Archives du mot-clé Exégèse

Juifs, chrétiens, musulmans : LA FABRIQUE DE L’HISTOIRE

Judaïsme, christianisme, islam : trois mouvements religieux qui se sont construits sur une manipulation de l’Histoire. Une imposture devenue dogmes intangibles.

Nous allons les comparer sous cet angle, résumant de façon lapidaire ce que j’ai publié dans mes livres (1) ou sur ce blog (2).

I. Moïse, Josué, David : le mythe fondateur du judaïsme

Moïse est considéré comme le créateur du peuple hébreu, Josué comme celui qui le fit s’approprier la terre de Canaan vers 1200 avant J.C., accomplissant le premier génocide attesté dans l’Histoire. Et David comme le conquérant d’un vaste royaume qui se serait étendu de l’Euphrate à la mer Rouge.

Moïse a-t-il existé ? À part la Bible, les historiens ne trouvent nulle part mention de lui. Certains vont même jusqu’à mettre en doute la réalité de l’Exode qui aurait conduit le peuple hébreu d’Égypte en Canaan/Israël. Lire la suite

CORAN : LES CHOSE BOUGENT (2) :  »Le grand secret de l’islam » (Olaf)

Publié sur Internet (1) au printemps 2015, Le grand secret de l’islam n’est pas passé inaperçu. Cet été son auteur, Olaf (un pseudonyme) a demandé à me rencontrer. Je me suis trouvé en face d’un homme jeune, cordial, qui n’est pas historien de formation mais a travaillé sous la direction d’Édouard-Marie Gallez pour, me dit-il, mettre sa thèse monumentale Le messie et son prophète (2) à la portée du grand public.

Son pari est réussi, et ce n’était pas simple : pour écrire Naissance du Coran, j’avais moi-même passé des mois à étudier l’ouvrage d’E.M. Gallez, plus de mille pages passionnantes truffées de notes qui sont autant de dossiers historiques et exégétiques très fouillés.

En lisant le livre d’Olaf, j’étais curieux de voir comment il traite un sujet rendu brûlant par l’actualité de ces dernières années. J’ai pu constater que lui et moi parvenons aux mêmes conclusions, quoique par des cheminements différents. Lire la suite

UN CORAN DATANT DU PROPHÈTE MUHAMMAD ?

Deux feuillets de parchemin ont été découverts le 22 juillet dernier à l’université de Birmingham (1), glissés dans un des ouvrages datant du IX° siècle confiés récemment à cette université par Alphonse Mingana (2). Le parchemin a pu être daté au carbone 14 avec assez de précision, entre 568 et 645 de notre ère : il serait donc possible que ce texte ait été écrit du vivant du Prophète de l’islam, voire même dicté par lui.

Mais l’enthousiasme doit être tempéré. Lire la suite

TOUT EST RELIGIEUX ? (Emmanuel Todd et la laïcité)

M. Emmanuel Todd a reçu de son hérédité l’inquiétude, source de questionnements radicaux, qui a fait au cours des siècles la grandeur du judaïsme. Dans un article de l’Obs du 30 avril dernier il déclare qu’en France, « tout est religieux désormais. Mais tout est religieux parce que la religion s’éclipse, et que rien ne l’a supplantée. » Lire la suite

CORAN : LES CHOSES BOUGENT 1. : Leila Qarb

« Le problème des musulmans et le nôtre, ce n’est pas l’islamisme, c’est le Coran. » C’est ce que j’écrivais dans un précédent article, Pour une autre lecture du Coran. Et c’est pourquoi je signale dans ce blog les avancées sur le texte du Coran et sa compréhension, qui se font jour ici ou là, de façon nécessairement très discrète. (1)

Ainsi l’interview sur Radio Courtoisie (2) de deux auteurs, Leila Qadr pour son livre Les trois visages du Coran et Olaf pour Le grand secret de l’islam. Deux chercheurs qui parviennent au même résultat que Naissance du Coran, puisqu’ils ont les mêmes sources et la même méthode, historique et exégétique – exigeante. Lire la suite

LES MUSULMANS DANS L’IMPASSE ? Pour une autre lecture du Coran.

En publiant Naissance du Coran au mois de mai dernier, je n’imaginais pas que ce petit livre serait à ce point rejoint par l’actualité. Ni que je vous résumerais aujourd’hui ces 140 pages qui synthétisent un siècle de recherche.

            L’islam est une religion sans autorité centrale, sans clergé hiérarchisé. Pas de pape ou de Dalaï-lama, pas de Conférence épiscopale, de Consistoire. Seulement des imams, autoproclamés ou désignés par une communauté qui peut les désavouer à tout instant.

            La seule autorité qui s’impose à tous les musulmans, pacifiques comme djihadistes, c’est le Coran et son Prophète. Il suffit de confesser le Prophète et de se soumettre au Coran pour devenir musulman.

            C’est pourquoi j’ai commencé, il y a dix ans, à étudier ce texte. Lire la suite

LE CORAN : DES FRÉMISSEMENTS ? (Sophie Gherardi, Angelika Neuwirth)

            Les musulmans pourront-ils un jour sortir de l’impasse dans laquelle ils se trouvent, la compréhension et l’appréciation du Coran ? Deux articles publiés dans Le Monde du 7 février (1) ajoutent aux ‘’frémissements’’ que j’ai déjà signalés ici (2),

Nommer l’impasse

            Le déni de réalité enfonce dans l’impasse. Pour en sortir, il faut d’abord avoir le courage d’ouvrir les yeux et de nommer l’obstacle : Lire la suite

LES MUSULMANS DANS L’IMPASSE (III) : le déni de réalité (Ali Malek)

            L’islam des terroristes djihadistes est-il le vrai islam ? Leur violence est-elle compatible avec une religion qui se prétend meilleure que toutes les autres ?

            Les penseurs musulmans qui tentent de résoudre cette impasse avancent deux types de solutions : Lire la suite

DES MUSULMANS DANS L’IMPASSE (I) : quelques réactions à « Charlie » d’intellectuels musulmans, A. Bidar, G. Bencheikh, S. Aldeeb, M. Talbi.

            Voici quatre réactions à ‘’Charlie’’ d’intellectuels musulmans (1), choisies parmi d’autres parce qu’elles illustrent l’impasse dans laquelle se trouve actuellement l’islam (2). Lire la suite

ET L’HOMME CRÉA DIEU ?

« Dieu créa l’Homme à son image… et l’Homme le lui a bien rendu. » Cette phrase célèbre, je voudrais l’examiner à la lumière d’un dialogue entre Edgar Morin et Tariq Ramadan. (1)

E. Morin rappelle que « les dieux sont le produit de l’esprit humain qui leur confère existence, transcendance, une force qui nous commande – et nous obéissons. Nous produisons des entités… qui ne pourraient pas exister sans nous. Et quand l’humanité mourra, ces dieux n’existeront plus. »

1- Il est évident que sans la conscience humaine il n’y aurait ni transcendance, ni d’ailleurs beauté ou vérité… C’est ce qui nous différencie des animaux, nous sommes des « animaux religieux », l’apparition du religieux signe l’apparition de l’humain sur terre.

2- Mais ce sont des religions que nous avons inventées en devenant humains, ce sont des dieux que nous avons façonnés à notre image. Nous avons construit un savoir sur les dieux, une science de Dieu, un discours sur Dieu : la théologie. Prétendant connaître l’identité de dieu, nous avons transmis ce savoir en l’élaborant de plus en plus. Transmettre, en latin tradere, tradition.

3- Affirmer que notre science des dieux disparaîtra avec nous, c’est une évidence que rappelait déjà saint Paul. Mais laisser à entendre que « Dieu », c’est-à-dire une forme de personnalisation de la transcendance, disparaîtra lui aussi, c’est passer de l’évidence à la spéculation, de la constatation à un a priori philosophiquement daté et marqué.

T. Ramadan répond à E. Morin en rappelant que les trois religions monothéistes se fondent sur une Révélation inscrite dans des textes. Il ajoute que « déterminer le rôle de la Révélation, c’est s’interroger sur ses limites. »

Pendant plus de mille ans, les chrétiens ont cru que Moïse avait écrit la Torah sous la dictée de Dieu en personne. Pie XII ayant autorisé en 1943 l’exégèse historico-critique de la Bible, ils finirent par admettre que ce sont des prophètes, des apôtres, des disciples anonymes qui avaient écrit les textes sacrés. Alors se posa la question fondamentale : Dieu est-il l’auteur de la Révélation ? La Révélation est-elle humaine, ou divine ?

Replaçons les choses dans l’épais tissu de l’Histoire. Au cours des siècles, quelques hommes, quelques femmes ont fait l’expérience intime d’une relation avec une transcendance qu’ils individualisaient en la nommant « Dieu ». Cette expérience, elle était inexplicable en termes psychologiques, sociologiques, médicaux, mais elle a existé et E. Morin le rappelle : « Je ne crois pas en Dieu, mais la mystique m’intéresse. Que des mystiques aient eu des contacts avec Dieu, c’est arrivé ! »

Des hommes et des femmes de toutes cultures, d’époques et de milieux très différents. Certains appartiennent au mythe – comme Abraham ou Moïse – mais un mythe construit et enrichi par les anonymes qui l’ont transmis et avaient fait, eux, l’expérience qu’ils prêtent à leurs héros. D’autres appartiennent à l’Histoire, comme Jésus. Leur expérience a été transmise et mise en forme par des écrivains le plus souvent anonymes : le cas de Paul de Tarse est unique, celui d’un apôtre qui écrit lui-même le récit de son expérience mystique.

Ensuite viendront de nombreux témoins – comme Thérèse d’Avila – dont les textes ne sont pas considérés comme révélés, bien qu’ils traduisent une expérience réelle de l’Invisible.

Les textes les plus anciens ont été retenus au terme d’un long processus de sélection. C’est l’Église apostolique qui a finalement choisi, parmi une soixantaine, quatre évangiles qu’elle considère comme « révélés ». Non sans les avoir corrigés, amplifiés parfois. L’ambition de l’exégèse historico-critique est de replacer ces textes dans leur contexte linguistique, historique, sociologique, politique pour tenter de retrouver, derrière les intentions et les ambitions des rédacteurs, la fraîcheur et l’authenticité de l’expérience initiale.

Celui ou celle qui a expérimenté la réalité de la transcendance ne trouvant pas de mots pour le dire, il en parle par images, par métaphores. La poésie est le mode privilégié de la Révélation, voyez entre autres les Psaumes, le Cantique des Cantiques ou les paraboles de Jésus.

Hélas, les religions ne sont pas poétiques. Leur intention inavouée est de transformer l’expérience in-dicible des témoins en formulations de plus en plus précises, en dogmes, en lois morales ou sociales. Car il s’agit avant tout de prendre le seul pouvoir qui dure (et ne coûte rien), le pouvoir sur les esprits et sur les cœurs de larges masses humaines.

Ce sont les religions qui ont été créées par l’Homme pour établir sa domination sur d’autres hommes. Mais derrière chacune se cache, plus ou moins éloignée, l’expérience de quelques authentiques explorateurs de la transcendance.

Parfois, la distance entre le texte sacré et l’expérience initiale est courte, comme dans les paraboles de Jésus. Parfois elle grandit, comme dans les discours philosophiques attribués à Jésus par le quatrième évangile (2). Parfois elle est considérable, comme dans toute une partie du Coran marquée par l’idéologie meurtrière du messianisme (3).

Mais – au prix d’un travail personnel plus facile aujourd’hui qu’hier – chaque religion offre l’accès à l’expérience réelle, in-dicible, de Celui que les théologiens appellent « Dieu ».

Disons-le autrement : les religions mènent à Dieu, à condition de savoir les dépasser.

                                                            M.B., 1er décembre 2014
 P.S. : Oui, sur pareil sujet c’est un peu court, mais je suis très pris par la mise au point de mon prochain bouquin…

(1) Au péril des idées, Presses du Châtelet, Paris, 2014, pp. 48-53.

(2) Voyez à ce sujet L’évangile du treizième apôtre, aux sources de l’évangile selon saint Jean.

(3) Voyez Naissance du Coran, aux origines de la violence.