”. Un effet au terme duquel la sélection naturelle sélectionne l’homme civilisé, donc la civilisation, qui ensuite s’oppose à la sélection et à l’élimination du moins apte. La morale serait ainsi une propriété émergente de la sélection naturelle. « Contrairement à nombre de ses lecteurs, Darwin n’a jamais oublié un instant que la sélection naturelle ne se borne pas à sélectionner des variations organiques avantageuses, écrit Patrick Tort. Elle sélectionne aussi (…) des instincts, et notamment « une “sympathie” altruiste et solidaire dont les deux principaux effets sont la protection des faibles et la reconnaissance indéfiniment extensible de l’autre comme semblable.

    Paul GABION

    L’Effet Darwin de Patrick Tort. Seuil, « Science ouverte », 232 p., 18 €.
    (*) Thomas Henry Huxley est le grand père d’Aldous, le romancier de science-fiction.

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    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      Merci beaucoup : grâce à vous, moi & les lecteurs seront plus savants.
      Je n’ai jamais pensé qu' »Il ne sert à rien d’assister les pauvres… il faut laisser faire le “struggle for life”. J’ignorais « l’effet réversif de la sélection » qui rend le darwinisme non seulement acceptable, mais conforme aux faits de l’observation. La « sympathie naturelle » n’aurait donc pas été introduite par Siddhârta et Jésus (entre autres), elle serait le fruit de l’évolution ? Brillant. Et réconfortant.
      M.B.
      M.B.

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      1. Paul Kerlois

        Comme vous, je découvre dans le commentaire de P. Gabion, un « Darwin qui reconnaît chez les animaux et les plantes …/… [leurs] inventions, et [leur] malthusienne lutte pour la vie » écrit Marx à Engels.

        Or le confinement m’a fait relire un livre étonnant sur « La vie secrète des ARBRES » de Peter Wohlleben (*), dont les propos viennent étonnement compléter, voire renforcer la conclusion de votre article sur le « respect que nous devons avoir entre humains ».

        Les arbres nous apprennent ce respect…
        Ils communiquent, ils écoutent et se parlent, ils protègent leur progéniture, ils vivent avec les animaux et les champignons, …. Ils craignent les hommes !

        P.K.
        (*) son interview à la Grande Librairie :

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    2. Jean-Marie

      L’altruisme étant ma seule ligne de conduite, j’apprécie particulièrement votre affirmation sur l’altruisme version Darwin.

      Pourriez-vous, SVP, enrichir notre réflexion en partageant « quelques » lignes de Darwin sur cet altruisme qu’on peut aussi nommer « altérophilie » . Merci

      A propos savez-vous si Marx s’est montré explicitement et altruistement reconnaissant envers les ouvriers d’Engels sans la sueur desquels il n’aurait pas pu voir publier le premier et unique volume du Capital , si je ne me trompe ?

      Merci

      Répondre
  4. Michel Bonnelles

    Je suis peu intervenu en commentaire de vos articles que je lis avec attention et intérêt depuis de longues années, car je pense que si on le fait, c’est pour apporter un réel plus (ou un moins), mais pas pour étaler ses propres états d’âme.

    Je suis donc particulièrement surpris que vous ayez publié le commentaire qui suis du dénommé Jean-Marie, commentaire qui n’apporte rien sinon une logorrhée insignifiante.

    Ce n’est pas de la démocratie, même abusive comme vous le dites, mais du « hors sujet ».
    Je pense donc que comme de nombreux responsables de blog, vous êtes plus qu’autorisé à ne pas publier certains commentaires qui n’apportent rien, voire qui peuvent dénaturer vos réflexions.

    Car sur le fond, il est vrai qu’enfin « débarrassés » des dieux, les hommes se sont pris pour les maîtres et propriétaires de l’univers. Or non seulement nous sommes tous « de la même espèce, faisant face au même danger », mais nous sommes aussi sur cette terre avec nos voisins les animaux et les arbres que nous devons aussi respecter.

    Ce n’est pas de l’écologie politique, c’est tout simplement notre vie et notre survie qui est en jeu, si nous le méritons…

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    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      Merci cher monsieur. Je ne mets jamais en ligne les attaques personnelles ou l’agressivité. Mais nous vivons de + en + dans le malaise d’une immense solitude intérieure. Laisser ce malaise s’exprimer (même s’il est « hors sujet »), c’est partager la compassion.
      M.B.

      Répondre
  5. Jean-Marie

    Très difficile d’être macroniste, même faute de mieux.

    Comme dit Ferry, un autre écologiste, « On a mis un gamin à l’Elysée et on va le payer très cher »

    Il est possible que le bon choix au printemps 2017, c’était non pas de voter Le Pen, mais d’UTILISER le bulletin Le Pen pour réduire au minimum le score par rapport aux inscrits de celui qui, jouet consentant des riches et puissants, a épousé une second mère parce qu’il ne s’entendait pas avec sa mère biologique.

    Avez-vous dans la tête son score par rapport aux inscrits du premier tour ? Ceci dit sans promotionner un autre candidat.

    Vu la « maturité » de l’électorat » c’état impossible, et donc non risqué, mais si, à la limite, Le Pen avait été élue, elle n’aurait pas tenu trois mois , même avec l’aide de quelques généraux d’extrême-droite … et çà aurait pu faire réfléchir et revoir notre insensé culte de ce que nous appelons abusivement la démocratie.

    « Ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir tort qu’ils ont forcément raison »

    Répondre
    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      je mets votre commentaire en ligne parce que ce blog est « abusivement démocratique »
      Sachant que « la démocratie est le meilleur des pires systèmes », on peut épiloguer à l’infini sur la légitimité d’un Président élu démocratiquement. Je ne suis pas « macroniste ». Mais il y a quelqu’un au volant d’un autobus lancé à vive allures dans un trafic mondial impitoyable. Tirer sur le conducteur au milieu des virages, c’est aller dans le fossé.
      M.B.

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  6. Jean Devos

    Cher Mr Benoît
    L’ingénieur que je suis ou plutôt que je fus, ne croît pas en une quelconque « surpuissance » de l’homme ni à sa capacité destructrice. Notre humanité est une fourmilière fragile dans un univers en explosion, dégageant des énergies gigantesques et des transformations continuelles. La vie sur notre planète est une cohabitation, et même une compétition impitoyable entre les différentes espèces pour leur survie. Chacune d’elles, le monde végétal, animal, humain a ses forces et ses faiblesses et chacune se doit de développer en permanence des armes de survie. Je suis Darwinien, il y a une sélection qui s’opère au bénéfice des plus forts, des plus malins, des plus résistants. L’homme ne peut que s’adapter à un monde en perpétuel évolution. Toute sa science est défensive et protectrice. Si on s’arrête on tombe de vélo !
    Même la croissance économique n’est que « défensive » Quand je reviens au printemps dans ma maison laissée vide tout l’hiver, les araignées, les souris sont entrées et la nature, plus marâtre que mère, envahit mon jardin mal taillé !! Je me dois d’intervenir pour préserver mon pré carré. Les humains ont le devoir de se protéger pour exister. Aucune espèce n’est éternelle . L’homme disparaîtra ou évoluera, mutera, de la même manière que les dinosaures sont devenus des oiseaux
    Dans cette recherche d’équilibre l’homme commet des erreurs, ses excès mais ce ne sont qu’égratignures à la surface de l’univers. Des individus, des courants de pensée, des groupes humains se croient « forts ». J’ose penser qu’ils sont minoritaires !!
    Je rêve aussi ?
    Jean Devos

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    1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

      On peut être écologiste (je le suis depuis 1970) et se réjouir que M. Macron soit Président à la place de Mme Le Pen. M.B.

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      1. Jean-Philippe BAYON

        Bon on a les mêmes idées depuis la même époque.. c’est sûr que ce n’est pas la peste ou le choléra mais je préfère le ni ni, marre de ne plus voter avec mon coeur depuis quelques présidentielles!
        ni Le Pen ni Macron
        Amitiés

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        1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

          1- Les études stat ont montré que l’abstention ou le vote blanc favorisent le « challenger ». En l’occurrence, ne pas voter c’était voter Le Pen. Libre à vous.
          2- Un citoyen citoyennant de citoyenneté ne vote pas « avec son coeur » mais avec sa raison éclairée par une information complète de la situation. Je ne me suis jamais demandé si « j’aimais » M. Macro. J’ai voté pour lui au 2e tour (pas au 1er) après une analyse froide de la situation. Et je recommencerai si la même situation se présente.
          Citoyen M.B.

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          1. Jean-Philippe BAYON

            Moi aussi j’ai voté Macron au second tour mais je vais m’employer en tant que citoyen à ne plus avoir a voter contre mais pour.. sinon ma remarque était pour certains de vos articles il y a quelques temps ou vous lui faisait beaucoup d’éloges..
            Citoyen Jean-Philippe

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            1. Michelbenoît-mibe Auteur de l’article

              En effet, j’ai loué le président qui avait eu le courage de supprimer l’ISF, d’adapter la SNCf aux temps modernes… et quelques autres réalisations qu’aucun président jusque là, de gauche comme de droite, n’avait osé entreprendre.
              Il faut savoir reconnaître les mérites, même des gens que l’on n’aime pas.
              Amicalement, M.B.

            2. Jean-Philippe BAYON

              Ok c’est plus clair pour moi, merci pour ces précisions!
              Et pour finir j’ai lu vos livres, j’adhère à votre vision de la recherche du Divin et de l’interprétation des textes de la Bible.. et de votre analyse du Coran
              Bonne santé!

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