Archives pour la catégorie LA FRANCE ENRHUMÉE

Réactions de l’auteur sur quelques éternuements de son pays

LE MARCHAND DE RÊVES (d’après George Orwell)

L’homme enfonça son bonnet en papier sur sa tête, coinça la flûte sous son bras gauche et sortit dans le jardin. C’est là, au milieu des massifs de fleurs, qu’il avait tant aimé autrefois construire  ses rêves. Et puis… Et puis un jour, il avait compris que les rêves lui offriraient une carrière, la notoriété. La gloire peut-être, de l’argent, sûrement.

Il sortit par le portail et déboucha sur le trottoir. Entièrement renfermée sur elle-même, la Ville était divisée en deux par un grand boulevard central que les habitants, qui n’étaient plus à une simplification près, appelaient « le Centre ». À droite du boulevard s’étendait un quartier plutôt cossu (certains y avaient encore un peu de travail, chose rare), tandis qu’à gauche une population désœuvrée, mélangée, vivait dans des barres d’immeubles insalubres. Entre la droite et la gauche de la Ville, c’était la guerre : une haine ancienne, tenace, absurde entre deux populations irréconciliables, telle que si l’une disait ‘’blanc’’ l’autre, automatiquement et sans même y penser, disait ‘’noir’’. Dans les écoles du quartier droit on enseignait que ‘’deux et deux font quatre’’ alors que dans celles de gauche les bambins apprenaient que ce calcul repose sur une vision faussée de l’univers, qu’il est le fruit du conservatisme réactionnaire et bourgeois. Pour les enfants de progressistes gauchiers deux et deux font plus que quatre, doivent faire plus que quatre puisqu’en face, on affirme le contraire. Lire la suite

LE DÉCLIN FRANÇAIS NE DATE PAS D’AUJOURD’HUI (les primaires des primates)

Étonnante carrière que celle de Jacques Benoist-Méchin ! Il a quarante ans quand il rentre, en juin 1941, au gouvernement Pétain comme secrétaire d’état. Sa parfaite connaissance de la langue comme de la culture allemande lui permet de jouer un rôle important dans les négociations que ne cessera de tenter le gouvernement de Vichy avec Hitler. Sa passion pour la grandeur et l’indépendance de la France le rend méfiant aussi bien de l’occupant nazi que des anglo-américains, dans lesquels il voit – non sans raison – des charognards prêts à démanteler l’Empire français pour s’en partager les dépouilles. Il pressent qu’un jour, une Europe naîtra, ancrée autour du couple franco-allemand. Que l’Angleterre n’en fera pas partie, que l’Amérique cherchera toujours à la contrôler, voire à l’étouffer. C’est pourquoi – par excès de patriotisme – il choisit la collaboration avec l’Allemagne. Comme des millions de Français d’alors, aveuglés par la douleur de la défaite, il s’est trompé de combat. Ce visionnaire n’était pas un prophète.

Mais il n’était pas aveugle et voyait juste. Voici ce qu’il écrivait, trois mois avant son arrestation par la Résistance en septembre 1944 : Lire la suite

PRIMAIRES FRANÇAISES (III) : FIN DU CLIVAGE GAUCHE-DROITE ?

          Les élections primaires bouleversent un dogme bétonné en France depuis plus de 200 ans, le clivage gauche-droite.

Naissance du clivage gauche-droite

         C’est dans la salle des Menus Plaisirs de Versailles que de l’Assemblée Constituante a voté l’abolition des privilèges la nuit du 4 août 1789 et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen le 23 août suivant. Ces deux étapes franchies, une partie de l’Assemblée estime que la Révolution a atteint son but, qu’elle doit s’arrêter là. Mais l’autre partie veut aller plus loin, beaucoup plus loin : abolir l’autorité royale et la remplacer par le pouvoir du peuple. Deux conceptions totalement différentes de la société s’affrontent dans cette salle rectangulaire à l’acoustique déplorable, la cohue est indescriptible. Pour que les 1200 députés puissent se compter, le 11 septembre 1789 le Président de l’Assemblée finit par demander à ceux qui veulent s’arrêter aux acquis de la Révolution de se ranger à sa droite, et à ceux qui veulent la poursuivre de se ranger à sa gauche. Peut-être s’est-il inspiré ce jour-là des caucus de la jeune république américaine ? (1)

            Le clivage gauche-droite est né ce jour-là. Deux visions politiques opposées qui se font physiquement face : à droite on veut réformer sans détruire, dans le respect de l’ordre et de l’autorité. À gauche on rêve de créer un Homme nouveau dans une société nouvelle, qu’on bâtira après avoir jeté à bas la société actuelle. À droite la réforme raisonnable, à gauche la révolution permanente. Deux façons de penser, deux mentalités politiques irréconciliables qui vont se haïr, s’entredéchirer, se faire la guerre pendant deux siècles.

            En 1958 De Gaulle a voulu atténuer ce clivage dont il voyait à quel point il paralysait la société française. Dans sa Ve République, le président sera élu au suffrage universel direct, pour une durée de sept ans. Comme le mandat des députés ne dure que cinq ans, le président ne sera pas lié aux partis politiques. En cas d’alternance il s’accommodera du choix des Français, ce sera la cohabitation.

La VIe République     

           Avec l’introduction du quinquennat, le président de la République n’est plus au-dessus des partis. Il a perdu son indépendance en devenant de fait le chef de son parti, normalement majoritaire dans une élection qui suit la sienne et la confirme. Depuis lors, nous vivons dans une VIe République qui ne dit pas son nom.

           La généralisation des primaires a parachevé ce passage silencieux d’une République à l’autre. Car désormais, les candidats des deux partis dits ‘’de gouvernement’’ sont désignés avant l’élection présidentielle. Laquelle consacre la domination de ces partis dont les candidats ont toutes chances de l’emporter sur les candidats indépendants. (2)

           Ce nouveau système ne s’inspire qu’en apparence des primaires américaines. Pour ces dernières, les sympathisants d’un parti votent pour leur candidat : aucun républicain n’ira voter pour un partisan démocrate et vice-versa : ce sont des primaires fermées. Tandis que nos primaires françaises sont ouvertes : chacun, ‘’de droite’’, ‘’de gauche’’ ou d’ailleurs, peut participer à la primaire du parti pour lequel il ne vote pas habituellement. Des primaires ouvertes, c’est de fait la fin du clivage gauche-droite.

La charte des deux partis

           Une seule condition : reconnaître les valeurs du parti adverse en signant sa charte. Pour certain, admettre les valeurs de « l’autre », apposer sa signature en bas de la charte d’un parti dans lequel il ne se reconnaît pas, c’est une « trahison », un « déshonneur ». Eh bien, voyons le texte de ces chartes :

1- Pour le parti Les Républicains : « Je partage les valeurs républicaines de la droite et du centre et je m’engage pour l’alternance afin de réussir le redressement de la France ». En quoi les valeurs républicaines et le redressement de la France peuvent-ils faire honte à un électeur dit ‘’de gauche’’ ? D’autant plus que beaucoup souhaitent une alternance au gouvernement calamiteux de M. Hollande.

2- Pour le parti socialiste : « Je me reconnais dans les valeurs de la gauche et de la République en défendant le projet d’une société de liberté, d’égalité et de progrès solidaire, dont tous les membres jouissent des mêmes droits ».

           En quoi les valeurs de la République, la liberté, l’égalité des droits, le progrès et la solidarité peuvent-il déshonorer un électeur dit ‘’de droite’’ ?

           Quiconque se veut simplement citoyen français peut signer l’une et l’autre charte sans déchoir ni trahir ses convictions profondes.

Un devoir de citoyen : aller voter aux primaires de droite comme de gauche

           Il me semble donc impératif d’aller voter à chacune des deux primaires, celle du parti LR comme celle des socialistes. C’est une démarche d’unité nationale qui dépasse enfin le clivage gauche-droite. Laisser de côté des susceptibilités d’un autre âge, pour avoir, face à Mme Le Pen, un candidat acceptable aux citoyens que nous sommes. Aller voter avec sa raison, aller voter utile pour préserver notre démocratie.

                                                                       M.B., 18 novembre 2016
(1) À l’origine aux USA, les sympathisants d’un parti se réunissaient dans une grande salle et chacun se rangeait dans un coin sous la bannière de son candidat : on votait en se déplaçant physiquement. Le système des caucus existe encore dans une douzaine d’états américains.
(2) On verra si l’aventure lancée par M. Macron fera mentir ce calcul. S’il devait être élu président contre les candidats des partis, ce serait finalement un retour à l’esprit de la Ve République.

:

PRIMAIRES FRANÇAISES (II) : QU’EST-CE QUE LE POPULISME ?

           Trump est populiste, Mme Le Pen est populiste, M. Sarkozy est en train de le devenir… de quoi parle-t-on ?

            Le populisme, ce sont quatre slogans : parler au nom du peuple, disqualifier les élites, attiser les passions, promettre la lune. Lire la suite

DE L’UTOPIE AU POUVOIR : christianisme et socialisme

            Comment la courte carrière d’un prédicateur galiléen a-t-elle donné naissance à une Église toujours au pouvoir 2000 ans après sa mort ? Et pourquoi  le socialisme est-il toujours prégnant en Europe, presque deux siècles après ses initiateurs Français et Allemands ? Y a-t-il un point commun entre ces deux destinées ? (1) Lire la suite

ATTENTATS DE PARIS : L’OCCIDENT AVEUGLE au messianisme apocalyptique

L’attentat le plus meurtrier jamais commis en France s’est produit vendredi 13 novembre 2015. Plus qu’un attentat c’est un acte de guerre, planifié militairement par des professionnels aguerris disposant de matériel et de moyens modernes.

Sommes-nous en guerre ?

J’entends des commentateurs affirmer depuis leur fauteuil qu’une guerre, ce sont forcément des États et leurs armées conventionnelles qui s’affrontent après une déclaration de guerre en bonne et due forme – comme  en 1914 ou en 1939. Ils ont 50 ans de retard, pendant lesquels le monde a radicalement a changé. Lire la suite

POUR UNE SCIENCE DES CONS (suite du précédent article)

Les  commentaires de mes lecteurs (qui sont presque aussi brillants que moi) m’ont fait prendre con-science que mon précédent article  sur la Science des Cons était incom-plet. J’ai oublié d’y mentionner deux espèces de cons ! Lire la suite

POUR UNE SCIENCE DES CONS

En vieillissant, on s’aperçoit que les cons sont nombreux. Très nombreux. Extrêmement, même.

Or, chose étonnante, il n’existait aucune science des cons  jusqu’à la création à Paris-Sorbonne de la chaire de Conologie dont le laboratoire, que je dirige, s’enorgueillit du plus grand Conographe à transistor jamais mis au point. Cet appareil a permis de répondre à la première question que se pose un scientifique de mon nIveau : les cons forment-ils une espèce comme l’espèce animale, une race comme la race blanche, ou un genre comme le genre humain ? Bref, dans quelle catégorie les inscrire, puisque (selon Aristote) il n’y a de science que du particulier, de l’identifiable, du séparable ? Lire la suite

UN INTELLECTUEL PEUT-IL ÊTRE SUPPORTABLE ? (André Glucksmann)

            Un intellectuel, c’est quelqu’un qui cherche à comprendre (intellligere) le monde tel qu’il est, et les humains tels qu’ils sont.

            Dans cette quête, Platon, Aristote et leurs successeurs (Thomas d’Aquin) ont isolé des transcendantaux, attributs généraux de l’Être qui dépassent toutes ses manifestations ou catégories. Les transcendantaux expriment les propriétés communes à tout ce qui est, ils sont convertibles l’un dans l’autre. On en distingue principalement quatre : l’Être (le fait d’être), l’Un (l’unité de l’Être), le Vrai (la vérité de l’Être) et le Bon (la qualité de l’Être avant ses manifestations accidentelles).

Y a-t-il une seule Vérité ?

            Cette réflexion métaphysiques prend toute son actualité autour de l’un des transcendantaux, la Vérité. Pendant de siècles les religions monothéistes (judaïsme, christianisme, islam) ont affirmé que la Vérité était une (puisque l’Être est un) et elles en ont tiré leur conclusion : « Il n’y a qu’une seule vérité, la nôtre, elle est immuable. Cette vérité elle est bonne, nous la possédons et nous l’imposerons au monde pour son bien »

Comment ? En théorie par la persuasion, mais en fait par la force et la violence faite aux consciences et aux corps. Ce fut l’Inquisition, c’est le sionisme et l’islamisme. Lire la suite