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DIALOGUE AVEC LUC FERRY (III.) : Lazare et le « Moyen-Christianisme »

          Un néologisme pour poursuivre ce dialogue avec Luc Ferry :  de même qu’on parle de Moyen-platonisme, je propose la notion de « Moyen-christianisme ».

I. Le « Moyen-christianisme »

          Aux origines du christianisme il n’y avait pas une Église, mais des communautés disséminées, des groupes sectaires éclatés en tendances opposées. A la fin du IV° siècle, et grâce à l’appui décisif du pouvoir impérial, une de ces tendances va l’emporter sur les autres : l’Église est une secte qui a réussi, par exclusions successives et violentes.
          Elle a navigué entre deux périls :

1) Le péril juif

          Paul de Tarse l’écarte dès les années 50, non sans ambiguïté. D’un côté, il souhaitait que la nouvelle religion soit un greffon du judaïsme, mais de l’autre il reconnaissait qu’elle ne pouvait que scandaliser les juifs. Il rêvait d’une originalité dans la continuité : la greffe n’a pas pris, il n’y aura pas continuité. Et l’Église née de ses efforts s’orientera très vite vers un antijudaïsme de plus en plus prononcé.

2) Le péril philosophique 

          Paul en était conscient : pour exister, il devait s’opposer aux philosophies, répandues sous forme de mythes et de religions à mystères, qui imprégnaient la culture de son époque.
          Il a voulu leur tourner le dos, en proposant une « folie » qu’il prétendait plus sage que la sagesse philosophique. Mais il lui fallait penser le christianisme naissant : maîtrisant parfaitement le mode de raisonnement rabbinique, il s’est rendu compte que son Église ne serait jamais universelle, resterait enfermée dans le petit monde juif, s’il ne faisait pas appel, même timidement, au vocabulaire et à quelques notions de philosophie populaire.
          Dans cette brèche se sont engouffré les communautés qu’il a créées, puis les premiers penseurs chrétiens du II° siècle et tous ceux qui leur succèderont.

          Le christianisme est donc un moyen terme, un compromis dans lequel la dimension juive a rapidement été absorbée par un christiano-paganisme, pensé et enseigné dans le langage et avec les outils de la philosophie.
          Après avoir été séduite par Platon et Plotin, l’Église s’est tournée définitivement vers Aristote, dont Thomas d’Aquin a fait l’armature de sa pensée : à l’approche mystagogique du judaïsme (cliquez) , elle a préféré l’approche scientifique d’une philosophie devenue servante de sa théologie.

          Appelons « Moyen-christianisme » le résultat final, tel qu’il est parvenu jusqu’à nous : un choix fait entre judaïsme intuitif et raison, où l’approche philosophique l’a emporté. Un christianisme à la fois nostalgique du mystère évacué par la rigueur de sa pensée, hanté par son incapacité à appréhender raisonnablement ce mystère, et toujours fasciné par lui.
          C’est à ce Moyen-christianisme que s’affronte le philosophe : il peut le faire grâce à la tournure philosophique qu’a pris le christianisme au fil des âges, et qui fournit autant de points d’accroche à la recherche philosophique. Que dans les évangiles certains passages soient restés proches du jaillissement originel (la parole et les gestes du juif Jésus), alors que d’autres portent déjà l’empreinte d’un Moyen-christianisme en formation quand les textes ont pris leur forme écrite, cela n’est pas de son propos.

          Luc Ferry en convient, quand il avoue qu’il « lit les évangiles comme un enfant ». Son job de philosophe n’est pas de s’interroger sur la façon dont les évangiles ont été modifiés, dès leur écriture, par une pensée philosophique en formation. Ni de remettre en cause le Moyen-christianisme au travers duquel ces textes ont été lus, compris et interprétés au cours des siècles. Il les prend comme un produit fini, dans leur enrobage séculaire, et les questionne.

          C’est ainsi que pour mettre en lumière l’une des deux grandes révolutions qu’apporte selon lui le christianisme, il s’appuie sur l’épisode de la résurrection de Lazare dans l’évangile selon saint Jean, au chapitre 11.

II. Lazare et la « résurrection » de la chair

          Lorsque l’exégète lit ce texte, il sait qu’il se trouve en présence du compte-rendu d’un témoin oculaire, cas unique dans les quatre évangiles. Il s’aperçoit que le chapitre 11 a été extrait d’un récit primitif, éparpillé dans les chapitres 11 et 12 du texte actuel. Il remet les choses en ordre, et constate que Lazare n’est plus alors le héros central (comme il l’était dans le chapitre 11), mais que l’auteur a d’abord voulu témoigner des circonstances de la condamnation de Jésus par les autorités juives.

          En restituant le récit du témoin oculaire noyé dans l’actuel évangile selon saint Jean, il s’aperçoit que l’auteur était présent lors de trois guérisons, autour desquelles il a structuré son témoignage : la troisième, celle de Lazare, fait suite à celle d’un paralytique (chap. 5) et d’un aveugle-né (chap. 9).
          Nous sommes dans un cycle de guérisons : et pour marquer le caractère indéniable de celle de Lazare, le témoin rapporte qu’il « sent déjà ». Quand Luc Ferry conclut que s’il sent, c’est « parce que sa chair est déjà entrée en décomposition », il se fait l’écho du Moyen-christianisme qui a très tôt vu dans cette guérison la résurrection d’un mort – le retour à la vie d’une chair déjà putréfiée.

          Ce n’est pas ce que dit le texte, quand on le compare aux deux guérisons précédentes et quand on relit attentivement le dialogue entre Marthe, la sœur de Lazare, et Jésus. Les limites d’un blog m’obligent à sauter directement aux conclusions de l’analyse : dans l’esprit de l’auteur qui témoigne, il ne s’agit en aucun d’une résurrection de Lazare, mais d’une guérison. Quand Lazare sort du tombeau, ce n’est pas pour entrer dans l’éternité que les juifs attendaient, après à la résurrection « au dernier jour » : c’est pour célébrer sa guérison par un gueuleton, au cours duquel sa sœur Marie répand du parfum sur le héros du jour (Jésus), et auquel une foule de curieux viennent voir Lazare et constater sa guérison.

          Guéri, et non ressuscité : un jour, Lazare guéri devra mourir pour de bon.

          Si l’auteur relève l’odeur dégagée par le malade, c’est pour souligner les pouvoirs de guérisseur de Jésus. Ils étaient nombreux à l’époque, les charlatans qui exerçaient cette activité en Israël : l’auteur souligne que Jésus n’est pas le complice d’un pseudo-malade. Et que cette guérison-là, par son caractère spectaculaire, a été l’événement qui décidera les autorités juives à lancer contre Jésus un mandat d’arrêt, au moment où la fête de Pâque rassemble à Jérusalem des milliers de pèlerins toujours prêts à s’agiter.

          La résurrection du Moyen-christianisme a été inventée par Paul (cliquez) . Pour ce faire, il ne s’est appuyé ni sur la « résurrection » de Lazare, ni sur une autre « résurrection », celle du jeune homme racontée par Luc (7,11) : quand on sait (au dire du témoin oculaire) le remue-ménage causé à Jérusalem par la sortie de Lazare du tombeau, et le rôle déterminant joué par cette guérison dans la condamnation de Jésus, on imagine difficilement que Paul n’en ait jamais entendu parler. Une guérison n’apportait aucune eau à son moulin.

          Cela ne retire rien à la pertinence de l’affirmation de Luc Ferry : « Le message de l’évangile, c’est la résurrection, non seulement des âmes, mais des corps, de la chair ». C’est « ce que le Christ nous promet ».
          Le Christ (de Paul) : oui.
          Jésus ? L’idée ne pouvait même pas lui venir à l’esprit.

          L’idée d’une résurrection de la chair appartient au Moyen-christianisme. En l’analysant, Luc Ferry confronte philosophie avec philosophie. Quand il y découvre un appel de sens qui secoue certaines impasses philosophiques, c’est avec une joie qu’il sait nous communiquer, et dont il faut lui savoir gré.

          Le Moyen-christianisme s’est construit indépendamment de la personne et du message du juif Jésus. Luc Ferry commençait en montrant que les philosophies sont toujours nées par un processus de laïcisation des religions ambiantes. Peut-on dire que le Moyen-christianisme est, lui aussi, une laïcisation de l’intuition religieuse fulgurante portée par Jésus ? Une trahison (par la pensée raisonnante) de cette intuition, qui nous est connue par les choix de vie de cet homme et par ses paraboles, simples histoires à la portée des enfants ?

          Il convient à un dialogue de ne pas répondre aux questions qu’il pose.


                                          M.B.,  3 mai 2009

(à suivre)

DIALOGUE AVEC LUC FERRY : (I.) PHILOSOPHIE ET EXPÉRIENCE

          Après d’autres, Luc Ferry s’est engagé dans une confrontation exigeante entre l’interrogation philosophique et l’interrogation religieuse – plus précisément, entre philosophie classique et christianisme.
          Plus que d’autres, il le fait avec une modestie, une honnêteté et une sympathie (ou plutôt une empathie) envers le christianisme, qui rendent son propos particulièrement significatif dans les moments d’effondrement identitaire que nous connaissons.
          Honnête, je dois l’être : en matière de philosophie, je ne suis qu’un paysan de la Garonne. La connaissance que j’en ai, comparée à la sienne, est celle du bouseux dans sa ferme en face de l’ingénieur agronome. Sachant cela, on peut quand même dialoguer.

          Et je vais me heurter immédiatement à l’obstacle incontournable, inhérent à tout dialogue de ce type : le philosophe s’efforce, par le raisonnement, d’aller au cœur même de la réalité humaine. Et encore un peu plus loin, de sonder le mystère de la transcendance.
          Si elle n’écarte en rien l’usage de la raison, mon approche des mêmes réalités se fonde sur une expérience. Non pas irraisonnée, bien au contraire : mais échappant, par sa nature même d’expérience, à l’implacable logique du raisonnement.
          La question, bien sûr, est de savoir si l’expérience précède le raisonnement, ou si elle lui fait suite – déclenchée par les impasses de toute raison humaine, ou stimulée par elles.
          Il n’y a de réponse ici qu’individuelle. Dans ma vie, je crois qu’interrogation intellectuelle et expérience de l’indicible ont toujours cheminé ensemble, l’une distanciant souvent l’autre pour être rattrapée par elle, et la relancer.
          Mais je crois aussi savoir que chez bien des philosophes, l’expérience du mysterion – qu’on appelle parfois « mystique » – accompagnait le cheminement de leur réflexion. Ainsi en fut-il (c’est le paysan qui parle) de Plotin. Plus près de nous, de Pascal : lequel finit par avouer, dans un cri déchirant, qu’au finish son expérience l’emporte devant sa réflexion – « Je crois, parce que c’est absurde ».
          La primauté finalement donnée à son expérience (mystique) est un pari qu’il a fait, le pari de la foi.
          Et un pari, ça peut se perdre.


          Revenons au fait : l’expérience de la transcendance. La difficulté rencontrée ici est celle de toute expérience humaine : les parents le savent bien, leurs enfants répèteront les mêmes erreurs qu’eux. L’expérience ne se transmet pas, sans quoi l’humanité serait un peu meilleure qu’elle n’est. Ou plutôt, elle peut se transmettre : mais ce n’est pas par la parole ou l’enseignement. C’est, si j’ose dire, par l’expérience de l’expérience.
           Je rencontre quelqu’un qui a fait une expérience de la transcendance : il ne pourra ni me convaincre de sa validité, pour moi qui ne l’ai pas faite, ni même me l’expliquer en termes recevables par moi. Mais je pourrai peut-être constater, au fil de notre rencontre personnelle, qu’il a bien fait cette expérience. Pour l’envier peut-être, en tout cas pour me dire que c’est possible (puisqu’il l’a fait). Et entamer, moi-même et pour mon propre compte, mon cheminement personnel en direction de cette expérience.

           D’où l’importance, en matière de transcendance, du témoignage. On ne convainc pas par des discours, mais par la flamme intérieure qui provient de l’expérience, et que l’autre en face percevra – ou ne percevra pas.
          Même les philosophes n’échappent pas à cette nécessité du témoignage. La mort de Socrate est sa plus belle parole, celle que les paysans de ma sorte retiennent de lui.

          Cela m’amène à la clé du dialogue avec le philosophe. Lorsqu’il s’efforce de dessiner les contours de ce qui unit et qui différencie philosophie d’un côté, et christianisme de l’autre, Luc Ferry se montre d’une irréprochable probité. Mais le deuxième point de sa comparaison est le christianisme, dont il connaît fort bien l’expression traditionnelle, ciselée depuis la fin du I° siècle jusqu’à Benoit XVI.
          Or c’est là, me semble-t-il, que le bât blesse. Car le christianisme (j’insiste sur ce mot) est une utopie, une construction idéologique initiée magistralement par Paul de Tarse entre l’an 50 et l’an 60, puis montée jusqu’à aujourd’hui comme un gigantesque et prestigieux château de cartes.
          Une utopie : c’est-à-dire, au sens du terme, un « lieu de nulle part ».
          Une construction de l’esprit, dont le prestige et la beauté ne doivent pas faire oublier qu’elle est issue d’une succession d’hommes qui ont tous, depuis Paul, tenté de traduire leur expérience en termes raisonnables. Empruntant pour cela aussi bien aux religions « païennes », qu’à la philosophie ambiante de leurs époques respectives.

          Ainsi, par exemple, le Logos des stoïciens s’est-il curieusement vu identifié à la personne de Jésus. Dont l’évangile de saint Jean nous apprend que cet homme et ce Logos ne font qu’un, et que l’intemporel Logos a pris chair sur terre.
          Double trahison : d’abord de la philosophie stoïcienne, pour qui le Logos ne peut en aucun cas s’incarner – cela n’a pas de sens. Ensuite de l’homme Jésus, qui fut tout sauf une idée incarnée.
          Ayant pour point de départ le christianisme tel qu’il le reçoit de la tradition chrétienne, Luc Ferry se trouve inévitablement piégé dans un champ clôturé par le dogme fondateur du christianisme, celui de l’incarnation, et par sa démonstration la plus éclatante, la résurrection de Jésus dans sa chair.
          Quoi que fasse le philosophe, aussi brillant fut-il, il est obligé de comparer un système idéologique – le christianisme – à sa recherche philosophique.
          Alors il trouve plus ou moins de points de contacts, plus ou moins de supériorité ou d’infériorité d’une doctrine (chrétienne) sur une philosophie (multiple). Mais les murailles invisibles tracées dès le départ, l’utopie chrétienne, l’enferment toujours dans un pré-carré, une prison dont il ne peut que heurter les murs.

          La faute à qui ? Au christianisme. Il fournit aux philosophes un produit fini, qu’ils doivent bien prendre tel qu’il se présente à eux, pour le placer dans la balance de leur réflexion.
          Le moyen, peut-être d’en sortir ? Se rappeler qu’avant le christianisme, il y eût un homme, Jésus le Galiléen. Que l’utopie qui se réclame de lui n’a rien à voir, ni avec ce qu’il a vécu, ni même avec ce qu’il a considéré lui-même comme l’essentiel de son message.
          Car Jésus n’a pas été le premier à prêcher l’amour et le pardon : d’autres l’ont fait avant lui, en Occident et en Orient. Lui-même était très conscient d’apporter quelque chose d’absolument neuf dans le monde juif qui était le sien. Et cette nouveauté absolue du message de Jésus, elle est passée à la trappe, ou bien elle a été rapidement recouverte par le manteau, somptueux et mensonger, de l’utopie chrétienne.

          Comme le disait Jacques Ellul, le christianisme a été une subversion de Jésus – de sa personne, de son enseignement.

          Ce qui a rendu possible cette prise de conscience – récente – c’est la redécouverte de l’homme Jésus tel qu’il fut, de sa personnalité telle qu’elle fut, de son message tel qu’il fut.
          Aujourd’hui, on appelle cela la quête du Jésus historique : les lecteurs de ce blog savent de quoi il s’agit (entre autres.  Si l’on veut sortir du champ clos de la confrontation entre une utopie dogmatique et la réflexion philosophique la plus exigeante, il faut revenir en amont du christianisme, à la personne et à l’enseignement de Jésus.

          Le travail est en cours. Il sera long.

                                              M.B., 20 avril 2009

                       (à suivre)

« Le secret du treizième apôtre », Roman, Albin Michel.

                           roman d’action (Thriller)

          Moins long que Le Nom de la Rose, moins menteur que Da Vinci Code, mais aussi passionnant qu’eux : on se balade du 1° au 20° siècle, d’une abbaye mystérieuse aux couloirs du Vatican, des Esséniens aux Templiers, d’un prélat lubrique à un moine-ermite… Sans oublier les agents secrets juif et arabe à la gachette rapide.

          Tout ça, autour d’un secret réel : il y avait bien treize apôtres autour de Jésus, et le treizième n’était pas une femme. Il est nommé 8 fois dans le IV° évangile, mais nous ne saurons jamais son nom. Car il a été farouchement effacé, gommé des textes et de la mémoire de l’Église.

          Pourquoi ?

          Savait-il quelque chose, qu’il ne fallait pas dire ? Et ce qu’il savait pourrait-il mettre en danger la survie de l’Église, donc de l’Occident ?

          Un moine français, le père Nil, va partir à la recherche de cet homme, et du secret qu’il portait en lui. Nil va se heurter non seulement aux gens du Vatican, mais à ceux du Mossad et du Hamas : car les juifs, pas plus que les musulmans ni les chrétiens, n’ont intérêt à ce que le secret du 13° apôtre sorte de l’ombre où des hommes l’ont enfoui depuis 20 siècles.

          C’est un peu érudit, mais cette érudition-là on en redemande : elle est parfaitement lisible.
         C’est vrai aussi, c’est impertinent, mais que voulez-vous, l’auteur est français.
         C’est vrai enfin, on découvre des vérités étonnantes (mais exactes) sous le manteau scintillant de la fiction.

         C’est vrai, on ne s’ennuie pas un instant.

         Et quand on repose le livre, on reste songeur. Puis on se met à penser – peut-être même à rêver.

Paru en mars 2006, Le secret du treizième apôtre a figuré sur la liste française des best-sellers. Édité au Livre de Poche, traduit en 18 langues (dont le Coréen !), best-seller en Angleterre, Espagne, Italie, Allemagne.

« DIEU MALGRÉ LUI, nouvelle enquête sur Jésus »

     Le 9 avril de l’an 30, un tombeau a été trouvé vide aux portes de Jérusalem. Il aurait dû contenir un cadavre, qui avait disparu.

     Que s’est-il passé ?

          Comme un policier menant une enquête, j’ai tiré ce fil – et toute la pelote est venue. Manipulations autour de Jésus, maquillages de son identité réelle, mensonges et impostures qui sont à l’origine du plus formidable pouvoir que l’Occident ait connu pendant 17 siècles : L’Église chrétienne.

     Le style est un peu celui du romancier, mais l’enquête est menée avec la rigueur et la précision de l’historien. On découvre la présence auprès de Jésus d’un 13° apôtre, les circonstances probables de la mort de Judas, assassiné par Pierre. Les véritables raisons de la mort de Jésus, le rôle joué par les Esséniens…

     J’ai voulu restituer son humanité à Jésus le nazôréen, en le replaçant dans le contexte social, politique et religieux qui fut le sien dans une Palestine traversée de tensions. Menée entre 1995 et 2000, cette enquête a été rendue possible par le travail des chercheurs qui, depuis une cinquantaine d’années, exhument le juif Ieshua du sarcophage dans lequel l’Église l’a embaumé, sous l’identité de Jésus-Christ.

      Je ne disposais pas à l’époque des publications des exégètes américains (Meier, Brown) : si elle aurait besoin aujourd’hui de quelques ajustements, l’enquête de Dieu malgré lui reste pertinente sur le fond.

     Dans une 2° partie, j’instaure un dialogue entre deux Éveillés majeurs de notre planète : le juif Jésus et l’indien Siddartha (le Bouddha). Entreprise pour la première fois ici , cette confrontation de leurs expériences vécues jette, sur la personnalité de Jésus, une lumière inattendue et bienfaisante.

     Enfin démaquillé, le visage de Jésus m’est apparu infiniment attirant, fascinant, aimable en même temps que déroutant.

                                         M.B., 2009.

UNE CRITIQUE ANGLAISE DU ROMAN « Le Secret du 13° apôtre »

 

           LE « TREIZIÉME APOTRE » VU PAR UN ANGLAIS

      La traduction anglaise du Secret du 13° apôtre (The 13th Apostel, Alma Books, London) a été pour moi l’occasion d’un long entretien avec un  journaliste du The Independant de Londres (1). Son article vient de paraître. En voici la traduction, établie par mes soins. Fidèlement trancrits ici, les propos du journaliste anglais sont de sa seule responsabilité.

           Y A-T-IL UN ECO DANS TOUT CELA ?

     L’Église catholique a été un repaire de corruption et de mensonges depuis l’époque de saint Pierre, selon un roman qui vient de paraître. Surtout ne parlez pas de Dan Brown à son auteur.

                                         Une Interview de Peter Stanford

     L’ombre portée par le succès phénoménal du Da Vinci Code de Dan Brown plane sur Le Treizième Apôtre, récit des intrigues vaticanesques concocté par Michel Benoît, et qui a atteint la Grande Bretagne après une carrière de bestseller en France et en Espagne. Pourtant l’auteur n’accepte pas qu’on dise qu’il aurait mis ses pas dans ceux de Dan Brown – pas un seul instant : « Quand j’ai lu le Da Vinci Code, je me suis dit : « ce n’est pas possible, sur un sujet pareil, de dire tant de merdes » Il ne sait pas de quoi il parle : moi, oui ».

     Ceci dit avec l’arrogance habituelle aux français, mais dans ce cas c’est indéniablement vrai. Ancien moine bénédictin, Benoît a préparé un doctorat en théologie à Rome avant de retourner enseigner le Nouveau Testament dans son abbaye. Et pourtant son intrigue – une société secrète au coeur de l’Église, prête à tuer pour protéger un ancien secret qui, s’il était dévoilé, mettrait le christianisme en péril -, semblera familière aux lecteurs du trhiller de Brown. Je n’en dirai pas plus, pour ne pas  dévoiler le suspense : je dirai seulement que dans ce roman, Jésus apparaît être moins que ce qu’on en a fait.

     Également proche de Dan Brown est l’histoire à sensations des manipulations et falsifications historiques située par Benoît au coeur de l’Église. Il dépeint une corruption rampante à l’intérieur du catholicisme institutionnel qui commence avec un saint Pierre meurtrier pour aboutir au dernier « méchant », un certain cardinal Catzinger au début du 21° siècle. Je demande à l’auteur : « Le pape actuel n’a-t-il pas des motifs suffisants pour vous traîner en justice ? » – « A quoi pensez-vous, comme vous avez mauvais esprit ! », sourit Benoît. « Vous autres anglais, vous avez toujours l’esprit vicieux ! ».

     La soixantaine, grand et athlétique, Benoît est un charmeur. Bavardant dans l’arrière-boutique d’une librairie de Londres, il prend manifestement plaisir à défendre la dimension historique d’un roman que ses éditeurs décrivent comme « dangereux à lire pour les catholiques ». Après avoir rejeté Dan Brown, il m’indique quelle serait la bonne référence de sa première oeuvre de fiction populaire : Le Nom de la Rose d’Umberto Eco. « Voilà ma référence, dit-il, j’adore ce livre. Eco est un des meilleurs connaisseurs de l’histoire italienne du 14° siècle »

     Il est clair qu’il y a une recherche sérieuse et approfondie en arrière-plan du roman. Il juxtapose la lutte pour le pouvoir, et les convulsions qui agitèrent l’Église primitive, avec un complot qui traverse les siècles jusqu’à aujourd’hui pour cacher un document qui dénoncerait ces luttes sordides – au risque de ternir l’image de saint Pierre et de ses successeurs. Mais le livre de Benoît est aussi le reflet de son expérience personnelle.

     Il est entré très jeune dans l’Ordre bénédictin, avec en poche un doctorat en pharmacie et après avoir refusé les offres de Jacques Monod (prix nobel de biochimie) pour suivre ce qu’il pensait être sa vocation. Dès le début, il fut un client peu commode : à cette époque, les moines de choeur étaient automatiquement ordonnés prêtres. Il refusa tout net, s’appuyant sur un texte récent du Concile Vatican II, et fut parmi les premiers bénédictins à n’être que simple moine.

     Ne sachant que faire de lui, ses supérieurs l’envoyèrent à Rome, où il étudia pendant 4 ans 1/2. Cette expérience nourrit sa description de la corruption dans la Maison adonnée au business de Dieu. « J’en ai entendu bien plus que je n’en raconte dans mon livre : je suis en-dessous de la réalité. Mais je n’avais pas l’intention d’écrire un roman de caniveau »

     Ses études le rapprochèrent des Évangiles et de Jésus. « J’ai découvert que Jésus était juif ! C’était la première fois que je m’en rendais compte, on ne me l’avais jamais dit. Le Jésus qu’on m’a enseigné était né à Rome, il avait une culture grecque. Voilà quelle était la version politiquement correcte »

     [Le journaliste, lui-même catholique pratiquant, me fait alors remarquer que le Concile Vatican II a publié des textes qui réhabilitent la judaïté de Jésus, et que le problème a toujours été l’incarnation de Dieu dans un homme. Puis il raconte comment j’ai « été quitté » par l’Église pour déviationnisme idéologique].

     Depuis 25 ans, son chantier de travail principal est la redécouverte du Jésus historique. C’est après avoir publié un essai, Dieu malgré lui, nouvelle enquête sur Jésus, que l’idée du Treizième apôtre mûrit dans son esprit : « Cet essai s’est vendu à 5000 exemplaires – il paraît que ce n’est pas si mal pour ce genre de livre ! Mais j’était très déçu. Alors je me suis dit : faisons un thriller. Un « roman de merde », avec tous les ingrédients habituels – crimes, sexe, trafics, la totale quoi ! Et j’ai trouvé ça très amusant. Mais j’ai voulu que la fiction soit solidement documentée au plan historique, un roman qui ait aussi du fond. Je ne peux pas dire que sa dimension historique représente la vérité, puisqu’il n’y a pas de vérité en histoire, il n’y a que des hypothèses qui s’approchent de la vérité. J’ai voulu être très rigoureux avec les textes qui racontent les débuts de l’Église ».

     Pour donner une idée de la méthode de Benoît : selon lui, Judas est pris dans  une machination visant à livrer Jésus aux autorités du Temple. Pour qu’il ne risque pas de parler, Pierre, le chef des apôtres, l’éventre d’un coup de poignard. Il semble que Judas était un obstacle à l’ambition de Pierre sur la route du pouvoir.

     Je demande « Où avez-vous trouvé la preuve de ce que vous avancez ? » – « Si vous lisez les Évangiles, vous trouvez deux récits de la mort de Judas. J’ai retiré les lunettes de la foi, et j’ai étudié ces textes comme n’importe quels autres. Le premier récit est celui de Matthieu : Judas se serait suicidé par pendaison. Le second se trouve dans les Actes des Apôtres, qui décrivent l’éventration de Judas. Et qui en fait le récit circonstancié ? L’apôtre Pierre. Partant de là, j’ai fait tout un travail de critique de la « version officielle », avec sérieux »

     Je suggère à Benoît qu’aucun tribunal ne condamnerait Pierre sur ce genre de fait. « Je m’y tiens comme à une hypothsèe historique, confirmée par l’étude de l’ensemble des textes. Vous me parlez de faits : Le seul fait certain est que Jésus est mort. Pour le reste, il faut s’appuyer sur trois choses : les textes, le contexte, et le bon sens ».

        (Paru dans The Independant on Sunday du 12 août 2007)

(1)The Independant est un peu l’équivalent anglais de Libération : un journal de gauche (anglaise !), dont les journalistes sont réputés pour leur franc-parler.

Vient de paraître « JÉSUS ET SES HÉRITIERS, mensonges et vérités ».

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                      (150 pages)
                       
     Paru en mars 2006, Le secret du treizième apôtre a été inscrit sur la liste des best seller pendant plusieurs semaines, puis traduit en 18 langues étrangères. Il vient d’être édité dans le Livre de Poche.

     Très vite, d’Espagne, d’Italie, d’Angleterre, on m’a demandé : « Y a-t-il une vérité historique derrière ce roman ? Où s’arrête l’Histoire, où commence la fiction ? »

     Pour répondre à cette question, j’ai d’abord écrit une notice de 30 pages. Qui m’a vite semblé insuffisante : je l’ai amplifiée, et voici le résultat.

     Dieu malgré lui avait été écrit entre 1995 et 2000 : depuis, la recherche a beaucoup progressé. Si je devais refaire aujourd’hui cet essai, le fond en serait le même. Mais j’apporterais quantité de précisions, en le situant mieux dans le contexte de la « quête du Jésus historique ».
     C’est ce qui est fait dans Jésus et ses héritiers.

     Encore un livre sur Jésus ? Non. A l’éclairage direct, j’ai préféré l’indirect. 
     Que savons-nous d’historiquement fiable sur l’entourage du prophète Galiléen, sa famille, ses apôtres, le mystérieux treizième apôtre ? 
     Qui était Judas ? Est-il mort suicidé, ou bien… assassiné, et alors par qui ? Pierre fut-il l’Honnête Homme qu’on cherche à nous présenter dans le Nouveau Testament ? 
     Marie Madeleine enfin :  a-t-elle été l’amante de Jésus ? Si non, d’où vient la légende ?
     Sur tous ces personnages devenus légendaires, que disent les textes ? Écrite par les vainqueurs d’un combat pour la mémoire qui dura cinq siècles, l’Histoire qu’enseignent nos catéchismes, que répandent les romanciers, est-elle véridique ?

     Les lecteurs du Secret du treizième apôtre trouveront ici, en quelques pages, réponses à toutes leurs questions sur l’arrière-plan historique du roman. Du moins, ce qui concerne les événements du 1° siècle et du début du 2° siècle.

     En Histoire, il n’y a pas de vérités définitives : il n’y a que des hypothèses, de plus en plus affinées.
     Jésus et ses héritiers est une contribution sur ce qu’on peut dire, aujourd’hui, du mythe fondateur de notre civilisation.

                                M.B., 4 février 2008

Un article sur « Jésus et ses héritiers ».

          Le Parisien Dimanche, quotidien national français, publie en date du 24 février 2008 un article sur « Jésus et ses héritiers ».
     Je ne connais pas le journaliste qui a écrit cet article. Je ne suis pas actionnaire de ce journal.

       Comme sa photocopie (ci-dessous) est difficilement lisible, je vous en donne une retranscription exacte.

          MICHEL BENOIT DÉVOILE UN AUTRE JÉSUS

     L’homme peut se targuer d’un parcours atypique. Ancien moine, Michel Benoît a consacré sa vie à la recherche de sa spiritualité et de sa liberté.

     Cet écrivain – dont les romans et les essais sont publiés chez Albin Michel – présente aujourd’hui son dernier ouvrage, « Jésus et ses héritiers », qui est en librairie. Oubliées les thèses à l’emporte-pièce des « Da Vinci Code » et autres ersatz.

       Un véritable érudit

     L’auteur est un véritable érudit, jonglant avec les méthodologies et les références les plus rigoureuses. Le livre est un essai dans lequel l’auteur tente de faire, à travers les écrits sacrés ou scientifiques, un portrait plus moderne de Jésus. Il installe, dès les premières pages, une double identité, Jésus à la fois homme et figure sacrée. En véritable profileur, Michel Benoît suit les pas de son sujet, quitte à froisser certaines convictions.

     En une phrase, voilà qu’il replace les bases d’une religion qui naissait il y a deux mille ans : « Il (Jésus) n’a jamais voulu fonder le christianisme, mais réformer profondément le judaïsme ».

     Enrichi de références bibliographiques à foison, l’essai se lit comme un polar, une forme d’enquête passionnante.
          A.H.
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Michel Benoit, Daniel Marguerat et Jésus : un article en Suisse.

          Lu dans Le Matin Dimanche, Genève, 21 Déc. 2008 :

                    Le Vatican dit-il la vérité ?

           Mode : Les églises se vident, sauf à Noël et à Pâques, et pourtant les libraires n’ont jamais autant vendu de livres sur le Christ. Pour la première fois depuis vingt siècles, cette figure a complètement échappé au contrôle des religieux et vit une nouvelle existence romanesque. Faut-il s’en réjouir ? Et quelles seront les conséquences de ce phénomène pour la chrétienté ?

                                     (par Jocelyn ROCHAT)

Après 17 siècles de contrôle féroce, le Christ a fini par échapper à la surveillance jalouse des Églises. Progressivement récupéré par les historiens dès 1778, Jésus est désormais tombé dans le domaine public. Le voici même, selon la formule de l’historien Michel Benoît, « devenu un people », comme Nicolas Sarkosy ou Paris Hilton.
          Grâce, ou à cause de Dan Brown et de son « Da Vinci Code« , on s’interroge sur la vie sexuelle de Jésus (a-t-il épousé Marie-Madeleine, lui a-t-il fait un enfant ?). Grâce, ou à cause de Mel Gibson, nous avons vu sur écran géant les détails les plus sanglants de sa Passion.

          La montre de Jésus

« Et si Jésus avait porté une montre comme notre président, on voudrait en connaître la marque », ironise le Français Michel Benoît. Pourtant l’historien est très loin de regretter cet intérêt pour le Jésus people. « Nous assistons à un phénomène nouveau. A travers des films et des romans à succès, un vaste public s’habitue à entendre parler de Jésus autrement, et il en redemande.

          A l’entendre, cette curiosité des foules pour un Jésus plus intime serait « une bonne nouvelle. Même si les réponses des romanciers ou des scénaristes sont souvent simplistes ou mensongères, ces nouveaux récits posent quand même la bonne question au grand public : qui était ce Jésus, sur lequel s’est construite l’identité culturelle de l’Occident ?Désormais, les gens se sentent autorisés à réclamer un droit d’inventaire, sans tabou. On peut s’interroger sur tout, et on ne se prive pas »

          « Enfin ! , s’exclame Daniel Marguerat, l’expert Lausannois du Jésus historique. Enfin le grand public se pose des questions sur Jésus et perd un peu de sa naïveté »
          Les deux chercheurs s’accordent cependant pour penser que cette nouvelle médiatisation est une arme à double tranchant. « Il faut se battre sur deux fronts : face à l’Église et face aux fausses pistes imaginées par des romanciers à succès mais peu sérieux », précise Michel Benoît. Question d’actualité, en cette période de Noël, la composition (contestée dans le camp catholique) de la Sainte Famille.

          Une histoire de fratrie

Jésus avait-il, oui ou non, des frères et soeurs ? « Si l’on consulte les évangiles, les données sont d’une évidence aveuglante : autant Marc que Matthieu, Luc et Jean mentionnent leur existence. Cette question a été contestée pour des raisons qui n’ont rien à voir avec l’Histoire », assure Daniel Marguerat.
          D’accord sur le côté utile de ce Jésus people qui passionne les foules à une époque où les Églises se vident, les deus experts divergent, en revanche, sur les conséquences de cet intérêt pour l’homme Jésus.
          Pour Michel Benoît, « les populations européennes éduquées d’aujourd’hui n’acceptent plus aussi facilement de croire à des choses inimaginables, par exemple l’histoire d’une vierge qui a eu un enfant en restant vierge avant, pendant et après, et elles devraient prendre leurs distances avec les Églises »
          Pour le protestant Daniel Marguerat, en revanche, « chercher à connaître le Jésus de l’Histoire n’est pas hostile à la foi. Il est utile pour les croyants de découvrir qui fut cette personne humaine en laquelle Dieu s’est incarné »

          QUI ÉTAIT « LE DISCIPLE QUE JÉSUS AIMAIT » ?

C’est l’une des grandes questions « people », chère aux romanciers, et qui ouvre des perspectives théologiques fascinantes. L’évangile de Jean nous parle à plusieurs reprises du « disciple préféré de Jésus », mais ne lui donne pas de nom. On apprend notamment que, sur la croix, Jésus lui aurait confié sa mère.
          Pendant longtemps, les théologiens ont pensé qu’il s’agissait de l’apôtre Jean. Une théorie contestée dans de nombreux romans à succès. Dan Brown imagine ainsi dans son « Da Vinci Code » que ce disciple préféré était Marie-Madeleine. Et il en profite pour souligner le rôle très inhabituel accordé aux femmes qui suivaient Jésus.

          Auteur d’un autre best-seller international traduit en 18 langues, Michel Benoît donne des traits masculins à ce « disciple préféré ». Mais pas ceux de Jean. Dans Le secret du treizième apôtre  il le décrit comme un riche notable juif, qui résidait dans un beau quartier de Jérusalem et qui possédait la maison où fut célébré le dernier repas de Jésus.
           Selon lui, ce « préféré » savait que Jésus n’était pas un dieu fait homme, mais un humain inspiré. Une révélation qui pourrait faire vaciller le Vatican.

          Ce roman, sorti cette année au Livre de Poche, a été écrit par un auteur totalement atypique. Ancien moine bénédictin, Michel Benoît est théologien et docteur en Biologie. Il a quitté les Ordres en 1984, l’Église désapprouvant ses recherches sur la vie et la personnalité du Christ.
          Ce qui ne l’a pas empêché de poursuivre sa quête. Michel Benoît a aussi passé 5 ans proche du Vatican, et cette expérience a largement nourri son roman.

          Enfin et surtout, « Le secret du 13° apôtre » s’inspire largement des recherches de l’auteur, qu’il a défendues dans deux livres savants, aussi faciles à lire que troublants : Dieu malgré lui (2001) et Jésus et ses héritiers (2008)

DANS LE SILENCE DES OLIVIERS (II) : la fabrication d’un roman;

michel benoit silence oliviers 1couv

          Pourquoi un nouveau roman sur Jésus ?

I. La préhistoire

          En 1975, je préparais ma thèse de doctorat en théologie : et je découvris, avec stupeur, que Jésus était juif. Un juif qui avait parlé à d’autres juifs : les Évangiles ne pouvaientêtre compris qu’à l’intérieur de la culture juive de leur époque. Je me fis donc juif, me plongeai dans le Talmud et les textes judéo-chrétiens alors disponibles.

          Lorsque je présentai mon projet de thèse en, il fut refusé par les autorités vaticanes : en ce temps-là, la judaïté de Jésus était un tabou. J’abandonnai le projet, mais non pas mon intérêt pour ce juif hors-normes.

          Au début des années 1990, je rouvris ce dossier. En quinze ans, on avait publié nombre de sources jusque là inaccessibles, et des ouvrages sortaient – en rafale – sur le juif Jésus, passionnant le public même non-croyant.

           Je disposais enfin de la documentation nécessaire.

          Entre 1995 et 2000, je me mis à écrire. Le résultat, ce fut un essai publié en 2001. Il dévoilait l’identité réelle de cet homme devenu Dieu malgré lui, titre de l’ouvrage . Pour le mettre à la portée du grand public, j’en fis ensuite un roman, Le secret du treizième apôtre, qui eût un certain succès. De la vie de Jésus, de son entourage, je disais ce qu’on pouvait savoir d’historiquement fiable, mais je laissais de côté son enseignement.

II. Les tâtonnements

          En même temps que je travaillais à Dieu malgré lui, je découvris – un peu par hasard – d’abord le bouddhisme tibétain, puis l’enseignement du Bouddha Siddharthâ lui-même.

          Ce fut un choc : des analogies apparaissaient, frappantes, entre ces deux maîtres du passé. Plusieurs auteurs avaient déjà tenté de comparer le bouddhisme au christianisme, et cette piste semblait mener à une impasse. Mais si l’on confrontait l’expérience vécue par chacun de ces deux hommes, on découvrait la lignée des Éveillés – et que Jésus était l’un d’entre eux, non des moindres.

          La deuxième partie de Dieu malgré lui, où je fais asseoir Jésus et Siddharthâ à la même table, fut donc intitulée Un Bouddha juif : mais je ne m’attardais toujours pas sur l’enseignement de l’Éveillé juif Jésus.

III. L’arrière plan

          C’est que les Églises chrétiennes (et surtout la catholique) avaient, dès leurs origines, détourné non seulement l’identité de l’homme Jésus mais aussi son enseignement, pour se constituer en puissances mondiales.

          Je devins alors sociologue, étudiant l’ampleur du déclin récent de ces Églises, institutions fondatrices de l’Occident. Il m’apparût que le christianisme en tant que système idéologique, conception de l’Homme et de sa destinée dans l’univers, était parvenu à une impasse. Simultanément, la crise de l’identité occidentale semblait accompagner le déclin de l’idéologie chrétienne, qui pendant dix-sept siècles lui avait fourni sa colonne vertébrale.

          Déclin du christianisme, perte de l’identité Occidentale : ces deux accidents majeurs de notre civilisation étaient liés, sans qu’on puisse savoir lequel avait précédé l’autre.

          Tel était désormais le décor de tous mes travaux.

IV. Le Coran et le 13° apôtre

          L’arrière-plan de la crise de l’Occident eût été incomplet, si je n’y avais pas inscrit ses relations avec l’islam.

          Il était hors de question d’explorer une culture et une littérature aussi considérable : je me cantonnais au texte du Coran, pour découvrir là aussi des vérités cachées – dont je tirai parti pour l’écriture du Secret du treizième apôtre.

          En même temps, j’approfondissais ma connaissance du IV° Évangile, dit selon saint Jean. Il m’apparût que la partie la plus ancienne de cet Évangile avait sans doute pour auteur ce treizième apôtre, volontairement ignoré des Églises mais indéniablement présent dans l’entourage de Jésus. Son témoignage visuel, de première main, était celui d’un personnage qui avait joué un rôle essentiel dans les derniers moments de la vie de son maître et ami, le rabbi de Galilée.

          Avec ce dernier travail de recherches, j’étais enfin parvenu au pied de l’Everest : retrouver, derrière tout ce que les Évangiles lui ont fait dire, l’enseignement de Jésus lui-même.

          Ce fut un éblouissement : enfin démaquillé de tout ce que le christianisme avait plaqué sur son visage et sa parole, cet homme apparaissait totalement moderne, ses questions étaient les nôtres, ses réponses parlaient à notre temps.

          Mais comment mettre en forme ces précieuses pépites ?

V. L’écriture du Silence des oliviers 

          Très vite, je décidai d’abandonner la forme « essai », peu appréciée par un grand public étouffant sous les contraintes du quotidien, et qui demande qu’on le prenne par la main en l’intéressant. Il fallait écrire un roman.

          Un roman, c’est-à-dire des personnages, qui prennent la parole dans une situation où leur vie est en jeu.

          Quelle situation était plus conflictuelle que celle du peuple juif au début du 1° siècle ? Je me plongeai dans les travaux des sociologues de l’antiquité juive, pour m’imprégner du climat d’extrême tension qu’avait rencontré toute sa vie le jeune rabbi galiléen.

          Et lui-même, ses disciples, son entourage, me fournissaient (sans que j’aie rien à inventer) les personnages d’un roman. Quelle situation plus romanesque que celle d’un opposant, qui se heurte à tous les pouvoirs en place, et finit par être trahi par ses plus proches compagnons ?

          Un roman, mais dont le moindre détail devait être conforme à ce que la recherche la plus exigeante nous fait connaître des gestes et des paroles authentiques de chacun des personnages. Je savais que je ne pourrais jamais restituer une voix éteinte depuis 2000 ans : ne pouvant pas faire entendre la voix de Jésus, je ferais le portrait de cette voix.

          Un portrait : mais sous quel angle ? Où planter mon chevalet ? J’ai choisi de saisir Jésus à cet instant où il se sait trahi, devine qu’il va être arrêté, et passe ses derniers moments de liberté dans la clarté lunaire d’un jardin d’Oliviers, seul devant les étoiles.

          Il laisse alors aller sa mémoire, se souvient des étapes marquantes de sa vie – mais surtout des circonstances grâce auxquelles il est devenu lui-même.

          Il raconte sa prise de conscience qu’un monde est en train de disparaître sous ses yeux – comme l’avait enseigné son maître Jean-Baptiste. Mais de toutes ses forces il refuse son catastrophisme, et se lance dans les voies risquées de la liberté.

          Apparaissent alors les grandes lignes de l’enseignement personnel d’un rabbi juif, s’adressant à d’autres juifs à l’aube d’une apocalypse sociale et religieuse annoncée.

          Confronté à ce monde fini, Jésus a connu une maturation intérieure, on le voit inventer, progressivement, son message à lui. Rejoindre ainsi les plus grandes voix de l’humanité, et jeter des semences dont bien peu (l’Histoire le prouve) ont pris racine dans une terre fertile.

          Chemin faisant j’ai repris, en l’affinant encore, mon hypothèse : l’apôtre Pierre a été l’instigateur de la trahison de son maître, Judas est innocenté.

          Le roman se termine au moment où Jésus, à travers les branches d’oliviers, voit s’avancer la troupe de ceux qui viennent l’arrêter.

          Ầ ma connaissance, c’est la première fois qu’un écrivain tente de pénétrer ainsi dans la conscience d’un homme aussi considérable que Jésus.

          Unique en son genre, ce roman trouvera-t-il son public ? Ce n’est plus mon problème…

                               M.B., 9 avril 2011

DEMAIN LA PAQUE JUIVE : « Dans le silence des oliviers (III).

          Les juifs célèbrent Pâque la veille au soir du 14° jour du mois de Nissan, qui tombe cette année le mardi 19 avril. Ce sera le mille neuf cent quatre-vingtième anniversaire du dernier repas pris par Jésus, à Jérusalem, dans la salle haute prêtée pour l’occasion par son ami le disciple bien-aimé.

           Dans le silence des oliviers j’ai raconté cette soirée en me plaçant du point de vue du petit rabbi provincial d’alors, obligé de se cacher depuis que les autorités juives avaient lancé un mandat d’arrêt contre lui.

           Ầ cette époque, les juifs se cotisaient pour acheter un agneau, qui était sacrifié au Temple (transformé pour l’occasion en immense abattoir) le jour de la Préparation. Ce n’était pas une question de richesse ou de pauvreté : un juif ne célèbre jamais Pâque seul, mais avec tout son peuple. On se partageait ensuite la viande entre voisins, avant de la manger en famille.

           Le rite de l’agneau a disparu avec la destruction du Temple en 70. Le cérémonial actuel de Pesha a été fixé au haut Moyen âge, mais il conserve quelques points communs avec la façon dont les juifs le pratiquaient à l’époque de Jésus.

 Le 6 avril 30 au soir : un repas pascal ?

           Il est admis par tous que la « sainte Cène » n’a pas été un repas pascal : notamment, parce que la clandestinité forcée des treize galiléens les empêchait d’accomplir le rite public et communautaire de l’agneau.

          Pourtant, cela n’a pas été un repas ordinaire.

          Les Évangiles en ont retenu le partage du pain et du vin avec leurs bénédictions, précédé d’un baptême effectué par Jésus, accompagné de deux homélies et suivi du chant des psaumes. Ces textes ont été scrutés à la loupe par des centaines de spécialistes : tout bien considéré, il semble que Jésus ait voulu suivre le rituel pratiqué par les esséniens à Qumrân. Et j’en donne les raisons dans Le silence des oliviers.

 Seder Pesha : la Pâque juive aujourd’hui

           C’est une liturgie familiale, dont je voudrais simplement évoquer trois phrases, codifiées par le rituel.

 I. « Pourquoi ce soir, ce repas, ne sont-ils pas comme les autres ? »

           Toujours, c’est un enfant qui doit poser cette question. Son père ne lui répond pas par un cours d’histoire : il lui rappelle à cette occasion des souvenirs collectifs, afin que l’enfant les fasse sien.

          Parce que pour un juif, l’Histoire n’est pas une chose figée, qu’on évoquerait comme une réalité d’autrefois, morte.

          L’Histoire se fait aujourd’hui. Le passé doit rester à l’état de souvenirs, pour ne pas être construit comme un édifice achevé, qu’on visiterait de l’extérieur. L’enfant (qui n’a pas de passé) pénètre dans les souvenirs de son peuple dispersé pour devenir, à son tour, l’un des acteurs de l’Histoire en train de se faire.

 II. « Quiconque a faim, qu’il vienne et mange. Quiconque est dans le besoin, qu’il vienne et célèbre Pesha avec nous. »

           C’est par cette déclaration solennelle que le père introduit les rites du pain, du vin, des herbes amères.

           « Quiconque » : en hébreu kôl, c’est-à-dire tous – et pas seulement les juifs. Repas qui manifeste l’unité et le particularisme du peuple juif, Pesha est explicitement ouvert à toute l’humanité.

           On retrouve cette caractéristique dans la parole prononcée par Jésus, « Ceci est mon sang, versé pour la multitude ». Et c’est pourquoi, dans Le silence…, j’ai conservé cette phrase. Elle confirme ce que tout le roman souligne, que Jésus s’est délibérément situé dans le prolongement du prophétisme d’Israël, qui a toujours été universaliste.

 III. « Cette année encore ici, l’an prochain hommes libres. »

           La liberté dont il s’agit ici n’est pas physique : il n’y a plus d’esclaves juifs. Elle est intérieure.

          Mais sur ce point précis, Jésus a fait éclater le judaïsme. Pour lui, la liberté intérieure – c’est-à-dire la fin de la danse du Mal dans nos vies -, ce n’est pas pour « l’an prochain » : c’est pour maintenant, tout de suite.

          Dans Le silence…, j’ai montré l’émergence progressive, dans sa conscience comme dans son enseignement, de cette affirmation centrale : c’est aujourd’hui, et non pas demain ou l’an prochain, que naît un monde nouveau.

          Aujourd’hui, la liberté.

           Rupture totale, nouveauté radicale qui aurait pu changer le monde si elle avait été comprise et entendue : parce qu’elle mettait fin à toutes les attentes messianiques qui sont à la racine profonde du judaïsme, comme du christianisme et de l’islam. Et qui justifient les guerres de ces religions, ainsi que l’acceptation et l’exploitation par leurs clergés des souffrances subies ici-bas par leurs croyants, au nom de lendemains qui chanteront un jour.

           Demain soir 18 avril-nissan, les juifs du monde entier se réuniront une nouvelle fois en famille autour de la table du Seder Pesha.

          Notre amitié les accompagne. Leur fête nous rappelle l’Histoire d’autrefois, ces treize galiléens traqués un soir identique à celui-là, sous la même pleine lune.

           Comme eux nous tenterons de nous souvenir, pour faire advenir l’Histoire. Non pas l’an prochain, mais aujourd’hui.

                                      M.B., 18 avril 2011